Impérialisme français
L'impérialisme français est l'un des principaux impérialismes mondiaux, historiquement structuré autour de son vaste empire colonial puis de ses réseaux d'influence néocoloniaux. Le développement du capitalisme en France a conduit à une expansion territoriale mondiale, faisant de l'empire français l'un des plus vastes au monde.
1 Expansionnisme féodal et guerres dynastiques[modifier | modifier le wikicode]
Durant le Moyen Âge et jusqu'à l'Époque moderne, la « nation française » n'est pas encore réellement constituée, et l'impérialisme ne fonctionne pas selon les mêmes modalités. Le territoire n'est pas structuré par un marché national intégré ou par une bourgeoisie cherchant à écouler des marchandises, mais obéit aux logiques du mode de production féodal. Les guerres menées par la royauté sont avant tout des guerres dynastiques. L'objectif de la noblesse et de la monarchie est alors d'étendre leur domaine pour accaparer davantage de terres, et donc s'approprier le surtravail de la paysannerie sous forme de rente foncière, ou pour régler des querelles de succession (comme lors de la guerre de Cent Ans ou des guerres d'Italie). L'État se confond alors avec le patrimoine foncier de la dynastie régnante (les Capétiens, Valois, Bourbons) plutôt qu'avec une véritable entité nationale.
Néanmoins, l'État qui portera plus tard l'impérialisme français s'est forgé par des siècles d'expansionnisme territorial au sein d'un mode de production pré-capitaliste.
1.1 Croisades (11e-13e siècles)[modifier | modifier le wikicode]
Bien qu'elles soient justifiées par l'idéologie religieuse de l'Église catholique, les croisades répondent à des nécessités matérielles précises. Elles offrent un exutoire à la surpopulation relative de la petite noblesse franque (les cadets de famille privés d'héritage) qui part s'y tailler de nouveaux fiefs par la force, aboutissant à la création des États latins d'Orient. Les seigneurs issus de ce qui deviendra la France y jouent un rôle si prépondérant que les populations orientales désigneront longtemps tous les Européens de l'Ouest sous le nom générique de « Francs ». Ces expéditions ouvrent également la voie commerciale vers l'Orient, favorisant l'enrichissement de certaines fractions marchandes (bien que cet enrichissement profite alors davantage aux républiques italiennes qu'au royaume de France).
1.2 Centralisation de l'État absolutiste[modifier | modifier le wikicode]
Les nombreuses guerres européennes, notamment la lutte séculaire contre la maison des Habsbourg, obligent la monarchie française à centraliser son pouvoir, à prélever toujours plus d'impôts et à se doter d'une armée et d'une marine permanentes.
C'est ce puissant appareil d'État absolutiste, initialement bâti par et pour l'aristocratie féodale, qui va ultérieurement parrainer les premières grandes entreprises commerciales outre-mer (mercantilisme, Compagnies des Indes) sous l'impulsion d'une bourgeoisie naissante, servant de tremplin à l'accumulation primitive du capital et posant les jalons du premier empire colonial français.
2 Histoire de l'empire colonial[modifier | modifier le wikicode]
L'histoire de l'expansionnisme français se divise traditionnellement en deux grandes périodes, correspondant aux nécessités de l'accumulation capitaliste de chaque époque :
2.1 Le premier espace colonial (1534-1815)[modifier | modifier le wikicode]
Il débute avec la prise de possession du Canada en 1534. Cet empire, concentré aux Amériques (Nouvelle-France, Antilles) et dans quelques comptoirs africains, reposait massivement sur la traite négrière, l'économie de plantation et l'esclavagisation des populations. En 1788-1790, les esclaves représentaient près de 90 % de la population des colonies françaises esclavagistes[1]. Ce premier empire s'effondre en grande partie avec la vente de la Louisiane en 1803 et les suites des guerres napoléoniennes. L'esclavage sera définitivement aboli dans les colonies françaises en 1848.
2.2 Le second espace colonial (19e-20e siècle)[modifier | modifier le wikicode]
À partir de la conquête de l'Algérie en 1830, la bourgeoisie française bâtit un nouvel empire. La domination s'étend alors massivement en Afrique, avec la création de l'Afrique Occidentale Française (AOF) en 1895 et de l'Afrique Équatoriale Française (AEF) en 1910. L'État français s'empare également de territoires en Asie, avec la création de l'Indochine en 1887, et en Océanie. Ce second empire colonial permet d'exploiter la main-d'œuvre locale à bas coût et d'extraire des ressources pour fournir l'industrie métropolitaine.
3 Le capitalisme monopoliste et l'État[modifier | modifier le wikicode]
Le développement et la concentration des entreprises ont conduit à la fusion du capital industriel et du capital bancaire, créant une puissante oligarchie financière. Cette oligarchie est étroitement associée à l'appareil d'État, qui est un instrument indispensable à son épanouissement. L'impérialisme français est souvent qualifié d'impérialisme « faible » sur le plan strictement économique, car il ne peut pas toujours compter sur la seule force de ses capitaux face à ses concurrents et a régulièrement besoin des moyens directs de son appareil d'État et de son armée pour maintenir sa prépondérance.
4 Domination néocoloniale en « Françafrique »[modifier | modifier le wikicode]
Après la vague des indépendances amorcée en 1960 et le démantèlement formel de l'empire colonial en 1962, l'impérialisme français a organisé un système néocolonial officieux, couramment appelé la « Françafrique ». Ce système s'appuie sur des élites locales souvent redevables à Paris pour maintenir une relation de vassalité.
4.1 Pillage économique et financier[modifier | modifier le wikicode]
L'accès privilégié des multinationales françaises aux ressources stratégiques, comme le pétrole au Gabon ou l'uranium au Niger, est garanti. Le contrôle de la politique monétaire de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale est également assuré directement par le ministère du budget français via le système du Franc CFA.
4.2 Quadrillage militaire et politique[modifier | modifier le wikicode]
Le maintien de bases de l'armée française et la signature d'accords de défense ont permis de nombreuses interventions militaires au fil des décennies. Ces opérations visent régulièrement à défendre l'ordre politique de régimes alliés aux intérêts français ou à étouffer les mobilisations populaires, tout en protégeant les intérêts des grands groupes industriels.
5 Crise et déclin relatif[modifier | modifier le wikicode]
Dans la période récente, l'impérialisme français traverse une crise marquée et un processus de « secondarisation » sur la scène internationale.
En Afrique subsaharienne, qui constituait historiquement son pré carré, les entreprises françaises subissent un net déclin. Dans les années 2000 et 2010, les parts de marché de la France dans les pays d'Afrique subsaharienne passent de 10,1 % à 4,7 %. En parallèle, les entreprises d'autres puissances capitalistes se sont mieux implantées, notamment celles des États-Unis, de la Russie et surtout de la Chine. Celle-ci a augmenté sa part de 2 % en 1990 à 16 % en 2011.[2]
Sur le plan géopolitique, ce recul économique s'accompagne d'une perte d'influence stratégique. Au début des années 2020, des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont connu des coups d'État et de fortes mobilisations populaires dirigées contre la présence française. Ces événements ont poussé ces nations à dénoncer leurs accords de défense avec Paris, forçant le retrait d'une grande partie des troupes françaises de la région.
6 État des lieux[modifier | modifier le wikicode]
7 Notes[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Frédéric Régent, « Blancs, demi-Blancs, libres de couleur et esclaves dans les colonies françaises avant 1848 », Séminaire « La traite négrière, l'esclavage et leurs abolitions : mémoire et histoire », 10 mai 2006 au Carré des Sciences à Paris.
- ↑ Anne Cheyvialle et Marie-Amélie Lombard-Latune, « Védrine : "La France a cédé trop de terrain en Afrique" », Le Figaro, 4 décembre 2013