Impérialisme néerlandais

De Wikirouge
Aller à la navigation Aller à la recherche
La Nouvelle-Amsterdam en 1664, qui deviendra plus tard New York.

L'impérialisme néerlandais est un des impérialismes européens. Les Pays-Bas ont fait partie des premiers pays européens où le capitalisme s'est développé, ce qui a donné une puissance disproportionnée à ce petit pays d'Europe.

1 Développement capitaliste précoce[modifier | modifier le wikicode]

La révolution des Pays-Bas (1566-1609) est une des premières révolutions bourgeoises d'Europe.

Au cours de ces longues décennies, de nombreuses forces politiques s'affrontent (des secteurs de la noblesse se divisent...) et le conflit est en grande partie « national » (émancipation vis-à-vis de la domination de la couronne espagnole), mais il produit un renforcement de la bourgeoisie. Particulièrement en Hollande et en Zélande, celle-ci avait déjà un rapport de force élevé, et elle ressort de ces années de conflit avec un système politique parmi les plus libéraux en Europe, qui lui permet d'amorcer une accumulation de capital avec beaucoup moins d'entraves.

La jeune République des Provinces-Unies fut alors la puissance maritime et économique dominante dans le monde. Le 17e siècle a été appelé le siècle d'or néerlandais, une période tant de rayonnement culturel en Europe, que de domination coloniale dans le monde.

2 Empire colonial[modifier | modifier le wikicode]

Ensemble des territoires ayant été colonisés par les Pays-Bas

Les Néerlandais ont suivi l'Espagne et le Portugal dans la création d'un empire hors de l'Europe continentale. Grâce à la puissance de leur capital commercial, ils ont pu rivaliser avec ces puissances plus grandes et qui s'étaient lancées plus tôt dans le colonialisme.

Icon-Wikipedia.png Voir sur Wikipédia : Empire colonial néerlandais.

2.1 Comptoirs aux Amériques et aux Indes[modifier | modifier le wikicode]

Au 17e siècle , les Néerlandais établissent des colonies et des comptoirs à travers le monde. Beaucoup de territoires sont explorés par des Néerlandais (Willem Barents, Henry Hudson, Willem Janszoon et Abel Tasman en Arctique, Australasie ou Océanie) et seule une petite partie de cette exploration donnera lieu à des colonies.

En Amérique du Nord, ils fondent la Nouvelle-Néerlande, et notamment la Nouvelle-Amsterdam en 1624, qui deviendra New York.

En Amérique du Sud, ils colonisent une partie de la côte, fondant la Nouvelle-Hollande dans l'actuel Brésil, et la Guyane néerlandaise, actuel Suriname.

Comme les autres puissances européennes, ils colonisent toute une partie des Antilles.

Les Néerlandais installent des comptoirs tout le long de l'océan Indien, occupent un temps l'île de Ceylan (actuel Sri Lanka). Ils eurent aussi des comptoirs au Siam, à Formose (actuelle Taïwan) et au Japon. Ils nomment les territoires de Nouvelle-Zélande et Nouvelle-Hollande (actuelle Australie), sans les contrôler.

La principale colonie néerlandaise en Asie était celle des Indes orientales néerlandaises, actuelle Indonésie. Ce n'était pas vraiment une colonie de peuplement. Les Néerlandais, avec 30 000 fonctionnaires sur 69 millions d'habitant·es, assumaient à l'origine d'être présents uniquement pour le profit, assumaient à l'origine d'être présents uniquement pour le profit, notamment les plantations et le pétrole (avec la Royal Dutch fondée en 1890, qui a fini par fusionner dans Shell). Le célèbre roman Max Havelaar (1860) a été écrit par un colon, Eduard Douwes Dekker, qui a évolué ver une position clairement anti-coloniale.


Les colons cherchaient à éviter que la population locale soit en contact avec les idées libérales circulant en Europe. Mais une minorité l'a peu à peu apprise dans des écoles néerlandaises. Avant 1939, le Néerlandais était parlé par environ 340 000 personnes (en comptant les créoles Petjo et Pecok) sur 69 millions d'Indonésien·nes. Au début du 20e siècle, les Néerlandais commencent à parler de « politique éthique » en Indonésie, avec le développement d'une éducation à laquelle seule une petite minorité avait accès (une bonne partie des leaders indépendantistes en sont issus). Au fil des siècles, les colons sont devenus largement métissés et une couche sociale « indo-européenne » s'était développée. En 1940, cette couche représentait 290 000 personnes, et 80% des Européens présents étaient plus ou moins métissés.

2.2 Compagnies des Indes[modifier | modifier le wikicode]

L'essentiel de cette colonisation se fait par des entreprises privées, en particulier la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), créée en 1602, et la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), créée en 1621.

L'État néerlandais régulait les zones d'influence de ces compagnies et ce qu'elles pouvaient faire ou non sans autorisation préalable, notamment sur le plan militaire.

Au cours de l'invasion française des Pays-Bas (fin 18e siècle), les Compagnies des Indes sont dissoutes, et les Britanniques s'assurent que les colonies néerlandaises ne tombent pas entre les mains des Français. Après la défaite de Napoléon, les Britanniques rendront une partie des colonies aux Pays-Bas, et l'État administrera dès lors plus directement les colonies.

2.3 Afrique[modifier | modifier le wikicode]

En Afrique, de nombreux comptoirs sont établis le long de la côte ou sur des îles, et alimentent la traite négrière. La côté Ouest était dévolue à la Compagnie des Indes occidentales, tandis que la côté Est revenait à la Compagnie des Indes orientales.

A la pointe Sud de l'Afrique, les Néerlandais établissent la Colonie du Cap, qui sera une de leurs seules colonies de peuplement.

3 Déclin relatif[modifier | modifier le wikicode]

3.1 Capitalisme secondaire[modifier | modifier le wikicode]

Les autres pays d'Europe occidentale ont progressivement généralisé les rapports de production capitalistes, ce qui leur a permis d'atteindre évidemment, grâce à une plus large échelle, plus de puissance que les Pays-Bas. C'est la tendance de fond qui a causé le déclin relatif des Pays-Bas, notamment par rapport à l'impérialisme britannique.

Les guerres anglo-néerlandaises (1652-1678) affaiblissent la flotte néerlandaise, et les Britanniques conquièrent la Nouvelle-Néerlande.

Les Pays-Bas sont encore plus affaiblis lorsqu'ils sont envahis par les armées révolutionnaires françaises (1792-1795). Les Britanniques récupèrent beaucoup de leurs possessions coloniales (l'Afrique du Sud, Ceylan, une partie de la Guyane, des Antilles...). A la fin du 19e siècle, les descendants des Néerlandais en Afrique du Sud, s'opposent aux Britanniques (guerre des Boers), mais sont mis en échec.

Mais ils conservèrent jusqu'au milieu du 20e siècle les Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie), le Suriname et les Antilles néerlandaises.

3.2 Révolution indonésienne[modifier | modifier le wikicode]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas sont envahis par l'Allemagne nazie, et les Indes néerlandaises sont envahies par l'Empire japonais. A l'annonce de le défaite japonaise en 1945, les nationalistes indonésiens proclament une République indépendante. Les Néerlandais tenteront pendant 4 ans de reprendre par la force l'Indonésie, qui était leur dernière colonie significative.

En haut à gauche : signature de l'indépendance par la reine Juliana des Pays-Bas. En dessous : Sukarno et Hatta.

Ces années de guerre d'indépendance ont été appelées révolution indonésienne, car elles ont aussi été un conflit interne très intense, entre des couches sociales conservatrices (notamment dans l'ancienne noblesse) et des courants populaires radicaux (notamment les communistes).

Au début de ces affrontements, les Alliés (Royaume-Uni, États-Unis, Australie) soutiennent les Pays-Bas, financièrement et militairement. Progressivement, les Pays-Bas se retrouvent isolés diplomatiquement. Ceci pour deux raisons principales :

  • Les progrès des luttes anti-coloniales partout dans le monde font apparaître la forme coloniale de domination de plus en plus comme archaïque. Tant l'idéologie officielle du « monde libre » occidental que celle du « socialisme » soviétique sont en contradiction avec cette tentative ouvertement réactionnaire de reconquête. Pour les États-Unis, le colonialisme européen est aussi un archaïsme sur le plan économique, et même une entrave. Étant de loin la première puissance capitaliste, ils peuvent dominer économiquement du moment que les marchés sont ouverts.
  • Malgré la tentative de Sukarno de rester non aligné, des indices comme l'affaire de Madiun font penser aux États-Unis qu'ils pourront compter, dans la guerre froide qui se met en place, sur l'anti-communisme de la jeune république. Les représentants états-uniens demandent explicitement aux nationalistes indonésiens d'écarter les communistes des postes de pouvoir au gouvernement et dans l'armée.

En , le Conseil de sécurité de l'ONU vote une résolution demandant la restauration du gouvernement républicain, renversé par les Pays-Bas[1]. Les États-Unis annulent leur aide financière aux Indes néerlandaises et le Congrès envisage de couper les fonds du plan Marshall, vitaux pour la reconstruction des Pays-Bas après la Seconde Guerre mondiale. Que l'aide des États-Unis puisse être utilisée pour financer « un impérialisme vain et sénile » poussa de nombreuses voix importantes aux États-Unis — y compris au sein du Parti Républicain — et provenant des Églises et d'ONG américaines, à se prononcer en faveur de l'indépendance indonésienne[2].

3.3 Indépendance du Suriname[modifier | modifier le wikicode]

En Guyane néerlandaise, des mouvements pour l'indépendance se renforcent à partir de 1945. Le pays devient d'abord autonome en 1954, puis indépendant en 1975 et prend le nom de Suriname.

4 Impérialisme économique[modifier | modifier le wikicode]

Le capitalisme néerlandais reste un des plus puissants au monde, surtout relativement à la petite taille du pays. Le pays est très intégré dans l'économie, d'abord avec ses voisins immédiats (Benelux), ensuite dans l'Union européenne, puis dans la mondialisation. Cette tendance, d'autant plus nécessaires pour les petits pays, signifie aussi une moindre autonomie politique par rapport à d'autres puissances.

Son secteur industriel est développé : métallurgie et construction de machines, fabrication d'appareils et d'outillages électriques, production chimique, pétrochimie, construction et micro-électronique. La multinationale Philips a longtemps été très puissante, même si elle a beaucoup décline ces dernières décennies.[3] La multinationale AkzoNobel est importante, bien qu'en partie contrôlée par du capital états-unien.

Son agriculture est très mécanisée et intensive. Avec seulement 4 % de la population active du pays, elle produit suffisamment pour faire du pays le deuxième exportateur de produits agricoles et maraîchers, derrière les États-Unis.[4] Dans l'agroalimentaire, la multinationale anglo-néerlandaise Unilever est la 4e mondiale du secteur.

La Royal Dutch Shell, anglo-néerlandaise, est la 2e compagnie pétrolière au monde.

5 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. (en) Donald M. Seekins, chap. 1 « Historical Setting », dans William H. Frederick et Robert L. Worden, Indonesia : a country study, Washington, Library of Congress, , 462 p. (ISBN 0-8444-0790-9, lire en ligne), The National Revolution, 1945–49, p. 42–47.
  2. (en) Theodore Friend, Indonesian Destinies, The Belknap Press of Harvard University Press, (ISBN 0-674-01834-6)
  3. Ouest France, Philips, l’ancien roi de l’électroménager, ne produit plus que des équipements de santé, mars 2021
  4. Capital, Les 10 pays qui exportent le plus de produits alimentaires dans le monde, 15 février 2022