L'Internationale (chanson)

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L'Internationale est l'un des principaux hymnes, sinon le principal hymne, du mouvement ouvrier international. Le chant a été composé en 1888 par Pierre Degeyter, sur des paroles écrites par Eugène Pottier en 1871.

Diffusion de la chanson[modifier | modifier le wikicode]

Dans un premier temps, le succès de la chanson s'est limité aux milieux ouvriers du Nord de la France. Mais en 1896, à l'occasion du congrès du Parti ouvrier français réuni à Lille, elle est chantée par tous les participants. En 1899, à l'occasion d'un congrès syndical, elle supplante La Marseillaise comme hymne du mouvement syndical français. En 1900, elle est adoptée par les délégués du Congrès socialiste international. Elle s'étend alors au mouvement ouvrier mondial, et est traduite en russe dès 1902.

Trotsky témoigne, au sujet de la révolution de février 1917 : « A cette époque, on chantait encore la Marseillaise, et non l'Internationale. »[1]

Mais lors du 2e congrès des soviets de Russie, en octobre, qui acte la révolution d'Octobre, on chante l'Internationale. Les délégués ouvriers, soldats et paysans réalisent seulement maintenant l'ampleur du moment historique qu'ils vivent et façonnent. Le Palais d'Hiver (siège du gouvernement provisoire) vient de tomber, et les orateurs appellent à la révolution mondiale.

Comme témoigne John Reed :

« Brusquement, sur une impulsion générale nous nous trouvâmes tous debout, reprenant les accents entraînants de l'Internationale. Un vieux soldat aux cheveux gris pleurait comme un enfant. Alexandra Kollontaï cillait rapidement des yeux pour ne pas pleurer. La puissante harmonie se répandait dans la salle, perçant vitres et portes, et montant bien haut vers le ciel.  »

Ou encore Trotsky :

« Etait-ce vers le ciel ? Plutôt vers les tranchées d'automne qui découpaient la misérable Europe crucifiée, vers les villes et villages dévastés, vers les femmes et les mères en deuil. " Debout, les damnés de la terre ; debout, les forçats de la faim !... " Les paroles de l'hymne s'étaient dégagées de leur caractère conventionnel. Elles se confondaient avec l'acte gouvernemental. C'est de là que leur venait leur sonorité d'action directe. Chacun se sentait plus grand et plus significatif en ce moment-là. Le cœur de la révolution s'élargissait au monde entier. " (...) Celui qui n'était rien deviendra tout ! " Tout ? Si la réalité du passé s'est transformée plus d'une fois en un hymne, pourquoi l'hymne ne deviendrait-il pas la réalité de demain ? Les capotes des tranchées n'ont déjà plus l'air d'une vêture de galérien. Les bonnets à poil, à la ouate déchirée, se dressent d'autre manière sur des yeux étincelants. " Réveil du genre humain ! " Etait-il concevable qu'il ne se réveillât pas des calamités et des humiliations, de la boue et du sang de la guerre ?  »[2]

Cette chanson a accompagné toutes les expériences révolutionnaires du 20e siècle. Une version russe a servi d'hymne national à l'URSS jusqu'en 1941. Ainsi Trotsky raconte comment fut modifiée la symbolique du Kremlin lorsque le gouvernement soviétique s'y installe en mars 1918 :

« Le carillon de la tour Spassky [Tour dite du «Sauveur» qui surmonte une des grand'portes du Kremlin] subit une transformation. Désormais, les vieilles cloches, au lieu d'exécuter le «Bojé, tsaria khrani!» sonnaient languissamment et rêveusement, tous les quarts d'heure, l'Internationale. »[3]

Questions juridiques sur la paternité de la musique[modifier | modifier le wikicode]

Entre 1914 et 1916, un conflit opposa Pierre Degeyter à son frère Adolphe, qui revendiquait la paternité de la chanson. Adolphe aura d'abord gain de cause, mais, rongé par le remord, il se pendra en 1916 en reconnaissant avoir menti. Pierre est rétabli dans ses droits en 1922.

Paroles[modifier | modifier le wikicode]

Version définitive[modifier | modifier le wikicode]

L'INTERNATIONALE

Couplet 1 : Debout ! les damnés de la terre !

Debout ! les forçats de la faim !

La raison tonne en son cratère,

C’est l’éruption de la fin.

Du passé faisons table rase,

Foule esclave, debout ! debout !

Le monde va changer de base :

Nous ne sommes rien, soyons tout !


Refrain : (2 fois sur deux airs différents)

C’est la lutte finale

Groupons-nous, et demain,

L’Internationale,

Sera le genre humain.


Couplet 2 :

Il n’est pas de sauveurs suprêmes,

Ni Dieu, ni César, ni tribun,

Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !

Décrétons le salut commun !

Pour que le voleur rende gorge,

Pour tirer l’esprit du cachot,

Soufflons nous-mêmes notre forge,

Battons le fer tant qu'il est chaud !


Refrain


Couplet 3 :

L’État comprime et la loi triche,

L’impôt saigne le malheureux ;

Nul devoir ne s’impose au riche,

Le droit du pauvre est un mot creux.

C’est assez languir en tutelle,

L’égalité veut d’autres lois :

« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,

Égaux, pas de devoirs sans droits ! »


Refrain


Couplet 4 :

Hideux dans leur apothéose,

Les rois de la mine et du rail,

Ont-ils jamais fait autre chose,

Que dévaliser le travail ?

Dans les coffres-forts de la bande,

Ce qu’il a créé s’est fondu.

En décrétant qu’on le lui rende,

Le peuple ne veut que son dû.


Refrain


Couplet 5 :

Les Rois nous saoulaient de fumées,

Paix entre nous, guerre aux tyrans !

Appliquons la grève aux armées,

Crosse en l’air et rompons les rangs !

S’ils s’obstinent, ces cannibales,

A faire de nous des héros,

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux.


Refrain


Couplet 6 :

Ouvriers, Paysans, nous sommes

Le grand parti des travailleurs ;

La terre n’appartient qu’aux hommes,

L'oisif ira loger ailleurs.

Combien de nos chairs se repaissent !

Mais si les corbeaux, les vautours,

Un de ces matins disparaissent,

Le soleil brillera toujours !


Refrain


Première version manuscrite du poème[modifier | modifier le wikicode]

L'INTERNATIONALE

Couplet 1 :

Debout ! l'âme du prolétaire

Travailleurs, groupons nous enfin.

Debout ! les damnés de la terre !

Debout ! les forçats de la faim !

Pour vaincre la misère et l'ombre

Foule esclave, debout ! debout !

C'est nous le droit, c'est nous le nombre :

Nous qui n'étions rien, soyons tout !


Refrain :


C’est la lutte finale

Groupons-nous et demain

L’Internationale

Sera le genre humain !


Couplet 2 :

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :

Ni dieu, ni césar, ni tribun.

Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes ;

Travaillons au salut commun.

Pour que les voleurs rendent gorge,

Pour tirer l’esprit du cachot,

Allumons notre grande forge !

Battons le fer quand il est chaud !


Refrain


Couplet 3 :

Les Rois nous saoulaient de fumées

Paix entre nous ! guerre aux Tyrans !

Appliquons la grève aux armées

Crosse en l’air ! et rompons les rangs !

Bandit, prince, exploiteur ou prêtre

Qui vit de l'homme est criminel ;

Notre ennemi, c'est notre maître :

Voilà le mot d'ordre éternel.


Refrain


Couplet 4 :

L'engrenage encor va nous tordre :

Le capital est triomphant ;

La mitrailleuse fait de l'ordre

En hachant la femme et l'enfant.

L'Usure folle en ses colères

Sur nos cadavres calcinés

Soude à la grève des Salaires

La grève des assassinés.


Refrain


Couplet 5 :

Ouvriers, Paysans, nous sommes

Le grand parti des travailleurs.

La terre n’appartient qu’aux hommes.

L'oisif ira loger ailleurs.

C'est de nos chairs qu'ils se repaissent !

Si les corbeaux si les vautours

Un de ces matins disparaissent...

La terre tournera toujours.


Refrain


Couplet 6 :

Qu'enfin le passé s'engloutisse !

Qu'un genre humain transfiguré

Sous le ciel clair de la Justice

Murisse avec l'épi doré !

Ne crains plus les nids de chenilles

Qui gâtaient l'arbre et ses produits

Travail, étends sur nos familles

Tes rameaux tout rouges de fruits


Refrain

Notes[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]