Dégradation sociale en France

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Cette page traite de la dégradation sociale en France au cours des dernières décennies, reflet des attaques bourgeoises contre le prolétariat, notamment depuis le tournant néolibéral.

Chômage[modifier | modifier le wikicode]

La société est passée d'une situation de quasi plein emploi durant les Trente glorieuses, historiquement exceptionnelle pour le capitalisme, à un chômage de masse.

Évolution du taux de chômage entre 1967 et 2005 (en %).

Les salariés sont différemment touchés selon leur niveau de qualification, ce qui accentue les inégalités entre couches du prolétariat - les non diplomés étant les plus touchés - mais la tendance est la même pour tous.

Évolution du taux de chômage selon le diplôme de 1971 à 1993 (en %).


Sans compter les basses pratiques de manipulation gouvernementale des chiffres :

Le gouvernement trafique les chiffres.

Source : BIP 40

En particulier, le chômage des jeunes est encore plus marqué que dans le reste de la population.

Parallèlement à l'augmentation du nombre de chômeurs, ceux-ci voient leur revenu se dégrader, et surtout ils sont de plus en plus la cible de stigmatisations du pouvoir, de durcissement des conditions d'allocations, de flicage[1]...

Précarité[modifier | modifier le wikicode]

Une autre façon d'exploiter davantage le salariat est de le précariser. En revenant sur les conventions les plus protectrices du droit du travail (pouvoir de licencier plus facilement notamment) les patrons s'assurent de maximiser le rendement plus-value extraite / achat de force de travail.

Concrètement cela se traduit par de plus en plus d'emplois précaires, de petits boulots ingrats, de contrats jetables...

Graphe d'un indicateur de la précarité :

Indicateur de précarité selon le BIP en France.

Source : BIP 40

Revenus[modifier | modifier le wikicode]

Salaires[modifier | modifier le wikicode]

Évolution de la Part des salaires dans la valeur ajoutée en France.

La crise des années 1970 est survenu dans un cadre où le patronat était moins libre de licencier pour utiliser les travailleurs comme variable d'ajustement. Les profits ont donc baissé dans un premier temps, ce qui a conduit à une hausse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Mais la bourgeoisie française a fini par réagir.

Après une courte tentative de concilier les intérêts patronaux et salariaux par une politique de relance et une timide hausse des salaires, le nouveau gouvernement de Mitterrand inaugure le néolibéralisme en France.

En 1982, il supprime l'échelle mobile des salaires : les salaires ne sont plus indexés sur les prix. Avec l'inflation, cela a conduit à une chute des salaires réels.

Dans les années 2000, on peut constater que ce sont surtout ceux qui vivent du capital, c'est à dire du travail des autres, qui se sont le plus enrichis :

Évolution des revenus du capital du travail en France entre 2004 et 2007 (en €, sur une base 100).

Salaire socialisé : retraites, SECU...[modifier | modifier le wikicode]

Le "salaire socialisé" a été attaqué beaucoup plus directement que les salaires eux-mêmes, parce que malheureusement cela provoque moins de réactions du mouvement ouvrier.

Ainsi l'âge légal de départ à la retraite est passé de 60 ans à 62 ans, et le nombre d'années à cotiser est passé de 37,5 ans à 40 ans. De façon subtile, les gouvernements l'ont fait sur 17 ans (de 1993 à 2010), en opposant chaque partie du salariat à une autre (privé, pulic, régimes spéciaux).

Lors du Plan Juppé de 1995, le Premier ministre exprime la hâte qu'avait la bourgeoisie de revenir sur ces acquis sociaux tellement "contre nature" pour elle : "nous allons réussir ce que l'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans"[2]

Aides sociales[modifier | modifier le wikicode]

73% des étudiants sont exclus du système de bourse en 2011 ; près de huit étudiants sur dix n’ont été concernés par aucune mesure sociale. De 2006 à 2011, les dépenses obligatoires ont augmenté de 33, 2%, tandis que les aides sociales n'ont augmenté en moyenne que de 13%. Le Fonds national d'aide d'urgence (FNAU) des CROUS a perdu 9,5 millions d’euros en 2011. Les aides au logement (Aides personnalisées au logement – APL – et Allocation de logement social – ALS) n'ont pas été revalorisées depuis 1994 ! Cette austérité conduit à une aggravation de la crise du logement. En 2014, l'idée de supprimer une partie des APL est évoquée.

Niveau de vie[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la crise de 2008, la moitié de la population voit son « niveau de vie » baisser. Pourtant, le niveau de vie moyen a augmenté...

Les effets de la crise ne touchent pas les catégories sociales de la même façon. Certaines n’ont pas connu de baisse significative de leur niveau de vie moyen et ont même vu leurs revenus croître comme les cadres supérieurs (+ 1 030 euros entre 2008 et 2011) et les professions intermédiaires (+ 160 euros), tandis que d’autres sont plus durement touchées, comme les employés (- 493 euros) et les ouvriers (- 231 euros).[3]

Patrimoine[modifier | modifier le wikicode]

Les inégalités de revenus sont évidemment un facteur important des inégalités sociales. Mais l'essentiel du pouvoir des classes possédantes vient de leur patrimoine, que ce soit les moyens de production ou les biens matériels ou immatériels qui permettent une rente (immobilier, titres...). L'héritage est donc un moyen essentiel de la reproduction sociale, et il tend d'autant plus à le redevenir que les gouvernements de ces dernières années sont de plus en plus serviles.

D'après l'indicateur suivant, en France, l'importance de l'héritage aujourd'hui est redevenue comparable à ce qu'elle était au début du XXème siècle.

Évolution de la part de l'héritage dans le revenu disponible entre les années 1890 et 2010.
Pauvreté
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La pauvreté a des définitions toujours arbitraires, car elle est toujours en partie relative. Quoi qu'il en soit, il est clair que la situation tend à s'aggraver.

Le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté a augmenté. Il est en 2011 de 13,5% de la population métropolitaine.

En particulier, la catégorie la plus touchée est celle des jeunes : 22,5% des 18-24 ans vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté.

Viennent ensuite les personnes âgées.

Inégalités sociales[modifier | modifier le wikicode]

Il est de notoriété publique que les inégalités ont augmenté pendant cette période. L'épreuve des faits confirme amplement cette impression. A ce niveau-là, cela n'a aucun sens d'y voir une simple "dérive". C'est clairement l'effet d'une politique de classe, et d'un point de vue capitaliste, il ne pouvait en être autrement.

Évolution des inégalités sociales en France (BIP).

Source : Observatoire des inégalités

Dégradation des services publics[modifier | modifier le wikicode]

Le développement d'un certain nombre de prérogatives sociales confiées à l'Etat bourgeois est un acquis historiquement très récent. Loin de représenter "un problème sociétal", leur dégradation orchestrée par la bourgeoisie est un problème social, une attaque contre le prolétariat. En effet, des services comme l'éducation, la santé, l'énergie et les transports régulés... constituent un revenu socialisé d'autant plus important qu'on est pauvre.

«Les traitements de base des fonctionnaires semblent donc tous avoir été entraînés vers le bas, par le "tournant de la rigueur", entamé en fait dès 1982. Les syndicats de la fonction publique n'ont pas eu le pouvoir de (ou n'ont pas voulu) s'opposer à ces baisses de pouvoir d'achat. Nous émettons enfin l'hypothèse que l'acceptation par les fonctionnaires du déclin salarial se double d'un prix à payer très mportant, mais seulement en partie observé, en termes d'effort des agents, de qualité du service, et de qualité des recrutements. Le déclin salarial accompagne donc, selon toute vraisemblance, une décadence du service public lui-même, et dont les conséquences possibles à long terme sont inquiétantes.»[4]

La RGPP, lancée par Nicolas Sakozy en 2008, est directement une politique de sabordage des services publics et des conditions de travail des fonctionnaires : non remplacement d'un fonctionnaire sur 2, abandon de missions, restrictions budgétaires...

Éducation[modifier | modifier le wikicode]

Il y a une baisse de 9,1 points de la part d’étudiants issus de milieu modeste dans l’enseignement supérieur.

En 2010, les cours d'histoire-géo sont supprimés en classe de Terminale S, et dans la filière ES, les notions "sociales" sont abandonnées (chômage, partage de la plus-value, inégalités hommes-femmes, conflits au travail...).

Santé[modifier | modifier le wikicode]

Dérembrousements, franchises, sous-effectifs dans les hôpitaux ou dans certains régions rurales, traque contre les fraudeurs soit-disant responsables du trou de la sécu, fermetures d'hôpitaux... Le service public de la santé est en chute libre. Si bien que dans le si beau système de soins à la française :

  • 14% des gens renonceraient à des soins pour des raisons financières.
  • On a fini par descendre à 55% de remboursement des dépenses de soin courantes.
  • Entre 2004 et 2010, c'est plus de 3 milliards d'économies qui ont été réalisées sur le dos des usagers.

De nombreuses mesures ont été prises pour « rationaliser l'offre de soin », en réalité pour en réduire l'accès et pour opérer une privatisation plus avancée. En particulier, les opérations les plus lucratives et les investissements favorisent les cliniques privées, et les hôpitaux publics conservent les soins les plus coûteux avec des moyens réduits. Un rapport de la Cour des comptes en octobre 2011 a même mis en évidence des déséquilibres systématiques.

Il faut noter aussi que de nombreux centres pratiquant les IVG ferment ou voient leurs moyens réduits, ce qui porte atteinte au droit à l'avortement, qui tout en restant légal devient de plus en plus fictif.

Prisons[modifier | modifier le wikicode]

Cynique exemple que celui des prisons, un des "services publics régaliens" qui ne seront probablement jamais menacés d'existence par la bourgeoisie. En revanche ce sont les conditions d'existence des prisonniers qui sont menacées.

Gestion par le privé, prisonniers exploités...

Les prisons françaises sont les pires d'Europe selon Álvaro Gil-Robles (commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe). En 2005 il dira notamment (à propos d'un "dépôt" pour étrangers dans une prison à Marseille) :

« De ma vie, sauf peut-être en Moldavie, je n’ai vu un centre pire que celui-là ! C’est affreux ! Les gens s’entassent dans un sous-sol sur deux niveaux, sans aération. Ils se promènent dans une cour minuscule grillagée de tous côtés. Au second niveau, on marche sur la grille, au-dessus de ceux du premier niveau. Les fonctionnaires en sont eux-mêmes très gênés. Il faut fermer cet endroit, c’est urgent. »

Fiscalité régressive[modifier | modifier le wikicode]

La fiscalité est devenue de plus en plus régressive. Les grandes entreprises sont de moins en moins imposées, tandis que dans le contexte de baisse du salaire réel moyen, les impôts pèsent plus lourdement sur les travailleurs.

On peut relever :

  • les baisses de l’impôt sur le revenu ont atteint de 32,9 à 41,6 milliards d’euros, le nombre de tranches est passé de 13 en 1986 à 5 tranches en 2007, et le taux marginal d’imposition (celui sur la tranche la plus élevée du revenu) est passé de 65% à 41%
  • les entreprises ont bénéficié de 9,8 milliards d’euros de baisses, (crédit d’impôt recherche, du prêt à taux zéro ou encore de la taxation à taux réduit des plus-values à long terme de titres de participation)
  • l’impôt sur les bénéfices des sociétés, qui était de 45% en 1986, est aujourd’hui officiellement de 33,3 Mais le taux réel est de 18 %, et peut tomber à 8, 9 ou 13 % (quand ce n’est pas 0 comme Total) pour les très grandes entreprises.
  • l’impôt sur la fortune (ISF), qui rapportait un peu moins de 4 milliards d’euros, n’en rapportera plus que 2,3 milliards, (- 40 %) et on connaît le tour de passe-passe avec la suppression du bouclier fiscal.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

BIP 40
ACDC : les Autres Chiffres Du Chômage
Observatoire des inégalités