Secte politique

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Une organisation politique (par analogie avec la religion) peut être qualifiée de « secte ».

On parle aussi de sectarisme à propos de certaines tendances qui peuvent se manifester dans toute organisation.

1 Caractéristiques d'une secte politique[modifier | modifier le wikicode]

Le terme « secte » était employé au temps de Marx et Engels dans un sens beaucoup moins péjoratif que son sens actuel : ils l'appliquaient à des petits groupes essentiellement propagandistes, comme la Ligue des communistes à laquelle ils participaient. Pour eux, ce type de groupes peuvent avoir leur importance historique, mais deviennent des entraves s'ils sont incapables de se dépasser pour fusionner dans le « mouvement réel » (au sens de masse).

« Le contenu réel de la secte  [doit] être transféré comme élément enrichissant dans le mouvement général, comme l'ont fait toutes les sectes ouvrières du passé. »[1]

C'était notamment la raison de la motivation de Marx pour s'investir dans la direction de la Première internationale (1864-1873). Au sein de celle-ci, on trouvait aussi bien des partisans de Proudhon, de Bakounine que des partisans de Marx.

Par la suite en Allemagne, alors que le mouvement ouvrier était en train de s'organiser, il existait de petits partis socialistes : principalement le « Parti d'Eisenach » (organisé par Liebknecht, proche de Marx et Engels) et la « secte lassallienne ». Cette situation a conduit au congrès d'unification de Gotha, en 1875, qui fonde le Parti social-démocrate (SPD).

A plusieurs reprises, Marx exprime son agacement pour le type de fonctionnement auto-centré que semble développer systématiquement les sectes politiques, ce qui nuit à l'intérêt du mouvement ouvrier.

« La secte cherche sa raison d'être et son point d'honneur, non pas dans ce qu'il y a de commun au sein du mouvement ouvrier, mais dans sa recette particulière qui l'en distingue. »[1]

Il ne faut pas chercher à imposer au « mouvement de classe de se subordonner à un mouvement sectaire particulier. »

2 Sectarisme et gauchisme[modifier | modifier le wikicode]

En général, le sectaire évite les tests de la lutte de classe. Cela peut venir d'une conception idéaliste (croire que le parti révolutionnaire va grossir simplement par conviction de plus en plus de militants individuels, qu'il n'aura pas à lutter au côté de réformistes...), par crainte d’être tenté par l’opportunisme...

Une de ces tendances est celle qui oppose arbitrairement le programme maximum (révolutionnaire) et le programme minimum (les luttes pour les besoins immédiats de la classe ouvrière). Ce que l'on appelle le "gauchisme".

Par exemple, le sectaire applique le front unique en donnant des ultimatums aux dirigeants réformistes ou centristes et en ne souhaitant que les voir dire non. Il croit ainsi démasquer ces derniers aux yeux des masses. Or une telle procédure n’a qu’un caractère purement littéraire. Les dirigeants réformistes ne sont jamais démasqués parce qu’ils refusent de mettre en oeuvre une tactique ou une stratégie révolutionnaire, mais plutôt parce qu’ils refusent de combattre pour les intérêts immédiats des masses. Il faut savoir dénoncer une politique qui apparaît ouvertement comme une trahison ou une capitulation aux yeux des masses, mais il est stérile de rompre un front unique en dénonçant une politique non révolutionnaire auprès des masses non révolutionnaires.

3 Exemples[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement socialiste est d'abord apparu sous la forme de différentes sectes, autour de différents leaders. C'était particulièrement vrai pour les différents socialistes utopiques (Saint-Simon, Fourier, Owen...).

La fragmentation du mouvement socialiste en sectes a perduré en France jusqu’en 1905, quand un parti socialiste unifié a été formé. Les sectes ont continué d’exister dans de nombreux pays, comme en Grande-Bretagne, où la fédération social-démocrate prétendait représenter le socialisme « révolutionnaire ».

En 1892, Plékhanov, un des premiers marxistes russes, essaie d'aller plus loin que les petits groupes d'intellectuels qui font des cercles de discussion de théorie avec quelques ouvriers d'avant-garde. Il définit les termes de propagande et agitation, et écrit : « Une secte peut se satisfaire de la propagande dans le sens étroit du mot, pas un parti politique. »[2]

En 1971, Hal Draper quitte les International Socialists, en estimant que ce groupe était devenu une secte. A cette occasion il écrit un article remettant profondément en question les schémas dits léninistes.[3]

4 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 et 1,1 Karl Marx, Lettre à J. - B. von Schweitzer, 13 octobre 1868
  2. Plekhanov, Les tâches des socialistes face à la famine en Russie, 1892
  3. Hal Draper, Vers un nouveau départ. Une alternative à la micro-secte, 1971