Révolution chinoise (1911)

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La révolution chinoise de 1911, ou révolution Xinhai, fut une révolution bourgeoise avortée. Dirigée par Sun Yat-sen, elle puisait son inspiration dans les grandes révolutions bourgeoises en France et aux Etats-Unis.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Un pays semi-colonisé
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Au XIXème siècle, la Chine est victime de l'impérialisme européen. Les occidentaux ne colonisent pas directement et entièrement le pays, mais celui se voit imposer des traités inégaux, des missionnaires chrétiens, des territoires concédés à la France, l'Angleterre, l'Allemagne...

En 1885, le pays est contraint par la France de céder le Tonkin. Les européens et les Etats-Unis lui imposent des emprunts à taux élevés. Le Japon, nouvellement entré dans le cercle des impérialistes, lui démembre la Corée en 1895.

Le territoire chinois était largement atteint dans son intégrité. Hong Kong ou Taïwan étaient aux mains de puissances européennes, qui jouissaient en outre de "concessions" dans certaines villes (c'est-à-dire de zones directement administrées par l'Etat étranger).

Un Empire faible et impopulaire
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L'Empire chinois est alors un très vieil Etat féodal. Dans l'immense paysannerie du pays, l'accès à la terre est très inégal : 70% se partagent 15% des terres arables, tandis qu'une minorité de seigneurs ou de paysans riches en détient 65%. La morale confucianiste prêche bien entendu la soumission à tout ce qui est plus fort que soi.

Politiquement, cet Empire est faible et impopulaire. Complètement soumis aux appétits des puissances étrangères, il se charge principalement de faire pour eux un travail de police, en réprimant les mouvements contestataires et nationalistes, comme la révolte des Boxers en 1900. De plus, cet Etat est au bord de la banqueroute suite aux décennies de pillages.

Une bourgeoisie moderniste
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Mais l'industrie chinoise se développe rapidement, ce qui donne son essor à la bourgeoisie du pays, principalement dans le Sud littoral, depuis longtemps plus ouvert. Celle-ci est à la fois issue de l'artisanat ancestral (soie, porcelaine, bois, laque) et d'une nouvelle couche formée à l'étranger. Attirée par la modernité, mais désireuse de sortir de la tutelle des grandes puissances, cette bourgeoisie va se tourner vers la politique. L'ennemi principal : la dynastie mandchoue corrompue qui livre le pays aux occidentaux.

L'impératrice Ci-Xi était très conservatrice, mais elle était obligée de concéder des modernisations. D'un côté elle mit fin aux « cent jours de Kang » (1898), de l'autre elle proclame quarante édits : réformant les écoles, créant l’Université, instaurant un système judiciaire, un réseau postal, un code du commerce modernes, remplaçant les examens confucéens traditionnels par des concours ouverts sur la science…

Les avancées concédant des formes démocratiques-bourgeoises permettaient en retour un renforcement de la bourgeoisie. En 1909, les assemblées provinciales furent élues au suffrage censitaire, puis furent créées des chambres de commerce...

Le mouvement de Sun Yat-sen
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Le courant moderniste et anti-impérialiste de la bourgeoisie va notamment se regrouper autour de Sun Yat-sen. Ce dernier, médecin à Canton, est un intellectuel qui a fait ses études au Japon et aux États-Unis. Son parti (informel jusqu'en 1911-1912) recrute à l'origine principalement dans la petite et moyenne bourgeoisie (officiers, intellectuels, étudiants, commerçants, entrepreneurs des grandes villes portuaires).

Sun Yat-sen popularisait ses idées de façon synthétique, et quelque peu romancée, sous la dénomination de "Trois Principes du Peuple" : démocratie, bien-être, nationalisme. Il rêvait d'une république démocratique, qui assurerait un développement national, nationaliserait les terres et réaliserait une réforme agraire. En revanche il n’est absolument pas révolutionnaire et s’oppose à la lutte des classes. On trouve également une composante racialiste dans sa politique : c'est la "race Mandchoue" (l'ethnie des derniers emprereurs) qui serait responsable de la barbarie contre le "vrai peuple", la "race Han". Ces idées se répandent rapidement dans la nouvelle bourgeoisie et à l’Université, ainsi que dans l’émigration chinoise, qui le finance.

Sun commença à rassembler des soutiens politiques dans les années 1890, face à l'incapacité de la monarchie mandchoue à mettre en place des réformes démocratiques . Mais il ne chercha pas à construire un mouvement politique de masse : son mouvement se confina essentiellement à des activités conspirationnelles et terroristes (fondation de la société secrète Tongmenghui en août 1905). En 1905, des premier soulèvements échouent.

Evénements
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Soulèvement[modifier | modifier le wikicode]

A l'été 1911 éclatent des émeutes populaires dans le Hunan, le Hubei, le Guangdong et le Sichuan. Il s'agissait d'une lutte contre le gouvernement des Qing qui bradait les droits de la construction des chemins de fer aux impérialistes, sous prétexte de la nationalisation des chemins de fer. Cette lutte, appelée dans le Sichuan le mouvement de la défense des chemins de fer, devenait très acharnée, à tel point qu'elle se transforma au début de septembre en un soulèvement armé populaire.

Le 10 octobre 1911, un soulèvement des partisans de Sun Yat-sen réussit à Wuchang (province de Hubei), appuyée par une insurrection des soldats contre le gouverneur général de la région. Le mouvement, qui rassemble soldats, officiers, étudiants, bourgeois et ouvriers, s’étend peu à peu dans les provinces centrales et méridionales de la Chine. Vers la fin de novembre, parmi les 24 provinces et régions que comptait la Chine, 14 se déclarèrent indépendantes. Les provinces du Jiangsu et du Zhejiang forment une armée coalisée révolutionnaire qui prend Nanjing le 2 décembre au bout de rudes combats.

La République de Chine est proclamée à Nanjing et Sun Yat-Sen en devient le président provisoire. 

Le gouvernement qui en est issu est très faible, et très lâche dans son organisation. Le mouvement populaire, inorganisé, le laisse aux mains d'un vieil appareil militaro-bureaucratique, qui refuse de donner la terre aux paysans, et laisse inchangés les rapports de propriété.

Sun Yat-Sen tente tous les compromis. Il s'allie à la riche bourgeoisie des assemblées provinciales et des chambres de commerce, devient président de la république le 1er janvier 1912, et cherche à obtenir la reconnaissance internationale du nouveau régime chinois. Le général Yuan Shikai pousse le jeune empereur à abdiquer le 12 février.

Réaction militaire
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Yuan Shikai est le chef de la principale armée chinoise (l'armée du Beiyang), et cela lui procure un moyen de pression colossal. Il a de plus le soutien tacite des impérialistes, qui le préfèrent de loin à Sun Yat-sen, dont le nationalisme met potentiellement en péril le système semi-colonial. La grande bourgeoisie sur laquelle Sun s'est appuyée n'est pas révolutionnaire, et est prête à s'accomoder d'un statut de bourgeoisie comprador. Sun est donc évincé par la droite, ayant renoncé à s'appuyer sur un mouvement populaire. En mars 1912, il cède la présidence à Yuan Shikai.

En mars, une constitution provisoire est déclarée, et en août et septembre, une assemblée de députés créée. Le 25 août 1912, Sun Yat-sen fonde le Kuomintang (littéralement "parti nationaliste") qui est d'emblée une force politique majeure du pays, et remporte notamment les élections à l'Assemblée. Mais l'éxécutif est aux mains de la réaction, qui très vite montre son intention de continuité avec l'ancien régime. Il projette notamment d'importants emprunts à l'étranger, ce qui provoque la colère du Kuomintang.

Dès la fin de 1912, une répression sournoise est orchestrée contre les militants du parti nationaliste. En novembre 1913, Yuan Shikai déchire brutalement le voile démocratique de l'Etat et interdit le Kuomintang ainsi que tout journal d'opposition. Sun Yat-sen fuit au Japon et appelle à une deuxième révolution. En 1914, Yuan Shikai dissout ce qui reste du parlement, nomme des parlementaires à sa solde, des gouverneurs militaires à la place des gouverneurs civils, et remplace la constitution de 1912 par un texte lui accordant plus de pouvoir...

La réaction est à son comble lorsque Yuan Shikai s'autoproclame Empereur en 1915.

Suites[modifier | modifier le wikicode]

Morcèlement du pays[modifier | modifier le wikicode]

Face à la restauration impériale de Yuan Shikai, des généraux républicains du Sud de la Chine se soulevèrent, et Yuan dut démissionner. Mais l'armée était profondément divisée en zones d'influences des différents potentats. Sun échoua à réunifier le pays, et ne contrôla plus que le Sud, où survit formellement la République de Chine. L'époque des seigneurs de guerre s'ouvrait, et bloquait la Chine pour longtemps dans des survivances de féodalisme.

Essor du mouvement communiste[modifier | modifier le wikicode]

Parallèlement à ces événements, les grandes villes de Chine connurent un fort bouillonnement intellectuel. La révolution de 1911 libère beaucoup d'esprits, notamment dans les Universités. Les ouvrages et courants de pensée occidentaux sont découverts avec passion, et les revues se multiplient.

Un certain Chen Du Xiu est alors professeur à l'Université de Shanghai et dirige La Jeunesse, journal majeur de l’avant-garde de l'époque. Mais ce n'est qu'à partir de 1917, avec le coup de tonnerre de la Révolution d'Octobre du lointain voisin russe, et avec l'envoi de délégués bolchéviks, que le marxisme se diffusera en Chine. Chen Du Xiu cofondera le Parti Communiste Chinois en 1921 à Shanghai, et bien qu'à l'origine seulement composé d'intellectuels, ils trouvera très rapidement une forte base sociale dans les concentrations ouvrières naissantes. Les bases étaient posées pour les événements révolutionnaires de 1925-1927.

Lénine et la révolution chinoise[modifier | modifier le wikicode]

Lénine s'intéressait de près à ces événements. Même si à cette époque il n'y avait pas de mouvement ouvrier autonome dans l'Empire chinois, il soutenait la révolte populaire - même dirigée par des bourgeois - contre les impérialistes occidentaux et japonais. Il soulignait la portée mondiale de cette lutte, qui « apportait l'affranchissement à l'Asie, et qui ébranlait la domination de la bourgeoisie européenne ». En 1912-1913, Lénine a écrit plusieurs articles politiques sur la Chine : La démocratie et le populisme en Chine, La Chine rénovée, Une grande victoire de la République chinoise, L'éveil de l'Asie, L'Europe arriérée et l'Asie avancée et La lutte des partis en Chine.

Pour sa réflexion personnelle, on peut noter qu'avant l'expérience de la Russie en 1917, il étudiait la capacité des bourgeois libéraux à mener une révolution démocratique, ou pas. Ainsi il écrivait[1] :

« Les paysans réussiront-ils, sans la direction du parti du prolétariat, à conserver leur position démocratique contre les libéraux qui n'attendent que le moment opportun pour se jeter à droite? C'est ce que montrera un proche avenir». La Chine rénovée, Pravda, 7 novembre 1912

Et quelques mois plus tard, après la capitulation devant la réaction de Yuan Shikai :

«Les révolutions de l'Asie ont montré la même absence de caractère, et la même bassesse du libéralisme, la même importance exclusive d'une indépendance des masses démocratiques, la même délimitation précise entre le prolétariat et toute la bourgeoisie. » Les destinées historiques de la doctrine de K. Marx, 1913

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Le mouvement social en Chine (III), Bibliothèque internationale de la Gauche communiste