Guerre d'Algérie

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Algérie1962.jpg

La guerre d'Algérie (1954-1962) est le mouvement de lutte de masse et de lutte armée qui a conduit l'Algérie à se libérer de la colonisation française.

L'Algérie française[modifier]

Colonisation[modifier]

La colonisation de l'Algérie a été l'une des plus brutales. Rien que la conquête dure une quarantaine d'années et réduit d'un tiers la population algérienne. Pour faire face à la résistance, les colonisateurs usent des méthodes les plus barbares. L'un des généraux les plus connus de cette conquête, le général Bugeaud, s'est illustré en France par la répression des insurrections ouvrières du début des années 1830, notamment celle de la rue Transnonain en 1834, il retourne en Algérie par la suite et expérimente les procédés des enfumades, où quand un village algérien lui résiste, il enferme ses habitants dans une grotte dont il enfume les entrées, les incarcérés mourant d'étouffement ou bien carbonisés.

Tocqueville présentait ainsi cette opération de conquête que certains appelaient l'oeuvre de civilisation de la métropole :

« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux »

Pour Tocqueville, un des idéologues de la bourgeoisie conquérante, il fallait bien justifier ces milliers de morts, puisque la colonisation rapporte. Le colonialisme sert en effet considérablement les appétits de sa classe dirigeante. Le système colonial présentait le double avantage de servir de débouchés aux produits manufacturés et de réservoir de matières premières pour la métropole.

Les terres les plus fertiles de la Mitidja (côte) étaient exploitées par les Européens tandis que les terres arides, rocailleuses étaient laissées aux Algériens, précédemment expropriés des terres fertiles. On en arrive ainsi à l'aberration suivante : si les européens ne représentent même pas 10% de la population, ils exploitent 25% des terres et réalisent 55% de la production.

De nombreux déclassés du sud de la France et du sud de l'Europe immigrèrent en Algérie, convaincu par la propagande gouvernementale qu'il s'agissait d'un El Dorado, où n'importe qui pouvait rapidement s'enrichir. Au lieu de cela, ils se retrouvaient entassés dans les quartiers populaires des grandes villes, à travailler comme ouvriers à des salaires bien inférieurs à ceux de la métropole. Mais la propagande et les préjugés racistes rendaient difficile la convergence et les luttes communes avec les Algériens.

L'État français tenait particulièrement à conserver l'Algérie, parce qu'il s'agissait d'une colonie de peuplement, et parce qu'elle y avait des intérêts économiques importants.

Résistances et tentatives d'anticolonialisme communiste[modifier]

Beaucoup de résistances prennent la forme individuelle du banditisme, qui est très répandu. Il y a également des regroupements modérés des élites algériennes.

Pendant la Première guerre mondiale, les colonies vont servir de réservoir de soldats et de main d'œuvre pour les usines qui tournent à plein régime pour l'armée. Un demi-million de colonisés arrivent en métropole. Certains entrent alors en contact avec le mouvement ouvrier français. Le jeune Parti communiste, créé en 1920, est initialement très impliqué dans l'agitation anti-impérialiste, selon l'orientation de la Troisième internationale. Il va se donner quelques moyens pour organiser ces travailleurs coloniaux, notamment en mettant en place l'Union Intercoloniale. Celle-ci dispose d'un journal, Le Paria, imprimé sur une unique page de grand format, et propose des articles en différentes langues s'adressant directement au prolétariat colonisé de métropole, portant sur l'exploitation en France, ou la dénonciation des exactions coloniales à l'étranger. Le Paria a une tonalité communiste assumée et milite pour favoriser, malgré les distinctions de statut et de couleur de peau, pour l'unité de la classe dans son combat. Il dénonce les compromissions de ses élites nationales avec la colonisation. Ainsi en 1924 Le Paria publie un article au vitriol sur l’« infamie de la bourgeoisie algérienne », faisant référence aux «marabouts débauchés, … caïds, serviles chefs et … élus indigènes répugnant de lâcheté et de trahison » qui « étaient les agents de l'impérialisme français ». L’article concluait: « Il apparaît donc indéniable que l'émancipation des indigènes algériens sera l'œuvre des exploités eux-mêmes ». En l'espace de quelques mois, l'Union Inter-coloniale remporte un réel succès. Rapidement, elle compte 3500 adhérents.

En 1925, Lamine Senghor (communiste sénégalais) donne un exemple intéressant de ce que pouvait donner l'union des travailleurs coloniaux et colonisés. Il rend compte dans Le Paria d’une grève de quatre jours des chemins de fer au Sénégal. La compagnie avait proposé des augmentations de salaire pour les travailleurs européens, en compensant par des coupes pour les travailleurs indigènes. « Par une conscience admirable de classe » dit l'article, les travailleurs européens refusèrent. La grève gagna la demande originelle d’augmentations pour les travailleurs européens et sénégalais.

Mais les choses se compliquent avec la « bolchevisation », c'est-à-dire la stalinisation du PC à partir de 1924. La bureaucratie soviétique entreprend de placer ses hommes de mains, des carréristes sans expérience révolutionnaire, à la tête des PC. En France, c'est le moment où Cachin et d'autres prennent le dessus sur les internationalistes, ceux qui avaient résisté au délire nationaliste durant la Première guerre mondiale. Ces militants internationalistes (Rosmer par exemple) étaient précisément ceux qui animaient et avaient impulsé le travail de l'Union Intercoloniale, malgré certaines résistances de l'appareil. La mise à l'écart des internationalistes ou leur exclusion du PC affaiblit donc le travail en direction du prolétariat colonial et dès 1926, Le Paria cesse de paraître.

Le PC continue néanmoins un certain temps le combat anticolonialiste, comme en 1927 pendant la guerre du Rif, ou encore en 1931 en organisant une exposition anticoloniale pour faire le pendant de l'exposition coloniale.

L'effet de la stalinisation[modifier]

Mais quand après la prise de pouvoir d'Hitler, Staline cherche à faire alliance avec les démocraties bourgeoises, la France et la Grande-Bretagne, le PC se met à collaborer avec la politique intérieure de la bourgeoisie en France, et à cautionner son colonialisme à l'extérieur.

1936 n'est pas une année agitée seulement en France. En Algérie les grèves commencent lorsque 54 chantiers du bâtiment s'arrêtent le 6 juin 1936. Puis la grève s'étend comme une traîné de poudre, et certaines usines, comme celles du liège (secteur important) sont occupées par des travailleurs algériens. Ces grèves ont le même caractère spontané qu'en France et n'ont pas été préparées, ni par le PC ni par la CGT. L'attitude de leurs militants va être contrastée. Lors des meetings ouvriers, réunissant des milliers de travailleurs algériens et européens, certains militants du PC n'hésitent pas à s'adresser en arabe et en français à tous les travailleurs présents. Mais d'autres, conformément à la position du PC ne vont pas pousser ces grèves, bien au contraire, ils vont parfois jusqu'à s'y opposer quand elle n'entraîne que des travailleurs algériens. A Djidjelli, en Kabylie, trois usines de liège sont occupés par les travailleurs algériens de la boîte sans le soutien de leurs camarades européens. La CGT s'oppose en effet à cette grève, et après une semaine d'occupation fait rentrer sous double escorte (tirailleurs sénégalais et gardes mobiles) les non grévistes européens. Les grévistes refusent de se laisser faire et le combat éclate, faisant 47 blessés graves.

Pire encore, en 1937, le Front Populaire fait interdire une organisation nationaliste, L'Etoile Nord Africaine (ENA), anciennement lié au PCF. Et le PC, membre du Front Populaire, n'y trouve rien à redire. Bien au contraire, Maurice Thorez déclare même à cette occasion :

« Dans les conditions actuelles, l'intérêt des populations indigènes de l'Afrique du Nord, comme de toutes les populations françaises, est de rester liées à la métropole dans une même tâche de défense de la paix. »

Le Parti Communiste lâche les peuples colonisés qui ne peuvent rechercher de son côté un quelconque outil pour leurs luttes. Cette politique a des conséquences catastrophiques car elle discrédite les idées communistes, et pousse les Algériens à chercher des perspectives du côté des populistes ou des nationalistes. Ce sont eux qui à la fin de la guerre, sont à l'initiative de la contestation de la colonisation.

De l'ENA au FLN[modifier]

Après son interdiction en 1937, l'ENA (première organisation nationaliste algérienne), se renomme Parti du Peuple Algérien. C'est de cette organisation qu'émerge le Front de Libération Nationale (FLN). Le PPA est dirigé par Messali Hadj, qu'on appelle souvent le père fondateur du nationalisme algérien. Il a un passé de militant du PC, mais l'a quitté rapidement, et demeure surtout convaincu par les idées nationalistes.

Le PPA se dote d'une structure légale, le MTLD qui participe aux élections, mène les campagnes etc. En son sein se distinguent deux tendances :

  • les centralistes, misent sur l'autonomie par étapes et sont favorables à des compromis avec la colonisation.
  • la plupart des militants plus jeunes, en désaccord avec cette ligne, militent pour l'indépendance immédiate et veulent passer à la lutte armée.

En 1951, lors de l'arrestation de militants qui pratiquent une action armée contre l'autorité coloniale, les centralistes vont désavouer publiquement ces militants et nier leur appartenance à l'organisation pour ne pas compromettre l'existence de leur appareil. En 1953, ils refusent de voter contre le budget municipal de la mairie d'Alger, ce qui est une étape supplémentaire d'intégration dans les institutions coloniales.

Les jeunes vont alors rompre et passer à l'action. Ils sont une trentaine en septembre 1954, mais arrivent à rallier quelques sections du PPA et surtout quelques maquis de bandits. Le 1er novembre, à moins d'un millier, ils déclenchent l'assaut qui va aboutir à la mise hors jeu du colonialisme français en Algérie.

Massacres de Sétif et Guelma[modifier]

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, De Gaulle fait des déclarations parlant d'une indépendance possible des colonies après la victoire. Le 8 mai 1945 donc, les Algériens fêtent l'armistice en pensant voir venir l'Indépendance. A Sétif et Guelma, des manifestations, drapeaux algériens déployés, rassemblent des dizaines de milliers de personnes. La police intervient, tire et fait plusieurs morts dans la foule. C'est le début d'une répression qui fait 40 000 morts dans la région. Voilà comment l'armée rappelait sa domination sur l'Algérie française.

L'Humanité du 9 mai, soutenant le gouvernement français, qualifie les manifestants de Sétif de « provocateurs hitlériens» et titre même : « A Sétif, attentats fascistes le jour de la victoire ». De son côté, le Parti communiste algérien (PCA) demande au Gouvernement Général d'Alger « que soit réprimée la provocation des agents hitlériens camouflés dans le PPA et d'autres organisations qui se prétendent démocratiques. » Le PCF, tout comme le PCA, se trouvent ainsi totalement discrédités.

La guerre de libération[modifier]

Contexte de luttes anti-coloniales[modifier]

L'indépendance de l'Algérie est conquise dans une période de grandes luttes révolutionnaires anticolonialistes. La fin de la Seconde guerre mondiale, un peu à l'image de ce qui s'est passé à la fin de la Première guerre mondiale, connaît une vague révolutionnaire d'un type un peu particulier, dans les pays colonisés. L'Indochine, la Chine, La Malaisie connaissent de véritables mobilisations populaires qui tentent de s'arracher à la domination impérialiste.

Le 1er novembre 1954, le FLN lance une série d'attaques, ciblées et coordonnées sur des points stratégiques de l'Algérie française. C'est alors un groupe presque inconnu des services de renseignements français. Ces militants sont peu nombreux, isolés des autres organisations politiques, dans la clandestinité la plus parfaite et pourtant, en quelques mois, ils parviennent à emmener la majorité des Algériens derrière eux.

Le 5 janvier 1956, d'immenses ressources pétrolières et gazières sont découvertes dans le sous-sol saharien , contribuant à prolonger la guerre de plusieurs années autour de cet enjeu.

Répression par le gouvernement français ("de gauche")[modifier]

Le PS (SFIO) est à la tête du gouvernement de 1954 à 1958 et c'est lui qui va mener l'offensive sur cette première phase de la guerre d'Algérie. De 1954 à 1957, c'est sous la présidence de Pierre Mendès France, d’Edgar Faure puis de Guy Mollet que l'Etat français lutte contre l'indépendance algérienne. De crédits militaires en crédits militaires, les troupes de l'armée française en Algérie passent de 50 000 à 500 000. Pour Mitterrand, ministre de l’intérieur : « L'Algérie c'est la France, et qui d'entre vous n'utiliserait pas tous les moyens pour préserver la France ? ».

Et tous les moyens sont utilisés. L'Etat français élabore, à l'aide de toutes ses institutions, (armée, justice, police, gendarmerie, dirigeants politiques (et même universitaire notamment en sociologie et anthropologie, Pierre Bourdieu écrivant des brochures de propagande à ce sujet[1]), une stratégie de guerre contre-révolutionnaire.

L'objectif est de couper les foyers d'insurrection, les maquis, de leurs milieux. Ce « milieu », civil, fournissent effectivement des vivres, des finances et des renseignements sur les mouvements de l'armée française. L'Etat français met en place la "politique du regroupement". En clair, il créé des camps de regroupement dans lesquels tous les habitants d'une zone sont contraints de s'installer. Les populations rurales se retrouvent parquées comme du bétail dans des camps, ne pouvant plus continuer à exploiter leurs terres, et sont soumises aux rations alimentaires concédées par les autorités françaises. Et lorsqu'un camp est suspecté de détenir des informations sur les maquis FLN, les rations sont totalement suspendues jusqu'à ce que les informations en question soient livrées, quitte à ce que la moitié meurre de faim.

D'après le rapport parlementaire du député Rocard, la mortalité dans ces camps est très élevée. Les enfants sont les plus frappés, près de 500 enfants y meurent chaque jour. En 8 ans, ces camps concentrent 2 300 000 personnes, soit presque le tiers de la population algérienne.

Les bombardements et la mise à sac de villages entiers affaiblissent encore le « milieu » du FLN. La traque du FLN peut commencer. Pour cela, un important relais d'informations est mis en place. 584 centres de tortures sont recensés dans lesquels des centaines de milliers d'Algériens transitent. Paul Teitgen, préfet d'Alger, ne s'y trompe pas. « Notre gouvernement en Algérie, c'est la torture ». Et pourtant, malgré l'évidence de la torture aucun tortionnaire, et encore moins les politiques qui les couvrent, Mitterrand, Mendès France, Malraux, Chaban-Delmas... n'ont été inquiétés par la justice. Et quand, il y a quelques années, le général Aussaresses admettait publiquement avoir pratiqué la torture, Jospin, premier ministre à l’époque, eut cette réplique mémorable : « Laissons travailler les historiens ».

En 1957, toujours sous la présidence de Guy Mollet (SFIO), le gouvernement met les moyens pour frapper le FLN. Les effectifs militaires sont portés à leur maximum. Les pouvoirs spéciaux à l'armée (qui lui donnent des pouvoirs de police de justice...) ont été adopté en mars 1956, grâce à l’unité de la gauche, du Parti Communiste aux radicaux de gauche. Ils donnent toute latitude à l'armée pour mater coûte que coûte la rébellion.

Hégémonie du FLN[modifier]

Le FLN est, d'un point de vue militaire, largement dépassé par l'armée française. Mais sur le plan politique, il marque des points importants dans les premières années de la guerre. En 2 ans, il s'impose presque comme l'unique représentant du peuple algérien. Pour cela, le FLN a premièrement su rallier très largement derrière lui, en gagnant y compris les couches privilégiées de la société à sa politique.

Après l'insurrection, il rallie ainsi les notables locaux, la bourgeoisie algérienne ou les oulémas, docteurs de la foi islamique. L'oppression coloniale touchant toutes les couches de la société, même les notables, qui jusque là ménageaient leur place au sein de la société coloniale, décident de rejoindre cette révolte généralisée. Dans cette révolte anticoloniale, il y a la révolte de tout un peuple. Mais ce peuple n'est pas homogène et, comme dans toutes les sociétés, est traversé par des classes sociales. D'où la nécessité de savoir quelle classe dirige ce front hétéroclite. Qui va jouer le rôle moteur derrière lequel va se ranger le reste de la société algérienne ? Mais ce n'est pas la CO qui prend la direction du mouvement. La petite bourgeoisie des villes, (pourtant bien plus faible encore numériquement) avec le FLN, se retrouve à l'offensive.

En effet, les couches privilégiées de la société algérienne sont habituées à fréquenter les institutions coloniales avec lesquelles elles se sont fortement compromises par le passé. L'UDMA ou les Oulémas par exemple qui rejoignent le FLN en 1955 – 56 et se sont montrés avant 1954 très liés aux institutions coloniales, qu'ils cogèrent dans la mesure où le colon leur laisse quelques parcelles de pouvoir dont ils se contentent. Jacques Chevalier, maire d'Alger, les surnommait avec un respect manifeste, « les domestiques », ou, au choix, « les pantins ».

De même, l'armée algérienne intègre au fur et à mesure de la guerre, de plus en plus d'ex-officiers de l'armée française. Ceux-ci ont pourtant participé à des opérations de répressions en Indochine, voire même en Algérie, et reproduisent au sein même de l'armée indépendantiste les méthodes de l'armée française (bastonnades, chambres de tortures contre les soldats trop peu obéissants ou contre les opposants à la ligne politique...). Méthodes qui n'ont rien à voir avec l'émancipation des masses algériennes.

Le propre de ces courants, nationalistes modérés ou radicaux, est de craindre deux adversaires : l'impérialisme français, mais aussi la mobilisation populaire. Pour cette petite bourgeoisie, ou cette bourgeoisie algérienne, l'indépendance nationale doit leur permettre d'exercer le pouvoir, de faire des affaires, de fortifier leur place et la puissance de leur classe au niveau international, de négocier vis-à-vis de l'impérialisme une plus grande part du gâteau, voire pour les plus radicaux, le gâteau des ressources nationales en entier...

Le FLN se retrouve donc dans une situation contradictoire, celle de lutter pour l'indépendance et donc de faire appel aux masses populaires sans lesquelles cette perspective est inatteignable mais dans le même temps, maintenir un contrôle sévère sur cette mobilisation populaire. Pour contrôler les masses, le FLN élabore donc une politique de mobilisation qui maintienne à distance les masses des décisions politiques qui la concernent. La façon dont le FLN met en place l'impôt obligatoire, et la façon dont elle le perçoit sont assez révélatrices du contrôle étroit que le FLN veut exercer sur les masses.

Dans l'émigration, l'organisation décide d'imposer les Algériens non pas en fonction de leur date d'adhésion au FLN, mais à partir du 1er novembre 1954. L'adhérent le plus tardif a un solde de cotisations à rattraper. C'est la technique de «l'arriérage». Certains émigrés préfèrent nomadiser à travers la France pour échapper aux balles des collecteurs de fonds. L'arrivisme de cadres ajoute aux dégâts provoqués par ces pratiques. Pour grimper dans la hiérarchie, mieux vaut améliorer la collecte financière. Les «percepteurs» multiplient les amendes sous divers prétextes (consommation d'alcool, retards de paiement, etc.) et les comptabilisent en gonflant le chiffre des «contribuables». Impôt, contribuable... ce sont les termes qu'utilisent à dessein le FLN, qui se projette comme futur appareil d'Etat)[2].

Pareillement, dans les villes, le FLN privilégie à partir de 1956, la tactique du terrorisme (des attentats visant y compris les civils européens) plutôt que de miser sur le mouvement ouvrier. L'action individuelle, aisément contrôlable par la direction du parti plutôt que le mouvement de classe, que le FLN rejette explicitement dans ses statuts. Dans son programme, le FLN nie l'existence d'une bourgeoisie nationale tout comme celle d’une classe ouvrière, et par conséquent d'un rôle spécifique, dirigeant de cette classe dans tout processus révolutionnaire. Quand elle est évoquée, c'est par la méfiance qu'elle suscite. C'est particulièrement clair chez un intellectuel tiers-mondiste comme Frantz Fanon, militant également du FLN, qui affirme :

« Dans les pays colonisés, le prolétariat a tout à perdre. Il représente en effet la fraction du peuple colonisé nécessaire et irremplaçable pour la bonne marche de la machinerie coloniale : conducteurs de tramways, de taxis, mineurs, dockers, interprètes, infirmiers, etc. Ce sont ces éléments qui par la place privilégiée qu'ils occupent dans le système colonial constituent la fraction « bourgeoise » du peuple colonisé ».

En revanche, et c'est tout à fait dans l'ambiance tiers-mondiste de l'époque, la classe révolutionnaire par excellence, c'est la paysannerie, qui n'est pas auto-organisée, mais enrégimenté dans des unités militaires où la discussion politique n'est pas conseillée[3].

La bataille d'Alger[modifier]

La classe ouvrière, malgré sa faiblesse relative, encore que numériquement, elle n'est pas moins importante que la petite bourgeoisie urbaine dont sont issus les leaders du FLN, a pourtant montré au cours de la guerre sa capacité à se mobiliser. En juin 1956, une grève de 24 jours à l'usine métallurgique SOMEL parvient à imposer la reconnaissance du syndicat algérien UGTA. Le 15 août 1956 commence également une grève contre le renvoi de syndicalistes, grève qui s'étend quelques temps largement en Algérie et est relayé par des meetings syndicaux de l'UGTT en Tunisie et de l'UGM au Maroc. La grève générale de janvier 1957 est, quant à elle, massivement suivie. Mais cette grève générale, appelée par le FLN, cantonne fermement l'expression de la classe ouvrière algérienne à un soutien passif de sa politique diplomatique et non à une organisation active en comité de grève ou autre. Il s'agit d'attirer l'attention de l'ONU qui doit, simultanément, examiner la question algérienne, et non d'organiser la classe ouvrière sur ses propres objectifs. Quitte à exposer dangereusement ces militants de terrain. La durée de 8 jours, exceptionnellement longue, correspond au calendrier de l'ONU, mais entraîne la destruction du militantisme ouvrier à Alger et ailleurs. A Alger, plusieurs milliers de personnes sont arrêtés, placés en centre d'hébergement et torturés (notamment par un certain Jean-Marie Le Pen).


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Car à l'occasion de cette grève générale, le gouvernement décide de frapper au cœur le FLN. Les paras du général Massu sont envoyés à Alger. Le général Massu se voit confier la totalité des pouvoirs civils et militaires. Pour autant, l'ampleur de la répression et toute l'horreur qu'elle concentre ne sont pas la seule responsabilité des militaires. Comme le signale justement l'historien Yves Courrière : « Il ne faut pas l'oublier, bons ministres de « gauche », préfets honnêtes, grands administrateurs, hauts fonctionnaires de grande classe, tous disent à Massu à la veille de la « bataille d'Alger » : « Il faut y aller, par tous les moyens. Il faut que ça saigne. Voilà tous les pouvoirs de police. On vous couvre. »

Et la bataille d'Alger est un succès considérable. En l'espace de six mois, le FLN est brisé à la tête. Les paras arrêtent tous les suspects recensés dans les fiches de la gendarmerie, en charge auparavant du renseignement. Qu'ils soient apparentés FLN, MNA ex MTLD ou tout simplement présents dans les fiches de la gendarmerie pour banditisme, tous sont arrêtés puis soumis à la « question ».

Les procédés de torture sont systématiques pour faire parler les suspects : la gégène, l'eau, le tabassage, la pendaison par les pieds, l'absence d'hydratation durant plusieurs jours successifs... Une fois que le prisonnier a parlé ou s'il s'avère trop coriace, il est exécuté lors des « corvées de bois » ou des « simulations d'évasion », ou enfin par le procédé de la « crevette Bigeard », du nom du général français qui cimentait les pieds des détenus encore vivants avant de les jeter à la mer du haut d'un avion.

La "victoire"[modifier]

Sur le terrain, la bataille d'Alger est donc une victoire française. Mais le terrain militaire n'est pas tout. Et le gouvernement, tout comme probablement un certain nombre de militaires en sont conscients. Le contexte mondial est à la décolonisation, et l'Algérie ne peut rester française indéfiniment. Il s'agit donc d'imposer par un rapport de force militaire, une indépendance politique qui soit le moins défavorable à la France. Dans le même temps, faire passer aux ultras de l'Algérie française, qu'ils devront, physiquement, lâcher le terrain. Pour s'imposer sur ces deux fronts, De Gaulle, général réactionnaire, est porté au pouvoir par une manifestation à Alger le 13 mai 1958, qui débouche sur un véritable putsch à l'initiative des généraux les plus réactionnaires. La IVe République, incapable de gérer la crise politique que déclenche la guerre d'Indépendance est achevée par ce putsch. De Gaulle n'allait pas moins mener la même politique, écraser le FLN pour négocier ou tenter de négocier l'hégémonie de la France après l'indépendance.

L'armée française est donc utilisée pour défaire les maquis de l'intérieur, le Plan Challe (une offensive militaire), de 1959 à 1961, les affaiblit considérablement.

Les négociations pour l'indépendance peuvent donc commencer. Et dans ces négociations, en tout cas, sur le papier, la France s'en sort très bien.

Dans la partie rendue publique (diplomatie secrète y compris du côté du FLN) en 1962, ces accords spécifient que :

« L'Algérie garantit les intérêts de la France et les droits acquis des personnes physiques et morales [c’est à dire les entreprises] dans les conditions fixées par les présentes déclarations. En contrepartie, la France accordera à l'Algérie son assistance technique et culturelle et apportera à son développement économique et social une aide financière privilégiée. »

Derrière ces « garantis », tentait de se cacher une véritable hégémonie de la France sur les ressources algériennes. Dans ses mémoires, le général De Gaulle se fait plus disert. Il explique ainsi que :

Les accords d’Evian garantissaient « des droits privilégiés pour nos recherches et notre exploitation du pétrole du Sahara ; la poursuite de nos expériences atomiques et spatiales dans le désert ; la disposition de la base de Mers El Kebir et divers aérodromes assurée à nos forces pendant au moins quinze années ».

L'injustice est flagrante. En 1963, les sociétés pétrolières françaises en Algérie (comme ELF) réalisent quatre fois plus de profits que l'Algérie toute entière. Ce type de relation totalement asymétrique existait dans tous les domaines de l'économie, du secteur bancaire à l'agriculture.

L'Algérie conquiert donc son indépendance en 1962. Des scènes de liesse dans toutes les villes accueillent cette victoire.

1962 - 1965 : L’Algérie socialiste ?[modifier]

Pourtant, la bourgeoisie algérienne tente après 1962 de sortir de cette tutelle et explore plusieurs voies .

Les avancées sociales[modifier]

Cette politique de développement national a permis une certaine amélioration des conditions de vie, par rapport à l'époque coloniale où seuls les profits des colons étaient pris en compte. Des avancées sociales importantes ont été réalisées grâce à l’indépendance. Les hôpitaux par exemple. Avant l’indépendance, ceux-ci n’étaient construits que là où il y avait des européens. La santé s’ouvre donc plus largement avec l’indépendance. Le taux de mortalité infantile passe de 180 pour mille en 1952, à 28 pour mille aujourd’hui. C’est le cas des écoles également où le taux de scolarisation passe de 10% à 70% dans le même intervalle.

L'autogestion[modifier]

Il se produit à ce moment une situation relativement exceptionnelle : en quelques mois la plupart de la classe dirigeante quitte le territoire algérien, et fait disparaître des pans entiers de l'appareil d'Etat, laissant une situation de vide...

On retrouve alors beaucoup d’aspirations populaires à travers les tentatives d'autogestion. En juillet 1962, nombre de paysans décident de reprendre les terres et les fermes abandonnés par les colons, le secteur le plus moderne de l'agriculture. C'est peut-être 10% des terres qui en quelques mois sont prises spontanément par la paysannerie, les anciens ouvriers de ces fermes qui deviennent ouvriers et gestionnaires de l'exploitation. On dénombre même des cas, dans le secteur industriel, de reprise d'usines.

Le premier effort du FLN sera de reconstruire un appareil d’État, à commencer par l'armée. Il s'appuie sur l'armée des frontières. Même si rôle est marginal pendant la guerre, cette armée située aux frontières avec le Maroc et avec la Tunisie, comprend 60 000 hommes. Séparée du territoire algérien à partir de 1958 par une ligne électrifiée difficilement franchissable, elle amasse des forces dans la perspective de l'indépendance de façon à exercer l'autorité dans l'après-indépendance.

Quelques mois plus tard, en mars 1963, Ben Bella s'attarde sur le problème de l'autogestion. Peu enchanté par le phénomène mais devant le fait accompli, il dote ces structures de décrets régissant leur fonctionnement. L'objectif étant de contrôler, de faire rentrer dans le rang une expérience qui pourrait le déborder et donner à la classe ouvrière des idées mettant en péril son pouvoir...

Ces décrets règlent le fonctionnement des entreprises autogérées en instituant à la base :

  • une assemblée générale des travailleurs.
  • un comité de gestion, élu mais contrôlé par le FLN.
  • un directeur qui lui, est nommé par l'Etat dans les entreprises importantes

Rapidement, ces comités de gestion se détachent de la base, qu'ils ne rencontrent que très rarement, y compris dans des petites structures, et se font surnommer « nouveaux patrons » par les travailleurs.

Exemple de l'usine textile de Fort de l'Eau en 1963 : 76 salariés. Salaires des ouvriers 24 000 francs. 90 000 pour les membres du comité de gestion et 110 000 pour le directeur.

Une journaliste rapporte ainsi sa discussion avec le comité de gestion :

_ L'usine, ça va. Les ouvriers sont contents du travail mais ils se plaignent du comité et même la production a un peu diminué.
_ Pourtant ce sont les ouvriers qui vous ont nommés ? Comment s'est constitué ce comité ?
_ Eh bien, nous nous sommes présentés. Certains travaillaient ici depuis plus de 20 ans. Et les ouvriers nous ont nommés. Nous sommes sept dans ce comité.
_ Mais de quoi se plaignent les ouvriers ?
_ Ils trouvent que nos salaires sont trop élevés, et les leurs pas assez. Ils ont déjà voulu faire grève plusieurs fois, mais les délégués syndicaux les ont convaincus que ça n'était pas opportun.

Un ouvrier en lutte témoigne :

« Moi, je gagne 24 000 francs, j'ai 7 enfants à nourrir, plus ma femme et moi. Est ce qu'on peut faire vivre 9 personnes avec 24 000 francs ? Est-ce qu'on emprunte de l'argent quand on travaille ? Quand on travaille, on devrait gagner assez pour ne pas emprunter. Et hier, j'ai dû demander 500 francs pour acheter du pain. Et pourtant moi, je sais combien on vend la couverture. Je sais aussi à combien elle revient, parce que c'est un ouvrier comme nous qui s'est occupé de trouver les déchets et le fil. Alors je sais qu'il y a du bénéfice. Mais où il est ce bénéfice et à qui profite-t-il ? Nous, pour l'instant, on ne l'a pas vu. Tout ce que je sais, c'est que les membres du comité de gestion, eux, gagnent bien leur vie. Avant, ils étaient de simples ouvriers comme nous. Ils travaillaient en bas. Maintenant, on ne les voit plus jamais. C'est pour ça qu'on proteste. »


La bureaucratie de l'État et du syndicat[modifier]

Très rapidement l'Etat utilise les postes dans ces comités de gestion pour placer une bureaucratie à son service.

Les syndicats auront également un rôle essentiel de mise au pas des travailleurs. Le 1er congrès de l'UGTA, en janvier 1963, (Union Générale des Travailleurs Algériens affilié au FLN), revendique simplement une autonomie du syndicat par rapport au FLN. Mal lui en prend, des camions de l'armée ramassent 100 à 150 nervis, chômeurs déclassés des bidonvilles d'Alger pour aller faire le coup de main lors du congrès. La tribune est renversée, les syndicalistes réfractaires passés à tabac et sortis manu militari de la salle, exclus de fait du congrès. Et la nouvelle direction proposée par l'appareil du FLN est élue sous la surveillance des nervis. L'UGTA est directement inféodée à l'Etat algérien et sa bourgeoisie (comme dans tous les pays du monde) et dès son congrès suivant peut écrire noir sur blanc :

« Il faut avant tout poser comme principe qu'un syndicalisme, dans un pays engagé comme le nôtre dans une révolution tendant à établir et à assurer le pouvoir des travailleurs, ne peut avoir le caractère revendicatif qui doit être le sien dans un pays où le pouvoir appartient à une classe privilégiée exerçant sa domination sur les masses laborieuses. »

Ou encore :

« Dans les conditions de l'autogestion, les travailleurs agissant pour eux-mêmes, tout recours à la grève constitue un non sens, et doit être absolument proscrit ».

Donc dans le secteur national, hors de question que les ouvriers contestent leur direction, leurs nouveaux patrons, leur nouvelle bourgeoise en somme. En revanche, concernant le secteur étranger, les déclarations du syndicat se font plus hésitantes et le recours à « la grève peut éventuellement être envisagé à la condition toutefois qu'elle s'inscrive dans le cadre de la stratégie »

Voilà la façon dont le problème se pose pour le nouvel Etat : renforcer sa bourgeoisie nationale d’où l’interdiction des grèves dans ce domaine tout en se laissant la possibilité de renégocier un rapport de force avec l’impérialisme d’où la possibilité d’utiliser la force populaire dans ce cadre, mais de façon contrôlée et toujours dans ses propres intérêts.

Régime policier[modifier]

Or, vu l'instabilité du régime après l'indépendance, vu la contestation paysanne et ouvrière qui existe (rapidement des grèves ou des révoltes de chômeurs face au constat que les choses ne changent pas), il n'est pas possible pour le régime de conserver une forme "démocratique bourgeoise" du régime. Les débats sont dangereux pour la classe dirigeante, raison pour laquelle ils sont étouffés et réglés par des méthodes policières.

Ainsi de 1962 à 1965, sont successivement éliminés (politiquement ou physiquement) de la scène politique :

  • Les maquis de l'intérieur.
  • le PCA d'abord qui avait accepté de se dissoudre dans le FLN pendant la guerre et qui du coup ne joue plus un rôle déterminant.
  • Le Comité de défense nationale de la révolution de Boudiaf.
  • Le FFS d'Aït Ahmed, aujourd’hui dans l'opposition légale au régime.

Dicature militaire de Boumedienne (1965)[modifier]

Le problème qui se pose alors pour Ben Bella, c'est qu'à chaque fois qu'il règle son sort à une opposition politique, il fait appel à l'armée. Qui devient en quelque sorte, un arbitre des conflits politiques au sein de la bourgeoisie, qui est elle-même faible. L'armée prend donc confiance en elle-même, et du rôle d'arbitre, finit par postuler à l'exercice du pouvoir pour elle seule. Ben Bella, civil extérieur à l'armée se retrouve de plus en plus isolé politiquement. En 1965, son rôle s'achève, Boumedienne, général de l'armée algérienne décide d'assumer seul le pouvoir à la tête de l'armée. Une dictature militaire, supprimant toute forme d'opposition, s'instaure donc pour de nombreuses années en Algérie, dont on n’est pas encore tout à fait sorti. Bouteflika étant un des militaires de confiance de Boumedienne...

Boumedienne promeut alors un développement national de l'économie algérienne, nationalisant entièrement le secteur des hydrocarbures par exemple.

Évolutions ultérieures[modifier]

Cette politique dure jusque dans les années 1980 où les privatisations commencent. A cette occasion, l'autogestion, déjà complètement vidée de tout contenu, disparaît totalement.

Les privatisations s'accentuent dans la décennie noire, guerre civile des années 1990 et se poursuivre jusqu'à aujourd’hui. Aujourd'hui la bourgeoisie algérienne est toujours relativement faible, et délègue, moyennant pots de vin, l'exploitation des ressources du pays. C’est la façon dont est géré le pétrole par exemple.

Enseignements[modifier]

Malgré les quelques avancées sociales, la politique nationaliste des dirigeants du FLN puis de l'armée n'ont pas permis d'en finir avec la main-mise de l'impérialisme. Ces relations impérialistes ne pouvaient être rompues sans mouvement révolutionnaire dirigé par la classe travailleuse. Malgré sa faiblesse elle aurait pu jouer ce rôle, en remettant en cause la propriété privée des moyens de production et en s'adressant aux travailleurs des pays alentour, le Maroc et la Tunisie ayant fait l'expérience de l'indépendance formelle et de ses limites. Il suffit de se souvenir de l'écho qu'avait eu Le Paria en développant cette propagande dans une période bien moins agitée...

Il a manqué un parti révolutionnaire pour mener cette politique. La spontanéité des masses, qui était bien réelle vu les expériences d'autogestion, n'était pas suffisante, pour mener cet assaut. Pourtant si ce parti révolutionnaire a manqué, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué pour le construire.

A la création du PC, l'Union Intercoloniale fournissait un noyau pour construire un mouvement ouvrier communiste non seulement dans le prolétariat Immigré, mais aussi, à partir de là dans les classes populaires d'Algérie. Dans les années 1930, le PC stalinisé préféra abandonner les peuples colonisés à sa politique de défense des intérêts de l'Union soviétique et c'est une nouvelle occasion manquée, en 1936, de construire ce type de parti.

Pendant la guerre, on a pu constater à différentes reprises, notamment pendant les grèves de 1956 et la grève générale de 1957, l'existence d'une combativité ouvrière sur laquelle il aurait été possible encore de s'appuyer pour proposer une autre politique.

Enfin dans l'ambiance d'après indépendance, si les noyaux de trotskystes présents sur place (autour de 70 militants du Secrétariat unifié), s'étaient posés le problème de s'immerger dans la population algérienne pour convaincre de s'organiser et leur dire, qu'à l'image de la paysannerie qui avait repris ses terres, ils ne conquerraient que ce qu'ils seraient capables de conquérir en s'organisant eux-mêmes.

Notes et sources[modifier]

  1. Voir Ethnologues au temps de la guerre d’Algérie
  2. Voir notamment le livre de Mohammed Harbi
  3. Rachid Boudjedra, Les Figuiers de Barbarie