Traité de Brest-Litovsk

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En 1917, la Russie s'est retirée de la Guerre mondiale sous l'effet de la révolution. La revendication de la paix, qui a pris de plus en plus d'ampleur, a été un clivage majeur entre les forces politiques.

Après l'armistice du 15 décembre 1917, le traité de paix de Brest-Litovsk fut signé le 3 mars 1918 entre la jeune Russie soviétique et les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie), après la révolution d'Octobre.

Le rapport de force très favorable à l'Allemagne lui permit d'imposer un traité aux conditions très dures, qui fut mal accepté dans le parti bolchévik, et qui provoqua la rupture des SR de gauche, qui quittent le nouveau gouvernement soviétique.

Contexte général

Faiblesse de l'armée russe

La Russie est engagée dans la Guerre de 1914 contre les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie), aux côtés de l'Entente (France et Angleterre), par un pacte pacte du 5 septembre 1914.

Malgré quelques succès des troupes russes en août 1914, la situation tourne rapidement en défaveur de la Russie, qui n'est pas capable de soutenir un effort de guerre moderne, avec son industrie insuffisante, ses transports lacunaires et son très mauvais ravitaillement. Au sein de la troupe, les pertes battent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés). En mai 1915, les armées russes reculent puis, au cours de l'hiver 1915-1916, le front se stabilise. La situation économique déplorable et la contestation à l'arrière affaiblissent considérablement l'armée.

Nationalisme et sentiment anti-guerre

Dans un premier temps, l'Union sacrée et le nationalisme l'emportent et brisent les mouvements de grève d'avant 1914. Mais l'échec de l'armée russe et la durée de la guerre provoquent colère et lassitude. À l'arrière, la situation se dégrade : les grèves se multipliaient dans les usines (plus d'un million de grévistes en 1916), et les accrochages avec la police se font plus fréquents. Les lois de mobilisation provoquent en 1916 une révolte de taille au Kazakhstan.

Des mutineries éclatent aussi parmi les soldats. Ceux-ci supportent de moins en moins l’incapacité de leurs officiers (on a ainsi vu des unités monter au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et les punitions corporelles en usage dans l’armée. Cependant il y avait un clivage entre ouvriers de l'arrière, et soldats qui refusent d'admettre l’inutilité des sacrifices qu’ils endurent depuis trois ans, et qui considèrent souvent les ouvriers comme des « planqués ». Les slogans de paix immédiate sont au départ plus fréquents à l’arrière, tandis que les soldats reprochent plutôt aux officiers leur incapacité à mener correctement la guerre.

Positions des forces politiques en 1914

Comme les monarchistes, les bourgeois libéraux du parti KD ont soutenu l'entrée en guerre de la Russie et se battront jusqu'au bout au nom de l'engagement pris par le tsar aux côtés de l'Entente. La direction du parti SR soutient l'effort de guerre, et certains comme Catherine Breshkovski et Vadim Roudnev sont ouvertement social-chauvins.

Contrairement au reste de l'Internationale, une majorité des social-démocrates russes (POSDR) refusent la ferveur chauvine. Mais il y a de profondes différences d'attitude entre les courants. Les clivages politiques au sein du POSDR sont radicalement redessinés sur la question du soutien ou non à la guerre. Ceux qui ont soutenu la guerre ont été appelés « défensistes » et ceux qui étaient opposés étaient appelés « internationalistes » ou « défaitistes » :

  • Tous les bolchéviks sont internationalistes (même si certains ne sont pas à l'aise avec le « défaitisme révolutionnaire » de Lénine, qui est fortement à contre-courant de l'opinion).
  • Les menchéviks sont très divisés. Une forte minorité est défensiste (autour de Potressov) voire ouvertement social-chauvine comme Plekhanov qui réclame des annexions. Une majorité est contre la guerre (refuse de voter les crédits) mais refuse toute action concrète. La minorité « internationaliste » autour de Martov est plus claire.
  • La plupart des interrayons sont défaitistes (même si Trotsky avait des nuances par rapport au défaitisme révolutionnaire).

Martov, Trotsky et Lénine se retrouvent à Zimmerwald mais Lénine dénonce le pacifisme « centriste » des autres courants internationalistes.

De Février à Octobre

La révolution de 1917 et les clivages sur la paix

La révolution de Février 1917 débouche sur la mise en place d'un gouvernement provisoire dominé par les bourgeois du parti KD, qui fait quelques réformes démocratiques limitées, mais qui poursuit la guerre. La chute du tsar change les positions politiques. Ainsi la majorité des SR (Tchernov, Gots, Avksentiev, Zenzinov...) et des menchéviks (Dan, Tsereteli, Abramovich, Liber...) prennent après Février une position de « défensisme révolutionnaire ». Martov maintient la ligne internationaliste. Kerensky évoluera rapidement vers un soutien actif à la guerre, en y jouant un rôle actif à la tête du gouvernement provisoire. Des SR de gauche (comme Mark Natanson), en général plus jeunes, étaient plus internationalistes. La révolution génère aussi une tension politique dans l'armée : contrairement à la base des soldats, la hiérarchie militaire qui était en place sous le régime tsariste n'aime pas le nouveau pouvoir libéral.

A partir de la révolution de février 1917 et la mise en place du gouvernement provisoire, Lénine ne met plus en avant le défaitisme. Il dira plus tard : « Nous étions défaitistes sous le tsar, nous ne l'étions plus sous Tsérétéli et Tchernov »[1]. Il ne devenait pas pour autant partisan de la défense nationale, contrairement aux menchéviks. Contre les bolchéviks qui voulaient aller jusque là, il rappelait :

« Nous demeurons fidèles, sans réserve, à la déclaration que nous avons faite le 13 octobre 1915, dans le n° 47 de l'organe central de notre Parti, le Social-Démocrate, qui paraissait à Genève. Nous y disions que, si la révolution triomphait en Russie et si un gouvernement républicain désireux de continuer la guerre impérialiste, la guerre en alliance avec la bourgeoisie impérialiste d'Angleterre et de France, la guerre pour la conquête de Constantinople, de l'Arménie, de la Galicie, etc., etc., accédait au pouvoir, nous serions ses adversaires résolus, nous serions contre la « défense de la patrie » dans cette guerre. »[2]

C'est dans les Lettres de loin et les Thèses d'avril que Lénine avait défini sa nouvelle orientation. Non seulement il n'était plus question de défaitisme, mais il considérait que, devant la révolution qui se développait, la défense de la patrie et la guerre révolutionnaire étaient à l'ordre du jour. À l'ordre du jour seulement. Il se refuse en effet à apporter le moindre soutien au gouvernement Goutchkov-Milioukov. La guerre reste impérialiste, y compris du côté russe. Et pourtant, Lénine ne souhaite plus «la défaite», ne «contribue» plus à la défaite. Il accuse Goutchkov et Milioukov de contribuer, eux, à désagréger l'armée. Les revers militaires qu'il avait souhaités ont eu lieu et ils ont enfanté la révolution. Février a marqué le début de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, a fait le premier pas vers la fin de la guerre; seul le second, le passage du pouvoir entre les mains du prolétariat, peut y mettre un terme.

Lénine met donc en avant des mots d'ordre de paix (« la paix, le pain, la terre ») qu'il avait jusqu'alors combattus et les lie à la revendication du pouvoir (« tout le pouvoir aux soviets »). En raison de son caractère impérialiste, de ses liens avec la France et l'Angleterre, le gouvernement provisoire est incapable de conclure une paix honorable et démocratique. Le peuple ne peut faire cesser la guerre, ou en modifier le caractère, qu'en changeant le caractère du gouvernement; l'obtention d'une paix honorable et démocratique, sans annexion, exige que le pouvoir d'État passe entre les mains du soviet des députés ouvriers. Alors, à ces conditions, et pour de telles conditions de paix, le soviet pourrait devenir partisan de la défense nationale et de la guerre révolutionnaire.

L'affaire du wagon plombé

Quand la nouvelle de la Révolution de Février arrive à Lénine, il est en Suisse avec quelques autres leaders bolchéviks. Il cherche à rentrer au plus tôt en Russie, mais il avait alors extrêmement peu de possibilités pour ce voyage à travers l'Europe en guerre. Finalement, la solution qu'il trouve est celle d'un accord avec le gouvernement allemand : une traversée en train, celui qui sera appelé le « wagon plombé ». Ce fait sera abondamment utilisé par les réactionnaires russes qui accuseront les bolchéviks et en particulier Lénine d'être des espions allemands, des provocateurs payés pour faire éclater la Russie de l'intérieur, etc.

Pourrissement de la situation

Après Février, l'aspiration à la paix est si profonde que le gouvernement provisoire promet qu'il fait tout pour qu'elle advienne au plus vite. Mais le 18 avril, le ministre KD Milioukov s'engage dans une note secrète aux Alliés à ne pas remettre en cause les traités tsaristes et à poursuivre la guerre jusqu'au bout. Lorsque cette note fuite dans la presse, des manifestations armées d'ouvriers et de soldats éclatent (20-21 avril) et provoquent la démission de Milioukov.

Kerensky, devenu ministre de la guerre, prétend incarner le patriotisme progressiste face à l’Allemagne du Kaiser, comme les Jacobins français rejetant les envahisseurs suite à la chute du roi. Une large majorité des Russes sont alors favorables à une « paix blanche » (sans annexion ni contributions), mais beaucoup sont prêts à laisser sa chance à une ultime offensive militaire.

L'échec de cette « offensive Kerensky » en juillet fera définitivement basculer les classes populaires dans le pacifisme, d'autant plus que le gouvernement provisoire s'appuie depuis février sur la guerre pour reporter toute réforme sociale ou démocratique. Dès la fin du mois de juillet 1917, les militaires russes renoncent à toute initiative sur le front, conscients de la dissolution de l'armée russe, minée par les désertions. Mais le gouvernement Kerensky parvient à réprimer durement des manifestations en juillet. Il en profite pour réprimer les bolchéviks, sur lesquels une vague de calomnies est lancée (« agents du Kaiser chargés de faire perdre la Russie », etc.).

Fin août, le général Kornilov tente un coup d'Etat militaire, qui est mis en échec avec le renfort des ouvriers bolchéviks, qui ont su faire un front momentané contre la réaction aux côtés des masses encore illusionnées sur le gouvernement provisoire. Les bolchéviks reprennent alors l'initiative, et gagnent une influence bien plus importante. Lénine critiquait néanmoins ceux que cette situation faisait glisser vers un soutien politique au gouvernement provisoire, qui continuait la guerre impérialiste :

«Aller jusqu'à admettre le point de vue de la défense nationale (comme Volodarski) ou jusqu'à faire bloc avec les socialistes révolutionnaires, jusqu'à soutenir le Gouvernement provisoire (comme d'autres bolcheviks), c'est, j'en ai la conviction, faire preuve d'absence de principes. (...) Nous ne deviendrons partisans de la défense nationale qu'après la prise du pouvoir par le prolétariat, après avoir offert la paix, après avoir dénoncé les traités secrets et rompu toute attache avec les banques. Après seulement. Ni la prise de Riga, ni la prise de Petrograd ne feront de nous des partisans de la défense nationale. (...) Jusque-là, nous sommes pour la révolution prolétarienne, nous sommes contre la guerre, nous ne sommes pas pour la défense nationale. »[3]

Dans ce contexte, la situation politique embrouillée achève de remettre en cause le pouvoir du gouvernement provisoire, tandis que Kerenski tente en vain de reprendre en main la situation en convoquant le 7 octobre un pré-parlement qui resta stérile. Les conciliateurs désignèrent Skobélev pour aller à la conférence des Alliés à Paris pour faire pression, dans le sens d'une paix juste, du désarmement progressif... non sans provoquer les sarcasmes des KD. Le 12 octobre, Kérensky expédiait à Lloyd George (premier ministre anglais) une longue lettre dans laquelle il assurrait que la Russie continuerait la guerre. Le 20 octobre, à la commission du préparlement, une bombe fut lâchée par le ministre de la guerre, Verkhovsky. Il fit une déclaration non prévue sur la nécessité de conclure immédiatement la paix, indépendamment de l'avis des Alliés. Verkhovsky fut congédié.

Un fossé se creuse entre la troupe et les officiers, suspectés d'avoir soutenu les putschistes. Les bolchéviks, qui ont le rapport de force pour faire une propagande ouverte, remportent la majorité dans les soviets et les régiments. Les élus dans les comités d'armée, qui n'ont pas été renouvelés depuis Février, ne sont plus représentatifs et de plus en plus contestés par les soldats du rang. Jdanov, commissaire du front Ouest, écrivait dans les premiers jours d'octobre : « L'état des esprits est extrêmement anxieux en raison de l'approche des froids et de la nourriture devenue plus mauvaise... Les bolcheviks jouissent d'un succès marqué ».  La fraternisation qui avait été presque interrompue après les Journées de Juillet recommença et s'étendit rapidement.

Des provinces baltes, de la Pologne et de la Lituanie, des milliers d'ouvriers et de soldats révolutionnaires étaient évacués, les armées russes battant en retraite, avec les entreprises industrielles, ou bien individuellement : et tous étaient des agitateurs contre la guerre et ses fauteurs. Les bolcheviks lettons, arrachés au sol natal et entièrement placés dès lors sur le terrain de la révolution, convaincus, opiniâtres, résolus, menaient de jour en jour un travail de sape dans toutes les parties du pays. Les zones proches du front, même plutôt paysannes comme la Biélorussie, étaient particulièrement exposées à la propagande bolchévique.

Menaces sur Petrograd

Par ailleurs les classes dominantes finissent de perdre toute crédibilité. Alors qu'elles continuent la guerre et refusent toute réforme au nom de cette guerre, il transparaît assez clairement que leur nationalisme est secondaire par rapport à leur haine de classe. En septembre, l'armée allemande menace sérieusement de prendre Petrograd. Parlant franchement dans le journal libéral moscovite Outra Rossii (Le Matin russe), Mikhail Rodzianko (ex leader de la Douma) lâchait : «  Que le diable l'emporte, Petrograd, voilà ce que je pense, On craint qu'à Piter les institutions centrales (c'est-à-dire les soviets et autres) ne soient détruites. À cela je réplique que je serai très content si toutes ces institutions périssent parce qu'elles n'ont apporté à la Russie rien d'autre que des maux ». Et il assumait même la perte de la Flotte de la Baltique qui s'ensuivrait : « Il y a là des vaisseaux absolument pervertis ».

Les matelots de la Baltique combattirent courageusement, s'efforçant de couvrir la route de Petrograd. Mais ils étaient dans une  contradiction en tant qu'avant-garde de la révolution et participants forcés de la guerre impérialiste, et ils le comprenaient parfaitement. Par les radios de leurs vaisseaux, ils lançaient un appel à l'aide révolutionnaire internationale vers les quatre coins de l'horizon :

« Attaquée par des forces allemandes supérieures, notre flotte périt dans une lutte inégale. Pas un de nos vaisseaux n'esquivera le combat. La flotte calomniée, stigmatisée, remplira son devoir... non sur l'ordre d'un quelconque misérable Bonaparte russe régnant grâce à la longue patience de la révolution… non pas au nom des traités de nos dirigeants avec les alliés qui passent les menottes aux mains de la Liberté russe. Non, mais au nom de la défense des approches du foyer de la révolution, Petrograd. A l'heure où les flots de la Baltique sont rougis du sang de nos frères, lorsque les eaux se referment sur leurs cadavres, nous élevons la voix : Opprimés du monde entier, levez l'étendard de la révolte ! »[4]

Début octobre, le Gouvernement provisoire envisage sérieusement d'évacuer Petrograd pour Moscou. Les possédants anticipaient : on décommandait les travaux dans les usines, les fournitures de combustible étaient réduites au quart, le ministère des Approvisionnements empêchait les expéditions de bétail pour la capitale, sur les canaux Marie les cargaisons étaient arrêtées... Le 6 octobre, la Section des soldats du soviet de Petrograd adopta, avec une unanimité inconnue jusqu'à ce jour, la résolution de Trotsky : « Si le gouvernement provisoire est incapable de défendre Petrograd, il a l'obligation de signer la paix, ou bien de céder la place à un autre gouvernement. »

Les conciliateurs sont obligés de mettre leurs forces dans la campagne pour exiger plus de fermeté du gouvernement. En moins de huit jours, le gouvernement se trouva forcé de déclarer que non seulement il avait l'intention de rester lui-même au palais d'Hiver, mais qu'il projetait comme par le passé de convoquer l'Assemblée constituante au palais de Tauride.

Révolution d'Octobre, cessez-le-feu et armistice

La révolution et les premiers appels

Les ouvriers et les soldats pro-bolchéviks de Petrograd renversent le gouvernement Kerensky la nuit du 25-26 octobre (n.s : 6-7 novembre). Le lendemain, lors du Second congrès des Soviets, une des premières mesures révolutionnaires prises est un décret[5] lançant un appel à la paix (publié le 15 novembre). Il s'agit d'appeler immédiatement les peuples à une paix juste et démocratique, sans annexion ni contribution, y compris sans maintien de colonies. De son côté, le gouvernement abolit la diplomatie secrète et s'engage à publier les traités secrets, et à annuler immédiatement tout ce qui a trait à des avantages aux impérialistes russes. Lénine précise qu'il s'agit à la fois de faire un appel aux peuples, et de s'adresser aux gouvernements (tant que ceux-ci restent en place), pour ne pas différer la paix qui ne peut plus attendre. Il ajoute que même si le pouvoir des soviets fera tout pour défendre ces conditions de paix, il ne les présente pas comme des ultimatums pour ne pas de donner de prétexte de refus, et qu'il se tient prêt à entamer des pourparler.

Lénine rappelle aussi que le manifeste publié par les conciliateurs le 14 mars invitait les ouvriers des autres pays à renverser les banquiers au nom de la paix, mais que ces conciliateurs faisaient en même temps alliance avec leurs propres banquiers. Il ajoute que maintenant que le peuple russe a renversé ses capitalistes, celui lui donne le droit d'appeler les autres peuples à en faire autant. Au moment du congrès, la seule objection fut celle du bolchevik Eremeïev, qui réclama que les conditions de paix soient un ultimatum, sinon « on pourrait penser que nous sommes faibles, que nous avons peur ». Lénine argumente fermement, sur ce clivage qui préfigure celui de Brest-Litovsk.[6] La proclamation est finalement adoptée à l'unanimité, et l'Internationale retentit, avec une signification extrêment profonde en ce moment-là.

Un réactionnaire, le baron Budberg note dans son journal intime : « Le nouveau gouvernement du camarade Lenine commence par décréter la paix immédiate… Actuellement, c'est un coup de génie pour attirer à soi la masse des soldats; je l'ai constaté d'après l'état d'esprit de plusieurs régiments que j'ai visités aujourd'hui; le télégramme de Lenine sur une trêve immédiate de trois mois et sur la paix consécutive, a produit partout une impression formidable et a provoqué des explosions de joie. Maintenant nous avons perdu nos dernières chances de sauver le front. »

Lénine envoie le soir même du 7 novembre un télégramme à tous les belligérants pour une paix générale sans annexion. Trotski est nommé Commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, et il charge son ami Joffé des négociations avec les Allemands. Le lendemain, les Empires centraux sont les seuls à donner suite. Même si les chefs allemands sont sceptiques sur la valeur d'un décret signé par Lénine, pour eux, l'enjeu est de pouvoir soulager leur front oriental pour se concentrer sur le front de l'Ouest et l'enfoncer.

L'Entente envoie une protestation au grand quartier général russe (stavka), suite à quoi le généralissime Doukhonine proclame sa fidélité à l'alliance avec la France et la Grande-Bretagne, et annonce, le 13 novembre, qu'il marche sur Petrograd « afin d’y rétablir l’ordre ». Mais ses soldats passent du côté bolchéviks et l'exécutent. Doukhonine est remplacé par un bolchevik.

Le nouveau commandant en chef de l'armée russe, Krilenko, fait parvenir aux puissances centrales une demande d'armistice le 26 novembre 1917, accueillie favorablement le lendemain. Le 30 novembre, le gouvernement soviétique fait savoir son souhait de préparer une paix sans annexions ni indemnités. Krilenko annonce l'ouverture des négociations, donnant l'ordre aux unités russes de ne pas mener d'actions offensives.

Cessez-le-feu et armistice du 15 décembre

Le 4 décembre (n.s), un cessez-le-feu local a lieu à Soly entre Russie et Allemagne, puis le lendemain un cessez-le-feu général entre Russie et Empires centraux est convenu à Brest-Litovsk (actuellement en Biélorussie), notamment par Joffé et Kamenev. Les négociations se poursuivent à Brest-Litovsk, et un armistice est signé le 5 décembre. Il doit entrer en vigueur le 15 décembre, pour une durée de deux mois pendant lesquels les négociations de paix doivent démarrer immédiatement.

Les bolchéviks négocient des prises de contacts entre soldats russes et allemands, espérant favoriser la contagion révolutionnaire. Mais les officiers allemands limitent ces contacts sur des points bien déterminés du front et surveillent étroitement les rencontres entres soldats. Une commission est par ailleurs prévue à Petrograd pour restaurer les échanges postaux et commerciaux.

Premières négociations de paix

Intérêts du Reich allemand

Le Reich poursuit à l'encontre du gouvernement soviétique les mêmes objectifs que ceux poursuivis à l'époque du tsar ou du gouvernement provisoire : il prétend défendre le droit à l'autodétermination des provinces baltes, de la Finlande, de l'Ukraine et du Caucase, pour mieux découper des zones d'influences dans l'ancien Empire russe. Dans les régions baltes, les militaires allemands suscitent des « appels au secours » des populations de Livonie, de Courlande et d'Estonie, en réalité des appels des membres de la noblesse et de la bourgeoisie germano-baltes en butte aux revendications des populations baltes, ce dont la gauche allemande n'est pas dupe.

Les Allemands convoitent les matières premières et minières (notamment en métaux rares) pour l'industrie de guerre, ainsi que les productions agricoles. Ainsi, au mois de décembre 1917, les représentants de l'industrie métallurgique du Reich expriment, dans un courrier adressé à Hindenburg, leurs objectifs en Russie : la prise de contrôle d'un certain nombre de bassins miniers, en Ukraine, dans le Caucase : Thyssen, par exemple, souhaite non seulement contrôler totalement les mines de manganèse de Tschiaturi, dans le Caucase russe, et de Krivoi Rog, mais aussi faciliter le transport des minerais extraits de ces mines vers le Reich.

Dans le même temps, le 18 décembre, une conférence réunit à Bad Kreuznach, Guillaume II, son chancelier, le ministre des Affaires étrangères du Reich et l'Etat-major pour fixer le niveau des demandes à adresser au pouvoir russe, mais, rapidement, lors de la première quinzaine de janvier 1918, des divergences politiques importantes apparaissent entre eux.

Intérêts de l'Empire austro-hongrois

Le vieil Empire austro-hongrois est en réalité très affaibli, au bord de la famine et de l'effondrement. Le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, Ottokar Czernin, est donc pressé de conclure la paix, et prêt à faire un grand nombre de concessions, espérant en particulier obtenir des livraisons de denrées alimentaires de la part de la fertile Ukraine.

A l'inverse, les Allemands veulent faire durer les négociations le plus longtemps possible, afin de pouvoir négocier la cession, ou la mise sous tutelle, du plus grand nombre de territoires russes. Cela crée des frictions au sein de l'alliance austro-allemande.

Les négociateurs ukrainiens, se sentant en position de force, revendiquent de vastes territoires en Galicie (Pologne actuelle), ce que Czernin est prêt à accepter.

Guerre civile en Ukraine et négociations séparées

L'Ukraine, qui faisait partie de l'Empire tsariste, est en proie à la guerre civile dans le prolongement de la guerre civile en Russie. Les Blancs ont formé un gouvernement issu de la Rada (assemblée), tandis que les rouges tiennent un gouvernement à Karkhov, soutenu par les bolchéviks.

Pour s'assurer les richesses de l'Ukraine, les Empires centraux s'appuient sur le gouvernement de la Rada et le « droit à l'indépendance de l'Ukraine ». Des négociations séparées s'ouvrent donc entre le gouvernement de la Rada ukrainien et les Empires centraux, en parallèle des négociations avec la Russie soviétique.

Sur le terrain ukrainien, les rouges du gouvernement de Karkhov prennent bientôt Kiev, randant le gouvernement de la Rada virtuel. Mais les Empires centraux le reconnaissent néanmoins, par un traité de paix signé le 9 février 1918.

Négociations des bolchéviks et divisions internes

Les pourparlers débutent à Brest-Litovsk le 22 décembre 1917. La délégation russe est conduite par Joffé, et comprend Anastasia Bitsenko, une SR de gauche connue pour avoir assassiné un officier tsariste. La délégation des Empires centraux était au départ formellement dirigée par Ottokar Czernin.

Le 25 décembre 1917, la délégation bolchévique présente son projet d'une paix sans annexion ni indemnités. Dans un premier temps, Ottokar Czernin semble faire des compromis susceptibles d'aller dans le sens des bolchéviks. Mais ses propositions suscitent une forte opposition allemande. En conséquence, les délégués du Reich présentent abruptement leurs intérêts le 28 décembre, sous la forme d'une carte marquée d'un trait matérialisant la nouvelle frontière. Ces revendications entraînent un arrêt des négociations, la délégation russe étant obligée de retourner à Petrograd pour consulter son gouvernement. Lénine était pour signer immédiatement, mais il était presque seul sur cette position à ce moment là dans le Comité central. Un groupe de « communistes de gauche » derrière Boukharine et Radek était alors influent, et ils étaient convaincus que la révolution était imminente au sein des Empires centraux, et qu'il fallait continuer la guerre en attendant. Trotski a considéré a posteriori que Lénine avait raison.[7]

En janvier 1918, à la surprise générale, la délégation russe revient à la négociation, avec Trotski à sa tête. Ce dernier tente de donner un nouveau souffle aux négociations, utilisant la paix comme outil de propagande. Dans le même temps, il se montre coriace sur les cessions de territoires et sur les modalités d'organisation des plébiscites qui doivent avoir lieu, tente de mettre en place une propagande à destination des soldats allemands cantonnés sur le front de l'Est. Czernin cherche à faire pression en annonçant que l'Autriche-Hongrie fera un accord séparé avec la Russie si les négociations n'aboutissent pas, mais l'Allemagne le menace immédiatement, ce qui le fait reculer.

Le 18 janvier, lassé des longs discours, le général Hoffman expose sans fard les revendications du Reich : les pays baltes dans leur totalité, auxquels s'ajoute ce qui avait été demandé aux Russes lors des premières négociations, le 18 décembre. Les diplomates austro-hongrois ajoutent leurs revendications. Dans l'impasse, les négociations sont suspendues, chaque délégation retournant dans sa capitale.

Le 10 février, la délégation russe, après consultation du gouvernement de Petrograd, annonce le retrait du conflit, mais refuse également de signer la paix avec les puissances centrales. C'est la solution d'attente « ni guerre, ni paix » de Trotsky (certains bolchéviks l'ont accusé d'être allé plus loin que son mandat). Il s'agit de montrer au monde entier que le nouveau pouvoir en Russie ne se place pas sur le terrain des luttes entre impérialistes, et de compter sur la classe ouvrière allemande, qui s'était déjà manifesté par des grèves importantes fin 1917 et début 1918, pour empêcher les armées impériales de continuer les combats.

Les dernières négociations, à la fin du mois de février, sont encore plus tendues, avec l'augmentation constante des demandes allemandes (contrôle de l'Estonie et de la Livonie...). En parallèle, des contre-propositions françaises sont reçues et repoussées par une faible majorité des membres du comité central bolchévik.

Enfin, la rupture intervient lorsque les Empire centraux signent un traité de paix séparé avec le gouvernement de la Rada, qui est pourtant fantomatique depuis que les rouges ont pris Kiev. Cela signifie une ingérence austro-allemande dans la guerre civile ukrainienne, que les bolchéviques ne peuvent accepter.

Offensive allemande de février et signature du traité

Devant le traité de paix séparées avec l'Ukraine du 9 février 1918, les négociateurs bolcheviks mettent un terme aux négociations. Dans le même temps, l'Armée rouge part à la conquête de l'Ukraine et de ses territoires.

Le 13 février, à Hombourg, les représentants des puissances centrales se montrent partisans de s'assurer des gages, en Ukraine et en Russie, et dans les pays baltes. Le 15 février, l'expiration de la trêve fournit au Reich le prétexte pour la reprise de l'avancée militaire (opération Faustschlag), que le général Hoffman qualifie de « promenade militaire en train et en auto » et de « guerre la plus comique qu'il a[it] vécue » (un détachement légèrement armé embarque dans un train, prend le contrôle de la première ville sur la ligne, attend le détachement chargé de l'occupation, puis repart).

En Ukraine, les troupes austro-allemandes doivent cependant compter avec une résistance de la Garde rouge ukrainienne et de la légion tchécoslovaque. Les troupes autrichiennes avancent quant à elles vers Odessa, mais avec moins de facilité.

Le 21 février les troupes allemandes occupent les pays baltes et l'Ukraine, et lancent un ultimatum aux russes.

Les troupes allemandes atteignent la ville de Narva, à 15 km de Pétrograd, le 26 février.

Cette fois Lénine obtient une majorité pour accepter. Une nouvelle délégation russe est envoyée (avec Tchitchérine et Karakhan) le 26 février, et accepte les termes du traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918 (signé par Sokolnikov). Il est ratifié le 18 mars par les Russes après de violentes discussions entre bolcheviks.

Signature Brest-Litovsk.jpg

Conséquences du traité de Brest-Litovsk

Nouveaux Etats et nouvelles frontières

Par rapport à l'Empire russe, la Russie perd de vastes territoires, un quart de la population et de l'industrie, et 90% des mines de charbon. La Finlande et les pays baltes passent sous domination allemande, et les régions de Kars et de Batoum dans le Caucase sont cédées à l'Empire ottoman.

Le traité reconnaît l'indépendance de la « République populaire ukrainienne », même si cela ne met pas fin à la guerre civile en interne. Les Allemands aident Pavlo Skoropadsky à renverser le régime républicain et à installer un gouvernement monarchiste, qui se maintient jusqu'à la retraite des forces allemandes en novembre 1918.

L'Autriche-Hongrie cède à la nouvelle Ukraine le district de Chelm (en Pologne actuelle), en échange de livraisons de produits agricoles. Ce district était initialement destiné à faire partie du royaume de Pologne reconstitué à partir de 1916. Cette annonce suscite la colère des polonais, y compris des notables polonais qui étaient jusque là loyaux à l'Autriche-Hongrie. La Galicie autrichienne connaît une vague de manifestations et de grèves sans précédent. Au cours de l'été 1918, l'agitation remet en cause les bases du pouvoir autrichien sur la province, pratiquement réduit à néant en octobre 1918.

La Biélorussie passe sous l'administration directe de l'Allemagne. Les nationalistes de gauche proclament alors la « République populaire biélorusse », qui n'est pas en mesure d'établir sa souveraineté sur l'ensemble du territoire.

Réactions politiques en Russie soviétique

L'ensemble de ces pertes attisa énormément la haine anti-bolchéviks parmi les nationalistes russes. Ce sentiment national était présent bien au delà des Blancs. Ainsi, les SR de gauche décident de quitter le gouvernement soviétique après la signature du traité, et ce sera le principal point de rupture qui les conduira à tenter une vague d'attentats et de soulèvements contre les bolchéviks (désormais seuls au pouvoir), puis à se battre contre eux dans la guerre civile.

Immédiatement après la signature du traité, les bolchéviks déplacent la capitale de Petrograd à Moscou.[8]

Clauses économiques

Du fait de la répudation des dettes tsaristes, de la nationalisation des entreprises détenues par des capitaux allemands, des compensations sont exigées. Les négociations reprennent entre les bolcheviks et les puissances centrales le 2 mai 1918 à Berlin. Elles débouchent sur un accord du 27 août 1918 négocié par Joffé. Le gouvernement bolchevique s'engage notamment à verser au Reich une indemnité de 94 tonnes d'or.

La paix avec la Roumanie

Depuis la conquête du pays durant l'automne 1916, la Roumanie poursuivait la guerre, adossée à la Russie ; de plus, le pays était ravitaillé par les Alliés qui utilisent le territoire russe pour faire transiter les marchandises à destination de la Roumanie.

Dès la fin des hostilités entre le Reich et la Russie, la Roumanie se trouve obligée de traiter avec les puissances centrales. En novembre 1918, elle entre en négociation et signe un armistice le 8 décembre. Cela parachève la fin de la guerre pour les puissances centrales sur le front de l'Est

Le redéploiement allemand sur le front de l'Ouest

La fin officielle des hostilités sur le front de l'Est permet aux puissances centrales de mener un certain nombre d'offensives sur les autres fronts, en Italie et en France au printemps et au début de l'été 1918. Cependant, les renforts allemands ne parviennent que tardivement en France, du fait des distances énormes et des nécessaires temps de récupération, et la cavalerie a été laissée à l'Est, pour contrôler les immenses territoires annexés (environ un million de kilomètres carrés). Ainsi, l'offensive allemande permise par le traité de Brest-Litovsk est repoussée lors de la seconde bataille de la Marne en juillet 1918.

Fin du traité et suites

Pour les négociateurs des puissances centrales, comme pour les Russes, le traité signé en février n'a jamais été considéré comme définitif, pour les premiers parce qu'il leur semblait incomplet, pour les seconds parce que le traité constitue le moyen de gagner le temps nécessaire pour garantir le succès de la révolution, aussi bien en Russie que chez les belligérants.

Après la signature du traité, des dirigeants allemands défendent l'idée de soutenir le maintien du pouvoir bolchevik, parce qu'ils savent que tout autre gouvernement en Russie continuerait la guerre aux côtés des Alliés.

Avec la révolution allemande et l'armistice du 11 novembre 1918, le traité est dénoncé par le pouvoir soviétique (VTsIK) de Moscou dès le 13 novembre 1918. Le 17 novembre, l'Armée Rouge franchit la ligne de démarcation issue du traité, en suivant la retraite des armées allemandes et en évitant tout contact.

Durant la guerre civile russe (1918-1921), l'Armée rouge reconquiert l'Ukraine et la Biélorussie, tandis que l'or versé au Reich doit être reversé à l'Entente en tant que compensation, conformément aux clauses du traité de Versailles. La guerre russo-polonaise (1919-1921) fut aussi une des conséquences de la guerre non résolues à Brest-Litovsk.

Lors du traité de Rapallo (1922), l'Allemagne reconnaîtra que le traité de Brest-Litovsk est caduque, et s'engage avec la Russie à renoncer à tout conflit territorial ou financier lié à la guerre.

Notes

  1. Lénine, Discours de cloture sur le rapport concemant la ratification du traité de Brest-Litovsk, 15 mars 1918
  2. Lénine, Lettre d'adieu aux ouvriers suisses, 26 mars (8 avril) 1917
  3. Lénine, Au comité central du P.O.S D.R, 12 septembre (30 août) 1917
  4. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 41. Sortie du préparlement et lutte pour le congrès des soviets, 1930
  5. Deuxième congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie, Décret sur la paix, 1917
  6. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 48. Le congrès de la dictature soviétique, 1930
  7. L. Trotsky, problèmes de la guerre civile, juillet 1924
  8. [http://query.nytimes.com/mem/archive-free/pdf?_r=1&res=9A02E0DF103BEE3ABC4E52DFB5668383609EDE

Bibliographie

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  • Jean-Jacques Marie, La guerre civile russe 1917-1922, Édition Autrement - Collection Mémoires, Paris, 2005, p. 91.
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