Armées blanches

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Drapeau-régiment-Kornilov.jpg
Les noms d'Armées blanches (en russe Бѣлая Армiя, Belaïa Armia), Mouvement blanc (Бѣлое движенiе/Белое движение, Beloïe dvizhenie) ou, tout simplement Blancs (Бѣлые/Белые, Belye), désigne les armées russes, formées après la révolution d'Octobre 1917, luttant contre le nouveau pouvoir soviétique. Pendant la guerre civile russe elles combattirent l'Armée rouge, de 1917 à 1922.

Les historiens soviétiques parlaient de Garde blanche (Бѣлая Гвардiя/Белая Гвардия, Belaïa Gvardia), par opposition aux gardes rouges de la révolution et avec une connotation négative (refusant la qualité d'armée aux blancs).

Composition[modifier]

Le nom d'armée blanche vient de ce que les soldats des deux côtés avaient le même uniforme avant que les communistes ne changent le leur en 1922.

Pour se différencier les révoltés ont mis des brassards blancs pour se reconnaître entre eux.

Très hétérogène, elle était formée de tsaristes, de partisans d'une monarchie constitutionnelle, de républicains de socialistes révolutionnaires et même de certains bataillons anarchistes, l'armée blanche se référait au pouvoir issu de la révolution de Février et à l'Assemblée constituante dissoute par les communistes le 10 janvier 1918. Elle reconnaissait l'indépendance de la Finlande et de la Pologne mais son incapacité à répondre à la question de la réforme agraire remise pour après la victoire et son refus de l'indépendance de l'Ukraine notamment lui a fait perdre des soutiens.

Les caractéristiques communes aux armées blanches étaient :

  1. Le rejet catégorique du pouvoir bolchévique.
  2. La primauté de l’administration militaire sur celle civile.
  3. Le mouvement blanc comme successeur légitime du pouvoir impérial ou issu de la révolution de février.
  4. La reconnaissance du pouvoir suprême de l’amiral Koltchak.
  5. Les symboles étatiques (drapeau tricolore, blason, hymne).

Théâtre des opérations[modifier]

Dès août 1917, un premier regroupement, se forme autour du général Alekseïev, rejoint en décembre par le général Kornilov, dans la région du Don, au sud de la Russie. Avec l’aide des alliés de la Triple-Entente, des armées blanches se créent en 1918 dans les régions périphériques de l’ancien Empire russe. Placées un moment sous le commandement de l’amiral Koltchak, elles convergent vers Moscou. Pendant la première moitié de l’année 1919, elles progressent rapidement et, durant l’été, le gouvernement soviétique ne contrôle plus qu’une portion de territoire correspondant à l’ancienne Moscovie.

Dans le sud, outre l’Armée des Volontaires commandée par le général Dénikine, il y avait celle des cosaques dirigée par les atamans Kaledine et Bogaïevski.

À l’est, toute la Sibérie et la région de l’Oural étaient sous le contrôle des armées de l’amiral Koltchak. Les troupes plus ou moins autonomes de différents atamans opéraient en Asie centrale et à la frontière avec la Chine et la Mongolie.

Dans le nord-ouest, l’armée de Ioudenitch avançait vers Petrograd. En Lettonie l’armée de Bermondt-Avalov luttait de façon autonome contre les bolchéviques et les indépendantistes.

Le nord était tenu par l’armée du général Ievgueni Miller, dont la base d’opérations était à Arkhangelsk.

Intervention alliée[modifier]

Les armées blanches ont reçu l’aide occasionnelle de forces de l’extérieur de la Russie : du Japon, du Royaume-Uni, du Canada, de la France, des États-Unis, de l’Allemagne, de l’Australie, de la Grèce de la Tchécoslovaquie ainsi que de la Belgique. Cette aide extérieure s’est notamment traduite par l’opération Arkhangelsk, où les alliés, sous l’impulsion des USA, débarquent des troupes dans la région d’Arkhangelsk à la fin de 1917. La France, pour sa part, enverra deux escadrons de cavalerie de légion étrangère formées, en grande partie, par les premiers russes partisans blancs réfugiés en France. La France et l’Angleterre interviennent aussi en mer Noire en 1918-1919 au profit de l’armée de Dénikine, mais sans grand succès.

Recul[modifier]

Dès la fin de 1919, la situation militaire est modifiée au profit de l’Armée rouge et les fronts tenus par les armées blanches sont pratiquement disloqués. Cependant, Wrangel mène un retour offensif en Crimée en 1920 (le gouvernement français reconnut officiellement en 1920 le gouvernement Wrangel) et un mouvement armé persiste dans la région de Vladivostok jusqu’en 1922. En août 1922, deux mois avant sa défaite, le commandant de l’armée blanche d’Extrême-Orient Mikhaïl Dieterichs a convoqué un Zemski sobor dans la région de l’Amour à Vladivostok et a élu (sans sa participation) le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch Romanov comme tsar de toute la Russie. Mais les troupes blanches doivent abandonner le combat et sont dispersées. Les survivants s’embarquent sur les navires alliés ou se réfugient dans les pays limitrophes de l’URSS.

Les raisons de l’échec des armées blanches sont d’ordre politique et militaire. L’Armée rouge a bénéficié d’une supériorité numérique et d’un commandement uni et de meilleure qualité. De leur côté, les armées blanches ont souffert de défaillances dans leur commandement et n’ont pas réussi à s’unir ou à coopérer efficacement entre elles. Au-delà de cet aspect, l’absence d’un programme politique et social qui aurait pu rallier les populations autour à la cause de la contre-révolution a été déterminant. Les mesures impopulaires, telles que la mobilisation dans les régions occupées et la restitution des grands domaines à leurs propriétaires, ont éloigné des blancs la masse des paysans qui espéraient enfin accéder à la propriété de la terre.

Après la guerre civile[modifier]

Dans les années 1920 et 1930, plusieurs organisations blanches se sont formées à l'extérieur de la Russie avec l'intention de renverser le gouvernement soviétique à travers la guérilla. Des corps de cadets russes ont été créés dans plusieurs pays en vue de préparer la prochaine génération à la « campagne de printemps » (un terme inventé par des émigrés blancs, signifiant le renouvellement espéré de leur campagne contre les bolcheviks). Un nombre important de ces recrues se sont portées volontaires pour le service dans l'armée russe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Alors que de nombreux Russes blancs ont souhaité participer à l'Armée de libération de la Russie, à l'inverse, d'autres émigrés russes blancs comme Dénikine ont soutenu l'Armée rouge et l'URSS contre l'Allemagne nazie, par patriotisme face à ce qui était une agression étrangère.

Chant[modifier]

Le Chant des partisans blancs a été écrit dans les années 1960 par Alain Sanders et Bernard Lugan, en contrepoint à celui communiste des Partisans. Les deux chansons reprennent la mélodie du chant des partisans de l'Amour « По долинам и по взгорьям » (composée en 1828, reprise en 1919 pour le chant du régiment de Drozdovski).

Effets de la guerre de 1914-1918[modifier]

Trotski estimait que la défaite cuisante des armées russes face aux Allemands, qui disposaient d'une supériorité technique, a marqué les généraux russes battant continuellement en retraite, et que l'on vit plus tard la différence avec les généraux (plus tard dans les armées blanches du Sud), qui avaient eu plus de succès face aux troupes de l'Empire austro-hongrois (très arriéré lui aussi) :

« Le front Sud-Ouest des troupes russes, qui était dirigé contre l'Autriche-Hongrie, connut de grandes victoires qui le distinguèrent parmi les autres fronts. Ici se manifestèrent plusieurs généraux qui, à vrai dire, ne démontrèrent en aucune manière leur aptitude de guerriers, mais n'étaient pas, en tout cas, pénétrés de ce fatalisme qui caractérise les capitaines invariablement battus. C'est de ce milieu que sortirent plus tard certains " héros ", parmi les Blancs, dans la guerre civile.  »[1]

Notes[modifier]

  1. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930

Voir aussi[modifier]

Sources[modifier]