Littérature

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher

La littérature est l'ensemble des productions littéraires (romans, essais, poésies...) d'une époque ou d'un pays. Pour les marxistes, la littérature s'inscrit forcément dans le contexte matériel d'un milieu donné. Comme toute production idéologique, la littérature dominante est l'expression de la pensée de la classe dominante.

Accès à la littérature[modifier | modifier le wikicode]

Conditions matérielles[modifier | modifier le wikicode]

Depuis l'invention de l'écriture, la littérature est restée très largement monopolisée par les classes dominantes. Longtemps elles ont même constitué les seuls lecteurs de la littérature. La cause première est matérielle. Pour s'imprégner de littérature et du goût d'écrire, il faut du temps et des moyens. L'accès à la culture et y compris au goût de la culture n'est pas égalitaire.

Dans les cas où des individus issus de classes dominées ou subalternes deviennent écrivains, la conséquence est soit une marginalité, soit un succès qui généralement s'accompagne d'une intégration à la classe dominante et à ses idées.

La question de la langue[modifier | modifier le wikicode]

La langue peut souvent constituer une barrière et une expression d'élitisme. Par exemple, le fait que la langue française n'ait quasiment pas évolué depuis le 18e siècle, la volonté de garder une langue, pure, belle et immuable est évidemment lié à une vision de classe. La langue n'est pas celle du peuple, seul un petit groupe de personnes décident pour les autres des normes. Il n'est donc pas étonnant que les langues aient souvent été modifiées en profondeur lors de périodes révolutionnaires, comme cela a été le cas en 1917 pour la langue russe et en 1949 pour la langue chinoise.

Courants littéraires et évolutions[modifier | modifier le wikicode]

La littérature est le reflet de son époque, c'est-à-dire qu'elle reflète majoritairement l'idéologie dominante, mais peut refléter aussi des résistances à cette idéologie. Souvent, ces deux éléments sont présents à l'intérieur d'une même œuvre.

Antiquité[modifier | modifier le wikicode]

L'Eneide de Virgile, l'un des plus grands auteurs antiques, était clairement une légitimation du pouvoir d'Auguste.

Moyen-Âge[modifier | modifier le wikicode]

Racine et Molière, étaient tous deux écrivains à la cour du roi, et chacun dans leur registre ont permis de justifier la monarchie absolue et l'idée d'ordre en art et en littérature.

Plus généralement, les artistes ont très longtemps vécu grâce à des mécènes.

Mythe bourgeois[modifier | modifier le wikicode]

Le rapport entre la politique et l'art a longtemps été assumé publiquement. L'idée de l'artiste indépendant et pur est une idée plutôt récente liée à l'avènement du capitalisme. Dans Littérature et révolution, Trotsky écrit à ce sujet :

« En art chaque classe a sa politique, variable avec le temps, c'est-à-dire le système propre selon lequel elle présentera ses exigences à l'art : mécénat des cours et des grands seigneurs, jeu automatique de l'offre et de la demande complété par des procédés complexes d'influence sur l'individu et ainsi de suite. La dépendance sociale et même personnelle de l'art ne fut pas dissimulée, mais ouvertement affichée aussi longtemps que l'art conserva son caractère courtisan. Le caractère plus large, plus populaire, anonyme, de la bourgeoisie ascendante conduisit, dans l'ensemble, et malgré de nombreuses déviations, à la théorie de l'art " pur " »

Le mythe du génie, en avance sur son temps, permet également de justifier le système tel qu'il est. Tout comme il y aurait seulement quelques êtres détenant "l'inspiration" (avec un caractère quasi-sacré), il est normal qu'il y ait une domination d'un petit groupe sur le reste de la société.

Popularisation et démocratisation[modifier | modifier le wikicode]

Mais l'essor de la bourgeoisie a aussi profondément bouleversé les conditions matérielles. Les besoins du capitalisme en une main d'oeuvre de plus en plus formée ont rendu nécessaire l'aphabétisation et l'instruction de masse. La bourgeoisie a cependant profité de ce nouveau vecteur de domination pour "éduquer" la "classe dangereuse", lui inculquer une morale (bourgeoise).

Avec cette alphabétisation et l'essor de l'imprimerie, il y a eu une démocratisation de la littérature, notamment par le roman, le genre le plus populaire à partir de la seconde moitié du 19e siècle.

Par ailleurs, de plus en plus d'écrivains vont se pencher sur le sort de la classe ouvrière, comme le naturaliste Emile Zola. La description des mineurs de Germinal est le reflet de la concentration ouvrière et des grandes grèves qui marquent la fin du 19ème siècle. Cela va se traduire également, sur la forme, par des remises en cause de l'élitisme. Par exemple, Louis-Ferdinand Céline, auteur de Voyage au bout de la Nuit, est un des premiers écrivains au début du 20e siècle à non seulement parler du peuple mais aussi parler comme le peuple.

Fin de siècle[modifier | modifier le wikicode]

Malgré la stabilité relative de la société en Europe occidentale au tournant du 20ème siècle, ces années sont empreintes d'une révolte sourde, dans les milieux ouvriers, mais aussi dans certaines couches d'intellectuels. La jeunesse, ouvrière comme bourgeoise, est en quête de mieux.

Voir à ce sujet l’étude de Madeleine Rebérioux, «Critique littéraire et socialisme au tournant du siècle», Le mouvement social, n°59, 1967, p. 3-28. Sur l’expressionnisme en tant que protestation sociale contre le système capitaliste, cf. Walter H. Sokel, The Writer in Extremis: Expressionism in Twentieth Century German Literature, Standford University Press, 1959. Sur cette génération des intellectuels de la guerre qui «doutaient de la sagesse de leurs aînés, se mettaient avidement en quête de confiance et d’un idéal, et dont la rébellion culturelle se transforma en croisade politique au cours de la Première Guerre mondiale», voir les réflexions de H. Stuart Hughes, Consciousness and Society: The Reorientation of European Social Thought, 1890-1930, Knopf, New York, 1958, p. 338.

20ème siècle - Guerres et révolutions[modifier | modifier le wikicode]

La littérature de la première moitié du 20ème siècle a été profondément marquée par l'idée de Révolution et par la violence des guerres mondiales et du capitalisme.

Des écrivains comme Sartre, Aragon, Breton, Camus ou Malraux (celui de la première époque, avant qu'il devienne gaulliste) sont marqués par le marxisme, et par les débats qui traversent les marxistes. Beaucoup ont été des compagnons de route du stalinisme, et se sont institutionnalisés avec lui.

Des écrivains comme George Orwell et Arthur Koestler ont eu en commun de prendre directement part à la lutte, notamment contre le franquisme en Espagne (Hommage à la Catalogne...) et de subir une terrible déception face à la réalité de ce qu'était le mouvement stalinien (La ferme des animaux, Le zéro et l'infini...). On peut citer également l'oeuvre de Frederico Garcia Lorca.

Toute une génération d'artistes, exprimant le traumatisme de la Première guerre mondiale, se sont engagés dans le mouvement surréaliste, et une partie s'est engagée dans le mouvement communiste naissant, qui était alors le fer de lance de la résistance au nationalisme et au capitalisme qui le nourrissait.

Certains s'assagiront et deviendront des "poètes officiels" du PCF stalinisé, comme Aragon. D'autres refuseront la nouvelle politique, comme André Breton, qui sera exclu du PCF en 1933, et qui se rapprochera de Trotsky.

La révolution russe[modifier | modifier le wikicode]

Litterature et revolution LT.jpg

La révolution communiste de 1917 a eu de profonds effets sur la littérature, d'abord en Russie elle-même. Cela conduit Trotsky à écrire Littérature et révolution en 1924. Trotsky est un des marxistes qui s'est plus intéressé à la question de la littérature (et de l'art en général). Dans cet essai, il dresse le tableau de l'art bourgeois qui dominait avant la révolution, et qui imprègne encore ceux qu'il appelle "les émigrés de l'intérieur". Il y analyse aussi l'idéologie petite-bourgeoise que véhiculent certains "compagnons de route", et exprime sa préférence pour le jeune mouvement futuriste.

En opposition notamment aux partisans du "proletkult", Trotsky pense qu'il ne peut y avoir de "culture prolétarienne". Sous le capitalisme, le prolétariat est aliéné et largement maintenu hors de portée de la culture, tandis qu'après la révolution, en cas de succès, il n'y aura pas plus de prolétariat que de bourgeoisie.

Pourtant, par la suite, les staliniens érigeront en modèle un prétendu "art prolétarien" (tout comme la "science prolétarienne") qui servait seulement de justification à la domination de la bureaucratie. Cette culture prolétarienne sera officielle en URSS et prônée dans les organisations de masse du Komintern à l'étranger.

En 1938, Trotsky fera ce constat dans La bureaucratie totalitaire et l'art : 

« La révolution d'Octobre avait donné une magnifique impulsion à l'art dans tous les domaines. Au contraire, la réaction bureaucratique a étranglé la production artistique de sa main totalitaire ! Rien d'étonnant ! L'art courtisan de la monarchie absolue lui-même était basé sur l'idéalisation et non sur la falsification. Cependant, l'art officiel de l'Union soviétique ‑ et il n'y a pas là‑bas d'autre art ‑ est basé sur une grossière falsification, dans le sens le plus direct et le plus immédiat du terme. Le but de la falsification est de magnifier « le chef », de fabriquer artificiellement un mythe du héros. »

C'est ce qui conduira en 1938, à l'écriture du manifeste pour Un art révolutionnaire indépendant, par Trotsky et André Breton. Ce manifeste part à la fois des préoccupations de Trotsky et Breton sur le rôle que devraient avoir les révolutionnaires sur la production artistique et le rôle du parti, les problèmes liés aux partis staliniens, et à la fois, au fascisme et ses conséquences sur la production artistique, sans jamais les mettre bien évidemment sur un pied d'égalité. Le manifeste se termine par ces mots d'ordre :

« Ce que nous voulons : l'indépendance de l'art – pour la révolution; la révolution ‑ pour la libération définitive de l'art. ».

Les écrivains de la "négritude"[modifier | modifier le wikicode]

Les luttes d'indépendance des pays colonisés ont été accompagnées par un mouvement littéraire se revendiquant de la "négritude". Les deux écrivains les plus connus de ce courant sont Aimé Césaire et Léopold Sédar-Senghor. Dans Discours sur la Négritude, Césaire exprime en ses termes le concept de négritude : 

«  La Négritude résulte d'une attitude active et offensive de l'esprit. Elle est sursaut, et sursaut de dignité. Elle est refus, je veux dire refus de l'oppression. Elle est combat, c'est-à-dire combat contre l'inégalité. Elle est aussi révolte. (…) la Négritude a été une forme de révolte d'abord contre le système mondial de la culture tel qu'il s'est constitué pendant les derniers siècles et qui se caractérisent par un certain nombre de préjugés ».

Il y a dans cette littérature à la fois le constat de l'oppression, mais aussi révolte contre cette oppression. Le premier constat est de dire que ce qui est subversif, en premier lieu chez Césaire et Senghor c'est le fait qu'ils écrivent, eux les colonisés, noirs. Ensuite, il y a chez eux une réappropriation de la langue du colon, la langue française. Mais elle se trouve transformée. Il y a une réappropriation des modèles de littérature dominante pour mieux les contrer. Césaire par exemple fait une reprise de La Tempête de Shakespeare, qui est une pièce à l'origine qui raconte l'histoire d'un magicien qui s'échoue sur une île avec sa fille et qui décide d'y vivre, il colonise l'île peuplée par deux indigènes. Dans la pièce de Shakespeare, Caliban un des deux indigènes refuse de se soumettre au magicien, mais il est décrit à la limite de la bête maléfique. La réécritue de Césaire, permet d'écrire un nouveau Caliban symbole de la lutte des opprimés portant en lui la révolte du peuple colonisé. De la même façon, un autre des aspects majeurs de la Négritude est de revendiquer l'identité et l'histoire de leur oppression. Ce qu'il faut encore ajouter sur la Négritude, c'est bien cela n'aurait pu exister sans la lutte d'indépendance et son puissant effet sur les consciences.

Polars et romans noir[modifier | modifier le wikicode]

Certains genres littéraires sont particulièrement populaires, c'est-à-dire lus massivement par la classe ouvrière. C'est le cas par exemple du polar, et du roman noir, particulièrement dénigré par la critique littéraire et dans l'enseignement de la littérature.

Pour autant, il faut regarder cette production littéraire et son évolution. Si sa naissance est lié au roman policier qui n'a rien de particulier, son évolution en polar et en roman noir est relativement parlé, par un regard plutôt juste sur la société. Il s'agit là de dépeindre une société, qui ne fonctionne pas correctement : lutte de pouvoir, incompétence de l'état et de son appareil répressif. On peut citer plusieurs auteurs très critiques : Gérard Delteil, Didier Daeninckx(Itinéraire d'un salaud ordinaire), Dominique Manotti(Bien connu des services de police ou encore Lorraine Connexion qui retrace à la fois une grève dans une usine en Lorraine, mais aussi ce qui se joue entre le pouvoir et les grands patrons). On peut également évoquer la trilogie Millenium de Stieg Larsson (auteur par ailleurs proche du trotskisme).

Contre-utopies[modifier | modifier le wikicode]

Dans la littérature populaire, depuis la crise de 2008, on peut noter un vrai boum des récits d'anticipation contre-utopiques (dystopies). On peut parler d'Hunger Games mais ce n'est bien évidemment pas le seul.

Récits de travailleur-se-s[modifier | modifier le wikicode]

Malgré la mécanique implacable de la reproduction sociale, il existe certains livres écrits par des travailleur-se-s, reflétant souvent leur ressenti. Ansi par exemple le livre L'Usine, de Vincent de Raeve (2006)[1], ou encore celui de Ghislaine Tormos, ouvrière chez PSA Aulnay[2].

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]