Comités de paysans pauvres

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Carte de membre du Comité de paysans pauvres du district de Katerinoslavshchina Oleksandriia, 1924.
Les comités de paysans pauvres étaient des organes créés dans les campagnes par les bolchéviks, principalement de juin à décembre 1918, pendant la période du « communisme de guerre ». Ils visaient à s'appuyer sur le prolétariat rural contre les paysans riches et organiser les réquisitions agricoles pour les villes, affamées par la guerre civile.

On les appelait en russe Комитеты Бедноты, abrégé en комбеды (« kombedy ») et souvent translittéré en kombeds.

Historique[modifier]

Au printemps 1918, la famine menace dans les villes faute d'approvisionnements suffisants, ce qui menace la production industrielle. Les bolchéviks considéraient que les soviets ruraux étaient dominés par des notables ou paysans riches qui ne voulaient pas vraiment coopérer avec le nouveau pouvoir ouvrier des villes.

Ils tentent alors d'accentuer la lutte de classe dans les campagnes. Ils considèrent que la paysannerie est divisée en trois couches principales :

  • les paysans pauvres (bednyaks), des prolétaires ruraux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre
  • les paysans moyens (serednyaks), ceux qui vivent de leur travail sur leur terre, sans exploiter de travail d'autrui
  • les paysans riches (koulaks), qui emploient d'autres paysans

Le 11 juin 1918, le VTsIK charge le Commissariat du peuple à l'approvisionnement (Narkomprod) de former des comités de paysans pauvres, dans lesquels les paysans riches n'ont pas le droit de siéger. Leur tâche est de localiser et confisquer les surplus de grains dans leur village. Ils étaient aussi chargés de la répartition de la nourriture entre paysans, et de la distribution des (très limités) produits industriels et techniques d'amélioration agricole.

Cette politique s'est heurtée à un fort sentiment des paysans de former une même communauté malgré leurs différences de richesse. Cela se traduisait par de faibles divisions dans les soviets. Dans de nombreux villages, la conscience de classe était faible, et les comités de paysans pauvres ont été formés de l'extérieur, par des soldats (ex paysans devenus bolchéviks au front), des artisans ou autres agitateurs venus des villes, non liés à la terre. Cette extériorité a aggravé la violence des méthodes de réquisition du grain - en partie inévitable. Selon Orlando Figes, « ils faisaient des arrestations illégales, vandalisaient des églises, et de manière générale terrorisaient les paysans. C'était davantage une mafia locale qu'un organe du pouvoir soviétique ».

La plupart des membres des comités de paysans pauvres n'étaient pas des bolchéviks, au mieux des sympathisants. Mais ils étaient des partisans de la révolution d'Octobre, et selon Aaron B. Retish, ils se voyaient comme « de vrais représentants du gouvernement populaire » et essayaient de remplir leur tâche loyalement.

A l'automne 1918, alors que la guerre civile s'accentue, le pouvoir bolchévik cherche à affermir les liens très distendus avec la paysannerie. Par ailleurs, la cohabitation d'un double pouvoir dans les campagnes entre les soviets et les comités de paysans pauvres créé des situations difficiles. Le 2 décembre 1918, le VTsIK décide de fusionner les comités de paysans pauvres dans les soviets.

La disparition effective des comités de paysans pauvres durera jusqu'à la fin du printemps 1919, et même jusqu'après la NEP dans certaines régions comme l'Ukraine.

Malgré leur existence assez brève (moins d'un an), les comités de paysans pauvres ont eu un profond impact. Il y en a eu 131 637 de formés à travers la Russie selon V.R. Gerasimiuk. Lénine dira :

« Ceux qui sont renseignés et ont séjourné à la campagne disent que c'est seulement au cours de l'été et de l'automne 1918 que nos campagnes ont entrepris elles mêmes leur « Révolution d'Octobre » (c'est à dire prolétarienne). Il s'opère un revirement. La vague des soulèvements koulaks fait place à la montée du mouvement des paysans pauvres, au progrès du « comités de paysans pauvres ». »[1]

Notes[modifier]

Sources[modifier]

  • Orlando Figes, "The Village Commune and Rural Government," in Edward Acton, Vladimir Iu. Chernalaev, and William G. Rosenberg (eds.), Critical Companion to the Russian Revolution, 1914-1921. Bloomington, IN: Indiana University Press, 1997; pp. 464-465.
  • Orlando Figes, Peasant Russia, Civil War: The Volga Countryside in Revolution, 1917-1921. Oxford, England: Clarendon Press, 1989; pg. 187.
  • George Jackson and Robert Devlin (eds.), Dictionary of the Russian Revolution. Westport, CT: Greenwood Press, 1989; pp. 145-146.
  • Aaron B. Retish, Russia's Peasants in Revolution and Civil War: Citizenship, Identity, and the Creation of the Soviet State, 1914-1922. Cambridge, England: Cambridge University Press, 2008; pg. 196-198
  • Кара-Мурза С. Г. «Истоpия госудаpства и пpава России». — М.: Издательство "Былина", 1998. Chapter 3
  • V.R. Gerasimiuk, "Nekotorye novye statisticheskie dannye o kombedaky RSFSR" ("A few new statistical facts regarding the kombedy of the RSFSR"), Voprosy istorii, 1963, No. 6, pp. 209-210. Cited in Aaron B. Retish, Russia's Peasants in Revolution and Civil War, pg. 193.