Deuxième congrès des soviets

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Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).

Le deuxième réunion du congrès pan-russe des soviets est celle qui a voté les premières mesures révolutionnaires de la Révolution d'Octobre. Elle s'est tenue les 25-26 octobre (7-8 novembre n.s.) à l'Institut Smolny, au lendemain de l'insurrection.

Contexte

La première réunion du Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats a eu lieu du 3 au 30 juin 1917. A ce moment-là les bolchéviks n’avaient que 13 % des délégués. Face aux socialistes conciliateurs (SR de droite et menchéviks) qui refusent le pouvoir aux soviets et veulent continuer à collaborer avec la bourgeoisie, Lénine proclame que les bolchéviks, eux, sont prêts à gouverner. Les dirigeants socialistes ne prennent pas Lénine au sérieux et éclatent de rire.

Le congrès élit un Comité exécutif central panrusse (VTsIK) qui assure le pouvoir jusqu'au prochain congrès, même si le rôle des organes soviétiques n'est pas clairement définit au milieu de la situation révolutionnaire russe et de sa dualité de pouvoir avec le gouvernement provisoire.

Avant le congrès

La date de l'insurrection et du congrès

En septembre-octobre, les bolchéviks ont obtenu la majorité dans les soviets, et en particulier dans le Soviet de Petrograd. Pour Lénine, l'insurrection est à l'ordre du jour. Mais comme au moment du débat sur les Thèses d'avril, il se heurte à la plupart des cadres vieux-bolchéviks. Beaucoup veulent croire à une transition pacifique possible.

Trotsky est convaincu sur le fond que l'insurrection est imminente, mais préfèrerait attendre le Congrès des soviets pour plus de légitimité.

Lénine bataille contre le reste du comité central. Il insiste pour que l'insurrection soit réalisée avant l'ouverture du congrès, pour placer celui-ci devant le fait accompli, démontrer que les bolchéviks sont prêts à prendre immédiatement les mesures révolutionnaires urgentes pour les masses, et ainsi s'assurer l'ethousiasme populaire.

Le 2e congrès des soviets était initialement prévu le 20 octobre (a.s). Après une bataille de plusieurs semaines, le comité central programme l'insurrection pour le 15 octobre (a.s).

Le congrès des soviets est finalement repoussé au 25 octobre (a.s) pour des raisons techniques. L'insurrection prend du retard, mais a finalement lieu dans la nuit du 24-25 octobre (n.s 6-7 novembre). Presque sans effusion de sang le Comité militaire révolutionnaire s'empare des points tratégiques de Petrograd. Le Palais d'Hiver, siège du gouvernement, est assiégé mais pas encore pris.

La bataille pour la convocation du congrès

Selon la décision du 1er congrès, les congrès doivent se tenir tous les 3 mois. Mais étant donné la majorité obtenue par les bolchéviks, les conciliateurs (qui dirigent encore l'exécutif soviétique) hésitent à convoquer le congrès. Les bolchéviks durent mener une bataille politique en s'appuyant sur les soviets de base et le puissant soviet de Petrograd pour pousser à la convocation du congrès.Ce fut la question politique centrale pendant les 5 semaines entre la Conférence démocratique et l'insurrection d'octobre.

Déjà la Conférence démocratique avait eu pour but de contourner les soviets et de s'appuyer sur une autre source de légitimité. Le 21 septembre, un peu avant la clôture de la conférence démocratique, le Soviet de Petrograd (gagné aux bolchéviks) réclama d'urgence le congrès, s'appuyant sur la nécessité de se coordonner pour la défense face à la contre-révolution, mais aussi pour «  la solution des problèmes d'organisation du pouvoir révolutionnaire ». Le lendemain de la Conférence démocratique, des délégéués (dont ceux venus de province) posent la question du congrès au Comité exécutif. Les bolchéviks réclament la convocation du congrès dans les 15 jours, et « proposent » de créer dans ce but un organe spécial s'appuyant sur les soviets de Petrograd et de Moscou. En réalité il s'agissait d'une proposition dissuasive, mais les bolchéviks préféraient que la convocation soit faite par le Comité exécutif sortant, pour éviter la mise en cause de la légitimité du congrès. Aussitôt les leaders du Comité exécutif déclarent qu'ils ne délégueront à personne le droit de remplir leurs obligations, et le Congrès fut fixé pour le 20 octobre, dans moins d'un mois. Déjà à ce moment-là, des menchéviks accusaient les bolchéviks : « vous fixez la date du Coup d’Etat ».[1]

Une commission est montée, avec Sverdlov pour les bolchéviks. Mais elle ne fera rien. A peine les délégués provinciaux dispersés, les leaders du Comité exécutif tergiversent, découvrant que les préparatifs du Congrès risqueraient de nuire à ceux de l'Assemblée constituante. Le 26 septembre, Dan proposait au Bureau du Comité exécutif de différer le Congrès. Celui-ci ne s'occupait de toute façon pas des préparatifs nécessaires.Trotsky répondit que le Congrès serait convoqué par la voie révolutionnaire s'il n'était pas convoqué par la voie constitutionnelle. Les conciliateurs reculent, pour mieux récidiver.

Ils lancèrent une enquête parmi les organisations du front pour savoir si l'on convoquerait le Congrès. Les conciliateurs menent partout campagne contre le Congrès. Le Délo Narodà (SR) écrivit : « Que le Congrès soit ou ne soit pas convoqué cela ne peut avoir aucune importance en ce qui est de résoudre la question du pouvoir... Le gouvernement de Kérensky ne se soumettra en aucun cas. » Lénine explicitait les sous-entendus : « A quoi ne se soumettra-t-il pas ? Au pouvoir des soviets, au pouvoir des ouvriers et des paysans que le Délo Narodà, pour ne pas être en reste avec les fauteurs de pogromes et les antisémites, les monarchistes et les cadets, appelle le pouvoir "de Trotsky et de Lénine". »[2]

Le Comité exécutif paysan jugea, de son côté, la convocation du congrès « dangereuse et indésirable ». Les Izvestia enterraient les soviets dans un éditorial, déclarant que c'étaient les baraquements provisoires qui devaient être démolis dés que l'Assemblée constituante « aurait couronné l'édifice du nouveau régime ». Les bolchéviks à l'inverse font de l'agitation pour la convocation du congrès. Il organisèrent même un Congrès des soviets de la région du Nord, qui ne fut pas reconnu par le Comité exécutif central, mais qui eut de fait un poids important.

Quand il devint évident que l'on ne réussirait pas à éviter le Congrès, les conciliateurs firent une brusque conversion, en appelant toutes les organisations locales à élire des délégués au Congrès, pour ne pas céder la majorité aux bolcheviks. Mais, s'étant ressaisi trop tard, le Comité exécutif, trois jours avant la date fixée, reporta le Congrès jusqu'au 25 octobre.

Déroulé du congrès

Ouverture, réunions de fractions

Le Congrès des soviets s'ouvre le matin du 25 octobre. Le renouvellement des délégués ou la création de nouveaux soviets a profondément changé la sociologie des délégués. Du front et des provinces, beaucoup moins d'intelligentsia et d'officiers, beaucoup plus d'ouvriers et de soldats. Beaucoup moins de cravates, beaucoup plus de capotes grises de soldats et d'hommes usés par les tranchées et les difficultés. «  Quand on vote, les bras se lèvent au milieu d'un hérissement de baïonnettes. La fumée bleuâtre, piquante, de la makhorka (tabac grossier) dissimule les belles colonnes blanches et les lustres. »

Le rapport de force politique a aussi bien changé par rapport au 1er congrès (les bolchéviks ne représentaient que 13%). Au début du congrès, on comptait 649 délégués avec voix délibérative, parmi lesquels :

  • 382 bolcheviks
  • 159 SR, dont environ 60% de gauche
  • environ 80 menchéviks (ou groupes nationaux assimilés), dont une moitié de gauche

Parmi les délégués bolchéviks, nombreux étaient ceux qui n'étaient pas membres du parti, qui venaient avec leurs hésitations, mais qui renforçaient rapidement leurs convictions dans l'atmosphère surchauffée de Petrograd. Parmi les menchéviks et les SR, nombreux étaient ceux qui évoluèrent vers la gauche au cours du congrès. Le nombre de délégués monta selon certains chiffres jusqu'à 900 personnes, en incluant les voix consultatives. La vérification des mandats était fastidieuse et les archives n'ont pas été bien conservées. Mais la prédominance bolchévique ne fait pas de doute.

Une enquête parmi les délégués montra que 505 soviets étaient pour le passage de tout le pouvoir aux soviets ; 86 pour le pouvoir de la "démocratie", 55 pour la coalition, 21 pour la coalition, mais sans les cadets. Et même ces chiffres donnent selon Trotsky « une idée exagérée de ce qui restait d'influence aux conciliateurs », car « pour la démocratie et la coalition se déclaraient les soviets des régions les plus arriérées et des localités les moins importantes ».

Le congrès débute tôt le matin par des réunions des fractions qui s'éternisent. Tous attendent le dénouement du siège du Palais d’hiver, les bolchéviks (dont beaucoup de cadres sont absents et occupés par l'insurrection) mais aussi les autres groupes, qui sont fortement divisés. A 20h le soir, les mencheviks réclament un nouveau délai.

La nuit tombait et la prise du Palais d'hiver traînait en longueur, mais il devenait impossible de reporter l'ouverture du plénier.

Début du plénier, élection du bureau

Trotsky décrit ainsi l'entrée des délégués pour le plénier :

« La révolution enseignait l'art de la compression. Les délégués, les visiteurs, les gardiens s'entassaient (...). Les avertissements donnés au sujet d'un effondrement possible du plancher n'avaient pas plus d'effet que les invites à moins fumer. Tous se bousculaient et fumaient de plus belle. C'est avec peine que John Reed se fraya un chemin à travers la multitude qui grondait devant la porte. La salle n'était pas chauffée, mais l'air était lourd et brûlant.  »

Ce sont des membres de l'exécutif sortant qui président pour l'instant. A la tribune, les principaux orateurs conciliateurs (Tseretelli, Tchkhéidzé, Tchernov) ne se sont pas montrés. C'est Dan qui ouvre amèrement le congrès à 22h40, en avertissant qu'il ne fera pas de discours dans ces cironstances si exceptionnelles où ses camarades sont actuellement au palais d'Hiver, « exposés à la fusillade », « remplissant avec abnégation leur devoir de ministres ».

Au nom des bolcheviks, Avanessov, délégué de Moscou, propose un bureau élu à la proportionnelle : 14 bolcheviks, 7 SR, 3 mencheviks, un internationaliste. La droite refuse immédiatement de faire partie du bureau. Le groupe de Martov s'abstient pour l'instant. Le bureau sera donc composé de 14 bolchéviks et 7 SR de gauche.

Parmi les bolchéviks, on comptait : Lenine, Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Rykov, Noguine, Skliansky, Krylenko, Antonov-Ovseenko, Riazanov, Mouralov, Lounatcharsky, Kollontaï et Stoutchka. Il y avait donc plusieurs cadres qui s'étaient pourtant opposés à l'insurrection (Zinoviev, Kamenev, Noguine, Rykov, Lounatcharsky, Riazanov), ce qui d'après les mots de Trotsky est « caractéristique pour les mœurs d'alors du parti ». Pour les SR de gauche, on ne comptait que Maria Spiridonova comme figure célèbre.

Lénine est présent mais n’apparaît pas encore publiquement. Il est déguisé avec une perruque et de grosses lunettes, et se tient dans une salle latérale, informé par des cadres bolchéviks. Trotsky raconte : « Se rendant à leur fraction, Dan et Skobelev s'arrêtèrent devant la table des conspirateurs, dévisagèrent attentivement Lenine et le reconnurent de toute évidence. » Il raconte également : « quelqu'un vint étendre sur le plancher des couvertures et y posa deux oreillers. Vladimir Illitch et moi reposâmes, couchés côte à côte. Mais quelques minutes après, on m'appela : "Dan a pris la parole, il faut répondre." Revenu après ma réplique, je me couchai de nouveau à côté de Vladimir Illitch qui, bien entendu, ne songeait pas à s'endormir. (...) Toutes les cinq ou dix minutes, quelqu'un accourait de la salle des séances pour communiquer ce qui s'y passait. »

Kamenev, qui prend la relève de la présidence, annonce un ordre du jour en 3 points : l'organisation du pouvoir ; la guerre et la paix ; la convocation de l'Assemblée constituante.

Lozovsky, adversaire de l'insurrection, réclame un rapport du Soviet de Petrograd. Mais les coups de canon que l'on entend au dehors témoignent que le rapport n'est pas encore prêt.

Tentative de conciliation de Martov, départ de l'aile droite

Martov, menchévik de gauche, soumet une motion qui appelle à la discussion pacifique pour former un pouvoir reconnu par tous les partis du congrès. Les socialistes conciliateurs soutiennent cette motion, espérant isoler les bolchéviks. Mais Lounatcharski déclare pour les bolchéviks qu'il n'a aucun désaccord avec la motion de Martov, et celle-ci est votée par la quasi-totalité des délégués. Il s'agissait pour certains bolchéviks de faire la démonstration que ce sont les conciliateurs qui ne veulent pas d'un pouvoir soviétique, mais aussi pour beaucoup d'autres d'un espoir réel que ceux-ci acceptent.

Mais des interventions hostiles de l'aile droite se succèdent alors, comme celles de deux menchéviks qui s'appuient sur des organisations de l'armée : le capitaine Kharach de la 12e armée, le lieutenant Koutchine (qui avait parlé à la Conférence d'Etat de Moscou)... Mais d'autres interventions de soldats en colère montrent qu'aux yeux du congrès ils ne représentent plus les tranchées, comme celle d'un soldat letton : « Assez de résolutions et de bavardages ? Il nous faut des actes ! Le Pouvoir doit être entre nos mains. Que les imposteurs quittent le congrès - l'armée n'est pas avec eux ! »

Khintchouk, ancien président menchévik du soviet de Moscou, avertit : « Le complot militaire des bolcheviks jette le pays dans une guerre intestine, mine l'Assemblée constituante, menace d'une catastrophe au front et mène au triomphe de la contre-révolution. »

A travers le brouhaha et même les coups de sifflet, on entend à peine le représentant des SR de droite qui proclame « l'impossibilité d'un travail en commun » avec les bolcheviks. Comme les menchéviks de droite, il conteste la légitimité du 2e congrès, pourtant convoqué et ouvert par l'exécutif conciliateur.

Le représentant du Bund déclare que « tout ce qui se passe à Petrograd est un malheur » et invite les délégués à se joindre aux conseillers de la Douma municipale qui comptent se rendre sans armes au palais d'Hiver pour y périr avec le gouvernement. Une partie sort, sous les cri des délégués ou des gardes rouges : « Assez ! Déserteurs ! Allez-vous-en chez Kornilov ! Ennemis du peuple ! »

Parmi l'aile droite, environ 70 délégués quittent le congrès, c'est-à-dire un peu plus de la moitié. Eux-qui restent en toute circonstance dans les organes de conciliation avec la bourgeoisie comme le pré-parlement, n'ont pas de problème à rompre avec les soviets lorsque ceux-ci veulent rompre avec l'ordre ancien. Les hésitants rejoignent en général le groupe des SR de gauche, qui se retrouve plus large qu'à l'ouverture du congrès. Parmi les SR, la résolution de quitter le congrès est repoussée par 92 voix contre 60. C'est à partir de ce moment-là que la scission dans le parti SR sera effective. Les deux blocs se réuniront dès lors dans des salles différentes (et le parti SR de gauche sera créé quelques jours après).

Malgré la démonstration que l'aile droite n'avait aucune intention de trouver un accord avec les bolchéviks, Martov s'obstine dans sa démarche. Il lit une déclaration condamnant l'insurrection comme un complot réalisé par les bolchéviks seuls, et exigeant la suspension des travaux du congrès jusqu'à une entente avec « tous les partis socialistes ». Trotsky lui fait alors une réponse cinglante:

« Ce qui est arrivé, c'est une insurrection, et non point un complot. Le soulèvement des masses populaires n'a pas besoin de justification. Nous avons donné de la trempe à l'énergie révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Petrograd. Nous avons ouvertement forgé la volonté des masses pour l'insurrection et non pour un complot... Notre insurrection a vaincu et maintenant l'on nous fait une proposition : renoncez à votre victoire, concluez un accord. Avec qui ? Je le demande : avec qui devons-nous conclure un accord ? Avec les misérables petits groupes qui sont sortis d'ici ?... Mais nous les avons vus tout entiers. Il n'y a plus personne derrière eux en Russie. Avec eux devraient conclure un accord, comme d'égaux à égaux, les millions d'ouvriers et de paysans, représentés à ce congrès, que ceux-là, non pour la première fois, sont tout disposés à livrer à la merci de la bourgeoisie ? Non, ici l'accord ne vaut rien ! A ceux qui sont sortis d'ici comme à ceux qui se présentent avec des propositions pareilles, nous devons dire : vous êtes de lamentables isolés, vous êtes des banqueroutiers, votre rôle est joué, rendez-vous là où votre classe est désormais : dans la poubelle de l'histoire !  »

« Alors, nous sortons ! » crie Martov. Son allié Soukhanov convoque une réunion de fraction et tente de refuser le départ, mais par 14 voix contre 12, Martov l'emporte.

Il n'est pas resté de procès-verbaux du congrès. Les sténographes parlementaires, invitées à prendre note des débats avaient quitté Smolny avec les mencheviks et les SR : c'est un des premiers épisodes du sabotage.

Concessions aux SR de gauche

Trotsky propose une motion :

« Le 2e Congrès doit constater que le départ des mencheviks et des SR est une tentative criminelle et sans espoir de briser la représentativité de cette assemblée au moment où les masses s’efforcent de défendre la révolution contre les attaques de la contre-révolution »

Le SR de gauche Kamkov prend alors la parole. Il assume la scission avec les SR de droite, mais déclare que ses partisans aussi estiment indispensable de réaliser un front unique révolutionnaire et se prononcent contre la violente résolution de Trotsky qui ferme les portes à un accord avec la démocratie modérée. Les bolchéviks n'insistent pas sur la motion de Trotsky. Lounatcharsky intervient pour apaiser et rappeler que les bolchéviks ne se sont pas opposés à ce front unique mais que ce sont les autres groupes qui ont décliné.

Après 2 heures du matin (du 26), le praesidium déclare la séance suspendue pour une demi-heure.

La prise du palais d'Hiver

Lors de la reprise, Kamenev peut lire à la tribune un téléphonogramme que l'on vient de recevoir d'Antonov : le palais d'Hiver a été pris par les troupes du Comité militaire révolutionnaire, et à l'exception de Kerensky, tout le gouvernement provisoire a été arrêté. Le pouvoir est désormais aux mains des soviets. La nouvelle déclenche de profonds applaudissements, mais aussi quelques inquiétudes apès ce grand saut historique.

Un SR de gauche proteste contre l'arrestation des ministres socialistes. Le représentant des internationalistes unifiés s'alarme : il ne faudrait pas tout de même que le ministre de l'Agriculture, Maslov, se retrouve dans la même cellule que celle où il a séjourné sous la monarchie. Trotsky (qui a été dans la même prison de Kresty sous le tsar et du temps du ministre Maslov...) répond que « le gouvernement doit être traduit devant un tribunal, avant tout pour sa liaison incontestable avec Kornilov », et que « les ministres socialistes seront seulement gardés à vue dans leurs domiciles ».

Le Congrès apprend à ce moment que le 3e bataillon de motocyclistes, que Kerensky a fait marcher sur Petrograd, s'est rangé du côté du peuple révolutionnaire. Le congrès est maintenant saisi d'un enthousiasme sans mélange et sans retenue.

Le groupe des menchéviks les « plus à gauche » fait une ultime déclaration par la voix de Kapelinsky, avertissant : « Rappelez-vous que des troupes s'avancent vers Petrograd. Nous sommes sous la menace d'une catastrophe. » Ils quittent la salle sous les invectives. « Mais vous êtes déjà sortis une fois!  »

Le bureau voulait acter la révolution par une résolution, mais une longue série de motions d'ordre se succédaient, ainsi que des nouvelles qui amplifiaient le sentiment de victoire, comme celle que Krylenko apporte à 5h17, les bataillons déclarent l'un après l'autre qu'ils refusent les ordres de Kerensky de marcher sur Petrograd et reconnaissent le Comité militaire révolutionnaire. John Reed témoigne : « Il arriva quelque chose d'inimaginable : les gens pleuraient en s'embrassant. »

L'appel révolutionnaire aux ouvriers, soldats et paysans

Finalement, Lounatcharsky peut lire à haute voix un appel aux ouvriers, aux soldats, aux paysans, qui proclame entre autre :

Le congrès prend en mains le pouvoir. Le Gouvernement provisoire est renversé.  Le pouvoir des Soviets proposera une paix immédiate et démocratique à tous les peuples et un armistice immédiat sur tous les fronts. Il assurera la remise sans indemnité des terres des propriétaires fonciers (...) à la disposition des comités paysans ; il défendra les droits du soldat en procédant à la démocratisation totale de l'armée ; il établira le contrôle ouvrier de la production ; il assurera en temps voulu la convocation de l'Assemblée constituante ; (...) il assurera à toutes les nations qui peuplent la Russie le droit véritable de disposer d'elles-mêmes. Le congrès décrète : tout le pouvoir sur le plan local passe aux Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans, qui doivent assurer un ordre authentiquement révolutionnaire.[3]

Le congrès ne représentait officiellement que les soviets d'ouvriers et de soldats, mais des délégués de différents soviets paysans étaient invités en observateurs. Face à l'énorme enjeu devant eux, les délégués paysans interviennent et demandent à être intégrés. Le congrès leur accorde immédiatement le droit de suffrage délibératif.

Le représentant du soviet paysan de Petrograd signe l'appel « des pieds et des mains ». Un membre du comité exécutif d'Avksentiev, Berezine, qui s'est tu jusqu'alors, communique que, sur 68 soviets paysans qui ont répondu à l'enquête télégraphique, la moitié s'est prononcée pour le pouvoir des soviets, l'autre moitié pour la transmission du pouvoir à l'Assemblée constituante. Ces soviets de province sont pourtant encore à moitié trustés par des notables, ce qui montre alors clairement que le futur congrès paysan soutiendra le pouvoir soviétique.

L'appel effraie certains des compagnons de route par son caractère inéluctable. De nouveau défilent à la tribune de petites fractions. Un tout petit groupe de menchéviks quittent à leur tour le congrès, disant vouloir garder la possibilité de sauver les bolcheviks : « Autrement vous vous perdrez vous-mêmes, vous nous perdrez aussi, vous perdrez la révolution. » Le représentant du Parti socialiste polonais, Lapinsky, tout en restant pour « défendre son point de vue jusqu'au bout » avertit sur le même ton : « Les bolcheviks ne pourront tirer parti du pouvoir qu'ils prennent sur eux. » Le parti ouvrier juif unifié et les internationalistes unifiés s'abstiennent. Mais ces groupes représentaient extrêmement peu : l'appel est adopté par toutes les voix contre 2, avec 12 abstentions.

La séance est enfin levée aux approches de 6 heures.

Premiers échos et extension de la révolution

Au matin les gens à l'écart des événements, les fonctionnaires, les intellectuels, se jettent sur les journaux, mais ceux-ci ne donnent qu'une image très déformé de ce qui s'est passé.

Ils parlent de la prise du palais d'Hiver, mais comme d'un épisode passager. Kerensky est parti pour le Grand Quartier Général, le sort du pouvoir sera décidé par le front. Les comptes rendus du congrès reproduisent seulement les déclarations des droites, énumèrent ceux qui sont sortis et assurent que ceux qui sont restés sont impuissants. Le journal des mencheviks renchérit :

« Vingt-quatre heures se sont écoulées depuis la "victoire" des bolcheviks et la fatalité historique commence déjà à tirer d'eux une cruelle vengeance.. autour d'eux, c'est le vide qu'ils ont eux-mêmes créé... ils sont isolés de tous... tout l'appareil des fonctionnaires et des techniciens refuse de se mettre à leur service... Ils s'effondrent au moment même de leur triomphe dans un abîme...  »

Mais les rumeurs de la rue sont plus inquiètes. On ne voit pas venir les renforts, et les ministres sont bien enfermés dans la forteresse. La bourse s'affole. La presse bourgeoise et conciliatrice vomissait ses calomnies : «  les poches des hommes de la garde rouge sont pleines de marks allemands », « ce sont des officiers allemands qui commandent l'insurrection », etc. Les journaux les plus déchaînés furent interdits dès la nuit du 25 au 26. Un certain nombre d'autres furent confisqués dans le courant de la journée.

Organisé la nuit, un Etat-major provisoire s'occupa de la défense de Petrograd en cas d'offensive de Kerensky. Au central des téléphones, où les employés refusent de servir le nouveau pouvoir, on expédie des téléphonistes militaires. Au front et en province on expédiait des agitateurs et des organisateurs. On invite les armées à créer leurs comités militaires révolutionnaires, les soviets à se prononcer... Dans le courant de la journée on apprit que Kornilov était en fuite.

Comme le palais de Tauride en Février, Smolny était devenu soudain le centre de toutes les fonctions de la capitale et de l’Etat. Là siégeaient toutes les institutions dirigeantes. De là partaient les décisions, ou bien c'est là que l'on venait en chercher. C'est là que l'on réclamait des armes, c'est là qu'on livrait des fusils et des revolvers confisqués aux ennemis. De différents points de la ville on amenait des personnages arrêtés. Trotsky décrit ainsi l'agitation révolutionnaire se cristallisant en un nouveau pouvoir :

« Depuis la création du monde, jamais encore autant d'ordres n'avaient été lancés, oralement, au crayon, à la machine, par fil, l'un cherchant à rattraper l'autre, - des milliers et des myriades d'ordres, - non toujours envoyés par ceux qui avaient le droit de commander et rarement reçus par ceux qui étaient en état d'exécuter. Mais le miracle c'était que, dans ce remous de folie, il y avait un sens profond, que les gens s'ingéniaient à se comprendre entre eux, que le plus important et le plus indispensable était tout de même mis à exécution, que, pour remplacer le vieil appareil de direction, les premiers fils d'une direction nouvelle étaient tendus : la révolution se renforçait.  »

« Edifier l'ordre socialiste », la paix et la terre

Dans la journée du 26, à Smolny, le Comité central bolchévik travaille à la proposition de nouveau gouvernement. Etant donné les refus des autres forces socialistes, il adopte la position de Lénine d'un gouvernement composé uniquement de bolchéviks, nommé le Soviet des commissaires du peuple (Sovnarkom).

La séance du congrès s'ouvre à 21 heures. A cette séance, l'on devait décider de la question de la paix, de la terre et du gouvernement. Ce sont ainsi les premières mesures du nouveau pouvoir qui vont être prises dans cette nuit du 26 au 27. Kamenev commence par un rapport sur les travaux auxquels s'est livré le bureau dans la journée : on a aboli la peine de mort que Kerensky avait rétablie sur le front; on a rendu toute liberté à l'agitation ; l'ordre a été donné de relaxer les soldats incarcérés pour délits d'opinion et les membres des comités agraires; sont révoqués tous les commissaires du gouvernement provisoire; ordre est donné de mettre en arrestation et de livrer Kerensky et Kornilov. Le congrès approuve et confirme.

Lénine apparaît publiquement, pour introduire sur la question de la paix, et déclenche d'interminables applaudissements. Les délégués des tranchées regardent de tous leurs yeux l'homme mystérieux qu'on leur a appris à détester et qu'ils ont appris, sans le connaître, à aimer. Quand les applaudissement se tarissent, il dit simplement : « Maintenant, nous allons nous occuper d'édifier l'ordre socialiste. »

Mais pour cela, il faut en finir avec la guerre. Lénine lit alors un projet de déclaration[4] qu'aura à publier le gouvernement qui doit être élu. Il s'agit d'appeler immédiatement les peuples à une paix juste et démocratique, sans annexion ni contribution, y compris sans maintien de colonies. De son côté, le gouvernement abolit la diplomatie secrète et s'engage à publier les traités secrets, et à annuler immédiatement tout ce qui a trait à des avantages aux impérialistes russes.

Un à un, les représentants des forces alliées interviennent pour dire leur accord : les SR de gauche, les internationalistes unifiés (mais à condition qu'elle soit faite au nom du gouvernement de coalition), Lapinsky au nom du PSP, Dzerjinsky au nom du SDKPiL, Stoutchka au nom du LSDSP, Kapsukas au nom du LSDP. La proclamation est adoptée à l'unanimité, et l'Internationale retentit, avec une signification extrêment profonde en ce moment-là. Quelqu'un lança alors un « Vive Lénine ! » largement repris.

« Même ceux qui étaient les plus proches de lui, ceux qui connaissaient bien sa place dans le parti, sentirent pour la première fois complètement ce qu'il signifiait pour la révolution, pour le peuple, pour les peuples. C'était lui qui avait fait l'éducation. C'était lui qui avait enseigné. (...) Les émotions par lesquelles on avait passé, les doutes surmontés, l'orgueil de l'initiative, le triomphe, les grands espoirs, tout se confondit en une éruption volcanique de reconnaissance et d'enthousiasme »

Lénine revient à la tribune, cette fois sur la question agraire. La proposition de décret[5] qu'il présente acte simplement les aspirations des millions de paysans, que ceux-ci ont par ailleurs commencé à réaliser de fait. « La propriété terrienne des nobles est abolie immédiatement sans aucun droit de rachat. » Ces terres sont remises aux comités agraires de canton et aux soviets des députés paysans de district, en attendant l'Assemblée constituante. Le travail salarié est interdit. Les bolchéviks reprennent la revendication paysanne de répartition des terres, même si ce n'est pas le projet communiste de collectivisation. Ils jugent prioritaire de sceller l'alliance ouvrier et paysans, au moins dans l'immédiat contre les nobles. Au moment du vote, Kalegaïev déclare : « La fraction des socialistes-révolutionnaires de gauche accueille le projet de Lenine comme le triomphe de son idée à elle », mais réclame une suspension de séance. Un SR maximaliste s'impatiente : «  Nous devrions rendre hommage au parti qui, dés le premier jour, sans vains bavardages, applique une pareille mesure ». Lenine insiste pour que la suspension de séance soit en tout cas aussi courte que possible. « Des nouvelles aussi importantes pour la Russie doivent être imprimées dés le matin. Pas de retards ! » 

Au moment de la reprise, le congrès vote aussi, sans débat et à l'unanimité, un appel invitant tous les soviets locaux « à prendre immédiatement les mesures les plus énergiques pour prévenir les actions contre-révolutionnaires, antijuives et toutes les sortes de pogromes. L'honneur de la révolution des ouvriers, des paysanes et des soldats exige qu'aucun pogrome ne soit admis. »[6]

Finalement le décret sur la terre sera voté à l'unanimité moins 1 voix et 8 abstentions.

La question du gouvernement

Article détaillé : Sovnarkom.

Le dernier point est la formation du nouveau gouvernement. Kamenev lit le projet élaboré par le Comité Central bolchevik. L'administration des divers domaines de la vie étatique est confiée à des commissions qui doivent travailler à réaliser le programme annoncé par le congrès - « en étroite union avec les organisations de masse des ouvriers, des ouvrières, des matelots, des soldats, des paysans et des employés ». Le pouvoir gouvernemental est concentré entre les mains d'un collège formé des présidents de ces commissions, sous le nom de « Soviet des Commissaires du Peuple ». Le contrôle sur l'activité du gouvernement appartient au congrès des soviets et à son comité exécutif central.

Ces 15 candidats, 4 ouvriers et 11 intellectuels, avaient dans leur passé des années d'emprisonnement, de déportation et d'émigration. Reed témoigne : « Lorsque Kamenev lut la liste des Commissaires du Peuple des applaudissements éclatèrent coup sur coup, après chaque nom, et particulièrement après ceux de Lenine et de Trotsky ». Soukhanov ajoute à ces noms celui de Lounatcharsky.

Le représentant des internationalistes unifiés, Avilov, fait un long discours pour expliquer les difficultés de la situation et la nécessité d'un gouvernement de coalition de tous les démocrates, donc avec ceux qui constituaient en ce moment même un Comité de Salut Public à la Douma municipale. Il soutenait notamment que vu la pénurie de pain, il fallait un gouvernement qui ait la confiance non seulement des paysans pauvres, mais aussi des paysans riches.

Pour les SR de gauche, Kareline intervient dans le même sens, pour une coalition avec ceux qui ont quitté le congrès. Mais il prend soin d'affirmer que « les bolchéviks ne sont pas responsables de leur sortie ». Il précise même : « Nous ne voulons pas marcher dans la voie d'un isolement des bolcheviks, car nous comprenons qu'au sort de derniers se rattache celui de toute la révolution : leur perte est celle de la révolution même. » En conclusion, il annonce que les SR de gauche vont voter contre la composition du nouveau gouvernement, mais seulement pour mieux pouvoir faire la médiation avec les autres socialistes et les appeler à rejoindre le gouvernement.

C'est Trotsky qui est chargé de la réponse à Avilov et Kareline au nom des bolchéviks. Il répond que les bolchéviks ne pas isolés, malgré l'hostilité de nombreux petits groupes qui eux se sont vidés et coupés des masses. Il montre en prenant chaque sujet comment la coalition avec ceux qui ne voulaient pas aller de l'avant était seulement source de faiblesse, et comment ce sont les actes des conciliateurs qui rendent impossibles la coalition :

« On dit que la scission de la démocratie provient d'un malentendu. Lorsque Kerensky envoie contre nous des bataillons de choc, lorsque, avec l'assentiment du comité exécutif central, nous avons nos communications téléphoniques coupées au moment le plus grave de notre lutte contre la bourgeoisie, lorsque l'on nous assène coups sur coups - peut-on encore parler d'un malentendu ?  »

Trotsky conclut en soulignant que la seule voix est dans la révolution mondiale. « Ou bien la Révolution russe soulèvera le tourbillon de la lutte en Occident, ou bien les capitalistes de tous les pays étoufferont notre révolution. » Reed témoigne : « Les délégués du congrès saluèrent ce discours de longues salves d'applaudissements, s'enflammant à l’idée audacieuse d'une défense de l'humanité. »

Un représentant de la puissante centrale syndicale des cheminots (Vikhjel) réclame ensuite la parole. Il se plaint de ne pas avoir été invité au congrès. On proteste alors de tous côtés : c'est le comité exécutif sortant qui ne les a pas invités. L'orateur lit un ultimatum qui a déjà été expédié par télégrammes dans tout le pays : le Vikjel condamne la prise du pouvoir par un seul parti; en attendant la création d'un pouvoir démocratique, le Vikjel seul reste maître du réseau ferroviaire. L'orateur ajoute qu'il ne reconnait que le comité exécutif central tel qu'il était précédemment composé. En cas de répression à l'égard des cheminots, le Vikjel arrêterait le ravitaillement de Petrograd ! Beaucoup sont choqués par ce chantage d'un secteur qui s'appuie sur son importance stratégique, mais pas forcément sur sa représentativité numérique. Kamenev déclare fermement : « Il ne peut être nullement question de dire que le congrès ne serait pas régulier. Le quorum du congrès a été établi non par nous, mais par l'ancien Comité exécutif central... Le congrès est l'organe suprême des masses d'ouvriers et de soldats ».

Le Soviet des Commissaires du Peuple est validé à une écrasante majorité. Environ 150 voix (essentiellement des SR de gauche) se portent sur la résolution d'Avilov.

Le congrès approuve ensuite à l'unanimité la composition du nouveau Comité exécutif central ; sur 101 membres - 62 bolcheviks, 29 SR de gauche. Le Comité exécutif central doit dans la suite se compléter de représentants des soviets paysans et des organisations d'armée nouvellement élues. Les fractions qui ont quitté le congrès ont le droit d'envoyer au Comité exécutif central leurs délégués sur la base d'une représentation proportionnelle.

A 5h 15 du matin, Kamenev clôt le congrès constitutif du régime soviétique. On court à la gare, on rentre chez soi, au front, aux usines, aux casernes, aux mines et dans les lointains villages. Avec les décrets du congrès, les délégués vont emporter le ferment de l'insurrection prolétarienne à toutes les extrémités du pays.

Ce matin-là, l'organe central du parti bolcheviste, qui avait repris son vieux nom de Pravda, écrivait :

« Ils veulent que nous soyons seuls à prendre le pouvoir, pour que nous soyons seuls à régler les terribles difficultés qui se sont posées devant le pays... Eh bien, nous prenons le pouvoir tout seuls, nous appuyant sur les suffrages du pays et comptant sur l'aide amicale du prolétariat européen. Mais, ayant pris le pouvoir, nous appliquerons aux ennemis de la révolution et à ceux qui la sabotent le gant de fer. Ils ont rêvé de la dictature de Kornilov... Nous leur donnerons la dictature du prolétariat... »

Postérité

Les conciliateurs créent le lendemain un « Comité de Salut de la Patrie et de la Révolution ».[7] Ils ne reconnaissent pas le Sovnarkom et appellent à son élargissement jusqu'aux troudoviks (parti de Kerensky). Ils refusent aussi de siéger au Comité exécutif central des soviets de Russie.

Les congrès des soviets ont été officialisés par la constitution de l'URSS en 1923.

Par la suite ils deviennent des instances fantoches manipulés par la bureaucratie soviétique.

Notes et sources

  1. Trotski, La révolution d'octobre, 1919
  2. Lénine, Les bolchéviks garderont-ils le pouvoir ?, 1917
  3. Deuxième congrès pan-russe des Soviets, Aux ouvriers, aux soldats et aux paysans !, 1917
  4. Deuxième congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie, Décret sur la paix, 1917
  5. Deuxième congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie, Décret sur la terre, 1917
  6. Jean-Jacques Marie, Lénine, Paris, Balland, 2004, p. 217
  7. Jean-Jacques Marie, Lénine, Paris, Balland, 2004, p. 217