Peine de mort

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La peine de mort est généralement combattue par les progressistes et le mouvement ouvrier, en tant que mesure inefficace (elle ne dissuade pas les criminels), potentiellement d'une injustice atroce (lorsqu'un innocent est exécuté par erreur), d'un pessimisme profond (elle abandonne toute perspective de changement de la part du condamné) et d'une inhumanité profonde (elle tend à amoindrir la valeur de la vie humaine).

En revanche, les révolutionnaires (bourgeois progressistes ou communistes) ont toujours été tiraillés au sujet de l'utilisation de la peine de mort en situation de guerre civile.

La peine de mort dans la révolution russe[modifier]

Après la révolution de Février 1917 qui renverse le tsar, le gouvernement provisoire prend un certain nombre de mesures démocratiques (actant en réalité ce qui avait été réalisé par les masses et les soviets socialistes), dont l'abolition de la peine de mort.

Cependant, Kerensky avait fait rétablir la peine de mort dans l'armée en juillet, pour mater l'indiscipline croissante parmi les troupes.

Après la révolution d'Octobre 1917, une des premières mesures du nouveau gouvernement est d'abolir à nouveau la peine de mort, malgré la réticence de Lénine qui la jugeait indispensable pendant la guerre civile.

Et plus tard, la peine de mort fut effectivement rétablie pendant la guerre civile. Trotski, qui dirigeait l'Armée rouge, justifiait sa nécessité :

« On ne peut dresser une armée sans répression. On ne peut mener à la mort des masses d'hommes si le commandement ne dispose pas, dans son arsenal, de la peine de mort. Tant que les méchants singes sans queue qui s'appellent des hommes, et qui sont fiers de leur technique, formeront des armées et batailleront, le commandement placera les soldats dans l'éventualité d'une mort possible en avant ou d'une mort certaine à l'arrière. »[1]

Mais il insistait sur la différence entre l'ancienne armée et la nouvelle armée :

« Pourtant, ce n'est pas par la terreur que l'on fait des armées. Ce n'est pas faute de répression que l'armée du tsar s'était décomposée. En essayant de la sauver par le rétablissement de la peine de mort, Kérensky l'avait seulement achevée. Sur les cendres chaudes de la grande guerre, les bolcheviks créèrent une armée nouvelle. Pour celui qui entend quelque chose à l'histoire, ces faits n'ont pas besoin d'explications. Pour notre armée, le ciment le plus fort, ce furent les idées d'Octobre. Le train apportait ce ciment aux fronts. »

Répondant plus loin à d'autres accusation d'inhumanité, Trotski écrivait :

« Certains de nos amis humanitaires, de l'espèce qui n'est ni chaude ni froide, nous ont expliqué plus d'une fois qu'ils pouvaient encore comprendre la nécessité fatale de la répression en général ; mais fusiller un ennemi que l'on tient déjà, c'est aller au delà des limites de la légitime défense. Ils nous demandaient de faire preuve de «magnanimité». Clara Zetkin et d'autres communistes européens qui, alors, avaient encore le courage -contre Lénine et contre moi- de dire ce qu'ils pensaient, insistaient pour que la vie des accusés fût épargnée. Ils nous proposèrent de nous borner à des peines d'emprisonnement. Cela semblait le plus simple. Mais la question de la répression individuelle dans une époque révolutionnaire prend un caractère tout à fait particulier, d'où s'écartent, avec impuissance, les lieux communs humanitaires. La bataille est livrée directement pour la possession du pouvoir, il est question, dans cette lutte, de vie ou de mort, c'est en cela que consiste la révolution; en de telles conditions, de quel effet peut être une incarcération pour des gens qui espèrent s'emparer du pouvoir en quelques semaines et emprisonner à leur tour ou exterminer ceux qui sont au gouvernail ? Du point de vue de ce qu'on appelle la valeur absolue de l'existence humaine, la révolution doit être «condamnée», de même que la guerre, de même que toute l'histoire de l'humanité. Cependant, la notion même de la personnalité humaine n'a été élaborée qu'en résultat de nombreuses révolutions, et le processus est encore fort loin de son achèvement. Pour que la notion de la personnalité devienne réelle et que la notion à demi péjorative de «la masse» cesse d'être l'antithèse de la notion de «l'individu» telle qu'on la voit dans une philosophie de privilégiés, il faut que la masse elle-même, aidée du cric de la révolution, ou plus justement, d'une série de révolutions, s'élève à un degré supérieur dans l'histoire. Que cette voie soit bonne ou mauvaise du point de vue de la philosophie normative, je ne sais et j'avoue que cela ne m'intéresse pas. En revanche, je sais bien que c'est là la seule voie que l'humanité ait connue jusqu'à présent. »[2]

Notes et sources[modifier]

  1. Léon Trotsky, Ma vie - 34. Le train, 1930
  2. Léon Trotsky, Ma vie - 39. La maladie de Lénine, 1930