Plus-value

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La plus-value, ou survaleur, est l'excédant que récupère un capitaliste après vente de ses marchandises et paiement des salaires. Elle est créée dans la sphère de la production et elle est à la base du profit dans le capitalisme.

Définitions

Expression schématique

La plus-value pl peut s'exprimer :  pl = A' - A

où A est le capital investi et A' > A le capital obtenu à la fin du cycle de production.

Si l'on distingue les composantes (c = capital constant, v = capital variable), le capital s'exprime :   A = c + v   et A' = c + v'

Étant donné que c'est le capital variable v qui engendre un accroissement du capital, sa nouvelle valeur v' est supérieure et se décompose en v' = v + pl

pl représente ce qui est produit par les travailleurs, mais qui revient au capitaliste.

Taux de plus-value

Le taux de plus-value, ou taux d'exploitation, est le rapport pl / v. Il représente l'augmentation ou la diminution de la part non payée du travail cristallisé dans les marchandises, et il est important pour comprendre la dynamique du capitalisme (ses périodes de "prospérité" ou de crise...)

Exemple

Le possesseur d'argent achète la force de travail à sa valeur, déterminée, comme celle de toute autre marchandise, par le temps de travail socialement nécessaire à sa production (c'est-à-dire en l'occurrence par le coût de l'entretien de l'ouvrier et de sa famille). Ayant acheté la force de travail, le possesseur d'argent est en droit de la consommer, c'est-à-dire de l'obliger à travailler toute la journée, disons, 12 heures. Or, en 6 heures (temps de travail « nécessaire »), l'ouvrier crée un produit qui couvre les frais de son entretien, et, pendant les 6 autres heures (temps de travail « supplémentaire »), il crée un produit « supplémentaire », non rétribué par le capitaliste, et qui est la plus-value. Le taux de plus-value est dans ce cas de 100% (6/6).

Origine de la plus-value

La plus-value ne peut provenir de la circulation des marchandises, car celle-ci ne connaît que l'échange d'équivalents ; elle ne peut provenir non plus d'une majoration des prix, étant donné que les pertes et les profits réciproques des acheteurs et des vendeurs s'équilibreraient ; or, il s'agit d'un phénomène social, moyen, généralisé, et non point d'un phénomène individuel. La plus-value provient de la sphère de la production, dans laquelle est consommée la seule marchandise qui produise de la valeur : la force de travail.

Echange marchand simple

Si l'on considère une société hypothétique de producteurs indépendants produisant chacun leur type de marchandises et le vendant sur le marché, la situation est très proche de celle du troc. L'argent n'y sert que d'équivalent universel pour faciliter l'échange. La formule de la circulation des marchandises est : M-A-M (Marchandise contre Argent contre Marchandise). La masse monétaire totale reste constante.

À noter qu'il est possible dans ce cadre qu'un marchand se spécialise dans l'achat-revente avec profit, en jouant sur l'offre et la demande (j'achète moins cher là ou tel produit est abondant, je le revends cher là où on en manque...). Pour de tels marchands le schéma est certes A-M-A' (avec A' > A), mais ces profits équivalent à des transferts d'argent des producteurs vers les marchands, et non pas à une plus-value.

Echange dans le cadre capitaliste

A un certain degré du développement de la production des marchandises, l'argent se transforme en capital[1]. Les conditions historiques préalables sont :

  1. l'accumulation d'une certaine somme d'argent entre les mains de particuliers, à un stade de la production marchande déjà relativement élevé ;
  2. l'existence d'ouvriers « libres » à deux points de vue : libres de toute contrainte et de toute restriction quant à la vente de leur force de travail, et libres parce que sans terre et sans moyens de production en général, d'ouvriers sans maîtres, d'ouvriers-« prolétaires » qui ne peuvent subsister qu'en vendant leur force de travail.

La formule générale du capital est quant à elle basée sur A-M-A', mais il y a création de valeur. La valeur est créée au niveau de la production, si bien qu'il faudrait utiliser le schéma A-M-P-M'-A' : un capital A est investi dans la production, au cours de cette production une marchandise M est transformée en une marchandise M' qui contient la valeur de la marchandise M augmentée d'une plus-value, et cette plus-value est récupérée par le capitaliste sous forme de profit, lors de la vente.

Maximisation de la plus-value

La maximisation de la plus-value peut passer par trois biais : l'augmentation absolue, relative, ou différentielle.

Plus-value absolue

Le premier procédé consiste simplement pour le capitaliste à obtenir davantage de travail et par conséquent davantage de plus-value. Par exemple :

  • Augmenter le temps de travail...
  • Faire travailler les enfants...
  • Diminuer les pauses des travailleurs...
  • Ouvrir d'autres entreprises identiques ailleurs...
  • Conquérir de nouveaux marchés...

Les exemples d'exploitation sauvage des travailleurs par le capitalisme ne manquent pas, que ce soit durant la première moitié du XIXème siècle en Europe ou un peu partout dans le "Tiers-Monde", là où les luttes ouvrières ne sont pas parvenues à imposer des "conditions décentes d'exploitation"...

Plus-value relative

L'augmentation de la plus-value relative consiste à faire diminuer la valeur de la force de travail. Cela équivaut donc à diminuer le temps de travail nécessaire à sa reproduction, ce qui peut s'obtenir par l'augmentation de la productivité dans les biens de première nécessité (agriculture notamment) ou par l'importation de ces biens à moindre coût (cantonnement de pays dominés dans les matières brutes et spécialisation dans les produits à forte valeur ajoutée...).

Plus-value différentielle

Quant au troisième procédé il s'agit de profiter d'une augmentation de productivité pour produire plus de marchandises au même prix. La diminution du temps de travail nécessaire pour produire une unité de marchandise diminue leur valeur, mais le temps de travail socialement nécessaire, qui définit le prix de marché, n'a pas encore changé. Le capitaliste peut donc vendre ses marchandises au même prix qu'avant, empochant une plus-value supplémentaire.

Ces gains de productivité peuvent être obtenus soit par la machinisation, soit par une "optimisation" de l'organisation du travail (taylorisme, division du travail, management...). Cependant, une fois que la nouvelle technique se généralise, le temps de travail socialement nécessaire diminue et l'avantage différentiel est perdu.

« Le capitaliste qui emploie le mode de production perfectionné s'approprie par conséquent sous forme de surtravail une plus grande partie de la journée de l'ouvrier que ses concurrents. Il fait pour son compte particulier ce que le capital fait en grand et en général dans la production de la plus-value relative. Mais d'autre part, cette plus-value extra disparaît dès que le nouveau mode de production se généralise et qu'en même temps s'évanouit la différence entre la valeur individuelle et la valeur sociale des marchandises produites à meilleur marché. »[2]

Devenir de la plus-value

La plus-value est ce qui permet le profit et l'accumulation du capital.

Mais le capitalisme est un système social complexe et chaque capitaliste n'empoche pas exactement la valeur qu'il a lui même créée à l'issue d'un cycle de production. La plus-value est distribuée entre :

En particulier, Marx a montré l'erreur de l'économie politique classique antérieure (depuis Adam Smith), d'après laquelle toute la plus-value transformée en capital va au capital variable.

Notes et sources

  1. On retrouve la notion dialectique de transformation de la quantité en qualité.
  2. Le Capital Livre I, IVème section, Karl Marx