Révolution sociale

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Une révolution sociale est un bouleversement profond de la société qui amène à un changement de mode de production.

Généralités[modifier]

Une révolution sociale n'est pas une "anomalie", un coup de tonnerre dans un ciel serein. C'est un phénomène social qui s'inscrit dans la lutte de classe latente qui traverse la société humaine depuis qu'elle est divisée entre exploiteurs et exploités. Cette lutte a été jusqu'à présent conditionnée par les rivalités entre classes possédantes. C'est le développement économique des forces productives, dont une classe est porteuse (par exemple le développement commercial par la bourgeoisie) qui est l'origine fondamentale de l'évolution du rapport de force. Comme le résumait Marx en une phrase acérée :

« À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. »[1]

Les différentes rébellions des exploités ont joué un grand rôle dans ces révolutions. Mais ces derniers ont été incapables juqu'à présent de s'ériger en classe pour soi et de mener un combat en tant qu'exploités. Ces classes (paysannerie, milieux urbains plébéiens) ont le plus souvent servi de bélier contre l'ancien ordre social. Le développement du capitalisme amène cependant à la superposition de deux contradictions sociales : l'odre bourgeois représente un frein au développement (comme l'illustrent les terribles crises), et la classe révolutionnaire, le prolétariat, ne peut pas la renverser sans abolir par là-même les classes sociales.

« Le fait que la révo­lu­tion est faite au nom et dans l’intérêt déclaré des masses popu­laires, c’est-à-dire des masses pro­duc­trices, c’est un trait que cette révo­lu­tion a en com­mun avec toutes celles qui l’ont pré­cé­dée. Le trait nou­veau, c’est que le peuple, après le pre­mier sou­lè­ve­ment, ne s’est pas désarmé et n’a pas remis son pou­voir entre les mains des sal­tim­banques répu­bli­cains des classes diri­geantes ; c’est que, par la for­ma­tion de la Com­mune, il a pris dans ses propres mains la direc­tion effec­tive de sa révo­lu­tion et a trouvé en même temps, en cas de suc­cès, le moyen de la main­te­nir entre les mains du peuple lui-même, en rem­pla­çant l’appareil d’État, l’appareil gou­ver­ne­men­tal des classes domi­nantes, par son appa­reil gou­ver­ne­men­tal à lui. » [2]

Les grandes révolutions sociales[modifier]

La première grande révolution sociale est celle de la révolution néolithique, qui a marqué la fin du "communisme primitif" et la naissance d'une société de classe, basée sur l'extorsion du surproduit de la paysannerie par une classe guerrière et religieuse.

Des transformations dans la forme de cette exploitation ont par la suite provoqué des changements dans la forme des classes. Ainsi, bien que cela n'ait rien d'un mouvement mécanique et uniforme, le féodalisme (associé au servage) a tendu à remplacer l'esclavagisme antique.

Par la suite, la plus grande vague de révolutions sociales est celle des révolutions bourgeoises, qui se sont étendues du 12e au 19e siècle, en s'accélérant. Mais le mode de production n'a réellement été transformé qu'avec la révolution industrielle qui a suivi, au 19e, qui a mis en place le capitalisme industriel.

Le capitalisme a engendré une transformation très rapide (à l'échelle historique) de la société, et les conditions objectives pour son renversement sont réunies. C'est pourquoi les communistes révolutionnaires militent pour une révolution socialiste, instaurant une réelle démocratie basée sur le mode de production socialiste.

Révolution et démocratie[modifier]

Les révolutions sont des moments d'intense participation des masses à la politique (même les révolutions qui portent finalement au pouvoir une nouvelle classe dominante). De ce point de vue, elles sont des moments beaucoup plus démocratiques que la vie politique "normale" dans les sociétés de classe.

Et pourtant les révolutions sont des moments où les règles démocratiques formelles sont très souvent bafouées. Il y a nécessairement une rupture avec d'anciennes institutions que les masses ne reconnaissent et ne supportent plus. Il y a nécessairement une initiative prise en un point donné (souvent central), qui entraîne le reste des masses derrière lui (parfois unanimement, mais souvent avec une guerre civile à la clé). Par exemple au sujet de la Révolution de Février 1917, Trotsky écrivait :

« Le renversement du pouvoir eut lieu sur l'initiative et par les forces d'une cité [Pétrograd] qui constituait à peu près la soixante-quinzième partie de la population du pays. Si l'on veut, on peut dire que le plus grand des actes démocratiques fut accompli d'une façon non démocratique. Le pays tout entier se trouva placé devant le fait accompli. Si l'on avait en perspective une Assemblée constituante, cette circonstance ne changeait rien à rien, car les délais et les modalités de la convocation d'une représentation nationale devaient être déterminés par des organes qui émanaient de la victorieuse insurrection de Pétrograd. Cela jette une lumière crue sur la question de la fonction des formes démocratiques en général, et, en particulier, en période révolutionnaire. Au fétichisme juridique de la " volonté populaire " les révolutions ont constamment infligé de rudes coups, d'autant plus implacables, qu'elles étaient plus profondes, plus hardies, plus démocratiques.  »[3]

Le gouvernement provisoire issu de Février gouvernait avant d'avoir convoqué une Assemblée constituante (s'appuyant sur la légitimité implicite des partis majoritaires), et lorsque les bolchéviks sont devenus majoritaires, ils ont dissout la Constituante, s'appuyant sur la légitimité d'organes de démocratie ouvrière, les soviets.

Les principes de la justice, notamment les libertés individuelles, sont également souvent bafoués et des excès sont inévitablement commis lorsque des foules opprimées se lèvent et rendent justice elles-mêmes.

Pour le succès d'une révolution socialiste, la direction de la révolution doit revenir à la classe ouvrière, qui doit donc avoir un haut niveau d'auto-organisation et de contrôle sur ses délégués-e-s. Mais la nécessité de mesures d'exception a toujours été admise par les communistes (ce que Marx appelait la « dictature du prolétariat »). Face aux anarchistes, qui se disaient socialistes anti-autoritaires, Engels ironisait :

« Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c'est l'acte par lequel une fraction de la population impose sa volonté à l'autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer à dominer avec la terreur que ses armes inspirent aux réactionnaires.  »[4]

Notes et sources[modifier]