Révolution tunisienne (2011)

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La révolution tunisienne de 2011, appelée par les média "révolution du jasmin", est une vague de révolte populaire qui a conduit à la chute du dictateur Ben Ali, et plus largement a été le déclencheur du vent de révolte du Maghreb et du Machrek. Les classes populaires tunisiennes restent à ce jour mobilisées et l'issue est très incertaine. Les communistes révolutionnaires apportent tout leur soutien à leurs frères de classe qui se battent pour le pain et la démocratie, et doivent pour cela aller jusqu'au socialisme.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Impérialisme et néocolonialisme[modifier | modifier le wikicode]

La presse bourgeoise a passé ces dernières décennies à vanter le "modèle" tunisien du développement. Ce n'est en réalité que le reflet de la satisfaction qu'expriment les puissants devant les bonnes conditions d'exploitation du prolétariat tunisien. L'impérialisme pouvait en effet profiter de bas salaires et d'une main d'oeuvre qui jusqu'ici faisait face à la répression si elle tentait de s'organiser et lutter.

Sur 10 000 entreprises industrielles, près de 2000 sont européennes, parmi les plus puissantes. Il faut dire que le régime tunisien offre en plus de contrats léonins, de franchises, etc, une force de travail bon marché : un Smic à 120 € pour 40 heures[1]. La Tunisie est bel et bien un pays dominé (comme tant d'autres), cette domination prenant en premier lieux la forme du néocolonialisme. En effet, depuis l'indépendance obtenue de la France en 1956, le pays est resté le "premier partenaire commercial" du régime de Ben Ali. Ses intérêts (Orange, Aubade, Téléperformance, Alstom, Air Liquide, Valéo, Carrefour, Monoprix, EADS, Sagem, Zodiac, BNP, Société générale...[1][2]) sont donc directement menacés par les luttes sociales. Les réformes "libérales" qui s'accélèrent depuis les années 80 sont un autre aspect de cette domination impérialiste. Autre exemple, l'Union pour la Méditerrannée, qui une tentative de renforcement d'un pré-carré français au Maghreb.

Chômage, bas salaires, privatisations...[modifier | modifier le wikicode]

La crise de 2007-2010 du capitalisme accroît la pression partout sur le prolétariat[3], mais cela créé davantage un cocktail explosif dans la périphérie du système que forment les pays dominés. Pour les tunisiens l'horizon social apparaissait bouché : le salaire réel baisse, et le chômage frappe durement (au moins 20%). La privatisation de l'éducation et de la santé pèse sur les travailleurs qui voient leurs conditions de travail se dégrader. Mais elle pèse aussi sur les revenus des plus pauvres, qui sont le plus touchés par les surcoûts qu'engendre la marchandisation de services auparavant gratuits. Le salaire, prétendument indexé sur les prix, est en fait en baisse effective, en raison de l'augmentation des prix de l'énergie, de l'affaiblissement du dinar. De plus, le régime arrête des mécanismes de compensation qu'il avait mis en place...

La jeunesse, numériquement très importante (42% de la population a moins de 25 ans) est particulièrement touchée. Plus particulièrement dans le centre du pays, qui ne bénéficie pas des revenus du tourisme, elle ne se voit pas d'avenir. Pourtant le pays est suffisamment interconnecté au reste du monde (notamment via les réseaux sociaux sur internet) pour que cette jeunesse aspire à vivre mieux. Elle a majoritairement un rejet tacite des gouvernants, voire une défiance ouverte, qui a trouvé à s'exprimer et se matérialiser dans les événements actuels.

...et répression[modifier | modifier le wikicode]

Dans cette situation, le régime corrompu et autoritaire agissait comme le couvercle de la cocotte-minute. Il n'y a avait pas de "jeu politique" de la démocratie bourgeoise, avec pseudo-opposition et grandes promesses de changement électoral. Pour les nombreuses victimes de la censure, il ne faisait pas de doute non plus qu' il n'y avait pas de "droits de l'homme". Face à leurs potentielles protestations, les travailleurs tunisiens trouvaient toujours le bâton de la répression dès qu'ils s'écartaient trop du chemin de la "paix sociale". Incarnant à lui seul le régime, le "président" Zine el Abidine Ben Ali, en place depuis 23 ans, a cristallisé la colère populaire sur sa personne.

L'épouvantail de l'islamisme [modifier | modifier le wikicode]

Une des justifications apportées au soutien au régime de Ben Ali était notamment le fait qu'il soit prétendument un "rempart" face au "danger de l'islamisme". On a vu Ben Ali agiter le 10 janvier l'épouvantail terroriste étranger "Les événements sont dirigés par des éléments étrangers qui ne veulent pas le bien du pays"[4], tentant de jouer sur cette peur de l'opinion. Mais il n'a reçu aucun crédit, tant ce mouvement était étranger à l'islam politique de ces dernières décennies.

Dans la plupart des régimes dictatoriaux du Maghreb et du Machrek, l'opposition a hélas été incarnée par les islamistes pendant les dernières décennies. Leur discours est un fourre-tout réactionnaire et à la fois anti-impérialiste, qui leur a donné une certaine crédibilité face à des régimes inféodés au néocolonialisme occidental. En Tunisie, le principal parti islamiste est Ennahda, de tendance modérée à l'image de l'AKP turc. Il a souvent été interdit et réprimé sous le régime de Ben Ali, ce qui l'avait paré d'une certaine aura. 

Un syndicat ouvrier implanté[modifier | modifier le wikicode]

Il est un point remarquable, et qui a joué un grand rôle, c'est la présence d'une organisation de la classe ouvrière relativement implantée avec 500 000 adhérents. L'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), principale confédération syndicale du pays, est traversée par le même problème que l'écrasante majorité des syndicats : entre la base et la direction, une fracture de classe existe. Alors que de nombreuses sections sont animées par des militants combatifs, les sommets de l'UGTT collaborent depuis sa création avec le régime. Suivant en cela la tendance générale, l'UGTT a beaucoup perdu de son influence parmi les travailleurs, telle qu'elle était dans les années 1970. Néanmoins, elle a le mérite par sa seule existence de permettre l'organisation du prolétariat sur des bases de classes, et à ce titre a permis de créer ces conditions avancées de révolte ouvrière[5].

2011, Ben Ali "dégage"[modifier | modifier le wikicode]

Regain des luttes sociales[modifier | modifier le wikicode]

Il serait faux de présenter la révolution tunisienne comme un coup de tonnerre dans un ciel tranquille. Ces dernières années, un regain des luttes sociales et syndicales était perceptible. Plusieurs grèves ont été organisées dans l'enseignement, la santé publique et de nombreuses entreprises publiques et privées. A cela s'ajoute un climat général de tension autour de la question des bas salaires, qui sont indexés et donc susceptibles de fédérer l'ensemble des travailleurs.

En 2004, malgré le ralliement de la direction à un soutien à "l'élection" de Ben Ali, plusieurs sections expriment leur hostilité : certaines structures régionales, plusieurs fédérations dont celles de l'enseignement supérieur et de la santé, et des syndicats nationaux. La centrale s'exprime également contre la venue du tyran Ariel Sharon en 2005, et proteste contre l'interdiction du congrès de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme.

Suicide d'un jeune : l'étincelle[modifier | modifier le wikicode]

Cela aurait pu arriver à un autre moment quelconque. Le 17 décembre, Mohamed Bouazizi, un jeune diplomé au chômage et condamné au petit boulot de marchand ambulant, se voit confisquer ses marchandises par la police. Désespéré, il s'immole par le feu et est hospitalisé d'urgence[6]. Dès le 19 décembre, des jeunes diplomés de sa région manifestent pour protester contre le chômage et la hausse des prix. Malgré les tentative médiatiques du régime (compassion affichée, Ben Ali se rendant au chevet du souffrant...), Mohammed meurt le 4 janvier. Rapidement, c'est toute la Tunisie qui s'embrase dans un mouvement d'ensemble.

Les jeunes précarisés et les lycéens s'en prennent aux signes du régime, en incendiant le siège du RCD, les commissariats... Les manifestations sont nombreuses et partent souvent des locaux de l'UGTT, que la police n'ose pas attaquer. Face à la répression de la police et des milices du RCD (souvent confondues), la réaction "spontanée" des tunisiens mobilisés a été la création de comités d'auto-défense populaires, sur des bases géographiques. Ce sont des organisations de base qui se créent. Les manifestations gagnent l'Algérie voisine le 3 janvier. C'est le début des révoltes du Maghreb et du Moyen-Orient.

Manifestations démocratiques... et ouvrières[modifier | modifier le wikicode]

Le 10 janvier, les concessions commencent : tout en essyant de faire passer aux yeux du monde et de son peuple les manifestants pour des "terroristes"[4], Ben Ali promet la création de "300 000 emplois d'ici 2012". Le 13, il va plus loin et promet la liberté de la presse et la liberté d'expression politique, tout en assurant qu'il ne se représentera pas en 2014. Le même jour, l'ordre est donné de tirer sur la foule, mais l'armée et son général Rachid Ammar refuse. Le 14, Ben Ali annonce le limogeage de son gouvernement et des élections législatives pour dans six mois.

Le mouvement prend un tournant le 12 janvier, lorsque l'UGTT -d'abord timide- appelle à une grève générale de 24h à Sfax, capitale économique du pays. Le mouvement passe alors d'un mouvement "démocratique" à un mouvement ouvrier. La grève est un franc succès et devant le risque d'extension, l'UGTT appelle seulement à une grève nationale de 2h le 12 janvier.  Les travailleurs chassent certains de leurs dirigeants ou cadres liés au régime, comme à la Sécurité sociale, aux assurances Star (entreprise française, filiale de Groupama) et à la banque BNA. La question de l’ouverture des livres de comptes est posée par les salariés de plusieurs entreprises, qui veulent vérifier eux-mêmes l’ampleur des détournements de fonds. La saine mobilisation populaire fait aussi éclater les profondes divergences entre la base et les sommets collabo à l'intérieur des organisations. Les bureaucrates de l'UGTT font profil bas : "le siège de l’UGTT se vide rapidement de ses cadres qui semblent fuir de peur d’affronter les militants de l’union"[7].

Certains villages, quartiers ou même villes sont même quasiment autogérées. A Redefey par exemple, qui est une ville près du bassin minier de Gafsa, où une dure grève de 6 mois avait été durement réprimée en 2008, et où l'UGTT locale a rompu avec la direction. Comme l’explique Adnan Hayi, secrétaire général de l’UGGT de Redeyef :

"Grâce à l’expérience de la lutte et de l’unité de ces dernières années, nous sommes parvenus à former des Conseils dans tous les secteurs pour mobiliser la population dans la défense de ses droits et pour la gestion de sa vie quotidienne. Notre  organisation syndicale sert aujourd’hui de colonne vertébrale à la mobilisation populaire." [8]

Ben Ali est lâché et s'enfuit[modifier | modifier le wikicode]

Le dictateur a perdu beaucoup de ses soutiens. L'armée, mais aussi les états-majors impérialistes. Respectivement le 12 et le 13, les États-Unis et la France lâchent Ben Ali, en critiquant hypocritement l'usage "disproportionné" de la force. Sous la pression (directe ou indirecte[9]) de la mobilisation populaire, Ben Ali s'enfuit. Il est fort probable[10] que la première destination d'asile à laquelle ait pensé le dictateur soit Paris, son allié de toujours - où d'ailleurs une partie de sa famille s'est enfuie. Mais lâcher pour lâcher, le gouvernement français déclare "qu'il est hors de question de l'accueillir". Ben Ali est donc depuis parti en Arabie Saoudite.

Dans la rue les Tunisiens exultent. Mais cet événement historique a une signification d'espoir bien au delà du pays. Une femme s'écrie “un message a tous les peuples du monde: ne craignez pas les dictateurs, ne craignez pas les dictateurs, ne craignez pas les dictateurs !”. Le mouvement de révolte dans les pays du Maghreb et du Machrek s'en trouve fortement attisé.

Continuité du régime...[modifier | modifier le wikicode]

Mais dans l'immédiat, comme le prévoit la constitution tunisienne, le siège laissé vacant par Ben Ali est simplement récupéré par le chef du parlement Fouad Mebazaa. Cet ancien membre du RCD, décrit dans un câble de la diplomatie américaine comme "un homme loyal vis-à-vis de Ben Ali et qui ne représente aucun danger pour lui"[11], reconduit le premier ministre Mohamed Ghannouchi dans ses fonctions. Plus généralement, le gouvernement et le parlement restent dominés par l'ancienne clique, avec des tortionnaires notables comme Abdallah Kallel. Trois membres haut placés de l'UGTT acceptent des postes de ministres, mais ils démissionnent dès le lendemain à la demande de la centrale qui préfère ne pas se mouiller avec un gouvernement aussi impopulaire.

Le gouvernement met sur pied 3 commissions qui doivent enquêter, une sur les violences, une deuxième sur la corruption et les malversations sous Ben Ali et une troisième sur les réformes politiques. Avec cynisme, la direction de ces commissions est confiée... à des proches de l’ancien dictateur.

...et de la mobilisation[modifier | modifier le wikicode]

Après le 14 janvier, ces comités ont souvent pris en main partiellement les affaires locales là où le régime avait laissé le chaos. Avec de grandes illusions dans l'armée -pour l'instant plausibles- ces comités s'en sont toutefois souvent remis à elle. Le 31 janvier, l'UGTT dément des rumeurs de grève générale, et signifie clairement au passage sa soumission au calendrier fixé par le gouvernement provisoire. "Reprenez votre travail... L'UGTT veille à vos intérêts."[12] Mêmes des commentateurs bourgeois notent que « l’UGTT ne veut pas être accusée d’affaiblir l’économie tunisienne »[13].

Le vendredi 11 février, plusieurs partis et organisations lancent l'idée d'un Conseil National pour la Sauvegarde de la Révolution, sur la base d'un congrès national[14]. Mais ce conglomérat, qui regroupe les islamistes et l'opposition de gauche, n'a clairement pas la légitimité populaire pour être le lieu d'un double pouvoir[15]. De plus, elle mène une politique incompréhensible pour le prolétariat tunisien, en prétendant ne pas reconnaître le gouvernement provisoire tout en demandant à celui-ci de le légaliser, ou pire en prétendant parler au nom des tunisiens alors qu'aucun Congrès n'a eu lieu.

À partir du 19 février, des milliers de jeunes se regroupent quotidiennement dans la Kasbah (place où se trouve le siège du Premier ministre) pour revendiquer la démission du gouvernement Ghannouchi, du parlement et la tenue d'une Assemblée constituante. Le 26 février, la police fait 3 morts parmi les manifestants. Le 27 février, nouvelle victoire : Ghannouchi démissionne.

Les revendications sociales prennent une ampleur grandissante. Les grèves, sit-in et occupations d'usines se multiplient, et les travailleurs organisent parfois des soviets. De nombreuses entreprises, notamment françaises, doivent concéder des augmentations de salaire. Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il suffit de regarder comment réagit le patronat français. [13]

Avant-signes de la réaction[modifier | modifier le wikicode]

Le jeudi 3 mars, le président par intérim Fouad Mebazza diffuse à la télé un discours accordant une concession : l'élection d'une assemblée constituante pour juillet.[16] Mais rien sur les membres RCD du gouvernement et du parlement. Il s'agit de canaliser l'aspiration démocratique vers une élection dont le cadre et le calendrier sont totalement contrôlés par les caciques de l'ancien régime, tout en donnant l'impression d'accéder à une profonde aspiration populaire.[17]

Le 2 mars, une partie de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie commence à se regrouper dans le quartier chic de la Coupole. Ils clament certes la "fin du RCD", mais on voit fleurir les pancartes pour le "retour au travail", "non au blocage du pays", "non à Jrad [chef de l'UGTT]", "non à Hammami [leader du PCOT]"...

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Des recompositons politiques sont à l'oeuvre, avec la scission du RCD en deux nouvelles organisations, Tadjik, parti islamiste légalisé la semaine dernière, et PDP.

Ce sont surtout les islamistes d'Ennahda qui parviennent à tirer profit du reflux révolutionnaire et à en tirer les fruits, en tentant de rattraper leur déphasage avec les masses. Face à un mouvement majoritairement apolitique, bien que profondément populaire, une course de vitesse est engagée avec les forces progressistes, qui restent hélas très faibles.

Forces politiques[modifier | modifier le wikicode]

Impérialistes[modifier | modifier le wikicode]

Bien qu'agissant en sous-main et en se présentant comme les meilleurs soutiens des "démocrates", les forces impérialistes sont objectivement dans le camp réactionnaire.

Bien que pour l'heure la vague de protestation n'ait pas atteint les pays impérialistes, des répercussions politiques y sont déjà visibles, ce qui était inévitable étant donné l'imbrication très forte entre les capitalistes occidentaux et leurs féaux des pays qu'ils dominent. Les scandales français qui éclaboussent Michèle Alliot-Marie[18] ou Boris Boillon ne sont que des exemples parmi d'autres. Ce n'est que quand les peuples dominés se révoltent que leurs bourreaux deviennent soudain infréquentables, et que leurs amis occidentaux font alors scandale.

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Et c'est une banalité du pouvoir qui illustre clairement à quel point les partis social-démocrates sont devenus des partis bourgeois. L'Internationale socialiste comprenait le RCD de Ben Ali jusqu'au 17 janvier, soit trois jours après la chute du tyran[19]. Dominique Strauss-Khan le serrait d'ailleurs dans ses bras en 2008 en le félicitant solennellement pour sa politique au nom du FMI, en assurant que "tout va bien en Tunisie".[20]

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Les impérialistes ont d'abord fait confiance en la capacité de l'appareil d'État à reprimer, y compris si besoin avec de l'aide (affaire MAM). Dès qu'ils ont compris que l'ampleur du mouvement, ils ont commencé à craindre une radicalisation incontrôlable de la lutte de classe. La priorité était de calmer le jeu en envoyer des signaux à Ben Ali : ils le lâchaient (12 et 13 janvier pour les États-Unis et la France). Ensuite, chaque bourgeoisie fait son possible pour nouer des relations avec le nouveau gouvernement, placer des hommes de confiance, etc.

La France tente aussitôt de rétablir ses intérêts en Tunisie. Par exemple, dans le premier gouvernement provisoire, au moins deux ministres sont clairement pro-français, et ils s'occupent particulièrement de l'économie. En avril 2012, la France octroie à Tunis une aide de 350 millions d'euros, et l'invite au sommet du G8 de mai, évidemment avec des contre-parties que l'on ne connaît pas.

Socialistes[modifier | modifier le wikicode]

En Tunisie comme ailleurs, un parti de masse prêt à se lancer dans la révolution socialiste manque cruellement. Mais dans une situation pareille, cette absence a encore plus de conséquences. Nous ne devons pas épargner la critique à nos camarades sur place sous prétexte de la difficulté d'analyser et d'agir au coeur des événements, d'autant plus que c'est là le meilleur moyen de faire surgir les vrais débats de fonds parmi nous.

Le parti de "gauche radicale" le plus important en Tunisie est le Parti Communiste Ouvrier de Tunisie (PCOT). C'est un parti issu du maoïsme, dont aujourd'hui la principale lacune est d'être prisonnier d'une vision étapiste de la révolution (révolution démocratique d'abord, socialisme pour plus tard...).

La Ligue de la Gauche Ouvrière (LGO) est un petit parti, proche du NPA. Son orientation est un soutien sans critique au Front du 14 janvier, qui est un front populaire au service de la "transition démocratique" bourgeoise

Bilan et perspectives[modifier | modifier le wikicode]

Un processus ouvert[modifier | modifier le wikicode]

Le dictateur est parti, mais pas la dictature. Certes, sous la pression de la rue qui reste mobilisée, elle se fait petite et conciliante. Mais tous les dignitaires s'accrochent à leur chaise, quitte à abandonner leur chemise RCD. Les classes populaires tunisiennes semblent pour l'instant très conscientes du risque de confiscation de leur révolution, et refusent intuitivement le statu quo. Pourtant, bien que l'on ne puisse pour l'instant pas sentir le vent de la réaction, celle-ci s'abattra tôt ou tard si les masses ne parviennent pas à aller jusqu'au bout du processus révolutionnaire.

Car fondamentalement, la situation tunisienne est en train de valider une nouvelle fois la théorie de la révolution permanente : la bourgeoisie comprador n'est pas prête à appuyer une démocratie bourgeoise, et par conséquent le seul moyen pour le prolétariat de ces pays de dépasser leur condition est d'avancer vers la révolution socialiste. Dans ce contexte, ce n'est absolument pas rendre service au peuple tunisien que de "saluer la démocratisation" comme un acquis. Connaissant le retour de bâton qui guette, il faut au contraire soutenir les revendications transitoires portées par le prolétariat tunisien : l'augmentation des salaires, l'emploi pour tous, et l'assemblée constituante.

Une auto-organisation embryonnaire[modifier | modifier le wikicode]

Le manque d'auto-organisation est un des ostacles récurrent à la transformation éventuelle de crises révolutionnaires en révolutions socialistes. Ce problème se pose avec acuité pour les révoltes actuelles au Maghreb et au Machrek. Toutefois, c'est en Tunisie que les embryons les plus intéressants d'organes populaires se sont mis en place. Il est du devoir des marxistes révolutionnaires de soutenir ces initiatives, et d'encourager à la constitution de conseils de travailleurs dans les entreprises et les usines, ainsi que de soutenir les actions syndicales.

2012-2013, discrédit des islamistes[modifier | modifier le wikicode]

Le parti Ennahda au pouvoir s'est rapidement discrédité. Il n'a contenté ni les islamistes conservateurs en n'appliquant pas la charia, ni les travailleurs en laissant la plupart de leurs revendications insatisfaites.

Des affrontements ont eu lieu entre l'aile dure des islamistes (salafistes) et divers groupes démocrates ou socialistes. L'UGTT est souvent localement le point de rassemblement des forces progressistes, et c'est comme telle qu'elle a été attaquée par des milices salafistes. L'UGTT appelle à une grève générale le 13 décembre 2012. Au dernier moment, elle l'annule, sous la pression de la bourgeoisie, après une promesse de dissolution des milices. De nombreux prolétaires tunisiens sont déçus, voire comprennent qu'il s'agit d'une trahison de la bureaucratie à la tête de l'UGTT.[21]

Le 6 février 2013, Chokri Belaïd, un opposant du Mouvement des patriotes démocrates est assassiné, très probablement par des islamistes d'extrême droite.

Il est intéressant de voir à quel point les observateurs bourgeois craignent un retour des luttes sociales au premier plan. Un "islamologue" français explique ainsi :

« la frange extrémiste du parti islamiste Ennahda a pris de l'importance, tout comme les extrêmes gauchistes. [...] Il faut absolument que les centristes reprennent le contrôle. [...] s'il n'y a pas de nouveau gouvernement rapidement, les radicaux pourraient reprendre la rue »[22]

Le 16 mars, la plus grosse manifestation depuis la révolution en Tunisie a lieu, pour célébrer le 40ème jour de l'assassinat du leader oppositionnel M. Chokri aux cris de "le peuple veut une deuxième révolution" et "dégagez Nahda" (les islamistes au pouvoir) après qu'une manifestation ait fait fuir auparavant les journalistes d'Al Jazeera (TV Qatar faisant l'apologie des islamistes).

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

http://front14janvier.net/
Images de Tunisie - Révolution du peuple
Tunisie: Ils ont volé nos richesses, ils ne voleront pas notre révolution, Convergences révolutionnaires
Ben Ali est tombé, la révolution va continuer !, 19/01/2011, Voie Prolétarienne
POI, Tunisie : la révolution en marche, 1-2-3-4-5-6-7
Contribution de la Tendance claire du NPA

  1. 1,0 et 1,1 Orange et jasmin, Convergences révolutionnaires
  2. L'impérialisme français et le Maghreb, 16/01/2011, Matière et Révolution
  3. Avec notamment une baisse de la croissance industrielle et des exportations. Voir les données de l'Institut tunisien de statistiques
  4. 4,0 et 4,1 Nouveaux heurts en Tunisie, Ben Ali parle de terrorisme, L'Express
  5. « Le peuple veut dissoudre ce gouvernement », AMAMI Nizar, AZREG Wassim
  6. L'immolation par le feu est devenue un symbole pour les manifestants, 20 minutes
  7. Tunisie : La rue ne veut plus du parti de Ben Ali, El Watan, 18 janvier
  8. Le rôle de la classe ouvrière dans la chute de Moubarak, Atef Saïd, Hossam El-Hamalawy, Sellouma
  9. Comment l'armée a précipité la chute de Ben Ali en Tunisie, Le Point
  10. [1]
  11. Fouad Mebazaa, apparatchik bon teint chargé de l'intérim, Le Figaro, 16 janvier 2011
  12. UGTT : Tous les travailleurs sont appelés à reprendre le travail, Tunivisions
  13. 13,0 et 13,1 Tunisie : le temps des colères sociales, Les Echos, 7 mars 2011
  14. Comité pour le Congrès pour la sauvegarde de la révolution
  15. Le conseil de protection de la révolution suscite un débat en Tunisie
  16. Les Tunisiens éliront une Assemblée constituante le 24 juillet, RFI
  17. Tunisie : l’Assemblée constituante par qui, pour qui ?, NPA
  18. Affaire MAM : un feuilleton grotesque et honteux, Marianne2.fr
  19. Le RCD exclu de l'Internationale socialiste, le FPI ménagé, Jeune Afrique
  20. DSK vante la Tunisie de Ben Ali
  21. SlateAfrique, «La politique n’est pas un match de foot!», décembre 2012
  22. Mathieu Guidère, Assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie: «C'est la porte ouverte aux règlements de comptes»