Crise de 2007-2010

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La crise de 2007-2010 a été une des crises les plus aigües du capitalisme. Elle s'est déclenchée dans un contexte plus global de ralentissement économique depuis les années 1980. Depuis 2010, l'économie est davantage dans une stagnation que dans une phase de reprise, et une nouvelle crise financière menace.

Si ce sont des mécanismes financiers qui ont été les déclencheurs de la crise en 2007-2008, il s'agit fondamentalement d'une crise structurelle qui a été longtemps repoussée par les politiques capitalistes. Cette crise entraîne aujourd'hui les bourgeoisies du monde entier dans une fuite en avant pour durcir l'exploitation du prolétariat. La lutte des classes est aujourd'hui très vive, avec de nombreuses luttes, hélas dispersées. La réponse des communistes révolutionnaires n'en est que plus urgente.

Les faits[modifier]

2007-2008 : krach et renflouement massif[modifier]

En 2006, un fort ralentissement survient sur le marché de l'immobilier états-unien, ce qui conduit à une crise immobilière en 2007. Il s'agit de l'éclatement d'une bulle spéculative (dite "crise des subprimes") comme tant d'autres, sauf que celle-ci intervient au coeur de la première puissance mondiale, et dans un contexte de financiarisation sans précédant. Coup de semonce avec le krach de 2008 : la crise financière se répand instantanément dans le monde entier. De nombreuses banques font faillite.[1]

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L'effet sur la production est immédiat. Le PIB mondial a même chuté de 1,1% en 2009 selon le FMI, malgré les pays comme la Chine qui conservent une croissance forte. En France le PIB baisse de 2,6%, du jamais vu depuis 60 ans.

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Les Etats débloquent des milliards d'argent public pour sauver les plus grands capitalistes, principalement des banques.
  • Etats-Unis :
    • Plan Paulson aux USA : 700 milliards de dollars dépensés pour éponger des actifs toxiques
    • 2500 milliards de dollars prêtés à taux zéro par la Banque fédérale
  • France : 360 milliards aux banques, une dizaine de milliards d'euros aux constructeurs automobiles, qui licencient quand même
  • 2000 milliards en Europe, de nombreuses nationalisations...

Il faut également ajouter à ces sauvetages immédiats les immenses plans de relance qui ont été mis en place partout.

En 2008, 27% du PIB mondial auraient ainsi été injectés pour sauver le système en perdition.

Cela évite une catastrophe économique majeure, mais au prix de déficits publics très lourds. 

Crises de la dette[modifier]

Ces sauvetages plombent massivement les budgets des Etats, reportant d'immenses dettes privées sur la dette publique, donc sur les contribuables. Etant donné que la fiscalité bourgeoise est régressive, cela revient implicitement à faire payer la crise au prolétariat. Aux dépenses de sauvetage et de relance, il faut ajouter l’effet mécanique du recul de la croissance sur les finances publiques, qui réduit les recettes fiscales et ajoute des dépenses (chômage...).

Depuis 2008, l'endettement des Etats-Unis a augmenté de 2 000 milliards de dollars, celui de l'Italie de 300 milliards d'euros, celui de la France de 300 milliards. Le paiement de la dette devient le premier poste de dépenses dans le budget de l'Etat français.

Ce transfert massif intervient dans un contexte où la dette publique était déjà en hausse depuis des décennies, principalement à cause des politiques de cadeaux au patronat et aux actionnaires. En clair, le gros de la crise économique est transformée en crise de la dette publique.

Au niveau de l'Union Européenne, les Etats tentent de s'unir pour "rassurer les marchés", en garantissant qu'ils ne laisseront pas des faillites géantes arriver (qui pourraient causer d'énormes pertes aux plus gros capitalistes, surtout européens). Pour cela, ils ont mis en place en toute hâte des fonds communs (FESF, MES...), destinés en priorité aux Etats fragiles.

Récession, austérité et lutte de classe[modifier]

Article détaillé : Plans d'austérité actuels.

Alors que certains voulaient voir des signes de reprise, fin 2011, l'Europe est globalement en récession. Les déficits sont donc pires que jamais, et les Etats ne peuvent pas s'endetter à ce rythme plus longtemps. Il leur faut appliquer partout des politiques d'austérité s'ils veulent rassurer leurs créanciers privés. Les plus fragiles (Grèce, Irlande, Espagne, Italie...) ont été les premiers dans le collimateur des spéculateurs, et fin 2011, un défaut partiel sur la dette grecque est acté.

En échange des "plans d'aides", les impérialistes les plus puissants de l'UE accentuent leur domination sur la périphérie, et parallèlement les tensions intra-communautaires prennent de l'ampleur. L'ensemble des bourgeoisies européennes ont un consensus actuel : la politique d'austérité (réduction des dépenses publiques) et les "réformes structurelles" (casse des droits des travailleurs) pour augmenter la rentabilité des entreprises (et donc permettre une relance plus tard).

Sur le plan social, nous sommes en train d'assister à une paupérisation absolue (après des années de paupérisation relative) qui gagne même les pays impérialistes. En revanche, cela n'empêche pas le nombre de millionnaires d'augmenter :

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Chômage, exploitation, dégradation sociale...[modifier]

Rapidement, le chômage déjà structurellement élevé augmente. Entre 2008 et 2011, 50 000 emplois sont détruits[2]. Les emplois eux-mêmes se sont dégradés : plus de CDD et surtout plus d'intérimaires en proportion, ainsi que davantage de temps pariel imposés. L'instabilité de l'emploi va de pair avec des bas salaires. La proportion de travailleurs pauvres est en augmentation rapide, notamment en Allemagne. La proportion de salariés couverts par des conventions collectives s’est affaiblie.

De nombreux gouvernements ont accompagnés les choix patronaux par des réformes "assouplissant" le droit du travail, notamment les règles de licenciement (extension des périodes d’essai, réduction des indemnités et de la durée des préavis). Dix-neuf des vingt-sept pays de l’Union européenne ont connu de telles réformes. Et les licenciements collectifs ont souvent été rendus plus faciles. 

22 des 27 pays de l’UE ont bloqué ou réduit les salaires des fonctionnaires, et réduit les prestations sociales : allocations-chômage et retraites (report de l’âge, diminution des pensions, accès plus difficile).

Il en est de même pour l’accès à l’éducation. Dans certains pays où il était déjà difficile, il s’est détérioré. C’est le cas par exemple au Bengladesh où on a constaté une hausse significative des abandons scolaires due aux couts de scolarité et à l’accroissement du  travail des enfants pour augmenter les revenus du ménage. Les pays les plus touchés par la crise ont connu de fortes vagues d'émigration (Grèce, Irlande, Portugal...)[3].

Origine de la crise[modifier]

Cause structurelle[modifier]

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Fondamentalement, cette crise ne s'explique pas par une mauvaise gestion ni par une mauvaise idéologie économique que serait le libéralisme, mais par les contradictions ihérentes au capitalisme. En particulier, économiquement, cela se traduit par une tendance à la baisse du taux de profit, qui conduit à la nécessité d'une "purge" majeure que les capitalistes essaient ont réussi à différer depuis les années 1970.

Après les fortes destructions de la Seconde guerre mondiale, les capitalistes ont pu investir avec profit pendant trois décennies. Mais la surraccumulation capitaliste génère elle-même ses problèmes : dès les années 70, le taux de profit réel chute, les investissements diminuent, c'est la fin des "30 glorieuses". Globalement, c'est une accentuation de l'exploitation des travailleurs qui va alors avoir lieu partout dans le monde. Parallèlement, une partie des profits non réinvestis va alimenter une excroissance du secteur financier, dans lequel les capitalistes peuvent atteindre des taux de profits records, en partie réels (exploitation indirecte du prolétariat mondial), mais de plus en plus virtuels (alimentant des bulles dont la plus grosse d'éclater).

Les causes de la crise continuent d'être vivement débattues parmi les marxistes[4]. La crise financière est le plus souvent considérée comme un déclencheur plutôt que comme une cause profonde de la crise. En revanche, certains auteurs maintiennent que la crise actuelle est due, en dernière analyse, à la sous-consommation. Selon cette analyse, trop de produits sont créés et ils manquent donc de débouchés. Ce manque de débouchés est attribué :

a) à la baisse globale des salaires correspondant à la hausse du taux d'exploitation à partir des années 1980 (Michel Husson, Alain Bihr) ;

b) à une surcapacité productive suite à un taux d'investissement très élevé depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale (Fred Magdoff, John Bellamy Foster).

Facteurs conjoncturels[modifier]

Différentes crises ont précédées la crise actuelle, comme la crise asiatique de 1997, la crise argentine en 2001, le dégonflement de la bulle internet etc... mais elles n'affectaient que partiellement l'économie mondiale, alors qu'aujourd'hui c'est le coeur des métropoles capitalistes qui est touché. Comme en 1929, le déclencheur financier de la crise est parti des Etats-Unis.

Comme facteurs ayant servi de déclencheurs à la crise, on peut notamment citer :

  • L'endettement des ménages, dont l'exemple le plus frappant est la crise des subprimes.
  • L'endettement des entreprises, y compris des banques, auprès des plus grands capitalistes.
  • L'endettement des Etats auprès de ces mêmes capitalistes.
  • La dérégulation de la création monétaire privée (baisse des réserves obligatoires...).

Solutions ?[modifier]

Il y a foule de prétendants bourgeois pour apporter des "solutions" à la crise.

Renflouer le capitalisme ?[modifier]

C'est en tous cas immédiatement ce qui a été fait. Certes d'un point de vue libéral orthodoxe, il faudrait que le capitalisme accepte la dure épuration des maillons faibles et donc les faillites. Mais en pratique avec le niveau actuel d'interpénétration du capital, laisser s'éffondrer des entreprises géantes c'est faire courrir un immense risque immédiat au système. Mais ces dépenses faramineuses ne sont qu'un moyen de socialiser les pertes, donc de procéder à un ajustement du rapport de force vers le capital, même si les Etats vont essayer de différer leurs ponctions sur les classes populaires. Du point de vue de la situation économique, cela ne peut absolument pas faire revenir la croissance.

Réformer le capitalisme ?[modifier]

La gauche plus ou moins bourgeoise est bien sûr là pour proposer ses options de gouvernement. Les partis comme le PS tentent de faire croire qu'ils feraient mieux et plus "juste" que la droite, dans la fiscalité, dans les finances publiques, dans la relance etc... En France, le candidat PS François Hollande parle de "donner du sens à la rigueur". Dans les pays où ces sociaux-démocrates sont au pouvoir c'est le même scénario avec la droite dans l'opposition...

Les plus sincères parmi la gauche réformiste sont souvent pétris d'illusions : la crise serait financière, il suffirait de libérer le "bon capitalisme" et son sain investissement de la pieuvre financière, ou de revenir aux solutions keynésiennes qui "marchaient durant les 30 Glorieuses". Ils raisonnent de façon métaphysique et ne voient pas que c'est le capitalisme en soi qui avait besoin de la dérégulation financière et "néolibérale" pour se préserver. A moins d'une prodigieuse menace prolétaire mettant en péril la bourgeoisie, celle-ci ne laissera pas d'espace à ces projets qui s'opposent à son taux de profit.

Repli protectionniste ?[modifier]

Parmi les politiciens bourgeois, il en existe aussi qui prônent un retour au protectionnisme. Ils sont de plus en plus entendus, et présents à droite (Dupont-Aignan, Le Pen...) et plus récemment à gauche (Mélenchon).

Pour l'instant, il n'est pas question pour les capitalistes de soutenir une telle "solution". La patronne du Medef, Laurence Parisot, dénonce le danger d'une telle politique économique et est au contraire en faveur d'un saut qualitatif vers plus de fédéralisme européen. C'est que la bourgeoisie a retenu la leçon de la Grande dépression des années 1930 et sait que le protectionnisme, lorsqu'il est commencé par un grand pays, entraîne une véritable guerre douanière qui plonge l'ensemble du capitalisme mondial dans la récession.

Les protectionnistes font valoir qu'ils pourraient dévaluer pour éviter les plans de rigueur. Or, l'inflation galopante que cela provoquerait en Europe ne serait qu'une autre façon de faire payer la crise aux travailleurs, en faisant fondre leur pouvoir d'achat. Ils font valoir qu'ils pourraient taxer les importations et inciter les entreprises à rester dans le pays protégé, sans dire que cela engendrerait une forte contraction des échanges, qui détruirait bien plus d'emploi que cela n'en créérait. Au final, il s'agit seulement d'une autre variante de politique bourgeoise, à laquelle les capitalistes viendront s'ils y sont contraints, mais pas parce que ce serait la panacée.

De plus, la gauche qui renonce à l'internationalisme renonce en même temps au socialisme, en remplaçant la lutte des classes par la lutte entre la Nation et l'étranger. Et sur ce terrain-là, la droite et surtout l'extrême-droite seront toujours plus conséquents et crédibles. Par exemple, Dupont-Aignan et Le Pen veulent la sortie de l'euro, alors que Mélenchon ne peut s'y résoudre.

Faire payer le prolétariat[modifier]

C'est pourquoi actuellement, qu'ils soient sociaux-démocrates, chrétiens conservateurs ou libéraux, tous les partis de la bourgeoisie appliquent la seule politique "raisonnable" du point de vue capitaliste : faire payer le prolétariat. Ce n'est pas seulement par politique de classe que l'Etat bourgeois refuse de taxer les capitalistes, c'est aussi par concurrence entre bourgeoisies nationales, concurrence qui tend à être accentuée par la crise. Il s'agit donc d'attaquer sur tous les plans possibles la classe travailleuse, tout en essayant d'attiser le moins possible sa colère : fiscalité régressive, gel ou diminution des salaires, atteinte au salaire socialisé (retraites, SECU...), aux services publics... Les plans d'austérité actuels font donc partie d'une politique de rigueur "classique", mais portée à un niveau sans précédant et quasi-simultanée dans les pays industrialisés.

La vérité est rarement exposée franchement par les gouvernants. Mais parfois elle leur échappe, comme lorsque le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, déclare « Pour sortir de la crise il faut appauvrir le Portugal et les Portugais »[5]

Développement de la crise[modifier]

Quelques hypothèses[modifier]

L'économie est dégradée partout dans le monde, même la croissance des pays en plein boom comme la Chine ou le Brésil sont freinées par le ralentissement des exportations. Fin 2011, les usines chinoises travaillant pour l'exportation ont enregistré une chute spectaculaire de leurs commandes, entraînant des annonces de licenciements massifs, baisses de salaires et autres régressions. Des grèves massives démarrent.[6]

Partout le prolétariat est la classe la plus directement touchée, ce d'autant plus dans les pays dominés.

En Europe, les différents pays sont dans une spirale qui frappe d'abord les économies les plus dépendantes et remonte inexorablement vers les impérialismes centraux (France, Royaume-Uni, Allemagne). Étant donné la vitesse à laquelle la crise s'étend, il faudrait pour les bourgeoisies un recul social brutal pour faire repartir l'accumulation du capital.

Non seulement la transformation de la crise en crise de la dette ne règle rien de fondamental, mais d'autres crises potentielles menacent d'éclater, en particulier des bulles immobilières (notamment en Chine), ou d'autres bulles financières (étudiants états-uniens lourdement endettés[7]...).

La "classe moyenne", déjà bien affaiblie depuis les années 1980, est réellement menacée. De nombreux petits patrons notamment sont en voie de prolétarisation.

On peut se risquer à dire qu'il n'y a pas d'autre horizon en vue qu'une lutte des classes qui s'accentue plus ou moins vite, ou une fuite dans des barbaries guerrières.

Socialisme ou barbarie[modifier]

Les contradictions de ce système sont de plus en plus criantes. Alors que la technique et la culture moderne permettrait une utilisation progressiste (sociale, écologique, épanouissante...) des forces productives, le capitalisme menace l'équilibre mondial. S'il reste un certain nombre de barrières idéologiques à cela, on ne peut exclure la rapide ascension de forces réactionnaires (guerrières, fascistes, malthusiennes...) sur un tel terreau. Spontanément, des luttes ouvrières éclatent partout. Mais dans un contexte de recul historique du mouvement socialiste révolutionnaire, c'est une vraie course de vitesse qui s'engage. Tout militant doit saisir sa responsabilité de défendre une politique claire et socialiste pour offrir une perspective d'émancipation aux travailleurs et aux jeunes révoltés.

Notes et sources[modifier]

  1. Plus d'une centaine aux USA en 2008/2009, dont la plus importante est sans doute Lehman Brothers. Liste.
  2. Bureau international du travail, Le Rapport sur le travail dans le monde, avril 2012
  3. myeurop.info, L'Europe, nouvelle terre d'émigration, 2012
  4. Cf. Jordi Brahamcha-Marin,
  5. fr.myeurop.info, 7 novembre 2011
  6. http://www.rue89.com/rue89-eco/2011/11/29/vague-de-greves-dans-le-sud-de-la-chine-en-echo-la-crise-europeenne-227009
  7. http://www.rue89.com/rue89-eco/2011/11/19/mille-milliards-de-dollars-la-dette-des-etudiants-americains-explose-226700