Petite-bourgeoisie

De Wikirouge
(Redirigé depuis Petit-bourgeois)
Aller à : navigation, rechercher

La petite-bourgeoisie est une classe intermédiaire entre la grande bourgeoisie et le prolétariat. Elle est constituée de propriétaires de capitaux ou moyens de production dont elle tire des revenus parfois conséquents, mais elle est souvent menacée par le développement même du capitalisme.

Composition de la petite-bourgeoisie[modifier]

La petite-bourgeoisie est composée par :

  • les professions libérales (pharmaciens, avocats, architectes...)
  • les artisans (boulangers, coiffeurs, serruriers...)
  • les petits-commerçants et boutiquiers
  • les restaurateurs
  • les petits rentiers (qui louent un appartement...)
  • ...

Une partie de la paysannerie (petits agriculteurs propriétaires) est parfois inclue par les marxistes dans la petite-bourgeoisie au sens large, en tant que composante de la couche intermédiaire entre prolétariat (qui inclut les ouvriers agricoles) et bourgeoisie (qui inclut les agri-managers).

Historique[modifier]

Origine[modifier]

La petite-bourgeoisie formait une grande partie de la population urbaine dans les sociétés pré-capitalistes, et quelques rares paysans libres (propriétaires de leur terre). A l'échelle sociale, c'était une classe très minoritaire comparée à la paysannerie asservie et aux classes dominantes (noblesse). Dans le Moyen-Âge européen, cette petite-bourgeoisie se réduisait principalement aux artisans regroupés en corporations.

Évolution sous le capitalisme[modifier]

Le capitalisme est lié au puissant développement de la bourgeoisie. En même temps qu'il engendrait une montée en puissance des grands capitalistes banquiers ou industriels, il a créé une classe toujours plus vaste de prolétaires, qui n'ont que leur force de travail à vendre. Cette classe s'est recrutée en grande partie parmi la paysannerie, mais aussi parmi la petite-bourgeoisie. Cette prolétarisation est le fruit à la fois de lois économiques (industrialisation et concurrence) et de mesures politiques en renfort (enclosures, répression des oppositions...).

Cette évolution s'est faite sur un temps long, souvent par vagues successives, mais de façon accélérée, en miroir de la centralisation du capital. Dernier exemple en date : les petits-commerçants ruinés en masse par la généralisation de la grande distribution dans les années 1980.

Cependant, le capitalisme a des effets contradictoires. Il développe également la « petite bourgeoisie d'un nouveau type capitaliste : des employés d'industrie, de commerce, de banque, des fonctionnaires du capital d'une part, et de la bureaucratie ouvrière d'autre part ».[1]

Idéologies[modifier]

La petite-bourgeoisie a une tendance générale à être conservatrice, voire réactionnaire, mais peut être réceptive au programme communiste révolutionnaire. Marx et Engels écrivent dans le Manifeste communiste :

« Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. »[2]

Marx a critiqué le programme de Gotha du Parti ouvrier allemand qui caricaturait cette appréciation en écrivant que devant le prolétariat, «toutes les autres classes ne forment qu'une masse réactionnaire. »[3]

En période de relative "paix sociale", la bourgeoisie arrive généralement à dominer en s'appuyant sur de larges secteurs petits-bourgeois (professions libérales, commerçants...). Elle s'appuie pour cela sur des idéologies conservatrices, au nom de l'ordre, du maintien du statu quo, qui souvent constitue la base des partis traditionnels de droite.

Mais d'autres secteurs de la petite-bourgeoisie ont également été des milieux réceptifs pour des idéologies progressistes, comme l'anarchisme ou le socialisme réformiste.

Des radicalisations peuvent cependant avoir lieu, surtout dans certaines circonstances. La petite-bourgeoisie peut facilement être réceptive à des discours populistes qui la présentent (sans la nommer) comme les "honnêtes gens" face à des "profiteurs", renvoyant souvent dos-à-dos "ceux d'en haut" (politiciens et capitalistes corrompus...) et "ceux d'en bas" (chômeurs, "assistés", immigrés...). C'est cette tendance qui poussée jusqu'au bout par une grave crise peut pousser la petite-bourgeoisie à s'enrôler dans des bandes fascistes.

Les communistes et la petite-bourgeoisie[modifier]

Pour une alliance révolutionnaire[modifier]

Les travailleurs salariés sont une partie plus ou moins importante de la population (en général d'autant plus que le pays est une puissance impérialiste), mais en tous les cas la petite-bourgeoisie reste un secteur important. Elle pèse d'ailleurs au delà de son importance numérique, car elle exerce une influence notable sur le prolétariat, dont de nombreux secteurs aspirent à la petite propriété (devenir propriétaire de son logement, ouvrir sa petite entreprise...).

Pour les communistes révolutionnaires, il est crucial que le prolétariat arrive à convaincre la petite bourgeoisie de s'associer à lui pour renverser le capitalisme. Il s'agit donc d'expliquer que la prise de pouvoir par les travailleurs n'est pas un acte d'hostilité envers les petits propriétaires, mais au contraire un moyen de la libérer de la pression de la concurrence capitaliste. C'est par exemple ce qu'essayait de faire le programme de la Ligue communiste en 1934 en France :

« Les comités d'usine, les comités de paysans, les comités de petits fonctionnaires, d'employés, pourraient très facilement, avec l'aide de techniciens honnêtes, d'ingénieurs, de comptables dévoués au peuple travailleur, démêler les « secrets commerciaux » des exploiteurs. [...] La nationalisation des grands moyens de production et d'échange ne signifie absolument pas l'étouffement des petites entreprises paysan­nes, commerciales et artisanales. Au contraire ce sont les grands mono­poles privés qui étranglent les petites économies. Non seulement les petites entreprises seraient laissées libres, mais les travailleurs ayant nationalisé les grandes entreprises pourraient leur venir en aide. L'économie dirigée, appuyée sur les immenses richesses accumulées par les banques, trusts, sociétés anonymes, etc... permettrait d'établir un plan de production et de distribution qui offre aux petits producteurs privés des commandes directes de la part de l'État, des matières premières et des crédits à des conditions absolument favorables. Ainsi la paysannerie recevrait à bon marché des machines agricoles et engrais ».[4]

Les socialistes réformistes ont aussi cherché l'alliance avec la petite-bourgeoisie, mais en reprenant un programme bourgeois (Front populaire). Par ailleurs, leur alliance consiste en pratique à s'adresser aux "représentants", c'est-à-dire aux dirigeants des partis petit-bourgeois (Parti radical...). Historiquement, ce genre d'alliance a été souvent réalisé pour justifier un front contre le fascisme, pour éviter le basculement de la petite-bourgeoisie vers la réaction. Or c'est une grave erreur stratégique, étant donné que la caractéristique de la crise qui favorise le fascisme, c'est l'impuissance des programme des programmes bourgeois à la résoudre, et la perte d'influence des partis bourgeois. C'est au contraire à la base de la petite-bourgeoisie qu'il faut s'adresser :

« Quand nous parlons de gagner la petite bourgeoisie, nous pensons à la libération des masses exploitées et submergées vis-à-vis de leurs représentants politiques occupés à « faire de la diplomatie ». Face à la situation désespérée des masses petites‑bourgeoises de la population, les anciens partis petits-bourgeois (démocrates, catholiques et autres) éclatent sous toutes les coutures. Le fascisme l'a compris. Il n'a pas cherché et ne cherche aucune alliance avec les « dirigeants » faillis de la petite-bourgeoisie, mais arrache les masses à leur influence, c'est‑à‑dire qu'il réalise à sa façon et dans les intérêts de la réaction le travail même que les bolcheviks ont accompli en Russie dans les intérêts de la révolution. »[5]

Ou encore, face à la montée du nazisme en Allemagne, Trotsky pointe la responsabilité première de la social-démocratie réformiste dont la politique a laissé la petite-bourgeoisie se fasciser :

« la petite bourgeoisie peut se ranger du côté des ouvriers si elle voit en eux un nouveau maître. La social-démocratie apprend à l’ouvrier à se comporter comme un laquais. La petite bourgeoisie ne suivra pas un laquais. La politique du réformisme enlève au prolétariat toute possibilité de diriger les masses plébéiennes de la petite bourgeoisie et par là même transforme ces dernières en chair à canon du fascisme. »[6]

Devenir[modifier]

En tant que classe, la petite-bourgeoisie est prise en étau entre les capitalistes et le prolétariat et n'a aucun avenir. Seule la classe laborieuse peut, en se dotant d'une perspective socialiste, offrir une issue aux individus de cette classe. De par sa nature intermédiaire et hétérogène, il n'est pas possible de dire d'un bloc ce que deviendra "la petite-bourgeoisie".

On peut faire l'hypothèse de plusieurs mouvements combinés :

  • collectivisation directe analogue à celle des grandes entreprises (par les travailleurs des pharmacies, des grands restaurants...) ;
  • collectivisation de petites entreprises avec fonctionnement en réseau ;
  • abolition de certains métiers du fait même de l'abolition du capitalisme (consultant en marketing...) ;
  • extinction de certains métiers du fait même de l'extinction des classes (notariat, huissiers...).

Il faut avoir à l'esprit que le socialisme induirait un saut qualitatif qui aurait des répercussions énormes, tant matérielles qu'idéologiques. Le cadre commun des différents lieux de production ou de services ne serait plus le "libre marché", mais la collectivité démocratiquement planifiée. Les lieux de concentration du capital ne seraient alors plus synonyme d'exploitation et de production de mauvaise qualité, mais les lieux d'une production sociale par et pour la collectivité. En comparaison, le travail "à son compte", avec des moyens de production limités, perdrait certainement de son attrait. Pour prendre l'exemple du BTP, les travailleurs socialistes auraient tout intérêt à regrouper les activités (ingénierie, gros-œuvre, second-œuvre...) au sein d'une structure commune, plus efficace et moins chaotique que l'actuelle. Il serait alors difficile de concevoir que des petites entreprises de maçonnerie aient envie (en tout cas leurs travailleurs) de se sur-exploiter en restant à part de ce processus.

Voir aussi[modifier]

Notes et sources[modifier]