Nation

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Le terme de nation a un sens assez proche de peuple, mais avec une connotation qui inclut l'idée d'un État ou au moins d'institutions autonomes. Ce sens s'est construit à l'époque moderne avec le développement de mouvements nationalistes démocrates bourgeois, qui tendaient souvent à la constitution d'États-nations (un État correspondant à une nation), contrairement aux anciens États comme des royaumes ou empires régnant sur plusieurs peuples.

Mais depuis le début, cette tendance se heurte au fait qu'il y a de nombreux territoires avec beaucoup de diversité ethno-culturelle. Dans certains cas, cela n'a pas empêché la construction d'un sentiment national commun et/ou d'une assimilation plus ou moins libre en une nation. Dans d'autres cas, des États plurinationaux ont été fondés, avec institution d'une citoyenneté décorrélée de la nationalité.

Le terme de patrie est proche, mais avec des connotations souvent plus chargées, dans un sens soit guerrier (le pays pour lequel on a le devoir de se battre), soit d'attachement (par exemple dans la citation latine Ubi bene, ibi patria : La patrie est où l'on est bien).

Définitions et évolutions[modifier | modifier le wikicode]

Passeport soviétique indiquant la nationalité, qui était différenciée de la citoyenneté au sein de l'URSS

Pendant longtemps peuple, nation et patrie ont été synonymes. Le mot « nation » vient du latin natio, qui dérive du verbe nascere « naître ». Le terme latin natio désigne les petits d'une même portée, et signifie aussi « groupe humain de la même origine »[1]. Chez Cicéron, natio désigne aussi un peuple ou une partie d'un peuple[2]. Le mot patrie désigne étymologiquement, le « pays des pères ».

L'étendue de ce qui est englobé dans la patrie varie historiquement, et en fonction de qui l'emploie.

Dans la seconde moitié du 6e siècle dans le nord de la France, un sentiment d'appartenant aux « Francs » se forme (alors même que la majorité de la population reste issue des gaulois), et plusieurs auteurs font un grand usage du mot « patrie » en se référant au royaume des Francs.[3] Sous les premiers Carolingiens, le mot « patrie » est moins utilisé et la référence à l'Europe se renforce[4]. Sous les Capétiens, la patrie désigne plutôt la province, la région, voire le village, le fait de parler la même langue prime (or le français était alors une langue minoritaire face aux nombreuses langues régionales).

Il peut bien évidemment y avoir une volonté performative. Par exemple à la Renaissance, des auteurs au service de la monarchie associent volontairement sur l'association entre patrie et pays du Roi, parce que cette unité n'est pas acquise.

À la Révolution française, les termes de nation, peuple et patrie sont ré-appropriés par le discours révolutionnaire, mais de fait une frange importante de la population identifiait alors plus facilement leur pays à la France dans son ensemble. La lutte des années révolutionnaires contre les ennemis intérieurs et extérieurs va donner un contenu très chargé et révolutionnaire à la notion de patriotisme, comme l'évoque la Marseillaise.

Plus largement à cette époque et par la suite, émergent des mouvements populaires / nationaux mêlés à la question démocratique, comme le Printemps des peuples. Les notions de souveraineté populaire et souveraineté nationale restent au départ largement synonymes.

Globalement la notion de peuple tend à se limiter à du descriptif, tandis que la nation se charge d'un sens plus politique. On considère généralement qu'une nation est un peuple dont au moins une partie des membres a des revendications sur un État propre ou des institutions autonomes dans l'État.

Certains donnent à l'idée de nation un critère « d'origine », comme le Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française de Guizot (1822) : « un peuple est une multitude d'hommes, vivant dans le même pays et sous les mêmes lois. Une nation est une multitude d'hommes, ayant la même origine, vivant dans le même État et sous les mêmes lois[5]. » Mais d'autres défendent une notion inclusive de la nation.

À partir de la défaite de la France contre la Prusse en 1871, le terme patrie prend un sens droitier et est accaparé par les revanchards. La valeur de la Patrie est cultivée en permanence dès l'école élémentaire où on apprend qu'elle a été mutilée (l'Alsace-Lorraine) et qu'il faut l'aimer très fort. Le nationalisme, exacerbé jusqu'en 1918, semble alors transversal par rapport au clivage gauche-droite. Toutefois, une ligne de fracture durable s'est fait jour entre un patriotisme « de gauche » et un « de droite » à l'occasion de l'affaire Dreyfus. Pour la droite nationaliste, cette affaire a été l'occasion d'une affirmation antisémite de ses valeurs patriotiques : le terme apatride est utilisé comme euphémisme péjoratif pour signifier juif, sous-entendant qu'un juif est un traitre à la patrie car c'est un cosmopolite (il n'a pas de fidélité à une patrie), sans foi et morale chrétienne. En prime, le socialisme internationaliste est attaqué de façon complotiste comme lié aux juifs[6].

Voir sur Wikipédia : Nation et Nationalité.

Délimitations fluctuantes des nations[modifier | modifier le wikicode]

Droit du sang et droit du sol[modifier | modifier le wikicode]

Carte du monde, avec en bleu les pays appliquant le droit du sol.
Application du droit du sol dans le monde :
  • Citoyenneté inconditionnelle pour les personnes nées dans le pays
  • Certaines conditions supplémentaires requises
  • Droit du sol aboli
  • Pas de droit du sol, ou absence de données

Traditionnellement, et toujours dans la grande majorité des cas, l'appartenance à un peuple / nation passe essentiellement par la reproduction familiale, ce qui a été appelé droit du sang.

Mais l'histoire des différentiations ethniques et culturelles, des migrations et des guerres a créé des situations dans lesquelles plusieurs populations s'identifiant à différentes « nationalités » se retrouvent un même territoire. Situations qui ont poussé des États à adopter, en plus du droit du sang, des règles pour accorder la nationalité à des personnes nées de parents étrangers.

Lorsque ces règles donnent la nationalité à tout enfant né dans le pays, on parle de droit du sol. Le droit du sol intégral est minoritaire, et a surtout été adopté dans des pays fondés sur une immigration de masse (post invasion), comme les pays d'Amérique.

Un certain nombre de pays sont dans une situation intermédiaire, comme les pays d'Europe, qui ont un droit du sol partiel (par exemple le « double droit du sol » : l'un des parents doit aussi être né dans le pays).

La droit du sol a eu tendance à être étendu dans les pays accueillant largement de l'immigration en période de croissance (comme l'Europe des Trente glorieuses), et il a tendance à régresser depuis le ralentissement économique des années 1970-1980 et la montée des nationalismes racistes.

Voir sur Wikipédia : Droit du sang et Droit du sol.

État-nation et État plurinational[modifier | modifier le wikicode]

Voir sur Wikipédia : État-nation et État plurinational.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Dictionnaire Le Petit Robert, édition 2002.
  2. Dictionnaire Latin-Français, Gaffiot.
  3. Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), éd. Belin, 2010, p. 598-600.
  4. Pierre Riché, Patrick Périn, Dictionnaire des Francs. Les Mérovingiens et les Carolingiens, éd. Bartillat, 2013, p. 234.
  5. « Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française » de François Guizot - 1822, page 19.
  6. Jean-Claude Caron, La Nation, l'État et la démocratie en France de 1789 à 1914, Armand Colin éditeur, 1995, (ISBN 2200216440).