Assimilationnisme

L'assimilationnisme, l'intégrationnisme et le multiculturalisme forment un dégradé de positions et de pratiques politiques au sujet des minorités ethno-culturelles d'un pays, qu'elles soient autochtones ou issues de l'immigration :
- l'assimilationnisme vise à faire disparaître ou fortement diluer les particularismes culturels ;
- l'intégrationnisme vise un entre deux, dans lequel un socle culturel commun est requis, sans nécessiter la disparition de toute différence culturelle ;
- le multiculturalisme est la position défendant la possibilité pour différentes cultures de cohabiter sur le même territoire.
Généralités[modifier | modifier le wikicode]
A l'époque de la révolution française, la droite contre-révolutionnaire défendait de facto le statu quo d'ancien régime, qui était une situation moins centralisée, les différentes provinces du royaume ayant de fortes différences culturelles. C'est donc la gauche révolutionnaire qui portait le plus les idées d'intégration voire d'assimilation. Ce schéma s'est répété dans de nombreuses révolutions bourgeoises, des élites politiques déjà partiellement unifiées (par leurs liens d'affaires, rencontres politiques à la capitale, etc.) prenant la tête d'un pays pour le moderniser et y porter une assimilation culturelle plus ou moins poussée.
Avec le temps, les enjeux ont changé et les rapports entre droite et gauche sur ces questions ont beaucoup changé. Lorsque des revendications régionalistes ont eu tendance à émerger, la gauche, davantage préoccupée de libertés politiques, y a généralement été plus sensibles. Puis, avec les différentes vagues d'immigration, la droite s'est mise à utiliser le racisme comme carburant électoral, et à alterner entre des positions anti-immigration (sans aller trop loin car le patronat profite également de la main d’œuvre immigrée exploitée) et des positions de durcissement sur l’assimilation (exigences accrues sur la maîtrise de la langue, des connaissances sur l'histoire du pays...).
Histoire[modifier | modifier le wikicode]
France[modifier | modifier le wikicode]
La France est généralement considérée comme un pays ayant traditionnellement eu une politique visant l'assimilation, depuis la révolution française de 1789 et le mouvement jacobin prônant un État centralisé, puis de façon renouvelée sous la Troisième république, avec notamment la mise en place d'une école publique obligatoire diffusant une culture unifiée et imposant le français de Paris comme langue.
Selon la juriste Danièle Lochak, l'assimilation « suppose l’abandon de tout élément de la culture originelle de l’étranger qui doit se fondre dans la communauté d’adoption. Ce que ne sous-entend pas le terme d’intégration. La tendance assimilationniste est une constante de l’histoire de France, qu’il s’agisse du jacobinisme éradicateur des différences culturelles ou de la politique menée dans les colonies »[1].
Le concept d’assimilation apparaît dans le débat public au 19e siècle sur la question de la place des juifs dans la société française, non des étrangers, et « l’assimilation est présentée comme la réponse apportée à une « guerre des races » annoncée par les intellectuels antisémites »[2].
Alexis de Tocqueville lors de sa mission en Algérie, en 1840-1842, a eu pour objectif d’étudier les structures tribales algériennes afin de mesurer le degré d’assimilabilité de ces populations. Ses conclusions établissaient des différences entre populations, des plus assimilables aux tribus les plus religieuses, polygames et nomades, considérées comme les plus éloignées du standard national.
Des débats ont traversé le mouvement ouvrier français sur le rapport aux populations des colonies. Dans la Fédération socialiste de la Martinique, par exemple, il y avait des positions différentes, entre une minorité en faveur des revendications autonomistes, et une majorité autour de Joseph Lagrosillière qui y était fermement opposé, et qui défendait au contraire une forte assimilation, et la transformation en département français.
D'après Gilles Ferréol, en France : « Depuis les années 1980, la philosophie politique sous-jacente est celle de la citoyenneté (désormais élargie, plurielle et davantage active), le vieux modèle assimilationniste français étant de plus en plus questionné »[3].
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Julien Lemaignen, « L’assimilationnisme est une constante de l’histoire de France », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Thomas Lacroix, « La France est-elle vraiment un pays assimilationniste ? », The Conversation, (lire en ligne)
- ↑ Gilles Ferreol, « INTÉGRATION, sociologie », Encyclopædia Universalis, consulté le 6 janvier 2017.