Assimilationnisme

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Monument au multiculturalisme de Francesco Perilli à Toronto (Canada). Quatre sculptures identiques sont situées à Buffalo City (Afrique du Sud), Changchun (Chine), Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) et Sydney (Australie).

L'assimilationnisme, l'intégrationnisme et le multiculturalisme forment un dégradé de positions et de pratiques politiques au sujet des minorités ethno-culturelles d'un pays, qu'elles soient autochtones ou issues de l'immigration :

  • l'assimilationnisme vise à faire disparaître ou fortement diluer les particularismes culturels ;
  • l'intégrationnisme vise un entre deux, dans lequel un socle culturel commun est requis, sans nécessiter la disparition de toute différence culturelle ;
  • le multiculturalisme est la position défendant la possibilité pour différentes cultures de cohabiter sur le même territoire.

Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Les nations étant des constructions sociales, il y a fondamentalement une part d'arbitraire dans la constitution des différents États-nations. Cependant, lorsque le sentiment national, alimenté par toute une série de facteurs socio-historiques (langue et culture commune, luttes menées en commun...), est suffisamment diffusé, il devient une réalité sociale qui une force indéniable.

A l'époque de la révolution française, la droite contre-révolutionnaire défendait de facto le statu quo d'ancien régime, qui était une situation moins centralisée, les différentes provinces du royaume ayant de fortes différences culturelles. C'est donc la gauche révolutionnaire qui portait le plus les idées d'intégration voire d'assimilation. Ce schéma s'est répété dans de nombreuses révolutions bourgeoises, des élites politiques déjà partiellement unifiées (par leurs liens d'affaires, rencontres politiques à la capitale, etc.) prenant la tête d'un pays pour le moderniser et y porter une assimilation culturelle plus ou moins poussée.

Avec le temps, les enjeux ont changé et les rapports entre droite et gauche sur ces questions ont beaucoup changé. Lorsque des revendications régionalistes ont eu tendance à émerger, la gauche, davantage préoccupée de libertés politiques, y a généralement été plus sensibles. Puis, avec les différentes vagues d'immigration, la droite s'est mise à utiliser le racisme comme carburant électoral, et à alterner entre des positions anti-immigration (sans aller trop loin car le patronat profite également de la main d’œuvre immigrée exploitée) et des positions de durcissement sur l’assimilation (exigences accrues sur la maîtrise de la langue, des connaissances sur l'histoire du pays...).

La plupart des socialistes ont généralement insisté sur la solidarité internationale et le refus des politiques de domination impérialiste. Il y a cependant eu de grandes différences d'attitudes concrètes, notamment parce que dans les métropoles européennes, les courants les plus droitiers étaient imprégnés de l'idéologie coloniale, et considéraient que l'assimilation des peuples colonisés était une œuvre « progressiste ».

Les courants révolutionnaires ont souvent été les plus intransigeants sur la lutte anti-impérialiste. Cela n'empêche pas qu'il y a d'importantes nuances entre eux sur l'appréciation des différents mouvements nationalistes bourgeois. Certaines comme Rosa Luxemburg ont été très hostile à tout nationalisme au nom du primat de la lutte des classes internationaliste. D'autres comme Lénine, et globalement l'Internationale communiste à ses débuts, ont considéré qu'il fallait réaliser des fronts unis anti-impérialistes avec les forces nationalistes bourgeoises les plus radicales, tout en maintenant une indépendance des communistes. Pour Lénine, il fallait soutenir sans hésitation le droit à l'auto-détermination des peuples, jusqu'à l'indépendance, mais cela ne signifiait pas pour lui qu'il fallait que les communistes fassent eux-même activement de la propagande séparatiste. Au contraire, il restait profondément marqué par l'idée que le dépassement des particularismes locaux, par l'assimilation dans un ensemble humain plus vaste, était un horizon progressiste.

Lénine a défendu que l'assimilationnisme (hors de toute contrainte) est progressiste (ce qu'une bonne moitié du Bund pensait aussi), contre Liebmann Hersch, un des intellectuels du Bund.[1] Trotski pensait aussi à ce moment-là que les juifs seraient progressivement assimilés dans les différents pays, même s'il fera plus tard le constat que la montée des nationalismes a bloqué cette tendance.[2]

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

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France[modifier | modifier le wikicode]

La France est généralement considérée comme un pays ayant traditionnellement eu une politique visant l'assimilation, depuis la révolution française de 1789 et le mouvement jacobin prônant un État centralisé, puis de façon renouvelée sous la Troisième république, avec notamment la mise en place d'une école publique obligatoire diffusant une culture unifiée et imposant le français de Paris comme langue.

Sous la Troisième république, l'école obligatoire avec son programme unifié a été un instrument de construction d'une identité commune.

Selon la juriste Danièle Lochak, l'assimilation « suppose l’abandon de tout élément de la culture originelle de l’étranger qui doit se fondre dans la communauté d’adoption. Ce que ne sous-entend pas le terme d’intégration. La tendance assimilationniste est une constante de l’histoire de France, qu’il s’agisse du jacobinisme éradicateur des différences culturelles ou de la politique menée dans les colonies »[3].

Le concept d’assimilation apparaît dans le débat public au 19e siècle sur la question de la place des juifs dans la société française, non des étrangers, et « l’assimilation est présentée comme la réponse apportée à une « guerre des races » annoncée par les intellectuels antisémites »[4].

Alexis de Tocqueville lors de sa mission en Algérie, en 1840-1842, a eu pour objectif d’étudier les structures tribales algériennes afin de mesurer le degré d’assimilabilité de ces populations. Ses conclusions établissaient des différences entre populations, des plus assimilables aux tribus les plus religieuses, polygames et nomades, considérées comme les plus éloignées du standard national.

Des débats ont traversé le mouvement ouvrier français sur le rapport aux populations des colonies. Dans la Fédération socialiste de la Martinique, par exemple, il y avait des positions différentes, entre une minorité en faveur des revendications autonomistes, et une majorité autour de Joseph Lagrosillière qui y était fermement opposé, et qui défendait au contraire une forte assimilation, et la transformation en département français.

D'après Gilles Ferréol, en France : « Depuis les années 1980, la philosophie politique sous-jacente est celle de la citoyenneté (désormais élargie, plurielle et davantage active), le vieux modèle assimilationniste français étant de plus en plus questionné »[5].

Russie[modifier | modifier le wikicode]

L'Empire tsariste était appelé par le mouvement démocrate et socialiste une « prison des peuples », tant il bafouait les nombreuses nationalités dominées par le pouvoir grand-russe. Le mouvement socialiste marxiste (POSDR) dénonçait cette oppression, et soutenait le droit des peuples à l'autodétermination. Cela ne signifiait pas qu'il souhaitait l'éclatement du bloc formé par cet empire. Lénine faisait souvent l'analogie avec le droit au divorce : défendre ce droit n'est pas appeler au divorce.[6]

Après la Révolution d'Octobre, les bolchéviks appliquent une politique d'affirmation culturelle (qui sera appelée Korenizatsiya en 1923) sur une base de découpage géographique : républiques autonomes ou indépendantes au sein de l'Union soviétique, mise en avant de la culture et de la langue locale...

Cette politique impliquait aussi que les peuples se retrouvant minoritaires dans une République apprennent la langue majoritaire (cela s'est appliqué aussi aux Russes, par exemple en Ukraine). C'est pourquoi cette politique a attiré au bolchévisme de nombreux militants nationaux, et a aussi généré de la colère chez certaines minorités.

Au cours des années 1930, Staline met fin à la Korenizatsiya et bascule vers une politique qui tend à la russification, donc une forme d'assimilation à marche forcée.

Autonomie nationale-culturelle[modifier | modifier le wikicode]

Carte ethnolinguistique de l'Autriche-Hongrie en 1910

Dans de nombreux pays ou régions, la composition ethno-culturelle des populations est très diverses, ce qui rend difficile l'application de la logique nationale-territoriale et de l'État-nation. C'était encore plus le cas au début du 20e siècle dans des empires pluri-nationaux comme l'Empire austro-hongrois ou l'Empire russe.

Dans cette situation, certains socialistes ont mis en avant la revendication d'autonomie nationale-culturelle, consistant à créer des institutions basées non pas sur le découpage géographique, mais sur la représentation des nationalités même si elles sont dispersées. Le concept a été développé dans les années 1900 par les austro-marxistes, et utilisée également par le Bund juif.[7]

Les bolchéviks étaient très opposés à cette idée, lui reprochant d'entraver la tendance à l'assimilation résultant des échanges sur une base territoriale. Dans un texte polémique, Lénine compare même l’idée bundiste d’écoles juives distinctes avec celle des écoles ségréguées pour Noirs au sud des États-Unis.[1]

Le Bund lui-même était divisé sur l'autonomie nationale-culturelle. La moitié du parti croyait, à cette époque, qu’à l’avenir les Juifs seraient assimilés et qu’il ne fallait rien faire pour les séparer, territorialement ou même « culturellement ».

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 et 1,1 Lénine, Notes critiques sur la question nationale, 1913
  2. Leon Trotsky, On the Jewish Problem, 1937
  3. Julien Lemaignen, « L’assimilationnisme est une constante de l’histoire de France », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  4. Thomas Lacroix, « La France est-elle vraiment un pays assimilationniste ? », The Conversation,‎ (lire en ligne)
  5. Gilles Ferreol, « INTÉGRATION, sociologie », Encyclopædia Universalis, consulté le 6 janvier 2017.
  6. Lénine, Du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, février 1914
  7. Henri Minczeles, Histoire générale du Bund, Paris, Austral, 1995, p. 279-280.