6e conférence du POSDR

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Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).


La 6e conférence du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) s'est tenue à Prague (alors en Autriche-Hongrie) du 5 au 17 janvier 1912 (18-30 janvier nouveau style).

C'est au cours de cet événement connu comme conférence de Prague que la rupture définitive entre bolchéviks et menchéviks a lieu.

Les sessions de la conférence ont eu lieu à la Maison du Peuple (7 rue Hybernskaya), dans le bureau de la rédaction du journal social-démocrate tchèque Právo lidu.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Depuis 1907, le parti était en profond recul, sous l'effet du reflux général de la combativité ouvrière, de la répression renforcée, et de la démoralisation de nombreux intellectuels. Cette situation favorisait un désordre organisationnel, des révisions idéalistes du marxisme, et des fuites en avant dans des lignes politiques erronées :

Malgré des tentatives d'unification "par le centre", notamment en 1909-1910, le parti ne fonctionne plus.

Puis les luttes reprennent à partir de 1910-1911. Le chômage diminue à ce moment, et la combativité augmente. Il y aura 100 000 grévistes en 1911, dans des grèves partielles, et 400 000 le 1er mai. La fusillade de la Léna, en avril 1912, enflamme les masses. Cette remontée convainc Lénine de l'urgence de rebâtir un appareil prêt. Sous la direction de Zinoviev, les bolcheviks organisent à Longjumeau une école de cadres[1] : les 17 militants ainsi formés pénètrent illégalement en Russie pour y resserrer les contacts et préparer une conférence nationale. Mais la police veille : successivement Rykov, puis Noguine sont arrêtés ; c'est finalement Ordjonikidzé qui parvient à mettre sur pied en Russie un comité d'organisation, avec l'aide du clandestin Sérébriakov. Dan et Martov protestent contre ces préparatifs et quittent le comité de rédaction du Sotsial-demokrat.

Conférence de Prague[modifier | modifier le wikicode]

Délégation[modifier | modifier le wikicode]

La conférence est organisée du 5 au 17 janvier 1912 à Prague. La conférence était censée être secrète; Lénine avait dit: "Personne, aucune organisation ne doit le savoir". Cependant, chaque détail était connu de l'Okhrana, la police secrète de l'Empire russe.

Les participants sont autour de 20, dont :

  • 4 bolchéviks de l'émigration sans droit de vote (dont Lénine et Zinoviev, mais, selon les données de la police, Lénine a néanmoins eu un droit de vote).
  • 14 délégués (dont 10 ouvriers) avec le droit de vote, pour les organisations de Saint-Pétersbourg, Moscou, la région industrielle centrale, Bakou, Tiflis, Kiev, Iekaterinoslav, Nikolaev, Kazan, Saratov, Vilna et Dvinsk. 12 d'entre eux étaient des bolcheviks, 2 étaient des « mencheviks du parti » (Plékhanovistes).

Lénine représentait la rédaction du Sotsial-Demokrat.

Staline et Sverdlov, qui étaient en exil à l'époque, n'ont pas pu y assister. Plekhanov, qui collaborait avec les bolchéviks à la Pravda à ce moment-là, a annoncé qu'il était trop malade pour y assister. Gorki a préféré décliner. Deux députés bolcheviks de la 3e Douma, N.G. Poletaïev et V.E. Schourkanov, étaient en retard à la conférence.

Malinovski est arrivé alors que la conférence touchait à sa fin. Ce n'est qu'on son arrivée qu'il annonce qu'il est devenu bolchevik. Pour Lénine c'était une aubaine, car il était un responsable syndical. Mais en réalité il était un agent double au service de l'okhrana, la police secrète tsariste. Celle-ci avait pour tactique délibérée de favoriser la scission dans le POSDR, espérant par là l'affaiblir.

Plus de 20 représentants d'organisations clandestines de Russie sont présents, ce qui dans le contexte était une vraie réussite. La conférence se permet de parler alors au nom du POSDR.

Légitimité de la conférence[modifier | modifier le wikicode]

Toutes les organisations nationales (Bund, SDKPiL...) et autres groupes du parti ont décliné les invitations à la conférence au motif qu'elle avait été convoquée unilatéralement par les partisans de Lénine.

Néanmoins, la conférence s'est déclarée comme conférence générale du parti, c'est-à-dire au niveau d'un congrès.

Le plékhanoviste Ya. D. Zevin s'est opposé à cela, et a proposé de l'appeler "Conférence des représentants des organisations russes", et de convoquer d'urgence une conférence représentative de toutes les tendances sociales-démocrates. La conférence a repoussé cette position, sur l'insistance de Lénine.

Zinoviev écrira plus tard que c'était Lénine qui avait fait de cette conférence "un vrai congrès bolchevique", et que "sans Lénine, elle aurait été une conférence ordinaire de militants bolcheviks relativement jeunes".

La ligne de Lénine[modifier | modifier le wikicode]

La conférence se prononce clairement pour la ligne que défendait Lénine depuis les dernières années. Elle déclare l'exclusion des liquidateurs, et se prononce pour la création de « noyaux social-démocrates illégaux entourés d'un réseau aussi étendu que possible de sociétés ouvrières légales ».

Reproches contre l'émigration[modifier | modifier le wikicode]

Beaucoup de frustrations accumulées par les comitards s'expriment lors de la conférence. Le système de distribution des journaux imprimés à l'étranger n'avait jamais vraiment été rétabli comme avant 1905, et ceux-ci contenaient essentiellement des polémiques entre émigrés aigris, inutilisables pour l'agitation ouvrière. Spandarian exprimait des doutes sur le besoin même de groupes émigrés : « Que ceux qui veulent faire du travail… viennent me rejoindre en Russie. »[2] Pour Ordjonikidzé, les émigrés étaient « nuls et non avenus ».

Piatnitsky se plaint à la conférence de Prague de 1912 :

« J’ai attaqué le comité de rédaction violemment parce qu’il oublie parfois que l’organe central – le Sotsial-Demokrat – n’existe pas seulement pour les camarades de l’étranger qui sont familiers avec les querelles du parti, mais surtout pour les camarades de Russie. »[3]

Comité central[modifier | modifier le wikicode]

Elle élit un comité central composé de 7 « durs »[4] :

Peu après, le comité coopta deux membres de plus, Staline et Belostotski.

Un Bureau russe du Comité central est créé avec Ordjonikidzé, Spandarian, Sverdlov et Goloshchokine, puis avec Kalinine et Staline.

Presse[modifier | modifier le wikicode]

L'accord avec la Pravda de Trotsky est annulé. Rabotchaïa Gazeta devient l'organe du comité central.



Suites immédiates[modifier | modifier le wikicode]

Après la conférence, sur la recommandation de Lénine et de Zinoviev, Staline fut coopté au Comité central bolchevique. Stassova est nommée secrétaire du Bureau russe. Chahoumian et Kalinine (tous deux camarades de Staline dans le Caucase) deviennent membres candidats du Comité central. Kalinine était soupçonné d'être un agent de l'Okhrana et n'était donc pas un membre à part entière.

Lénine écrivit à Gorki:

"Nous avons enfin réussi, malgré la racaille des liquidateurs, à restaurer le Parti et son Comité central. J'espère que vous vous réjouirez avec nous de ce fait." [5]

Si l'initiative est majoritaire en Russie, elle fait beaucoup de bruit dans les petits groupes de l'émigration. Trotski tente alors d'organiser une réunion à Vienne, qui sera nommé « bloc d'août », pour dénoncer le « scissionnisme » et « l'usurpation ».

Mais ce bloc n'avait pas de base politique, comme le rallait Lénine[6], et comme le reconnaîtra Trotski plus tard [7] Très vite, il éclate, et malgré des initiatives comme la création du Loutch pour contre-balancer la Pravda, c'est bien le POSDR animé par les bolchéviks qui devient un parti ouvrier de masse entre 1912 et 1914.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Congrès du POSDR Conférences du POSDR

Sources[modifier | modifier le wikicode]