Troisième congrès du POSDR

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Participants du 3e congrès
Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).


Le 3e congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, se déroule à Londres du 25 avril au 10 mai 1905 (n.s.).

Il s'agit d'un congrès convoqué par les bolchéviks et boycotté par les menchéviks, qui organisent une conférence alternative à Genève.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

La scission du 2e congrès[modifier | modifier le wikicode]

Le 2e congrès, à l'été 1903, avait donné lieu à un conflit entre « martovistes / léninistes », ou « doux / durs », d'abord sur la condition d'adhésion au parti, puis surtout sur la composition du comité de rédaction de l'Iskra. Lénine avait fait voter la réduction du nombre de membres de 6 à 3, avec Martov (pour la minorité), Lénine, et Plékhanov, ce dernier ayant voté avec Lénine.

C'est avec leur majorité sur ce vote que les partisans de Lénine seront appelés les bolcheviks (de bolchinstvo, « majorité »), par opposition aux mencheviks (de menchinstvo, « minorité »). Un Comité central avec trois proches de Lénine est élu (Lengnik, Noskov et Krjijanovski).

Après le congrès, Martov refuse d'appliquer la décision, suite à quoi Plékhanov a fait volte-face. Lénine démissionne alors de l'Iskra le 1er novembre 1903, et se fixe alors un objectif : convoquer un 3e congrès pour trancher.

Ainsi, le 10 décembre 1903, il écrivait au comité central :

L’unique salut, c’est le congrès. Son mot d’ordre : la lutte contre les désorganisateurs. Ce n’est que sur ce mot d’ordre qu’on peut prendre les partisans de Martov, attirer les larges masses et sauver notre position. Voici, d’après moi, le seul plan possible : pour l’instant, pas un mot à personne sur le congrès, le secret absolu. Lancer toutes les forces, tous et chacun, dans les comités et les tournées. Lutter pour la paix, pour l’arrêt de la désorganisation, pour la subordination au Comité central. Renforcer à tout prix les comités avec des gens à nous. Employer tous les efforts à prendre en flagrant délit de désorganisation les partisans de Martov et du Ioujny Rabotchi, avec des documents, des résolutions contre les désorganisateurs ; les résolutions des comités doivent pleuvoir à l’Organe central. Ensuite, introduire des gens dans les comités chancelants. La conquête des comités au nom du mot d’ordre : contre la désorganisation, telle est la tâche primordiale. Le congrès est indispensable au plus tard en janvier, c’est pourquoi il faut vous y mettre plus énergiquement, nous aussi nous mobiliserons toutes les forces…

Je répète : ou une défaite totale (…) ou la préparation immédiate du congrès. Pour commencer, il faut le préparer en secret, durant un mois au maximum, ensuite, en trois semaines, rassembler les revendications de la moitié des comités et convoquer le congrès. C’est, encore et encore, l’unique salut.

Tensions parmi les bolchéviks[modifier | modifier le wikicode]

Mais l'organisation de ce congrès allait prendre encore 18 mois. Les membres du comité central, bien que bolchéviks, étaient très réticents à l'idée de se lancer dans une activité fractionnelle.

Peu après la réunion de janvier, cinq des six membres du CC alors en Russie exprimèrent leur désapprobation de la demande de Lénine pour un nouveau congrès. Ils rejetèrent aussi sa suggestion de coopter deux membres de plus… Les motifs sous-jacents de la proposition étaient trop transparents. Leur lettre se finissait par : « Nous implorons tous le Vieux (Lénine) de renoncer à sa querelle et de se mettre au travail. Nous attendons des tracts, des brochures et toutes sortes de conseils — la meilleure façon de se calmer les nerfs et de répondre aux calomnies. »

Mais c’était là une démarche que Lénine n’avait pas la moindre envie d’adopter. « Je ne suis pas une machine », répondit-il, « et je ne peux faire aucun travail dans le déplorable état de choses actuel. »[1]

Après des mois de correspondance aigre-douce avec ses membres, à l’été 1904, il fut virtuellement écarté du CC, même s’il en restait officiellement membre. En juillet 1904, le comité central fit un pas vers un compromis avec les mencheviks : dans une annonce publiée dans l’Iskra, il reconnaissait la pleine autorité du comité de rédaction du journal (constitué des cinq mencheviks, en comptant Plékhanov), appelait Lénine à rejoindre la rédaction, et dénonçait son agitation en faveur d’un nouveau congrès pour régler ses comptes avec les mencheviks.

Lénine avait mis en place sans que le CC le sache un organisme appelé le bureau méridional du CC, sous la direction de Vorovski, qui n’était pas membre du CC. Ce bureau n’avait aucun statut officiel, mais servait à Lénine comme canal pour appeler à un nouveau congrès. Le CC dissolvait alors le Bureau méridional, et privait Lénine de ses pouvoirs de représentant à l’étranger du comité central, lui interdisant de publier ses écrits sans leur autorisation. A la place de Lénine, ils nommèrent Noskov, un conciliateur, comme leur représentant officiel à l’étranger.

Lénine passe en force[modifier | modifier le wikicode]

Avec l’aide de Kroupskaïa à Genève, et d’un groupe de partisans en Russie, il construisit un réseau complètement nouveau de comités centralisés, sans égard pour l’article 6 des statuts du parti qui réservait au Comité central le droit d’organiser et de valider des comités. Trois conférences de comités locaux bolcheviques furent tenues en septembre-décembre 1904 :

  1. dans le Midi (les comités d’Odessa, d’Ekaterinoslav et de Nicolaïev) ;
  2. au Caucase (les comités de Bakou, Batoum, Tiflis et celui des Imérétiens-Mingréliens [Tcherkesses — NdT]) ;
  3. dans le Nord (comités de Saint-Pétersbourg, Moscou, Tver, Riga, du Nord et de Nijni-Novgorod).

A la suggestion de Lénine, les conférences élurent un Bureau des Comités Majoritaires pour préparer et convoquer le 3e congrès. Le Bureau, dont Lénine devint membre, fut formellement constitué en décembre 1904.[2]

Un appel à un nouveau congrès fut lancé par 22 bolcheviks lors d’une conférence tenue en Suisse au mois de septembre 1904, à laquelle assistaient 19 personnes, 3 autres approuvant la décision. Parmi les 19 se trouvaient Lénine, sa femme et sa sœur.

En décembre 1904, Lénine réussit à fonder son propre journal, Vpériod, avec l'aide de Bogdanov. Malgré tout, même après cela, les choses n’allèrent pas très bien. Ainsi, le 11 février 1905, Lénine écrivait à deux de ses proches partisans, Bogdanov et Goussev :

Les gens du Bund, eux, ne palabrent pas sur la centralisation, mais chacun d’entre eux écrit chaque semaine au centre et la liaison s’établit effectivement. Il suffit d’ouvrir leur Poslédnié Izvestia pour s’en apercevoir. Mais nous, nous publions le 6e numéro de Vpériod sans que le membre de la rédaction (Rakhmétov) ait écrit une seule ligne sur ce journal ou dans ce journal. On « parle » chez nous de riches relations littéraires à Saint-Pétersbourg et Moscou, de jeunes forces de la majorité, mais nous n’en voyons rien, absolument rien, deux mois après l’appel au travail … Nous avons « entendu » des tiers parler d’on ne sait quelle union du comité pétersbourgeois de la majorité et du groupe menchévik, mais nos propres camarades ne nous ont donné à ce sujet aucune information. Nous nous refusons à croire que des bolchéviks aient pu s’engager dans une action aussi sotte et désespérée. Nous avons « entendu » des tiers parler de la conférence des social-démocrates et du « bloc », mais nos propres camarades ne nous en ont pas dit une syllabe bien que ce soit, dit-on, un fait accompli.[3]

La résistance à la scission était également répandue parmi les militants de base. A Saint-Pétersbourg, le parti se divisa en automne 1904, lorsque la minorité menchevique rompit avec le comité local : « Beaucoup de cellules de district, même en 1904-1905, étaient de composition mixte bolcheviks-mencheviks, et beaucoup des membres de base n’étaient conscients ni de la scission ni de sa signification. »[4] A Moscou, la division formelle ne fut entérinée qu’en mai 1905. En Sibérie et dans d’autres endroits, les deux fractions opérèrent dans la même structure organisationnelle en 1904 et 1905, et continuèrent à le faire jusqu’à la conférence de fusion tenue en avril-mai 1906.

La célèbre imprimerie illégale caucasienne, dans laquelle les sympathies bolcheviques étaient dominantes, continua en 1904 à réimprimer l’Iskra menchevique ainsi que beaucoup de brochures de la minorité. « Nos divergences d’opinion », écrit Enoukidzé, « ne se reflétaient absolument pas dans notre travail. » Un facteur avait du poids à ce moment-là : le fait que tous les importants auteurs et théoriciens, à l’exception de Lénine, se trouvaient chez les mencheviks — Plékhanov, Axelrod, Zassoulitch, Martov, Trotski et Potressov.

Pour ajouter aux difficultés de Lénine, à l’été 1904, tous les dirigeants du mouvement socialiste hors de Russie prirent position en faveur des mencheviks : Karl Kautsky, Rosa Luxemburg, August Bebel... Ce dernier alla jusqu’à dire que le « monstrueux scandale » des disputes du parti russe prouvait que le comportement des bolcheviks était proche d’une « incapacité sans scrupule et complète » à diriger le mouvement.[5]

A partir de l'été 1904, Lénine reconnaît que sa fraction (bien qu'il parle toujours « du parti ») est en déclin. Le 15 août il écrivait à la direction bolchevique de Saint-Pétersbourg :

La situation de votre comité qui souffre du manque de gens, de l’absence de littérature, d’un défaut total d’informations, est pareille à celle de toute la Russie. Partout une terrible pénurie d’hommes…, une dispersion absolue, un sentiment général de malaise et d’animosité, une stagnation du travail positif. Depuis le deuxième congrès, le parti est mis en pièces et maintenant il a été fait énormément dans ce sens.[6]

Le 22 décembre 1904, il écrivait : « Le fait que notre parti est sérieusement malade et a perdu une bonne moitié de son influence au cours de l’année écoulée est connu dans le monde entier. »[7]

Lénine était si absorbé par la lutte contre les mencheviks qu’aussi incroyable que cela puisse paraître il n’y a dans ses écrits de l’année 1904 que trois références à la guerre russo-japonaise. Le thème massivement dominant est la scission avec les mencheviks, dans des écrits très coléreux.

Le 7 février 1905, le Comité central vote contre la convocation du congrès et prononce l'exclusion de Lénine. Deux jours après, 9 des 11 membres du CC sont arrêtés par les autorités.

Krassine et Lioubimov prennent alors contact avec les léninistes et signent un accord avec Goussev et Roumiantsev pour la préparation du 3e congrès.

La révolution de 1905[modifier | modifier le wikicode]

En janvier 1905, le Dimanche rouge surprend complètement les partis, y compris les social-démocrates. Les bolchéviks n'étaient pas encore très bien implantés, et en tous les cas coupés des secteurs ouvriers influencés depuis plusieurs mois par Gapone.

A l'origine, les menchéviks furent plus réactifs pour s'investir dans le mouvement. Le 11 mars 1905 : « Les mencheviks sont en ce moment plus forts que nous, il faut une lutte à outrance, une lutte de longue durée. »[8] Régulièrement, il se plaignait de ce que les menchéviks étaient plus efficaces pour tirer parti de leur investissement dans le mouvement.[9]

Néanmoins l'effet dominant de l'année 1905 fut de rapprocher dans la pratique les menchéviks et les bolchéviks. La vague révolutionnaire affermissait l'aile gauche, et rendait plus silencieuse l'aile droite. A Saint-Pétersbourg, les militants autour de Trotski s'investissaient fortement (sans aucun accord des leaders mencheviks) et Trotski devint président du Soviet.

Déroulement du congrès[modifier | modifier le wikicode]

Le congrès fut très secret et le lieu exact où il s'est tenu à Londres n'est pas connu.

Il n'y avait qu'un seul ouvrier délégué à ce congrès.

Sur la validité du congrès[modifier | modifier le wikicode]

Lénine commença par un discours pour réaffirmer la légitimité du congrès. Il concède que l'on pourrait dire que le congrès est invalide au regard de la lettre des statuts du parti, mais pas de l'esprit. S'en tenir à la lettre serait un « grotesque formalisme ». Il soutient que les organes inférieurs comme le congrès sont plus légitimes que les organes supérieurs comme le comité central ou le conseil du parti.[10]

La révolution de 1905[modifier | modifier le wikicode]

Bien entendu la situation pré-révolutionnaire ouverte depuis le début de l'année occupa une grande partie des débats. Un rapport du comité de Saint-Pétersbourg décrivait l'état du parti, coupé du masses quand la révolution a éclaté :

Les événements de janvier ont trouvé le comité de Pétersbourg dans un état désastreux. Ses liens avec les masses ouvrières avaient été désorganisés à l’extrême par les mencheviks. Nous ne sommes parvenus à les préserver, au prix de grands efforts, que dans le district de la Ville (ce secteur a défendu nettement le point de vue des bolcheviks), à Vasil’ev-Ostrov, et dans le secteur de Vyborg. A la fin décembre l’imprimerie du comité de Pétersbourg fut découverte. A l’époque le comité de Pétersbourg consistait en un secrétaire (par son intermédiaire le comité communiquait avec la direction de la presse et avec la commission des finances), un rédacteur en chef, un chef organisateur, un agitateur (qui était aussi l’organisateur des étudiants), et quatre organisateurs. Il n’y avait pas un seul ouvrier parmi les membres du comité. La grève de l’usine Poutilov a pris le comité complètement par surprise.

Lénine soutient que le parti doit soutenir le mouvement paysan[11], et faire de la propagande pour la nécessité de préparer à une insurrection et de l'armement du prolétariat.[12] Lénine ne considérait pas pour autant que la révolution à venir serait une révolution socialiste, mais que la bourgeoisie libérale était incapable de prendre les devants, et donc que la social-démocratie devait être une force motrice de la dictature démocratique.

Contrairement à la vision des mencheviks, il soutient que le parti doit se tenir prêt à participer à un gouvernement révolutionnaire provisoire.[13]

Au passage, Lénine tourne en dérision les critiques de Plékhanov, qui attaquait Vperiod sur le fait que Bogdanov (son dirigeant) étant un partisan des empiristes Mach et Avenarius.

… Plékhanov nous amène, tirés par les oreilles, Avenarius et Mach. Je n’arrive décidément pas à comprendre le rapport qu’il y a entre ces auteurs, pour lesquels je n’éprouve pas la moindre sympathie, et la révolution sociale. Ils ont traité de l’organisation individuelle et sociale de l’expérience ou de quelque chose de ce genre, mais ils n’ont jamais songé, bien sûr, à la dictature démocratique.[14]

Cependant, bientôt Lénine allait se séparer de Bogdanov, et polémiquer contre son empiriocriticisme.

L'ouverture du parti[modifier | modifier le wikicode]

Après la révolution, pendant un bref instant, il était possible de mener une activité politique légale, dont la possibilité de participer à des élections, et de profiter du droit de réunion pour organiser plus démocratiquement le parti qu'en période clandestine (c'était auparavant la cooptation qui primait).

Lénine et Bogdanov proposèrent une résolution invitant instamment le parti à ouvrir largement ses portes aux ouvriers, qui devaient être encouragés à y jouer un rôle dirigeant, seul moyen de jouer un rôle moteur dans la situation. Il leur reproche une forme de bureaucratisme.

Cela soulève une profonde résistance de la part des comitards, ces cadres du parti sur lesquels Lénine s'était toujours appuyé. Leur principal porte-parole était le jeune Rykov. Kamenev protesta :

« Je dois exprimer ma forte opposition à l’adoption de cette résolution. En tant que question de la relation des ouvriers et de l’intelligentsia dans les organisations du parti, cette question n’existe pas. (Lénine : Elle existe) Non, elle n’existe pas : elle existe comme question démagogique, c’est tout. »

L’intégration d’ouvriers dans les comités locaux fut débattue avec une chaleur particulière. Filippov indiqua qu’il n’y avait qu’un ouvrier dans le comité de Saint-Pétersbourg, alors que le travail à Saint-Pétersbourg durait depuis 15 ans. (Lénine : scandaleux!). Leskov exposa que dans le comité du Nord les choses étaient encore pires. Ossipov rapporte :

« Il n’y a pas si longtemps, j’ai fait la tournée des comités du Caucase… A l’époque, il y avait un ouvrier dans le comité de Bakou…, un dans le comité de Batoum, et aucun dans le comité de Koutais. Et seul le comité de Tiflis en avait plusieurs. Se pourrait-il que nos camarades du Caucase préfèrent des membres des membres de comités issus de l’intelligentsia à des membres de comité ouvriers ? »

Orlovsky fit le commentaire suivant : « un parti ouvrier dont toute la direction est la propriété héréditaire de l’intelligentsia est condamné à l’anémie. » A. Belsky (Krassikov) déclara : « Dans nos comités, et dans mon travail j’en ai vu beaucoup, il y a une espèce d’ouvriérophobie. » Lénine intervint alors, et la session devint encore plus bruyante.

« Le devoir du futur centre est de réorganiser un bon nombre de nos comités ; l’inertie de leurs membres doit être vaincue. (Applaudissements et protestations) J’entends le camarade Serguéïev siffler et ceux qui n’appartiennent pas aux comités applaudir. Je pense qu’il faut envisager la chose plus largement. La tâche d’introduire des ouvriers dans les comités n’est pas uniquement pédagogique, elle est aussi politique. Les ouvriers ont un instinct de classe et deviennent assez promptement, après une brève initiation politique, des social-démocrates conséquents. Je souhaiterais ardemment qu’il y ait huit ouvriers pour deux intellectuels dans chacun de nos comités. »[15]

La résolution de Lénine fut battue par 12 voix contre 9 et demie.[16]

Lénine souligne par ailleurs que ce sont les intellectuels comitards qui s'opposent à l'admission des ouvriers, et seulement les trois intellectuels publicistes (rédacteurs du journal) quila défendent :

« Chose étonnante : il n’y a que trois hommes de plume au congrès, le reste est formé des membres des comités ; or, les premiers sont pour l’entrée des ouvriers dans le comité, et ce sont les comitards qui s’échauffent on ne sait pourquoi. »

Plus tard, sur un point des statuts qui donnait le droit à deux tiers des ouvriers d'un comité de réclamer la révocation de la direction du comité, un débat similaire surgit et Lénine renchérit :

« Si cet article menace les comités composés d’intellectuels, je me prononce d’autant plus volontiers en sa faveur. Les intellectuels doivent toujours être tenus entre des mains fermes. Ils sont toujours à la tête de chamailleries de toutes sortes… On ne peut se fier à un petit cénacle d’intellectuels, mais on peut et on doit se fier à des centaines d’ouvriers organisés. »[17]

Il est à noter que certains bolchéviks s'appuyaient sur les formulations de Que faire ? (1902), valorisant les révolutionnaires professionnels et les intellectuels apportant la conscience social-démocrate aux ouvriers, pour contrer Lénine.

La guerre russo-japonaise[modifier | modifier le wikicode]

Concernant la guerre russo-japonaise, Lénine militait pour la défaite de la Russie.

Questions organisationnelles[modifier | modifier le wikicode]

Le congrès réécrit une partie des statuts adoptés lors du 2e congrès. D'abord, il vote la formulation de Lénine sur la condition d'adhésion au parti, qui avait été battue par celle de Martov.

Il précisa aussi les relations entre comités locaux et comité central. Lénine mit cependant en garde contre la tentation de trop étoffer les statuts « Il est facile d'écrire de jolies clauses, mais dans la pratique elles s'avèrent souvent superflues. Les statuts ne doivent pas être une collection de vœux pieux. »[18]

Il vote également le passage, d'un corps directionnel à trois entités (Organe central, comité central et conseil du parti) à une seule direction formelle, le comité central.

Étant donné la libéralisation relative de la situation politique, le congrès décide de rapatrier le Comité central et la presse du parti en Russie. Sur ce point, Lénine est mis une deuxième fois en minorité. Cela fait pression sur Lénine pour qu'il rentre (ce qu'il fera en novembre).

Le nouveau comité central élu est composé de :

La scission semble entérinée : le congrès en rejette la responsabilité sur les mencheviks de l'émigration qui ont refusé de se soumettre à la discipline des organismes élus au 2e congrès, et lance un appel aux mencheviks des organisations clandestines pour qu'ils acceptent la discipline de la majorité. En fait, une résolution secrète charge le comité central de travailler à la réunification.[19]

La conférence menchevique tenue à Genève en parallèle appelait aussi de son côté à l'unité.

Suites[modifier | modifier le wikicode]

Lénine publie un rapport sur le congrès le 27 mai.[20]

Vers le milieu de 1905, l'imprimerie caucasienne fut reprise en mains par le comité central bolchevik.[21]

Lénine continua à prôner une plus grande ouverture du parti et une plus grande démocratie interne. Il défend ainsi la généralisation des élections des organes par la base. Il radicalise aussi sa position sur les rapports ouvriers / intellectuels :

« Au IIIe congrès du parti, j’ai exprimé le souhait qu’il y ait dans les comités du parti environ 8 ouvriers pour 2 intellectuels. Combien ce vœu est périmé ! À présent, on doit souhaiter qu’il y ait dans les nouvelles organisa­tions du parti quelques centaines d’ouvriers social-démocrates pour un intellectuel. »[22]

Lénine expliqua également que le danger d'une entrée massive de nouveaux militants non formés était réel, mais que dans le cas du parti bolchévik ce danger était largement maîtrisé :

On pourrait voir un danger dans le brusque afflux au parti d’une masse non social-démocrate. Le parti se dissoudrait alors dans la masse, cesserait d’être l’avant-garde consciente de la classe ouvrière et s’abaisserait au rang d’arrière-garde. Une période vraiment déplorable s’ouvrirait. Ce danger pourrait certainement devenir des plus graves si nous avions un penchant à la démagogie, si les assises (programme, règles de tactique, expérience en matière d’organisation) faisaient défaut au parti, ou si elles étaient faibles et vacillantes. Mais justement, ce « si » n’existe pas. (…) Nous avons un programme ferme, officiellement accepté par tous les social-démocrates, qui n’a jamais suscité de critique de fond, du moins quant à ses thèses essentielles. (La critique de certains points, de certaines formules du programme est parfaitement légitime et nécessaire dans tout parti vivant.) Nous avons des résolutions sur la tactique qui ont été méthodiquement et soigneusement élaborées aux IIe et IIIe Congrès ainsi que dans la presse social-démocrate au cours de longues années. Nous avons quelque expérience aussi en matière d’organisation, nous avons une organisation de fait qui a joué un rôle éducateur et incontestablement porté ses fruits.[23]

En septembre, une conférence est organisée à Riga, par le Comité central (bolchévik), les menchéviks et les organisations nationales.

En novembre, la fraction menchévique tient sa propre « 2e conférence générale » à Saint-Pétersbourg.

En décembre, la fraction bolchévique tient une conférence en Finlande, qui restera connue comme 1ère conférence du POSDR étant donné la victoire historique des bolchéviks.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Congrès du POSDR Conférences du POSDR

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Ленинский Сборник, vol.15, pp. 249–59, 351–53.
  2. Lénine, Conférence des comités, 4 janvier (n.s) 1905
  3. Lenin, A Letter to A. A. Bogdanov and S. I. Gusev, February 11, 1905
  4. D. Lane, The Roots of Russian Communism, Assen 1969, p. 71.
  5. D. Geyer, Lenin in der russischen Sozialdemokratie, Cologne-Graz 1962
  6. Lénine, Lettre à M. K. Vladimirov, 15 aout 1904
  7. Lenin, Time to Call a Halt!, 22 décembre, 1904
  8. Lénine, Lettre à Goussev, 11 mars 1905
  9. Lénine, Lettre à Lounatcharsky du 2 août 1905
  10. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Speech on the Validity of the Congress, April 26 (n.s) 1905
  11. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Report on the Resolution on the Support of the Peasant Movement, May 2, 1905
  12. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Resolution on the Armed Uprising
  13. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Draft Resolution on the Provisional Revolutionary Government
  14. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Report on the Question of the Participation of the Social-Democrats in a Provisional Revolutionary Government, May 1, 1905
  15. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Speech on the Question of the Relations Between Workers and Intellectuals within the Social-Democratic Organisations, May 3, 1905
  16. Tony Cliff, Lénine : 1893-1914. Construire le parti – chapitre 8, 1975
  17. Lenin,The Third Congress of the R.S.D.L.P., Speech on the Wording of Clause 9 of the Party Rules, May 4, 1905
  18. Lenin, The Third Congress of the R.S.D.L.P., Speech During the Discussion of the Party Rules, May 4 (n.s), 1905
  19. Biggart, John (1989), Alexander Bogdanov, Left-Bolshevism and the Proletkult 1904 - 1932, University of East Anglia
  20. Lenin, Report on the Third Congress of the Russian Social-Democratic Labour Party, Proletary, No. 1, May 27 (n.s), 1905
  21. Trotski, Staline.
  22. Lénine, La réorganisation du parti, Novembre 1905
  23. Lénine, « Douze ans après », Œuvres, vol.13, p. 101-102.