Premier congrès du POSDR

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Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).


La maison à Minsk dans laquelle s'est tenue le congrès

Le premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie se déroule à Minsk (alors dans l'Empire russe, aujourd'hui en Biélorussie) du 1er au 3 mars 1898 (13-15 mars n.s).

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

La Russie est le dernier pays européen où un parti social-démocrate se développe. Cela est dû à l'arriération du pays, dont la population est majoritairement paysanne, rassemblée autour de communautés villageoises dominées par les popes orthodoxes et les paysans moyens et riches. L'industrialisation fait apparaître les premières tentatives d'organisations ouvrières, menées par divers groupes locaux.

Les tentatives de coordination à l'échelle régionales, ou nationales, sont détruite dans l’œuf par la répression du pouvoir tsariste. En 1896 la ligue de Moscou, en 1897 la ligue de Kiev (autour du journal Rabotchaïa Gazeta)[1], envisagent diverses mesures pour le rassemblement des organisations dispersées en un parti à l'échelle du pays, mais échouent.

Ce sont les travailleurs juifs, plus instruits en général, plus cohérents du fait de leur position minoritaire, employés généralement dans des entreprises de petite dimension, qui, les premiers, parviennent à constituer une organisation à l'échelle du pays, le Bund, qui compte plusieurs milliers de membres.

Une nouvelle tentative a lieu en mars 1898, à l'initiative principalement du Bund, ainsi que de la et de la Ligue pour l'émancipation de la classe ouvrière de Saint-Pétersbourg. Celle-ci avait été fondée en 1895, notamment par Vladimir Ilitch Oulianov, bientôt dit Lénine, et Julius Martov. Mais ceux-ci ont été arrêtés à la fin de l'année 1895, et sont encore exilés en Sibérie pendant le congrès.

Déroulement[modifier | modifier le wikicode]

Neuf délégués se réunissent, représentant ces trois groupes, ainsi que des social-démocrates de Moscou et de Ekaterinoslav. Les socialistes de Kharkov refusent de venir, estimant la tentative prématurée.

Les délégués se réunissent secrètement dans la maison de Roumiantsev, un ouvrier du rail dans la banlieue de Minsk (aujourd'hui absorbée par le centre ville). La couverture était qu'il s'agissait de la fête du prénom de la femme de Roumiantsev. A noter que Roumiantsev était le seul ouvrier présent.

Lénine avait fait parvenir une ébauche de programme écrite avec du lait entre les lignes d'un livre.

Les documents étaient prêts à être jetés dans un poêle en cas d'arrivée de la police.


Il y eut 6 sessions, sans prise de notes pour des raisons de sécurité. Les principaux sujets discutés furent l'unification des différents groupes social-démocrates et la question du nom du parti.

Cette assemblée s'intitule « premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate russe », rédige quelques résolutions, et élit un comité central de trois membres :


Un Manifeste du parti est adopté, écrit par Piotr Strouvé à la demande de Radtchenko. Ce manifeste insistait de manière clairvoyante sur le rôle central de la classe ouvrière dans la révolution russe à venir :

« A mesure qu’on avance vers l’Est de l’Europe (et la Russie est à l’Est), la faiblesse, la poltronnerie et la lâcheté politique de la bourgeoisie, ainsi que la nécessité pour le prolétariat de résoudre lui-même les questions culturelles et politiques, apparaissent de plus en plus clairement. La classe ouvrière russe devra conquérir et conquerra la liberté politique. »[3]

Le congrès ne se met cependant pas d'accord sur des statuts ni sur un programme.

La Rabotchaïa Gazeta est déclarée organe central du parti.

Suites[modifier | modifier le wikicode]

Mais dans le mois qui suit, 5 des 9 délégués sont arrêtés, et le journal est démantelé. Les autres sont seulement laissés en liberté surveillée parce que le chef policier Zoubatov pense qu'ils peuvent lui permettre d'arrêter d'autres militants.[4]

Malgré son nom de premier congrès, le congrès de 1898 n'a pas réellement créé un parti unifié parvenant à coordonner les différentes miitants au travers du pays. Il aura cependant levé un étendard, un nom commun à ces différents groupes isolés (et encore très hétérogènes), qui sera repris par des militants persévérants.

Cet échec du premier congrès à une conséquence importante : voyant l'échec des tentatives de constituer le parti par un rassemblement « par en bas » des petits cercles, les émigrés socialistes voient émerger l'idée d'un rassemblement « par en haut », depuis l'exil, pour contourner les attaques de la police tsariste, grâce à un journal politique. Le noyau de ces émigrés vient de deux sources : une partie du premier groupe marxiste russe, le Groupe pour la libération du travail, fondé en émigration en 1883, autour de Georges Plékhanov, de Véra Zassoulitch, et Paul Axelrod, et l'autre de la génération qui leur a succédé, celle de la Ligue pour l'émancipation de la classe ouvrière.

Le 24 décembre 1901 parait à Stuttgart le premier numéro de leur journal, l'Iskra (L'Étincelle). C'est cette initiative qui permet deux ans après le premier véritable congrès du POSDR (1903).

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Congrès du POSDR Conférences du POSDR

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Israel Getzler. Martov: A Political Biography of a Russian Social Democrat, Cambridge University Press, 1967, pp.18-20
  2. Jonathan Frankel, Prophecy and Politics: Socialism, Nationalism, and the Russian Jews, 1862-1917, ISBN 0-521-26919-9, Cambridge University Press, 1981, p.669
  3. Manifeste du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (1898)
  4. THE CAMBRIDGE HISTORY OF RUSSIA, Volume II - Imperial Russia, 1689-1917 page 645