Rupture de 1912 et bloc d'août

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En 1912 eut la lieu la rupture définitive des fractions bolchévique et menchévique du Parti ouvrier ouvrier social-démocrate de Russie.

Le bloc d'août 1912 est une tentative d'opposition unifiée aux bolchéviks, qui fut un échec.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Alexandre Bogdanov, leader de la tendance otzoviste

Suite à la révolution de 1905, une période contre-révolutionnaire s'ouvre (1907-1911). La répression s'abat, des milliers d'exécutions ont lieu.[1] Le parti recule massivement, beaucoup d'organisations locales sont désintégrées sous l'effet combiné de la répression et de la désertion de nombreux cadres intellectuels.

Cette situation favorise un désordre organisationnel, des révisions idéalistes du marxisme, et des fuites en avant dans des lignes politiques erronées :

  • à la droite des menchéviks, le courant liquidateur théorise qu'il faut abandonner la difficile lutte clandestine, et se concentrer sur les organes légaux comme la Douma ou les syndicats ; le désaccord peut vite devenir un désaccord d'ordre stratégique, car se limiter à une expression tolérée par l'autocratie tsariste revient à abandonner des revendications révolutionnaires comme la république ;
  • à la gauche des bolchéviks, le courant otzoviste à l'inverse refuse toute utilisation même tactique de ces moyens légaux ; si le désaccord n'est pas a priori que tactique, il est potentiellement handicapant, et de leur côté les otzovistes considèrent la présence social-démocrate à la Douma comme une trahison des principes.

La réunification ratée de 1910[modifier | modifier le wikicode]

En réaction au délitement, un courant pour l'unité du parti sur une ligne médiane se développe fin 1908, appelé notamment par Plékhanov ou Trotski.

Lénine est méfiant mais une majorité unitaire (conciliatrice selon ses mots) se dégage fin 1908, autour de Doubrovinski, Rykov, Sokolnikov, Noguine. Le seul bolchevik de premier plan à le soutenir contre les conciliateurs était Zinoviev (à partir de ce moment-là, il fut son plus proche collaborateur jusqu'en 1917).

En janvier 1910, une séance plénière du comité central, qui s'étale sur trois semaines, semble consacrer le succès de cette réunification. Officiellement, les deux déviations sont condamnées, les bolchéviks s'engageaient à rompre avec les otzovistes (ce qui était déjà fait) et les mencheviks à rompre avec les liquidateurs. Les journaux bolchevique et menchevique, le Proletarii et la Goloss Sotsial-Demokrata, vont disparaître pour laisser la place au Sotsial-demokrat, que dirigeront Lénine et Zinoviev avec Dan et Martov. Le bolchevik Kamenev est coopté au comité de la Pravda de Trotski. Lénine doit mettre en commun l’argent donné par Schmidt.

Lénine accepte à contre cœur toutes ces décisions. Il écrit à Gorki que de puissants facteurs l'y ont poussé, notamment « la situation difficile du parti », et « la maturation d'un nouveau type d'ouvriers social-démocrates dans le domaine pratique ». La caution de Plékhanov est par ailleurs précieuse pour Lénine. Il s'inquiète pourtant : au comité central se sont manifestées des tendances dangereuses, « un état d'esprit de conciliation en général, sans idée claire, sans savoir avec qui, pourquoi, comment », et, outre la « haine contre le centre bolchevique pour son implacable guerre d'idées », le « désir des mencheviks de faire du scandale ».[2]

En août, la conférence social-démocrate de Copenhague voit se préciser un nouvel alignement des forces : bolcheviks et « mencheviks du parti » viennent de décider la publication en commun de deux journaux en Russie, la Rabotchaïa Gazeta, illégale, et la Zvezda, légale.

Beaucoup espéraient encore la réunification du POSDR, comme Luxembourg, qui écrivait pendant l'été 1911 : « Malgré tout, l'unité du parti peut être sauvegardée si l'on contraint les deux fractions à convoquer une conférence commune. » En août 1911, elle répétait : « Le seul moyen de sauver l'unité est de réaliser une conférence générale, composée d'hommes envoyés de Russie, car ceux qui vivent là-bas veulent la paix entre eux et l'unité, et ils sont la seule force qui puisse mettre à la raison nos coqs de l'étranger. »

Cependant la convergence n'est toujours pas effective. Alors que Lénine s'est séparé des gauchistes, les principaux dirigeants menchéviks comme Martov continuent de cautionner les liquidateurs (Martov admit plus tard qu’il n’avait jamais eu l’intention de tenir cet engagement et qu’il n’avait consenti à cette déclaration que parce que son groupe était trop faible pour risquer une rupture immédiate[3]). Alors que Martov place à égalité d'importance l'activité légale et illégale, Lénine continue de placer le centre de gravité dans l'appareil clandestin. Dans la pratique, le comité central ne se réunit plus[4], la Goloss Sotsial-Demokrata continue de paraître...

Dès le 11 avril, Lénine écrit à Gorki : « Nous avons un bébé couvert d'abcès. (...) Ou bien nous les ferons crever, nous guérirons l'enfant et nous l'élèverons ou, si cela tourne mal, l'enfant mourra (...) Dans ce cas, nous vivrons quelque temps sans enfant, et ensuite nous enfanterons un bébé plus sain ».

Ce rapprochement reçut le coup de grâce lorsque les trois liquidateurs invités à se joindre au comité central (Mikhaïl, Romane, Youri) refusèrent d’avoir le moindre rapport avec l’organisation clandestine. Lorsque les « conciliateurs » bolcheviks proposèrent de poursuivre la négociation avec d’autres dirigeants du courant liquidateur, Lénine les ignora. Lorsque Martov et Dan tentèrent de publier article conciliateur dans le Sotsial-Demokrat, Lénine, Zinoviev et Varsky votèrent contre. Trotski également refusa de choisir clairement un camp et « suspendit son jugement »[5]. Kamenev le pressa en vain d’adopter une attitude plus ferme.

Un autre facteur jouait : la police secrète tsariste, espérant affaiblir le parti, ciblait délibérément les conciliateurs.[6] Leur principal porte-parole, Doubrovinski, est arrêté et poussé au suicide dans son exil sibérien. Remplacé par Rykov, celui-ci est arrêté dès son arrivée en Russie où il se rendait pour pousser les comités à s'opposer au scissionnisme de Lénine.

1911-1912 : Lénine prend l’initiative[modifier | modifier le wikicode]

Ecole de cadres de Longjumeau (été 1911)[modifier | modifier le wikicode]

Les luttes étudiantes connaissent un essor à partir de 1910, suivie de luttes ouvrières. Le chômage diminue à ce moment, et la combativité augmente. Il y aura 100 000 grévistes en 1911, dans des grèves partielles, et 400 000 le 1er mai. La fusillade de la Léna, en avril 1912, enflamme les masses. Cette remontée convainc Lénine de l'urgence de rebâtir un appareil prêt. Sous la direction de Zinoviev, les bolcheviks organisent à Longjumeau une école de cadres[7] : les 17 militants ainsi formés pénètrent illégalement en Russie pour y resserrer les contacts et préparer une conférence nationale. Mais la police veille : successivement Rykov, puis Noguine sont arrêtés ; c'est finalement Ordjonikidzé qui parvient à mettre sur pied en Russie un comité d'organisation, avec l'aide du clandestin Sérébriakov. Dan et Martov protestent contre ces préparatifs et quittent le comité de rédaction du Sotsial-demokrat.

Conférence de Prague (janvier 1912)[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir aussi : Conférence de Prague.

La conférence est organisée en janvier 1912 à Prague. De l'émigration, seuls les bolcheviks et quelques « mencheviks du parti » y participent. Par contre, avec plus de 20 représentants d'organisations clandestines de Russie, elle se permet de parler au nom du POSDR. La conférence déclare l'exclusion des liquidateurs, et se prononce pour la création de « noyaux social-démocrates illégaux entourés d'un réseau aussi étendu que possible de sociétés ouvrières légales ». Elle élit un comité central composé de 7 « durs »[8] :

Peu après, le comité coopta deux membres de plus, Staline et Belostotski.

L'accord avec la Pravda de Trotsky est annulé. Rabotchaïa Gazeta devient l'organe du comité central.

Beaucoup de frustrations des comitards s'expriment lors de la conférence. Le système de distribution des journaux imprimés à l'étranger n'avait jamais vraiment été rétabli comme avant 1905, et ceux-ci contenaient essentiellement des polémiques entre émigrés aigris, inutilisables pour l'agitation ouvrière. Spandarian exprimait des doutes sur le besoin même de groupes émigrés : « Que ceux qui veulent faire du travail… viennent me rejoindre en Russie. »[9]

Piatnitsky se plaint à la conférence de Prague de 1912 :

« J’ai attaqué le comité de rédaction violemment parce qu’il oublie parfois que l’organe central – le Sotsial-Demokrat – n’existe pas seulement pour les camarades de l’étranger qui sont familiers avec les querelles du parti, mais surtout pour les camarades de Russie. »[10]

Bloc d'août (1912)[modifier | modifier le wikicode]

Trotski fut le principal organisateur du bloc d'août

Les figures de l'émigration qui ont développé depuis longtemps une hostilité envers Lénine ne reconnaissent pas la conférence. Trotski en particulier réunit des mécontents (des menchéviks, le groupe Vperiod d'Alexinski...), et lors d'une rencontre le 12 mars (28 février n.s) 1912 à Paris, ils condamnent le « scissionnisme » et « l'usurpation » de la conférence de Prague.

Ils organisent alors une conférence alternative à Vienne, qui sera nommé « bloc d'août ». Elle se tient du 26 (13) août au 2 septembre (20 août). Seuls des représentants de petits groupes, surtout des intellectuels de l'émigration, répondront à l'appel, le gros des bolcheviks et mencheviks du parti refusant d'y participer.

Certains délégués n'ont pas pu se rendre à Vienne en raison d'arrestations. D'autres ont refusé d'envoyer des délégués, répondant qu'une conférence organisée à la va vite avec une somme d'organisations inexistantes ne donnerait rien.

Selon les estimations publiées après la Conférence de Vienne, parmi ses délégués se trouvaient 10 mencheviks (5 avec vote décisionnel, 5 avec vote consultatif), 4 « bolcheviks du parti » (3 et 1), 2 « mencheviks du parti » (1 et 1) et 17 sociaux-démocrates hors fractions (9 et 8), ils comprenaient notamment tous les Bundistes et les Lettons. En outre, 4 représentants du PPP et 1 représentant du Parti social-démocrate lituanien avaient le statut d'invités avec vote consultatif.

Au total, 16 sessions ont eu lieu, sans compter deux non enregistrées, qui ont eu lieu la veille de l'ouverture officielle. Selon le procès-verbal, 18 délégués avec voix prépondérante et 11 avec voix consultative, ainsi que 5 invités avec voix consultative, ont assisté aux réunions. Selon les données de la police, il y avait également des invités sans droit de participer aux débats - jusqu'à 7 personnes. Sur les 29 délégués, 12 représentaient trois organisations nationales, 9 - d'autres organisations en Russie et trois mandats de Russie ont été transférés à des sociaux-démocrates qui vivaient en exil, au total 11 délégués étaient des «étrangers». 2 délégués représentaient le comité d'organisation.

La conférence d'août forme un « Comité d'organisation », qui s'opposera au Comité central issu de la conférence de janvier, avec peu de succès.

Revirements[modifier | modifier le wikicode]

En août 1913, Plékhanov rompt avec les bolcheviks, cesse de collaborer à la Pravda, et tente d'organiser sa propre fraction avec le journal Edinstvo (Unité) et rallie finalement le bloc d'août.

En parallèle, Trotsky, lui, abandonne ce regroupement qu'il trouve trop partisan pour pouvoir regrouper. Il noue alors des contacts avec un groupe d'ouvriers de Saint-Pétersbourg, partisans eux aussi de l'unité de toutes les fractions (interrayons).

En octobre 1912, selon Luxemburg, le POSDR est composé des courants suivants : « les mencheviks (tendance Axelrod) , les mencheviks du Parti (tendance Plekhanov), le groupe Vperiod, le groupe Pravda, les bolcheviks du Parti et les bolcheviks de Lénine ».

Maturation de la scission[modifier | modifier le wikicode]

La Pravda et le Loutch[modifier | modifier le wikicode]

Les mencheviks ont été pris de court. C'est seulement en septembre 1912 qu'ils lancent à leur tour en Russie un quotidien légal, Loutch, destiner à faire face à la Pravda.

Lénine avait un rôle central, mais il était loin d'être tout puissant. Même parmi les « durs », il lui fallait continuer la bataille contre la conciliation. Pendant trois mois, le mot « liquidateur » fut même expurgé du vocabulaire de la Pravda.

« C’est pourquoi Vladimir Ilitch était si agité qu’au début la Pravda éliminait obstinément de ses articles la polémique avec les liquidateurs. Il écrivit des lettres pleines de colère à la Pravda. » « Parfois, même si c’était rare, les articles d’Ilitch disparaissaient sans commentaire. Parfois, ses articles étaient retenus, ils ne passaient pas tout de suite. Alors Ilitch s’énervait, et il écrivait des lettres outragées à la Pravda, mais ça ne changeait pas grand-chose. »[11]

Lénine dut insister lourdement pour que la rédaction soit remaniée et la ligne plus délimitée.

Les deux fractions à la Douma[modifier | modifier le wikicode]

La 4e Douma est élue en décembre 1912. Les mencheviks ont 7 députés et les bolcheviks 6. Les menchéviks avaient un député de plus, mais les bolchéviks captaient bien plus le vote ouvrier. [12]

Malgré la rupture survenue depuis le début de l'année, qui sera définitive, les députés se présentent encore face à la Douma comme un groupe social-démocrate uni. Les députés bolchéviks étaient beaucoup plus conciliateurs que Lénine, et celui-ci dut batailler pour qu'ils se délimitent. Il faudra presque une année pour que les groupes soient séparés entre d'un côté la « Fraction ouvrière social-démocrate de Russie » (bolchéviks), de l'autre la « Fraction social démocrate ».

Malinovski, l'ouvrier chef de file des députés bolchéviks (ce dont Lénine était fier) et trésorier de la Pravda, joua un rôle important dans cette délimitation. En réalité c'était un agent infiltré de de la police tsariste (Okhrana). Le général de gendarmerie Spiridovitch écrivit :

« Malinovsky, qui suivait les instructions de Lénine et du département de police, réussit à faire qu’en octobre 1913… les « sept » et les « six » se brouillèrent définitivement »[13]

Des rumeurs circulaient au sujet de Malinosvki, que les menchéviks s'empressaient de relayer, mais Lénine prenait énergiquement sa défense.

Médiation internationale[modifier | modifier le wikicode]

Le Bureau de l'Internationale socialiste offre ses services en vue d'une médiation et réunit à Bruxelles, les 16 et 17 juillet 1914, une conférence pour la réunification du parti russe. Tous les groupes et fractions y sont représentés. Inès Armand, porte-parole des bolcheviks, y défend la position exprimée par Lénine dans un mémorandum : l'unité est possible dans un parti social-démocrate comprenant une aile révolutionnaire et une aile réformiste, comme le prouve l'exemple des partis occidentaux. Mais, en Russie, ce sont les liquidateurs qui ont brisé l'unité et refusé de se soumettre à la majorité. La réunification avec eux n'est possible que s'ils acceptent la discipline.

La conférence, après un débat très vif où Plékhanov se fait remarquer par la violence de ses attaques contre Lénine, vote une résolution qui affirme que les divergences tactiques constatées ne justifient pas une scission. Elle pose cinq conditions au rétablissement de l'unité : la reconnaissance par tous du programme du parti; l'acceptation par la minorité des décisions de la majorité ; une organisation pour le moment clandestine ; l'interdiction de tout accord avec des partis bourgeois ; la participation de tous à un congrès général d'unification. Inès Armand et le délégué letton sont seuls à ne pas voter ce texte, destiné à devenir une machine de guerre contre les bolcheviks, et surtout contre Lénine, qu'on espère isoler de ceux de ses camarades dont on connaît les tendances « conciliatrices ». Mais la guerre brisera net cette opération, et d'abord en interdisant le congrès international prévu à Vienne pour le mois d'août 1914.

Le pari de Lénine est payant[modifier | modifier le wikicode]

Ce sont les bolchéviks qui auront une influence de masse dans les années 1912-1914. Le Loutch n'aura jamais l'audience de la Pravda dans le monde ouvrier.[14] En 1914, les bolchéviks groupaient 4/5e des ouvriers social-démocrates. Ils avaient aussi le contrôle de tous les plus grands syndicats de Moscou et de Saint Saint-Pétersbourg. Les partisans de Lénine n'emploient quasiment pas le terme de bolchéviks à cette période, se présentant comme le POSDR.

Emile Vandervelde, ennemi farouche des bolcheviks, est allé en Russie au nom du Bureau Socialiste International au début de 1914 et a reconnu que les bolcheviks étaient alors majoritaires dans la classe ouvrière russe. Mais du côté des menchéviks, Martov minimisait en disant que :

« Les victoires de la Pravda sur le mouvement ouvrier organisé [sont celles] d'une poignée de gens littéralement sans nom ou aux noms à la résonance peu ragoutante, un groupe appartenant plutôt au lumpenproletariat intellectuel qu’à l’intelligentsia. Ayant pris le bâton entre leurs mains, ils sont devenus des caporaux, portant le nom d’un unique intellectuel – Lénine – comme drapeau idéologique. »[15]

Mais le désir d'unité reste vif. Dans certaines villes coexistent des groupes bolcheviques et des groupes mencheviques, déployant les uns et les autres des activités tant légales qu'illégales, dépendant étroitement du comité central ou rattachés de façon plus lâche au comité d'organisation. Mais, en fait, tout est en pleine évolution. Ici, la scission est en route, et là l'unification.

Même si la guerre de 1914 change radicalement la situation pour plusieurs années, des bases organisationnelles solides sont posées, qui permettront à Lénine d'être bien armé pour mener la bataille pour l'hégémonie en 1917.

Retour critique de Trotski[modifier | modifier le wikicode]

Ce bloc n'avait pas de consistance parce qu'il n'avait pas de base politique, comme le raillait Lénine[16], et comme le reconnaîtra Trotski plus tard :

« Ce bloc n'avait pas de base politique; sur toutes les questions essentielles, j'étais en désaccord avec les menchéviks. La lutte contre eux reprit dès le lendemain de la clôture de la conférence. Quotidiennement, de graves conflits surgissaient, provoqués par la profonde opposition des deux tendances: celle de la révolution sociale et celle du réformisme démocratique. »[17]

A ce moment-là Trotski espérait que, comme en 1905, la montée du sentiment révolutionnaire en Russie provoquerait un dépassement des tensions entre les différentes tendances de la social-démocratie russe. Il était lui-même bien plus à gauche que les menchéviks, mais comme Luxemburg au sein de la social-démocratie allemande, il avait une tendance objectiviste à considérer que la révolution résoudrait spontanément les problèmes. Les délimitations entre les deux grandes tendances dans le parti ne lui semblaient pas si importantes, et largement artificielles. Il écrivait :

« il est ridicule et absurde d’affirmer qu’il existe une contradiction insurmontable entre les tendances politiques du Loutch et de la Pravda. » « Nos fractions historiques, le bolchevisme et le menchevisme, sont à l’origine des formations purement intellectuelles. »

N'attachant pas une grande importance à l'outil du parti, il ne voyait pas tellement le problème que posaient la tendance liquidatrice en elle-même (indépendamment du réformisme qui allait souvent avec elle). Rebuté par la dureté de Lénine dans les débats du parti et par les affrontements de bloc qu'il assumait, il avait tendance à ne le considérer que comme un jacobin obsédé par le pouvoir.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. M. Pokrovsky, Brief History of Russia, 1933
  2. Lénine, Lettres à Gorki, 26 février 1908, Clarté. N° 71, p. 13
  3. Martov, Спасители или упразднители?, Paris 1911, p. 16
  4. Lenin, The State of Affairs in the Party, December 15 (28 n.s), 1910
  5. Cité in I. Deutscher, Le prophète armé, Paris, Julliard, 1962, p. 347.
  6. M.A. Tsiavlovsky, ed., Большевики : документы по истории большевизма с 1903 по 1916 год бывшего Московского Охранного Отделения, Moscou 1918, pp. 48ff, in O.H. Gankin and H.H. Fisher, The Bolsheviks and the World War, Stamford University Press 1940, p. 106.
  7. https://www.leparisien.fr/essonne-91/longjumeau-91160/le-saviez-vous-en-1911-lenine-a-cree-une-ecole-a-longjumeau-01-08-2015-4984403.php
  8. https://en.wikipedia.org/wiki/Central_Committee_elected_by_the_6th_Conference_of_the_Russian_Social_Democratic_Labour_Party_(Bolsheviks)
  9. Istoriia KPSS, Moscow 1966, p. 369.
  10. O. Piatnitsky, Memoirs of a Bolshevik, London n.d., p. 57.
  11. Kroupskaïa, Воспоминания о Ленине, Moscou, 1989, p. 157.
  12. Alexeï Badaïev, Les bolcheviks au parlement tsariste, Bureau d’éditions, 1932
  13. Trotsky, Staline, 1940
  14. Pierre Broué, Le parti bolchévique, 1963
  15. Julius Martov, Réponse à Bulkine, Nacha Zaria, n°3, Mars 1914
  16. Lénine, Le socialisme et la guerre, 1915
  17. Léon Trotski, Ma vie - 17. La préparation d'une autre révolution, 1930