Bureaucratie syndicale

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La bureaucratie au sommet des syndicats est un des obstacles aux progrès du mouvement des travailleurs et par extension à la révolution socialiste. C'est un phénomène général depuis la fin du XIXème siècle, qui touche tous les syndicats.

La bureaucratisation[modifier | modifier le wikicode]

La bureaucratisation n'est pas un accident de parcours qui arrive à quelques syndicats simplement par erreur humaine. C'est un phénomène général.

Même les syndicats qui ont été à l'origine créés par et pour les travailleurs se sont retrouvés à pactiser avec les capitalistes et parfois tout faire pour sauver leur système. C'est avant tout dû au développement d'une couche privilégiée parmi les travailleurs, qui est liée matériellement à la bourgeoisie et préfère défendre ses intérêts immédiats que l'ensemble de la classe. Cette couche - l'aristocratie du travail - est celle qui dirige les syndicats, à la fois parce qu'elle a plus de facilité à gravir les échelons, et parce que la pression corruptrice de la bourgeoisie transforme en général "ceux d'en bas" qui atteignent le sommet. Il se développe alors une vraie séparation entre la tête et la base des syndicats, même si en temps de paix sociale relative, la base fait confiance à la direction. Tout ceci créé les conditions pour une bureaucratisation des syndicats, avec tout ce que cela signifie en terme d'étouffement de la démocratie interne : muselage, répression ou explusion des voix critiques, peur des actions trop "spontanées" de la base...

La bureaucratisation est étroitement liée à l'intégration des syndicats à l'appareil de l'État capitaliste.

" Il y a un aspect commun dans le développement ou, plus exactement, dans la dégénérescence des organisations syndicales modernes dans le monde entier : c’est leur rapprochement et leur intégration au pouvoir d’Etat. Ce processus est également caractéristique pour les syndicats neutres, sociaux-démocrates, communistes et anarchistes. Ce fait seul indique que la tendance à s’intégrer à l’Etat n’est pas inhérente à telle ou telle doctrine, mais résulte des conditions sociales communes pour tous les syndicats." [1]


Exemples[modifier | modifier le wikicode]

France[modifier | modifier le wikicode]

La trahison de juin 1936 en France, en partie par la direction de la CGT.

Lors du grand mouvement contre la réforme des retraites de sarkozy en 2010, les syndicats ont tout fait pour ne pas que la contestation déborde le cadre des manifestations périodiques, malgré les millions de manifestants qui répondaient à l'appel et la forte légitimité du mouvement (plus de 70% de soutien). Sur le plan des revendications, ni la CFDT ni la CGT n'ont voulu afficher clairement le mot d'ordre de retrait de la loi, se bornant à demander des négociations pour "une autre réforme". Surtout, face à la revendication montante de la grève générale comme seule solution pour imposer la défaite au gouvernement, la direction de la CGT s'y est fortement opposée.

« La question n’est pas de durcir [le mouvement] mais d’obtenir des inflexions en matière économique et sociale » Bernard Thibault[2]

Début 2013, alors que la colère gronde parmi beaucoup de travailleurs contre les licenciements, le ministre "socialiste" de l’Intérieur, Manuel Valls, exprime très clairement quel doit être le rôle des syndicats : « La colère des ouvriers doit être canalisée par les syndicats » [3]

On peut observer un soupçon de connivence de Laurent Berger (CFDT) et Jean-Claude Mailly (FO) avec Pierre Gattaz (Président du MEDEF), après que ces deux syndicats aient signé l'accord Unédic, contre lequel les intermittents et précaires se battent en juillet 2014.

GattazBergerMailly.jpg

En avril 2016, Hollande s'apprête à nommer Le Paon président d'une agence contre illettrisme, et Stéphane Lardy (haut responsable de FO) à l'IGAS (inspection générale des affaires sociales), comme Chérèque précédemment. C'est une planque qui leur rapporte environ 10 000 € par mois.[4]

En avril 2018, le congrès de FO voit une forte opposition se lever contre Jean-Claude Mailly, suite à la ligne très conciliatrice dans la lutte contre les ordonnances de Macron contre le code du travail. Il doit céder la place[5]. En juin 2018, Mailly est recruté en tant que « senior advisor » par Alixio, la société Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy.[6]

Algérie[modifier | modifier le wikicode]

L'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) est complètement inféodée au régime algérien.Le 14 février 2019, alors que le dictateur Bouteflika (physiquement paralysé mais servant de marionnette des dignitaires du régime) est fortement contesté, le secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, déclare :

« Le moudjahid [combattant] historique Abdelaziz Bouteflika doit passer avec la majorité absolue le 18 avril, et nous punirons ceux qui n’emmèneront pas leurs familles voter. »[7]

Royaume-Uni[modifier | modifier le wikicode]

La trahison de la grande grève anglaise de 1926 notamment par les bureaucrates du TUC.

États-Unis[modifier | modifier le wikicode]

La trahison des grèves étatsuniennes des années 1930, notamment par la direction conservatrice de l'AFL.

Chine[modifier | modifier le wikicode]

En 2010 en Chine, des hommes du syndicat unique ont tabassé des grévistes, qui dénoncent ces "prétendus syndicalistes" qui préfèrent recourir à la violence "au lieu de défendre les intérêts collectifs des travailleurs".[8]

Grèce[modifier | modifier le wikicode]

Le 17 mai 2013, jour d'examen, les syndicats d'enseignants prévoient une journée de grève. Le gouvernement interdit la grève, mais la base syndicale veut à 92% maintenir la grève. Mais au sommet de l'appareil syndical, on en a décidé autrement : le président refuse de soumettre au vote la question de la grève ou non, et à la place soumet la question de savoir s'il y a un soutien populaire suffisant pour l'assumer... De nombreux représentants de sections locales protestent, rappelant qu'ils n'ont de mandat que pour voter la grève. Ainsi une majorité (57) vote blanc (et 18 oui, 9 non), et sous ce prétexte, le vote est annulé.[9]

Venezuela[modifier | modifier le wikicode]

La Confédération des Travailleurs du Venezuela (CTV), principale centrale syndicale, est proche du parti Action démocratique. Sa bureaucratie, fortement coupée des aspirations de la population, et même financée par les États-Unis (par le biais de la National Endowment for Democracy), a pris parti pour les putschistes de droite dans leur tentative de coup d'État contre Chavez en 2002.

De son côté le régime chaviste a progressivement mis en place une autre centrale, l'Union nationale des travailleurs (UNT) à partir de 2003.Cette centrale syndicale est devenue aussi acritique envers le chavisme que la CTV l'était avec les gouvernements néolibéraux qui l'ont précédé.

Afrique du Sud[modifier | modifier le wikicode]

De même que le Parti communiste sud-africain est profondément lié au parti de gouvernement (l'ANC - African National Congress), les grandes confédérations pratiquent à outrance la collaboration de classe.

Récemment, lors des violentes grèves de mineurs en 2012, cela est clairement apparu à de nombreux travailleurs, qui ont alors fait éclater leur colère contre le National Union of Miners (NUM).[10]

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]