Conception théologique de l'histoire

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La conception théologique de l'histoire est l'une des grandes conceptions de l'histoire auxquelles Marx s'est opposé en développant la conception matérialiste de l'histoire. Dans cette conception, l'évolution historique s'explique par la volonté et l'action, directe ou indirecte d'un ou plusieurs agents surnaturels. C'est une forme de conception idéaliste de l'histoire, la première historiquement à avoir émergé.

Premières formes[modifier]

Dès son apparition, l'humanité s'est appliquée à interpréter et à donner un sens aux événements qui l'entourait. L'homme primitif accordait ainsi une volonté propre à chaque élément de la nature (la lune, le feu, le vent, etc.). Cette première forme d'explication du monde est celle de l'animisme (qui anime toute la nature). De cette conception primitive va naître celle qui voit en l'histoire de l'humanité la manifestation de la volonté agissante d'un ou de plusieurs dieux (ou d'êtres surnaturels).

Théologie chrétienne[modifier]

Le christianisme, en développant son hégémonie religieuse va par la même occasion imposer sa conception de l'histoire. Pour Saint Augustin (Ve siècle), c'est Dieu qui préside aux destinée de toute l'humanité : les guerres, les famines, les empires qui se constituent et s'écroulent sont réglées par la "Providence". L'histoire des hommes n'a qu'un seul but: assurer la domination de "la religion chrétienne et la gloire de Dieu" sur terre ! L'homme n'est donc qu'un objet aux mains de forces surnaturelles ; le sujet historique, c'est Dieu : il est à la fois l'"acteur" et le "metteur en scène" de l'histoire.

Bossuet (17e siècle) nuance un peu cette conception en prenant en compte des facteurs historiques ou naturels propres à l'humanité. Mais ces facteurs sont pour lui secondaires par rapport à l'origine et à la finalité de l'histoire qui, elles, sont régies par la volonté de Dieu.

Evolutions ultérieures[modifier]

En Europe, à l'époque des Lumières, l'Eglise a été fortement critiquée en tant qu'institution. Le progrès des sciences de la nature a par ailleurs fait progresser les idées matérialistes. Les philosophes d'alors n'étaient en général pas athées, mais "éloignaient Dieu" de la gestion du monde. Par exemple pour Voltaire, Dieu est le « grand horloger » qui a créé les lois de l'univers, mais n'intervient plus par la suite.

Ce type de conception théologique de l'histoire a donc été largement battu en brèche, même si les Lumières et la plupart des penseurs bourgeois par la suite ont continué à défendre des conceptions idéalistes de l'histoire.

Mêmes minoritaires, les conceptions théologiques continuent à exister. A titre d'exemple, on peut lire chez Jacques Ellul, considéré comme un des pères de la décroissance, qui écrivait en 1986 :

« Nous constatons que dans la Bible, l'intervention divine a lieu quand l'inhumanité, quand le mal moral et physique dépasse les bornes. Dieu provoque un événement approprié à cet excès d'inhumanité, qui placera l'homme devant le choix de se repentir ou de mourir. Je suis convaincu que l'apparition du virus du sida correspond à cet ordre d'action de Dieu. »