Bourgeoisie française

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Cette page a pour but de rassembler des informations sur la bourgeoisie française.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

L'essor de la révolution industrielle[modifier | modifier le wikicode]

Jusqu’en 1848, la bourgeoisie parisienne se forme à partir d'un creuset assez mouvant, renouvelée par toutes les provinces françaises, rajeunie, pleine d’appétits, qui étend sa domination sur l’ensemble de l’économie française. Rien de figé, mais toujours en sens ascendant : la déchéance est rare, si le piétinement se prolonge souvent. Aux premiers temps de la révolution industrielle, quelques individus décidés, issus de milieux ruraux pauvres ou de l’artisanat, peuvent risquer l’aventure et y réussir. [1]

Les grands banquiers ne sont souvent pas ceux qui ont formé les rangs des nouveaux industriels du 19e siècle. La Banque de France et les grands argentiers gravitant autour ont initialement regardé avec scepticisme les premiers entrepreneurs, voire parfois les ont freiné[2][3][4][5].

Mais lorsque, sous le Second Empire particulièrement, les possibilités de bénéfices sans dangers se révèlent, alors les Mallet, les Hottinger, les Moreau, les Dellessert se lancent avec appétit dans le brassage des affaires, avec une prédilection pour les sociétés industrielles prospères. Cela a conduit à ce que ces secteurs des classes dominantes fusionnent, dans ce qui a été appelé par les marxistes le capital financier. Celui-ci rend l'industrie et la banque inséparables : les industriels ont leurs propres banques, les banquiers siègent aux conseils d'administration des entreprises...

Une fois les grandes familles formées, la mobilité sociale va beaucoup diminuer, et la grande bourgeoisie parisienne va développer une forme de racisme anti-provinciaux contre les nouveaux venus de plus en plus nombreux qui sont prolétarisés et qui immigrent à Paris.

20e siècle[modifier | modifier le wikicode]

Clemenceau disait : « Le monde d’aujourd’hui est tout entier aux mains des dynasties bourgeoises.»

En 1924, le cartel des gauches arrive au pouvoir. Il est dominé par les radicaux (bourgeois de gauche) mais poussé par les socialistes de la SFIO à réglementer et taxer les capitalistes. La bourgeoisie y est bien sûr très hostile, et la Banque de France en particulier. Il s'agit alors d'un organisme semi-privé dirigé notamment par le banquier Rothschild et le métallurgiste Wendel. C'est à son sujet qu'Edouard Herriot parlera de « mur de l’argent ».

La formule célèbre des "deux cent familles" (les deux cents plus gros actionnaires de la Banque de France) est inventée par Edouard Daladier lors du congrès radical de Nantes en octobre 1934. A la tribune, il lance :

 « Ce sont deux cents familles qui sont devenues les maîtresses indiscutables non seulement de l’économie française mais de la politique française elle-même. Ce sont des forces qu’un Etat démocratique ne devrait pas tolérer. »

Lors de l'élection de François Mitterrand en 1981, le programme commun effraie la grande majorité de la bourgeoisie. D'autant plus qu'il n'y a alors que peu de liens entre le patronat et les dirigeants du PS. Mais des passerelles vont vite apparaître entre le parti réformiste et les vrais maîtres de la société.

« Face aux projets de nationalisation, chacun cherche à tirer son épingle du jeu. Et de précieux intermédiaires entre ces deux mondes apparaissent: Jacques Attali négocie certaines non-nationalisations, comme celle du groupe Lagardère; André Rousselet est démarché par Guy Dejouany, de la Compagnie générale des Eaux; et Bénouville, vieux compagnon de Mitterrand, par Dassault. Bref, dès 1981 se nouent des tractations entre le pouvoir socialiste et le patronat. Et François Ceyrac est remplacé à la tête du CNPF par Yvon Gattaz, plus modéré. »[6]

Les grandes entreprises françaises[modifier | modifier le wikicode]

Vivendi = ex-Lyonnaise des eaux ; puis par l'activité de Jean-Marie Messier, rachats de services financiers qui gèrent d'autres entreprises. Aujourd'hui, Vivendi = SFR, Canal+, Universal Music Group, Activision Blizzard, NBC Universal

Bolloré, entreprise « familiale » créée en 1822 : les papeteries d'Odet (en Bretagne) se spécialise progressivement dans les papiers minces comme sachets de thé, papier bible, filtres et papier à cigarette (d'où le papier Odet-Cascarec-Bolloré...) ; années 1980, passage aux film plastique ultrafin ; puis diversification et conglomérat de sociétés financières, industrielles, commerces : transports maritimes, les terminaux portuaires, les lignes ferroviaires (en particulier en Afrique), plantations tropicales, distribution de produits pétroliers (Bolloré Energie), finance (rachat, puis revente de la banque Rivaud, participation dans Generali...), vin (Domaine de la Croix, La Bastide Blanche), publicité (Havas), télécommunications (Bolloré Telecom), automobile (Batscap et la Blue Car) communication et médias (Direct 8, Direct Soir, Direct Matin...).

  • Famille Lagardère : Jean-Luc passe la direction du groupe à son fils Arnaud
  • Famille Pinault : François passe le gouvernail à son fils François-Henri
  • Patrick Ricard hérite de son père
  • Famille Bouygues : Martin hérite de son père Francis
  • Famille Bolloré : dynastie de papetiers fondée en 1861
  • Accor : Gilles Pélisson hérite de son oncle Gérard
  • Famille Mulliez : Vianney, hérite de son oncle Gérard, qui lui était le fils du patron de Phildar
  • Famille Arnault : Antoine hérite de son père Bernard (rejoignant sa soeur Delphine entrée au Conseil d'administration du groupe en 2004) qui était lui-même fils du patron de Férinel
  • Idem dans les familles Michelin et Peugeot

Organisations patronales[modifier | modifier le wikicode]

Précurseurs : Comité des Forges et UIMM[modifier | modifier le wikicode]

En 1864 est fondé le Comité des Forges de France, par les patrons de la sidérurgie. Il a vocation d'organisme d'étude commun et de lobbying. A partir de la fin des années 1880, le Comité des Forges sert également de cartel (contingentement de la production et la répartition des marchés). Il sera l'ancêtre de l'Union des Industries métallurgiques et minières (UIMM), créée en 1901 pour s’opposer notamment aux réformes sociales des gouvernements radicaux.

A la fin du 19ème siècle, le mouvement ouvrier commence à se structurer (naissance de la CGT en 1895, de la SFIO en 1905...). Tous les secteurs de l’industrie et du patronat s’organisent alors en réaction, et pour accroître leur influence sur les politiciens : financement des campagnes, éventuellement corruption, lobbying sur la production des lois, imprégnation de l’opinion publique grâce à la maîtrise des organes de presse. C’est ce que fera le journal Le Temps, dont le principal actionnaire est le Comité des Forges qui, dans les années 1930, affiche une position très hostile au Front populaire.

CGPF[modifier | modifier le wikicode]

La Confédération générale de la production française (CGPF) est créé le 19 mars 1919 à l'initiative d'Étienne Clémentel[7], en vue de fédérer les diverses corporations patronales.

Le 7 juin 1936, en tant que principale organisation représentative du patronat, la CGPF ratifia avec la Confédération générale du travail (CGT) les accords de Matignon emblématiques du Front populaire.

Le 4 août 1936, la CGPF devient la Confédération générale du patronat français. Elle a été dirigée par Claude-Joseph Gignoux.

Le 11 septembre 1937, le siège de la CGPF, au 4, rue de Presbourg à Paris, est la cible d’un attentat à la bombe fomenté par le groupe d'extrême droite La Cagoule. Comme lors d’une autre explosion non loin de là, le même jour, contre l’UIMM au 4, rue Boissière, un agent de police en faction devant les bâtiments est tué. Ces deux actions terroristes qui avaient pour objectif d’en faire accuser les communistes, sont connues sous le nom d'attentats de l'Étoile, en raison de la proximité de la place de l'Étoile.

1940 : Le régime de Vichy dissout la CGPF, mettant en place les comités d'organisation

CGPME[modifier | modifier le wikicode]

En 2011, la CGPME avait entre 300 000 et 600 000 adhérents, pour un budget de 9 millions d’euros. Elle a reçu 6,8 millions d'euros de subventions publiques au titre de sa contribution aux organismes paritaires, soit 75% de ses recettes.[8]

CNPF[modifier | modifier le wikicode]

En octobre 1944, Léon Gingembre, industriel fabricant d'articles métallique, fonde la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).

1945 : le Conseil national du patronat français (CNPF) est créé pour être l'interlocuteur des gouvernements. Il se choisit comme président le métallurgiste Georges Villiers, ancien résistant arrêté par les Allemands et déporté à Dachau, ce qui est une exception servant à redorer l'image des patrons majoritairement collaborationnistes.

Le patronat intervient lors des législatives de 1973 et 1978. L’UIMM finance largement les candidats de droite et les initie au media training. Le patronat lance aussi en septembre 1977 un quotidien, «J’informe», qui paraît trois mois. Et le président du CNPF, François Ceyrac, joue même les intermédiaires entre Giscard et Chirac pour bâtir un front commun contre la gauche.

MEDEF et AFEP[modifier | modifier le wikicode]

En 1982, Ambroise Roux créé l'Afep, qui regroupe les plus puissantes entreprises.

En 1998 le CNPF devient le Mouvement des entreprises de France (Medef) sous l’impulsion d’Ernest-Antoine Seillière.

Impérialisme français[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir aussi : Impérialisme français.

Plus d'informations[modifier | modifier le wikicode]

Slate, Qui sont les 1% français?, 2012

Cercle Léon Trotsky (Lutte ouvrière), La grande bourgeoisie en France, 2008

Voir aussi les études de Monique et Michel Pinçon-Charlot

  1. A. Daumard, Les Bourgeois de Paris au XIXe siècle, Flammarion, 1970.
  2. A.-J. Tudesq, La Banque de France au milieu du XIXe siècle, RH, oct-déc. 1961
  3. A. Plessis, La Banque de France et ses deux cents actionnaires sous le second Empire, Genève, Droz, 1982
  4. A. Plessis, La Politique de la Banque de France de 1851 à 1870, Genève, Droz, 1985
  5. A. Plessis, Le retard français : la faute à la banque ?, dans P. Fridenson et A. Straus dir., Le Capitalisme français, XIXe-XXe siècle. Blocages et dynamismes d’une croissance, Fayard, 1987
  6. Le mur de l’argent – le pouvoir économique a une grande capacité d’adaptation et de résistance : Propos avec Jean GARRIGUES
  7. Béatrice Touchelay, « De « guerres et statistiques » à « la genèse de la décision » », Histoire et mesure, XXII - N° 1 - Guerre et statistiques
  8. Nicolas Lagrange, « De gros enjeux chez les patrons », Liaisons sociales, no 143,‎ juin 2013, p. 20-25