Troc

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Le troc est l'échange d'un (ou plusieurs) bien contre un autre bien.

Origine du troc[modifier]

Vision classique[modifier]

Un système de troc exige une double coïncidence des besoins : un autre qui a ce que je veux, qui veut ce que j’ai. Quand la coïncidence doit être triple (A veut ce que B ne possède pas, alors que B possède une chose qui intéresse C qui, lui, possède ce que A veut… !). Plus l'échange marchand se développe, plus le troc, qui est intuitif, devient compliqué à mettre en oeuvre.

Depuis Adam Smith en particulier, les économistes ont donc généralement postulé que le troc a été le seul mode d'échange de nombreuses économies anciennes comme celle de l'Égypte des Pharaons ou celle des peuples amérindiens. L'absence de monnaie circulante n'empêchait pas l'usage d'unités de compte. Le faible nombre des productions conduisaient les agents économiques à connaître par cœur les rapports d'échanges entre eux qui étaient généralement fixes et parfois constatés dans des mercuriales. Les indemnités judiciaires étaient également basées sur des rapports de valeurs fixées entre les différents objets usuels, souvent dans l'espace méditerranéen antique la tête de bétail (le plus souvent le bœuf).

Karl Marx s'est inscrit dans cette vision du développement de l'échange marchand.

Critique de la vision classique[modifier]

Cette vision a par la suite été beaucoup critiquée. D'abord par Karl Polanyi qui remet en cause dans les années 1940 1944, La grande transformation qui remet en cause l'idée d'une succession chronologique entre troc et monnaie[1]. Cette idée a ensuite été reprise en 2013 par David Graeber[2].

Graeber soutient que le troc est une invention récente qui présuppose une « monnaie » au sens d'unité de mesure abstraite et universelle. Les économies anciennes (Égypte, Mésopotamie) utilisaient un système monétaire basé sur la dette, elle-même formulée en termes de poids d'argent métal et payée en orge ; la frappe de pièces de monnaie n'est apparue que vers 600 avant notre ère, mais ce n'est que bien plus tard, à l'occasion de pénuries de signes monétaires qu'il existe des preuves tangibles de l'utilisation du troc. Graeber affirme donc : « Il est clair qu’on n’a pas inventé la monnaie pour surmonter l’inconfort du troc entre voisins, puisque le voisin n’a aucune raison de faire du troc. »

Concernant les anciennes pratiques de « troc » avérées, ces auteurs critiques ont avancé qu'elles avaient été interprétées au travers d'un prisme de négoce qui n'était pas pertinent. AinsiLewis Henry Morgan signalait que les nations iroquoises avaient pour principe économique “la maison longue” : tous les biens y sont empilés puis alloués par le conseil des femmes, ce qui relèverait d'avantage de la mise en commun que du troc.

Graeber explique que les échanges directs en Égypte ou Mésopotamien’avaient pas un but prosaïque d’échange marchand, mais étaient des rituels d’appartenance à un groupe, de cohésion sociale et, entre tribus ou clans, d’apaisement des conflits, parfois de prestige. Nul n’a jamais observé le troc d’un bœuf contre un œuf ou un poulailler entier. Les objets échangés étaient toujours des objets esthétiques, des représentations symboliques.

Pour ces critiques, la vision classique serait avant tout une idéologie bourgeoise visant à faire passer le troc pour primitif afin de mieux présenter l'argent comme l'aboutissement de la civilisation.

Formes de troc dans l'histoire[modifier]

Les crises monétaires donnent toujours un rôle un peu plus grand au troc du fait de la raréfaction des signes monétaires. Plus généralement dans les périodes de pénuries, comme les périodes de guerre ou d'occupation, le troc redevient un mode d'échange fréquent. Les différents tickets de rationnement font particulièrement l'objet d'un troc massif, l'égalité de la distribution de ticket ne correspondant pas à la variété de celles des goûts. Mais les biens rares et d'usage courants jouent un rôle nouveau dans les échanges. Pendant la guerre de 1940, en France occupée, les pneus rechapés, extrêmement rares, comme l'essence, étaient des moyens d'échanges irrésistibles.

Les sociétés staliniennes ont toutes connu, à côté des marchés classiques utilisant la monnaie légale, d'importants marchés de troc portant sur des productions personnelles, des biens meubles personnels, ou des biens récupérés sur les lieux de travail.

En marge de l'immense majorité des échanges qui restent monétaires, des formes de troc sont parfois utilisées par des entreprises capitalistes (« bartering »). Selon l'International Reciprocal Trade Association[3], l'organe de commerce de l'industrie du troc entre entreprises, plus de 400 000 entreprises ont échangé 10 milliards de dollars au niveau mondial en 2008 — et grâce à ces plateformes les échanges commerciaux entre professionnels augmentent en moyenne de 15 % par an dans un contexte économique difficile marqué par moins de liquidités financières[4].

Le rejet du capitalisme prend souvent la forme du rejet de l'argent, perçu (souvent de façon confuse et peu matérialiste) comme source de tous les problèmes. La contestation de la monnaie a donc vu l'apparition de systèmes de troc à dimension sociale[5], les systèmes d'échange locaux (SEL)[6]. Des formes plus ou moins élaborées de troc sont parfois imaginées comme moyens d'abolir l'argent.

Notes[modifier]

  1. Karl Polanyi, La grande transformation, 1944
  2. David Graeber, Dette, 5000 ans d’histoire, 2013
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/International_Reciprocal_Trade_Association
  4. William Lee Adams, Bartering: Have Hotel, Need Haircut, Time,‎ 2 novembre 2009
  5. Jean-Michel Servet, Les monnaies du lien, Paris, PUL, 2012
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Système_d'échange_local