Comité des membres de l'Assemblée constituante

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Membres de l'Assemblée constituante : Ivan Brouchvit, Prokope Klimouchkine, Boris Fortounatov, V.K. Volsky (président) et Ivan Nesterov
Le Comité des membres de l'Assemblée constituante, ou Komoutch, ou encore Gouvernement de Samara (Комитет членов Учредительного собрания en russe, souvent désigné sous l'abréviation Komuč), était un éphémère gouvernement russe anti-bolchevik pendant la guerre civile. Il fut principalement dirigé par des socialistes-révolutionnaires, et exista à Samara entre le 8 juin et le 18 novembre 1918. Il participa à la guerre civile russe au côté des armées blanches de Sibérie.

Histoire[modifier]

Après la révolution d'Octobre et la dissolution de l'Assemblée constituante (janvier 1918) par le pouvoir soviétique (bolchéviks et SR de gauche), une partie des constituants quitta Pétrograd et s'engagea dans des activités anti-bolcheviques.

En avril-mai, la légion tchécoslovaque (formée d'anciens prisonniers et de déserteurs de l'armée austro-hongroise), refuse sa dissolution et se révolte contre les rouges. Elle se rend maîtresse de l'Oural et du transsibérien, ainsi que de tout l'or de la banque impériale de Russie, saisi à Kazan.

En juin 1918, la légion tchécoslovaque prend Samara, et des SR de droite en profitent pour y former un gouvernement provisoire autour de 5 anciens membres de l'Assemblée constituante : V.K. Volsky, Ivan Brouchvit, Prokope Klimouchkine, Boris Fortounatov et Ivan Nesterov. Le Komoutch se proclama « plus haute autorité de Russie », et déclara agir temporairement au nom de l'Assemblée constituante en attendant sa nouvelle convocation. Le gouvernement s'agrandit rapidement à la suite de l'arrivée d'anciens constituants (en majorité des socialistes-révolutionnaires) et compta 96 membres en septembre 1918.

Après avoir gagné en influence et s'être assuré le soutien de la légion tchécoslovaque, le gouvernement proclama le « rétablissement des libertés politiques » (libertés d'expression, de réunion et de la presse). Mais pour exactement les mêmes raisons que les bolchéviks, ces libertés absolues ne pouvaient pas fonctionnner en contexte de guerre civile. Les prisons de Samara furent bientôt pleines de bolcheviks. Ivan Maiski, le ministre menchevik du travail, compta 4 000 détenus politiques.

Ce gouvernement provisoire était clairement dans le camp contre-révolutionnaire et revenait à un gouvernement bourgeois :

  • Il abrogea le contrôle ouvrier et les nationalisations, et restitua pleinement les usines, fabriques et banques à leurs anciens propriétaires, proclamant la liberté d'entreprise.
  • Les doumas et les zemstvos municipaux furent rétablis, et les soviets tenus à l'écart de la vie politique.
  • La même année, le Komoutch créa l'Armée du Peuple, se battant dans le camp des Blancs.
  • Les soviétiques accusèrent le régime de confisquer la terre au profit des koulaks et des propriétaires terriens, de mener des expéditions punitives contre les paysans et d'avoir massivement recours à la conscription pour asseoir son pouvoir.

De juin à août 1918, le contrôle du Komoutch se répandit dans les régions environnantes, Simbirsk, Kazan, Oufa et Saratov. En septembre, l'Armée rouge remporta plusieurs succès contre l'Armée du Peuple et conquis d'importants territoires. Le 23 septembre, le gouvernement de Samara fusionna avec le Commissariat de Sibérie occidentale d'Omsk au sein du Directoire. En octobre 1918, Samara fut prise par l'Armée rouge et le Directoire se réfugia à Omsk. Il fut dissous après le coup d'État d'Omsk qui vit l'amiral Koltchak exercer une dictature militaire.

Sources[modifier]

  • Peter Fleming, Le Destin de l'amiral Koltchak, Plon, Paris, 1967
  • Orlando Figes, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d'un peuple, Éditions Denoël, 2007, p. 713-714.