Décennie de Nankin

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La décennie de Nankin est le nom que l'on a donné à la période de réaction de 1927-1937 en Chine, durant laquelle Tchang-Kaï-Tchek mit en place une dictature. Elle représente une sanction de la défaite du mouvement ouvrier en 1925-1927, et détermine en majeure partie la Révolution de 1949.

Lourde défaite du mouvement ouvrier[modifier]

Article détaillé : Révolution_chinoise_(1925-1927).

La classe ouvrière organisée fut écrasée en 1927, alors qu'elle avait un formidable potentiel révolutionnaire en 1925-1927. Des dirigeants et militants ouvriers furent assassinés par milliers par les troupes Tchang-Kaï-Tchek et de son parti nationaliste bourgeois, le Kuomintang (KMT).

Cette défaite sanglante de la seconde révolution chinoise est la conséquence fatale de la soumission politique et organique du parti communiste chinois (PCC) à ce parti bourgeois, soumission imposée par l’Internationale communiste dirigée par la clique Staline-Bouhkarine.

Trotsky, qui avec l'Opposition de gauche dénonçait le suivisme suicidaire imposé au PCC, prévenait le 3 avril : « Continuer la politique d’un parti communiste dépendant, fournir des ouvriers au Kuomintang, c’est préparer les conditions de l’établissement triomphant d’une dictature fasciste en Chine ». Seulement 9 jours après, c'était le massacre de Shanghai et effectivement, un régime réactionnaire anti-ouvrier fut instauré. Ce n'était pas une prédiction sortie de nulle part, c'était la conclusion d'une compréhension matérialiste de la situation, appuyée sur d'autres tragiques expériences : Turquie, le leader bourgeois Kemal Pacha venait de faire égorger les communistes et renforçait son régime autoritaire.

Le régime de Tchang-Kaï-Tchek[modifier]

TchangKaiTchek1933.jpg
Bonapartisme de type fasciste
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Après la conquête de la majeure partie de la Chine par les troupes nationalistes, Tchang-Kaï-Tchek instaura sa dictature, fondée sur le parti unique (KMT), le culte de la personnalité (Tchang-Kaï-Tchek se fit appeler « le Gemo », le généralissime), l’embrigadement de la jeunesse dans les « Chemises bleues » et un recours réactionnaire à la tradition confucianiste. Ce bonapartisme de type fasciste permit d’organiser une lutte systématique et efficace contre les communistes et le mouvement ouvrier (constitution de « syndicats » officiels, intégrés à l’État et financés par lui, dont les bureaucrates étaient nécessairement membres du Kuomintang et auxquels les ouvriers des grandes entreprises étaient obligés d’adhérer ; il subsistait quelques syndicats clandestins, sans cesse pourchassés et réprimés).

Modernisation... de la semi-colonie[modifier]

En même temps, le régime dit « de Nankin », du nom de la ville où le gouvernement de Tchang-Kaï-Tchek était installé, tenta une modernisation économique du pays, réalisant notamment l’unification administrative, judiciaire, douanière et monétaire de la Chine. Il y eut également un développement des transports, qui permit un certain désenclavement de la Chine. Des progrès sont également faits dans l'éducation et, dans le but d'unifier la société chinoise, un programme pour promouvoir la langue nationale et limiter ses variations dialectales est lancé.

Mais la modernisation restait relative, le pays demeurant arriéré économiquement et toujours rural dans une proportion écrasante (la classe ouvrière ne représentait encore qu’1 % de la population totale du pays). En matière de politique agricole, on n’enregistra que très peu de progrès au cours de cette période, hormis la réalisation de quelques travaux hydrauliques.

Mais même ces progrès relatifs se firent en faisant appel à des capitaux étrangers : ces investissements doublèrent entre 1911 et 1936. Ces capitaux servirent notamment à développer le réseau ferré et routier, et des compagnies aériennes civiles à capitaux mixtes (allemands surtout) émergèrent. Certes, le gouvernement mène une lutte - diplomatique - contre les formes les plus humiliantes d'impérialisme : il ne renouvèle pas les traités inégaux qui arrivent à échéance, et la Chine retrouve l’autonomie de ses ports. Mais si les puissances étrangères restituent les deux tiers des concessions, elles gardent les plus importantes. Le régime de Tchang-Kaï-Tchek, malgré son nationalisme, ne parvenait pas réellement à sortir la Chine du statut de semi-colonie des occidentaux.

Article détaillé : Semi-colonisation de la Chine.

Crise économique mondiale et faiblesses internes[modifier]

La crise économique mondiale gagna la Chine dès 1931, crise à laquelle vinrent s’ajouter des catastrophes naturelles entraînant de graves famines. Un déficit budgétaire chronique, dû aux dépenses improductives du régime (pour l’armée en particulier), frappait l’économie chinoise. Le gouvernement bureaucratique de Tchang-Kaï-Tchek était d’ailleurs corrompu jusqu’à l’os.

La politique des communistes[modifier]

Repli vers la paysannerie
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Après la défaite de 1927, le PCC, victime de la répression, se réfugia, dans les campagnes, dans une zone de collines peu accessible. Il tenta encore d’organiser deux soulèvements militaires (à Nang Chang au Sud de la Chine en août 1927 et lors de l’insurrection dite « de la Moisson d’Automne » en septembre de la même année), puis il abandonna toute tentative de reprendre contact avec les villes et les 2 millions d'ouvriers. Cessant ainsi définitivement d’être un parti ouvrier, il devint un appareil politico-militaire s’appuyant sur la paysannerie, bureaucratisé à l’extrême, des comités locaux permanents de quelques personnes détenant l’essentiel du pouvoir.

Tournant gauchiste de l'Internationale et bases rouges
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Entre 1927 et 1937, la bureaucratie stalinienne de l'Internationale imposa depuis Moscou un tournant gauchiste brutal. Dans les circonstances de la Chine, cela se concrétis en implantation de « bases rouges » et de « soviets » à la campagne.

À partir de 1928, le PCC mit sur pied une « armée rouge », bientôt forte de 10 000 hommes environ, composée de paysans, d’anciens bandits et de déserteurs de l’armée nationaliste et avec laquelle il réussit à conquérir quelques zones rurales. Là où il s’implanta, il mena une politique progressiste de réformes : ouverture d’écoles, lutte contre les traditions paysannes obscurantistes (opium, jeux, pieds bandés, inégalité des sexes…) et surtout réforme agraire (confiscation des terres des grands propriétaires fonciers et redistribution aux petits paysans). Des « soviets » locaux, en réalité des organismes larges entièrement contrôlés par le parti, furent institués.

Le 7 novembre 1931 fut même proclamée la République soviétique chinoise, avec Mao comme président ; elle contrôlait environ dix millions de personnes dans les provinces centrales du pays, le Hunan et le Jiangxi ; le parti, quant à lui, compta bientôt jusqu’à 300 000 membres.

La « Longue Marche » et l'ascension de Mao
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Mao-Tsé-Toung, ancien bibliothécaire de l’Université de Shanghaï, était le seul dirigeant originaire de la campagne — il était né dans le Hunan dans une famille de la moyenne paysannerie — et avait été à ce titre chargé dès 1923-1924 des affaires paysannes. Dans la nouvelle situation, cela lui donnait déjà un atout pour peser dans la direction du PCC. Mais c'est surtout la « Longue Marche » qui affermit son autorité.

Les attaques militaires très violentes lancées par le gouvernement central de Tchang-Kaï-Tchek contre les bases communistes se multipliaient ; ce furent notamment, entre 1931 et l’automne 1934, les « cinq campagnes d’éradication », menées avec des moyens considérables — notamment des avions de chasse —, et qui finirent par obliger les communistes à évacuer toutes leurs bases et à fuir ; alors commença la « Longue Marche », en 1934-1935.

110 000 partirent (90 000 soldats et 20 000 civils environ) ; seuls 10 000 arrivèrent à Yanan, au nord-ouest de la Chine, où ils s’arrêtèrent pour implanter une petite base communiste. Pendant le parcours, une bonne moitié des soldats avait déserté, une autre partie avait péri. Car la « Longue Marche », une traversée du pays sur plus de 12 000 kilomètres, avait rencontré de nombreux obstacles : le climat, l’hostilité d’une partie des populations face à ce qu’elles considéraient comme des envahisseurs, les attaques nationalistes de l’armée nationale… Le parti perdit non seulement ses bases rurales, récupérées par le régime de Tchang-Kaï-Tchek, mais encore la plupart de ses militants, réduits à 40 000 à peine en 1936.

Mais la Longue Marche eut deux conséquences importantes : d’une part, l’autorité de Mao-Tsé-Toung en sortit considérablement affermie, il devint le dirigeant incontesté du parti, le comité central reconnaissait désormais ses thèses : construire avant tout un parti paysan. D’autre part, la propagande menée tout au long du chemin contribua à populariser le programme du parti auprès de la paysannerie.

Suites[modifier]

Lorsque le Japon envahit la Chine en 1937, le régime de Tchang-Kaï-Tchek apparut extrêmement faible, et une bonne partie de la bourgeoisie prête à capituler. Le PCC, fort de son soutien dans les campagnes, menait lui une résistance efficace et se révéla bientôt être la meilleure force politique nationaliste. La défaite du Japon en même temps que la désintégration du KMT lui ouvrit la voie pour prendre le pouvoir en 1949, même si cette révolution n'avait rien de socialiste.

Notes et sources[modifier]

Les révolutions chinoises, Tendance CLAIRE du NPA, été 2011