La Révolution trahie

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La Révolution trahie est un essai de Léon Trotsky qui, revient sur la dégénérescence de la révolution russe, et analyse l'économie et la vie sociale de l'Union Soviétique pour en déterminer la nature.

Société capitaliste ou société socialiste ?[modifier]

Pour Trotsky, la société soviétique sous le stalinisme est ni capitaliste, ni socialiste : ni capitaliste en raison de l'expropriation totale et durable de la classe capitaliste lors de la révolution mais ni socialiste dû à l'absence totale de satisfaction harmonieuse de tous les besoins.

« Si l'on considère que l'objet du socialisme est de créer une société sans classes, fondée sur la solidarité et la satisfaction harmonieuse de tous les besoins, il n'y a pas encore, en ce sens fondamental, le moindre socialisme en URSS. Il est vrai que les contradictions de la société soviétique diffèrent profondément, par leur nature, de celles du capitalisme ; elles n'en sont pas moins très âpres. Elles s'expriment par l'inégalité matérielle et culturelle, par la répression, par la formation de groupements politiques, par la lutte des fractions du parti. Le régime policier assourdit et déforme la lutte politique, sans l'éliminer. »

Economie soviétique[modifier]

Trotsky rédige cet essai lors des plans_quinquennaux et de l'industrialisation de l'URSS dans les années 1930. Lors des années 1920, il écrivit que la Russie ne rattraperait jamais le niveau d'industrialisation des pays capitalistes. Cependant, dans La Révolution Trahie, dans une période où l'économie capitaliste était en crise, il nota que l'expropriation de la bourgeoisie et la planification de l'économie a permis à l'économie soviétique d'obtenir une croissance supérieure à celles des pays occidentaux capitalistes. Cependant, Trotsky nota également que la productivité reste faible et que la qualité des biens de consommations étaient relativement mauvaises. Trotsky conclua que l'économie soviétique était encore en phase préparatoire afin d'assimiler les moyens techniques des autres pays capitalistes.

L'Etat soviétique[modifier]

Trotsky reprit les thèses de Lénine développées dans L'État et la Révolution : Après la Révolution, l'Etat devait commencer à s'éteindre ! Cependant, Trotsky remarqua que vingt ans après la révolution russe, c'est tout l'effet inverse qui s'est produit : au lieu de commencer à s'éteindre, l'Etat, sous l'effet de la bureaucratie stalinienne, s'est amplifié.

 « La dictature du prolétariat est un pont entre les sociétés bourgeoise et socialiste. Son essence même lui confère donc un caractère temporaire. L'État qui réalise la dictature a pour tâche dérivée, mais tout à fait primordiale, de préparer sa propre abolition. Le degré d'exécution de cette tâche "dérivée" vérifie en un certain sens avec quel succès s'accomplit l'idée maîtresse : la construction d'une société sans classes et sans contradictions matérielles. Le bureaucratisme et l'harmonie sociale sont en proportion inverse l'un de l'autre. »

Nature de l'Etat russe[modifier]

« On sait suffisamment que toutes les révolutions ont jusqu'ici suscité après elles des réactions et même des contre-révolutions qui, il est vrai, n'ont jamais réussi à ramener la nation jusqu'à son point de départ, tout en lui ravissant toujours la part du lion de ses conquêtes. En règle générale, les pionniers, les initiateurs, les meneurs qui s'étaient trouvés à la tête des masses dans la première période sont les victimes de la première vague de réaction, tandis qu'on voit apparaître au premier plan des hommes de second plan unis aux ennemis d'hier de la révolution. Les duels dramatiques des grands premiers rôles sur la scène politique masquent des glissements dans les rapports entre les classes et, ce qui n'est pas moins important, de profonds changements dans la psychologie des masses, révolutionnaires la veille encore. »

Pour Trotsky, le parti bolchevique n'a pas pu empêcher la corruption des cadres communistes par les privilèges liés à l'émergence de la bureaucratie de l'Etat et du parti. Celle-ci est dû à l'essoufflement de l'effervescence révolutionnaire (à l'intérieur et à l'extérieur de la Russie soviétique) et à la destruction du pouvoir ouvrier par la guerre civile. Ainsi, les grades, abolis lors de la Révolution d'Octobre sont rétablis et l'industralisation s'accompagne de l'émergence d'une aristocratie ouvrière. Sans oublier l'odieuse dictature qui écrasa toute forme d'expression politique.

« La propriété privée, pour devenir sociale, doit inéluctablement passer par l'étatisation, de même que la chenille, pour devenir papillon, doit passer par la chrysalide. Mais la chrysalide n'est pas un papillon. Des myriades de chrysalides périssent avant de devenir papillons. La propriété de l'État ne devient celle du "peuple entier" que dans la mesure où disparaissent les privilèges et les distinctions sociales et où, par conséquent, l'État perd sa raison d'être. Autrement dit : la propriété de l'État devient socialiste au fur et à mesure qu'elle cesse d'être propriété de l'État. Mais, au contraire, plus l'État soviétique s'élève au-dessus du peuple, plus durement il s'oppose comme gardien de la propriété au peuple qui la dilapide, et plus clairement il témoigne contre le caractère socialiste de la propriété étatique. »

En d'autres termes, Trotsky ne considère pas l'URSS comme un capitalisme d'Etat, pour une seule raison : l'expropriation de la classe capitaliste a été réalisée par le prolétariat avec son Etat par le biais d'une révolution socialiste et non pas par la classe capitaliste au moyens de monopoles nationalisés. Trotsky différencie ainsi l'économie soviétique de l'Italie mussolinienne. Trotsky ne considère pas non plus la bureaucratie comme une nouvelle classe sociale détentrice des moyens de production car le caratère social de l'URSS n'a pas encore été déterminé.

Quel avenir pour l'URSS ?[modifier]

Pour Trotsky, trois possibilités sont possibles pour l'avenir de l'URSS : premièrement, Trotsky souhaite la formation d'un parti révolutionnaire ayant acquis les qualités du vieux parti bolchevique avec la connaissance de la bureaucratie afin de la renverser par le biais d'une révolution politique (et non sociale) afin de rétablir le pluralisme et d'abolir les privilèges. Deuxièment, la bourgoisie peut renverser le régime soviétique et rétablir un mode de production capitaliste. Ce serait une contre-révolution sociale et politique. Trotsky pense qu'elle trouverait plus facilement des alliés au sein de la bureaucratie stalinienne qu'un véritable parti révolutionnaire. Et enfin troisièmement : la bureaucratie se maintient au pouvoir et elle cherchera tôt ou tard à intervenir dans les rapports de propriété pour consolider ses positions.

« On objectera peut-être que peu importe au gros fonctionnaire les formes de propriété dont il tire ses revenus. C'est ignorer l'instabilité des droits du bureaucrate et le problème de sa descendance. Le culte tout récent de la famille soviétique n'est pas tombé du ciel. Les privilèges que l'on ne peut léguer à ses enfants perdent la moitié de leur valeur. Or, le droit de tester est inséparable du droit de propriété. Il ne suffit pas d'être directeur de trust, il faut être actionnaire. »

Conclusion[modifier]

Pour finir, Trotsky estime que l'évolution ultérieure de l'URSS dépendra largement de la situation en Europe occidentale. Si la révolution devait l'emporter en France et en Espagne, les perspectives du socialisme en Union soviétique seraient meilleures que dans le cas contraire. C'est sur cette éventualité que Trotsky fondait ses espérances.

Notes et sources[modifier]

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