République des Provinces-Unies

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La République des Provinces-Unies est le gouvernement oligarchique qui régna sur une partie des Pays-Bas actuels de 1581 à 1791. Cette région, parmi les plus riches d'Europe, a été pionnière dans la sortie du féodalisme et l'édification du capitalisme. A une époque de renforcement de l'absolutisme partout en Europe occidentale, elle a accomplit la première véritable révolution bourgeoise.

Fondation du pays[modifier | modifier le wikicode]

Les Provinces-Unies sont issues de la Révolution des Pays-Bas (1566-1609). Celle-ci est à la fois le fruit du dynamisme économique qui était celui des Pays-Bas espagnols, et le bouleversement qui va permettre d'accélérer l'expansion capitaliste du pays.

80 ans de révolution et de guerre[modifier | modifier le wikicode]

La révolution aux Pays-Bas déclenche avec l'Espagne ce qui est aussi connu comme la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648).


En 1609, une trêve de douze ans sans conditions fut conclue avec le roi d’Espagne. Aussitôt la nouvelle République est reconnue diplomatiquement par la France, l’Angleterre et Venise. Quand la trêve de douze ans échoit, on est en pleine Guerre de Trente Ans (1619-1648). La guerre de Trente Ans opposa les Habsbourgs, les deux branches de la famille, celle de Madrid armant celle de Vienne, à leurs nombreux ennemis de toutes sortes (peuple tchèque, princes protestants d’Allemagne, République des Provinces-Unies, République de Venise, absolutismes danois, suédois et français). Sans cesse à nouveau les Habsbourgs parurent victorieux. Et les Provinces-Unies de subventionner tous leurs ennemis. On discuta dans les Provinces-Unies d’envoyer une flotte au Pérou pour soulever les Incas contre leurs maîtres espagnols. On préféra conquérir le Brésil et ses plantations de canne à sucre. Finalement, l’Espagne, en profond déclin économique, et secouée en 1640-1647 par les révolutions du Portugal, de Catalogne, de Naples et de Sicile, ne put plus soutenir l’ampleur de ses engagements militaires planétaires et demanda la paix. L’absolutisme français, nouveau leader de la coalition anti-Habsbourg, émergeait comme le candidat à l’hégémonie européenne.

Paradoxalement, la menace française contraignait maintenant l’Espagne à rechercher l’alliance des Provinces-Unies pour protéger les Pays-Bas espagnols, l’actuelle Belgique, de la conquête française qui menace. Et dans les décennies suivantes la France lui enlèvera l'Artois (Aras) et des parties des Flandres (Lille, Dunkerque) et du Luxembourg. Durant la guerre de Trente ans, les armées des Provinces-Unies avaient reconquis Bois-le-Duc (‘s Hertogenbosh) en Brabant et Maastricht en Limbourg. Et à ce jour, la frontière entre les Pays-Bas et la Belgique n’est pour l’essentiel rien d’autre que la ligne du front de 1648.

De 1643 à 1648 se tiennent à Osnabrück et Münster les conférences internationales qui organisent l’Europe en fonction des nouveaux rapports de force issus de la défaite espagnole, dans ce qu’on a appelé les traités de Westphalie. Par le traité de Münster du 30 janvier 1648, l’Espagne reconnaît enfin l’indépendance de la République des Provinces-Unies. II a fallu 80 ans de révolution et de guerre.


Une république jeune et dynamique
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Bien que deux fois moins peuplée (1,5 million d’habitants en 1600) que la moitié Sud qui reste aux Habsbourg (la Belgique), la République des Provinces Unies a alors un poids majeur en Europe. Elle n’est pas simplement une nouvelle république, s’ajoutant à Venise, Gênes et la Suisse. Alors qu’elle n’est encore qu’une création révolutionnaire incertaine de sa survie, elle est déjà une grande puissance économique et militaire, maritime et coloniale.


Les petites villes de Hollande et de Zélande ont été gonflées par l’afflux des réfugiés du sud, plus de cent mille, chassés de Hanche, de Brabant, d’Artois (ces réfugiés sont en partie francophones et le français reste, à côté du néerlandais, langue officielle de la nouvelle république pendant un temps). Ces réfugiés sont majoritairement issus d’une certaine élite du Sud : artisans et manufacturiers de Flandre, marchands et financiers d’Anvers, des centaines d’imprimeurs, d’enseignants, de pasteurs. De nombreux drapiers et marchands-drapiers de Flandre se sont réfugiés à Utrecht et Leyde. En particulier ceux de Hondschoote, rasée, qui transplantent leurs “nouvelles draperies” à Leyde dont ils assureront la prospérité. L’afflux d’artisans réfugiés désagrège le système corporatif de Hollande, facilitant les concentrations de capital réalisées par des entrepreneurs. Tandis qu’Anvers reconquise est ruinée, sa population réduite de moitié, son débouché sur la mer barré par la llgne du front qui traverse l’estuaire de l’Escaut en aval, Amsterdam, où se sont réfugiées les grandes firmes anversoises, la remplace comme métropole commerciale et financière du Nord de l’Europe.

De 1590 à 1639, 80 000 hectares de terres agricoles de plus sont récupérés sur la mer. La flotte de commerce néerlandaise est la plus grande «Europe, et bientôt la première de Méditerranée. La Compagnie des Indes orientales est fondée à Amsterdam en 1602, la Banque d’Amsterdam en 1609, deux grandes sociétés par actions. Java est conquise en 1596, Ceylan en 1609, Formose en 1624, le Cap en 1652. Batavia, l’actuelle Djakarta, est fondée en 1619 sur les ruines de l’ancienne Jakatra. En 1617, la République se paye le luxe de débarquer un corps expéditionnaire à Venise pour la protéger de l’Empereur et de l’Espagne.

Un modèle pour les progressistes[modifier | modifier le wikicode]

Jusqu’à la révolution française de 1789, la République des Provinces-Unies fera l’admiration des penseurs progressistes européens, dont au XVIIIème siècle, les Lumières. Il y régnait une diversité et une tolérance insolite, même à l'égard des catholiques (qui restent un tiers de la population et la majorité dans les campagnes), un refuge pour les juifs, en particulier espagnols et portugais, et une liberté de presse et d’édition inouïes.

Le XVIIème siècle est le siècle d’or des Provinces-Unies qui sont à l’avant-garde de la culture et de la science européennes. Un siècle marqué par des noms tels que ceux de Simon Stevin (1548-1620), ingénieur et mathématicien, et précepteur de Maurice d’Orange, de Hugo Grotius (1583-1645), jurisle et fondateur du droit international, du physicien Christian Huyghens (1629-1695) (pendule appliqué à l’horloge, les anneaux de Saturne, la distance des étoiles, la réfraction de la lumière...), Leeuwenhoek (1632-1723), l’inventeur du microscope et microbiologiste, le grand philosophe Baruch Spinoza, juif espagnol (1632- 1677), l’anatomiste et naturaliste Jan Swamerdam (1637-1680). C’est l’opticien Zaccharie Jansz de Middlebourg qui met au point la lunette qui permet à Galilée (1564-1642) de découvrir les satellites de Jupiter.

L’université de Leyde est le centre de cette floraison intellectuelle. On y vient de toute l’Europe. Les Provinces-Unies donnent asile aux penseurs que les censeurs et les policiers des royaumes absolutistes forcent à l’exil : les français René Descartes (1596-1650) et Pierre Bayle (1647- 1706) ou le tchèque Jan Comenius (Jan Komensky, 1592-1671). Jusqu’en 1789, les imprimeries des Provinces-Unies imprimeront la littérature interdite, grande et petite, de tous les pays d’Europe.

Évolution[modifier | modifier le wikicode]

La lutte des partis 1590-1747[modifier | modifier le wikicode]

A Maurice d’Orange a succédé comme stadhouder en 1625 son frère Frédéric-Henri (1584-1647). Investis de l’aura du père fondateur, les princes d’Orange vont se succéder de père en fils en une véritable dynastie, qui occupe à ce jour le trône des Pays-Bas. Le prince d’Orange, stadhouder, régnait-il donc sur la République des Provinces-Unies ?

La réalité était complexe. Le prince d’Orange n’est un magistrat de la République tout entière, élu par les Etats généraux, qu’en tant que capitaine-général des armées. Par ailleurs, il est stadhouder de certaines provinces individuelles, la Hollande, la Zélande, Utrecht, la Gueldre et l’Overijssel, formellement comme à l’époque où le stadhouder, comme son nom l’indique, représentait le roi. Mais il est dorénavant élu par les États de la province. Selon les époques, un de ses cousins est stadhouder de Frise et de Groningue. En droit, il n’est donc qu’un magistrat exécutif élu, soumis aux États provinciaux et généraux. En fait, il jouit par moments d’un pouvoir plus ou moins dictatorial : par son contrôle de la force armée, par ses pouvoirs de nomination, de patronage, d’influence, par la richesse de sa famille et ses connexions internationales, et parce qu’il est chef de parti. Pendant près de deux siècles, la vie politique de la République sera structurée par la lutte permanente de deux partis :

  • Le parti des patriciats municipaux, de Hollande principalement, la province de loin la plus riche. C’est le parti des “régents” : républicain, décentralisateur, jaloux des prérogatives et particularismes des municipalités, des Etats provinciaux, des Etats généraux, orienté vers les intérêts commerciaux et bancaires.
  • Le parti orangiste, le parti de la noblesse, mais aussi des plébéiens, des réfugiés du Sud, centralisateur, orienté vers la reconquête de la Belgique, mais également populiste et réformateur des municipalités, proposant plus de justice fiscale et soutenant les corporations contre les patriciats. En matière religieuse, le parti des régents est pour un calvinisme ouvert et tolérant, les orangistes pour un calvinisme puriste et autoritaire.

Le stadhoudérat est certainement une institution tout à fait différente des monarchies européennes, une sorte de présidence de la république improvisée à partir d’une institution préexistante à la révolution. Mais, hérédiraire dans une famille princière, le stadhoudérat va exprimer également, sous la forme d’une tendance à une restauration monarchique, l’adaptation d’une république bourgeoise isolée, à l’environnement européen absolutiste d’alors.

Mais pendant deux siècles il ne suffira pas à chaque prince d’Orange d’hériter son rôle comme les rois ; il doit être élu à ses fonctions et il y réussit comme chef démagogique d’un parti populaire. Par deux fois le parti des régents réussira à abolir le stadhoudérat et à refouler la famille d’Orange dans une vie de particuliers fastueux : de 1651 à 1672 et de 1702 à 1747. Par deux fois le stadhoudérat sera restauré en période de danger d’invasion étrangère, française en l’occurrence, Mais lors de sa prise de pouvoir en 1747, Guillaume IV d’Orange s’empresse de ne pas appliquer le programme de réformes démocratiques sur lequel le mouvement plébéien a imposé son élection. Au lieu de démocratiser les municipalités, il se contente de purger les régents les plus corrompus. Il ne rétablit pas les corporations d’artisans, et au lieu de remplacer les impôts indirects par un impôt personnel sur la richesse, il se contente de supprimer l’affermage des impôts. Orangistes et régents sont enfin réconciliés dans la solidarité des opulents.

L’évolution de la démocratie bourgeoise après 1776[modifier | modifier le wikicode]

Deux siècles ont passé, l’Europe occidentale est transformée par une expansion sans précédent de l’économie capitaliste, par les nouvelles techniques agricoles et par la révolution industrielle qui commence. Le temps est bien loin où le réformisme politique et culturel se formulait en termes religieux. Il se formule maintenant dans le langage laïque et rationaliste des philosophes des Lumières. La vieille République des Provinces-Unies est en déclin économique relatif. A sa naissance son audace novatrice avait fait scandale. En cette fin de XVIIIème siècle, se distingue t-elle vraiment encore de l’ordre établi européen des privilèges et de l’absolutisme que va bouleverser la révolution française ?

Le parti plébéien démocratique hollandais ne sera plus jamais orangiste. Dans la dernière moitié du XVIIIème siècle, va se former un troisième parti formé d’intellectuels éclairés, bourgeois ou nobles, qui sont issus du parti des régents et rompent avec lui sous l’influence des Lumières; un parti qui se bat à la fois pour l’élargissement du suffrage dans les municipalités et les États et pour l’abolition du stadhoudérat. C’est le parti dit des "patriotes". Quand les Provinces-Unies aident la révolution américaine de 1776, les "patriotes" en profitent pour mener une campagne de presse et d’assemblées publiques, organisent même des corps francs, s’emparent de nombreuses municipalités et proposent en 1785 une constitution inspirée de celle des États-Unis. Le prince d’Orange (Guillaume V, 1748-1806) doit fuir, mais en 1787, l’armée de son beau-frère, le roi de Prusse, occupe le pays pour le réinstaller au pouvoir.

Les "patriotes" doivent s’exiler. Ils reviendront en 1795 avec les armées de la révolution française et ils seront les Jacobins de la République batave. Mais on est déjà après Thermidor et quand la gauche des patriotes est sur le point de faire passer le suffrage universel dans la constitution de la République batave (1798), le Directoire de la République française s’empresse d’y mettre le hola. A la chute de Napoléon en 1814, les Alliés victorieux font du prince d’Orange le roi des Pays-Bas (Guillaume 1er, 1772-1843). Ce ne sont plus exactement les mêmes Pays-Bas. Le droit foncier a été purgé de ses survivances féodales, l’école et l’administration réformées à l’inspiration française. Il y a la conscription et le Code civil napoléonien. La transformation classique des pays vraiment touchés par la révolution française : Savoie-Piémont, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Pays rhénans. Guillaume 1er inaugure une monarchie constitutionnelle autoritaire au suffrage étroitement censitaire dont l’évolution jusqu’à nos jours sera pour l’essentiel conforme au type général de l’Europe occidentale. Le congrès de Vienne de 1815 avait réunifié les Pays-Bas par la fusion avec la Belgique. Mais deux siècles de séparation avaient cristallisé trop d’intérêts différents.

La Belgique se soulève en 1830 pour se séparer. Au moment où l’Europe est secouée par les révolutions de 1848, les libéraux hollandais peuvent accéder tranquillement au gouvernement et instituer une constitution plus généreuse. Mais le suffrage universel ne sera obtenu, comme ailleurs, que sous la pression du mouvement ouvrier. En 1887, un premier élargissement du suffrage fait passer les électeurs de 100.000 à 350.000. Le suffrage universel mâle est obtenu en 1918, le droit de vote des femmes en 1922. Cela posait d’ailleurs des problèmes religieux qui renvoyaient le lointain écho de la révolution du XVIème siècle: l’industrialisation et l’exode rural avaient fait du paysan traditionnellement catholique un ouvrier. Concéder le droit de vote aux ouvriers voulait dire le concéder à un nombre accru de catholiques. D’où le raidissement d’un conservatisme calviniste de plusieurs variantes et cette multiplicité, jusqu’à ce jour, de partis bourgeois confessionnels aux Pays-Bas. Le parlement néerlandais s’appelle aujourd’hui encore les États généraux. Et les Pays-Bas actuels célèbrent très officiellement la révolution de 1568-1648 comme l’épopée fondatrice de leur nation.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Les révolutions bourgeoises IIRF, 1989