Classe travailleuse en France

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ManifestationTravailleurs.jpg

Cette page traite de la classe travailleuse en France et de son évolution.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

Formation de la classe[modifier | modifier le wikicode]

En France, l'exode rural est continu depuis 1860. C'est principalement le fruit de la prolétarisation de la paysannerie, qui symétriquement gonfle les rangs du prolétariat urbain. L'essor de l'industrie -et le contre-coup de l'exode rural - a églement conduit à la prolétarisation de la petite-bourgeoisie.

En 1900 la population active était composée à un peu plus de 40 % par les agriculteurs et à près d'un tiers par la petite-bourgeoisie urbaine (artisans, petits commerçants, petits patrons, professions libérales). Les salariés - dont 80 % étaient des ouvriers - représentaient donc une minorité de cette population active, environ 35 %.

Ensuite, le salariat a rapidement grossi pour devenir la majorité de la population. Selon les données de l'Insee en 2008[1], 91% de la population française sont aujourd'hui dans le prolétariat.

Concentration industrielle, puis tertiarisation[modifier | modifier le wikicode]

Depuis lors l'économie a connu des transformations importantes. L'industrie s'est développée, mais a stagné dans les années 1930. Après la Seconde guerre mondiale, la grande industrie a connu un essor sans précédant. On parlait de "forteresses ouvrières" pour des usines comme celles de Renault à Billancourt.

A partir des années 1980, la structure de l'économie française a beaucoup changé, de façon globalement similaire à celles des autres pays impérialistes. Au moins quatre tendances majeures sont à relever :

  • Le chômage a fortement augmenté, pour atteindre aujourd'hui des niveaux records.
  • L'emploi s'est beaucoup précarisé, avec la multiplication des CDD, de l'intérim...
  • L'emploi dans les grandes entreprisesa décliné, pour plusieurs raisons liées à la chute de la rentabilité du capital productif. D'une part la sous-traitance s'est énormément développée pour augmenter la flexibilité, tendant créer une multitudes d'unités de production plus petites, bien que toujours sous la dépendance des grands trusts. D'autre part, les investissements diminuant, les gains de productivité ont tendu à faire chuter la masse salariale. Enfin, il y a l'effet de la mondialisation accrue, directement (délocalisations) ou indirectement (une part croissante investissements s'est faite dans des pays pauvres).  En conséquence aujourd'hui plus de la moitié des ouvriers travaillent dans des petites ou moyennes entreprises.
  • L'économie s'est fortement tertiarisée. Cela est dû d'une part aux progrès techniques dans tous les domaines qui créent des besoins de services, au sens large : fonction publique, éducation, ingénierie, maintenance informatique... D'autre part, la sous-traitance tertiarise beaucoup d'emploi auparavant intégrés, désormais externalisés : sociétés de nettoyage, de maintenance, voire même secrétariat[2]. La logique de profit pousse aussi les multinationales (françaises ou autres) à réserver les emplois dans les services aux travailleurs qualifiés en France, tandis que la production est délocalisée. Enfin, la financiarisation de l'économie a créé des emplois dans les banques, les assurances...

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Dans les institutions
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Le prolétariat a toujours été sous-représenté dans les institutions de la démocratie bourgeoise.

En France, il y a néanmoins eu une tendance à la hausse du pourcentage d'ouvriers et employés à l'Assemblée Nationale tout au long de la IIIème république, à mesure que les partis ouvriers gagnait de l'audience et que la conscience de classe se renforçait. Le record fut de 18,8 % sous la première législature de la IVème république, avec à l'époque 150 députés communistes sur 522. Mais en 1958, cette part était déjà revenue à 4 %. Par la suite, la représentation des catégories populaires ne va cesser de se réduire, alors que cet ensemble constitue toujours environ la moitié de la population active. Aux législatives de 2007, les dix députés ouvriers et employés représentent 1,7 % de l’ensemble.[3]

Etats des lieux[modifier | modifier le wikicode]

Aujourd'hui selon l'INSEE les ouvriers représentent 24 % des salariés, les employés 29 %, les professions intermédiaires (enseignants, personnel soignant) 24 %.

Employés[modifier | modifier le wikicode]

Les employés sont majoritairement des femmes : 76,9% en 2010. Elles sont nombreuses notamment dans les banques, les assurances, la grande distribution, les hôpitaux, l'administration...

Ouvriers[modifier | modifier le wikicode]

Ceux et celles que l'INSEE regroupe sous la catégorie d'ouvriers aujourd'hui exercent des métiers :

  • de l’industrie (soudeur, mineur, ouvrier du BTP ou encore des industries agro-alimentaires, etc.),
  • de l’artisanat (maçon, couvreur, boucher, etc.),
  • de l’agriculture (ouvriers agricoles).

En France, les ouvriers représentent encore un tiers des hommes occupant un emploi en 2010, selon les chiffres de l’Insee (2012)[4], soient près de 5 millions de personnes. Ils étaient 39% en 1990. Chez les femmes, la proportion a même augmenté : 13% des femmes en emploi sont aujourd’hui ouvrières, contre 8% il y a vingt ans.

Les ouvriers ne sont pas une catégorie homogène. Ceux qui ont des CDI, souvent les plus qualifiés, se sentent souvent comme appartenant à "la classe moyenne". D'un autre côté, plus de deux ouvriers sur cinq travaillent dans le secteur tertiaire : et ce sont souvent des ouvriers non qualifiés : manutentionnaires magasiniers, agents de nettoyage, etc. Ils sont plus fréquemment au chômage, à temps partiel subi, en contrats courts. Par leurs conditions, ils se rapprochent beaucoup des employés non-qualifiés.

Conscience de classe[modifier | modifier le wikicode]

Comme dans les principaux pays capitalistes d'Europe, la conscience de classe des travailleurs s'est forgée vers la fin du XIXème siècle, en se reflétant dans l'organisation en syndicats ou en partis, et/ou en votes pour ces organisations.

« En 1966, sur l’ensemble de la population, 23% avaient le sentiment d’appartenir à la classe ouvrière et 13% aux classes moyennes. En 2010, les proportions se sont inversées, c’est 6% pour la classe ouvrière et 38% pour les classes moyennes. »[5]

Syndicalisation, engagement et combativité[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Taux de syndicalisation.

Le niveau de syndicalisation a fluctué au cours du XXème siècle, à la fois en fonction des cycles économiques, mais aussi en grande partie selon la conduite des syndicats.

En 1926, le Parti communiste comptait 60 000 membres. En 1934, il n'en comptait plus que 28 000, et le taux de syndicalisation était tombé à 7% des travailleurs. Cela n'a pas empêché que 2 ans plus tard, la combativité fasse un bond lors du mouvement de Juin 1936.

Dans l'immédiat après-guerre, la combativité potentielle des travailleurs était très forte, les grèves nombreuses, et le PCF une force politique majeure. Mais c'est précisément la politique anti-révolutionnaire de Staline qui a "tué" cette combativité et conduit à un rapide déclin. Toutefois les noyaux militants sont restés actifs et bien implantés durant trois décennies, connaissant même un rebond après Mai 68. Mais le déclin s'est ensuite accéléré à partir des années 1980. Le taux de syndicalisation est aujourd'hui tombé à 7%.

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Votes aux élections[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Vote des travailleurs.

dans des votes en majorité pour des partis défendant les intérêts des travailleurs (partis ouvriers) : pour la SFIO / PS et le PCF notamment. Dans l'après-guerre, ce vote ouvrier était encore très marqué, mais il a connu un profond déclin suite aux trahisons des socialistes et staliniens et à la restructuration néolibérale.

Aujourd'hui, il n'y a quasiment plus de polarisation droite-gauche chez les travailleurs. Si l'on s'intéresse par exemple aux ouvriers, au sens étroit actuel de l'INSEE, on observent que :

  • ils sont ceux qui s'inscrivent le moins sur les listes électorales et s'abstiennent le plus
  • une proportion de plus en plus grande se tourne vers le Front National (près d'un tiers aux élections présidentielles de 2012)
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Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]