Part des salaires dans la valeur ajoutée

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La part des salaires dans la valeur ajoutée, ou part salariale, est un indicateur de la richesse qui revient aux salariés. C'est donc un reflet du rapport de force entre le capital et le travail.

Généralités[modifier]

Causes[modifier]

La part salariale est modifiée par la lutte de classe consciente des travailleurs - bataille syndicale pour l'augmentation des salaires, etc... - mais elle est aussi surdéterminée par les cycles économiques du capitalisme.

On peut observer à la fois :

  • l'effet des cycles décennaux
  • des tendances de long terme, sur une trentaine d'années

Précautions de mesure[modifier]

Le calcul de la part salariale pose parfois des problèmes.

Il faut par exemple prendre en compte le fait que tous les travailleurs ne sont pas salariés. En particuler, comme le taux de salarisation augmente (prolétarisation) dans tous les pays, surtout les pays impérialistes, il y a une tendance à la hausse "artificielle" de la part des salaires dans le revenu national. Les différences de taux de salarisation faussent aussi les comparaisons entre pays. C'est pour cela que les statistiques européennes calculent une part salariale ajustée, en attribuant aux non salariés un salaire égal au salaire moyen. Cela revient à comparer le salaire moyen au PIB par personne employées (salariées ou non).

Il faut aussi que la valeur ajoutée soit facilement définissable. Pour cela, d'un point de vue marxiste, il faut normalement considérer les entreprises industrielles, d'autres capitalistes comme dans la distribution ou la finance ne créant pas de valeur mais captant une partie de la valeur ajoutée industrielle.

Les statistiques différencient généralement :

  • les entreprises non financières
  • les sociétés non financières = entreprises non financières + sociétés individuelles non financières
  • l’ensemble de l’économie

Le champ le fiable est donc celui des entreprises non financières, car il évite le problème de la finance et celui des petits patrons pour lesquels le salaire n'est pas défini.

Mais même dans une entreprise industrielle, un problème se pose : certains grands patrons reçoivent des revenus appelés "salaires" qui sont clairement des profits.

Position communiste révolutionnaire[modifier]

Pour les communistes révolutionnaires, il ne s'agit pas de régler le curseur du partage capital-travail mais d'en finir avec l'exploitation des travailleurs et de décider collectivement des richesses produites et de leur répartition.

Depuis 1945[modifier]

Tendance générale à la baisse[modifier]

Beaucoup d'économistes ou de militants se sont penchés sur l'évolution de la part salariale depuis la Seconde guerre mondiale, particulièrement ceux - réformateurs ou marxistes - qui contestent les politiques dominantes. On observe en effet dans quasiment tous les pays une tendance à la baisse de la part des richesses produites qui revient aux salariés.

C'est un constat établi y compris par les organismes officiels de la bourgeoisie : le FMI, la Commission européenne, ou encore la Banque des Règlements Internationaux qui parle "hausse tendancielle de la part du profit" comme d'un phénomène structurel. De grands représentants de l'économie dominante reconnaissent d'ailleurs les faits, et leur potentiel explosif :

« J'ai attendu et j'attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires car la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l'inverse d'une productivité qui ne cesse de s'améliorer ». Or « ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché ». Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed)
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Explication[modifier]

La part salariale est à peu près stable dans les années 1960 : les investissements productifs sont rentables, donc massifs, génèrent des gains de productivité importants (autour de 4% par an), et les salaires suivent.

Au milieu des années 1970, les pays impérialistes sont englués dans la suraccumulation de capital. Les investissements diminuent, et les gains de productivité descendent à une moyenne de 2%. Les salaires continuant initialement à suivre la progression des prix, la part salariale s'envole, et les profits sont menacés.

Globalement, les capitalistes changent alors de politique économique à l'échelle mondiale à partir des années 1980 : c'est le tournant néolibéral, qui justifie la modération salariale, avec le fameux "théorème de Schmidt" : « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

Un retournement de tendance s'opère alors, et la part salariale chute fortement dans les années 1980, pour se stabiliser ensuite à un niveau faible. Pour beaucoup de réformistes réclamant plus de justice sociale, il faudrait revenir au partage d'avant les années 1980. Dans cette vision des choses, la détérioration de la part salariale tend à être perçue comme un choix machiavélique ou érroné des politiciens, alors que c'est la réponse structurelle des capitalistes à la chute de leur taux de profit. Revenir en arrière n'est pas possible, sauf dans une situation d'extrême instabilité où la bourgeoisie devrait faire d'importantes concessions, mais cela conduirait inévitablement à une escalade entre les forces de la réaction et celles de la révolution.

France[modifier]

En France, la question du partage entre salaires et profits est relativement discutée. A tel point que même le président Sarkozy a demandé un rapport détaillé sur le sujet à l'INSEE[1].

Un chiffre choc courament avancé est que depuis les années 1980 « 10 points de PIB sont passés du travail au capital ».[2] Mais, comme certains[3][4] l'ont fait remarquer, cet écart de 10 points se base sur le maximum atteint en 1982, dans une période d'instabilité où la part salariale s'envole "anormalement". Si l'on se base sur la moyenne des Trente glorieuses, la diminution aurait plutôt été de 3 à 5 points de PIB.

Même en prenant 5 points de PIB, cela représente dans les 50 milliards d'euros en moins pour les salaires, ou le salaire socialisé (retraites, Sécu...). Il est important de comparer cet énorme transfert (qui est loin d'être la seule redistribution des riches vers les pauvres) aux "trous" dont les média bourgeois parlent bien plus souvent : trou de la Sécu (12 milliards), déficit de la caisse dess retraites (5 milliards)...

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Selon certains[3][5], les grands capitalistes ont en réalité continué à grignoter la part salariale dans les années 1990-2000, mais celle-ci apparaît stagnante parce que les petits patrons pressurés ont aussi été siphonnés, compensant la hausse de la part patronale.

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Etats-Unis[modifier]

Pour les Etats-Unis, la tendance est la même, et la part salariale est en niveau absolue plus faible. Mais si on s'en tient aux données brutes, on ne le voit pas ! En effet, la part salariale a l'air quasiment stable. Mais en réalité, la mince couche du grand patronat reçoit des "salaires" énormes (via les stock options, les golden parachutes, et autres primes versées par les actionnaires) qui sont en réalité dans la "part des profits". Si l'on recalcule la part salariale sans les 1% des "salaires" les plus élevés, la tendance à la baisse parallèlement à celle de l'Union européenne apparaît. Si l'on exclut les 5% les plus élevés, la part salariale est même bien plus basse que dans l'UE.

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Notes et sources[modifier]

Michel Husson, La baisse tendancielle de la part salariale, 2007