Chômage des jeunes

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Le chômage des jeunes est presque toujours plus élevé que la moyenne, car les capitalistes font peu de nouvelles embauches, et font tout pour les garder le plus longtemps possible en contrat précaire. Le chômage des jeunes est directement lié à la conjoncture économique et à l'évolution de la structure du capitalisme : au forte hausse, il annonce une dégradation de l'emploi pour l'ensemble du prolétariat.

Spécificités du chômage des jeunes[modifier]

Une fragilité accrue[modifier]

Les jeunes travailleurs sont de fait plus facile à pressurer pour le patronat. D'abord, le fait de n'avoir pas encore de contrat stable permet de leur faire accepter plus facilement des intensités de travail supérieures, avec l'idée que l'effort sera récompensé. Ensuite, ils sont moins organisés pour se défendre. Ceci est directement lié au fait qu'ils n'aient qu'un pied dans l'entreprise, mais aussi au fait que les syndicats bureaucratisés ne s'y intéressent pas, car ils sont de fait hors de toute "aristocratie ouvrière" et sont rarement de bons cliens (électoraux notamment).

Variable d'ajustement[modifier]

Les jeunes sont particulièrement utilités comme variable d'ajustement dans les entreprises. Ce sont d'abord eux qui sont embauchés en tant qu'intérimaires, donc qui sont "non renouvelés" à la moindre difficulté conjoncturelle. On l'a vu en France en 2009 : au lieu de licenciements secs, ce sont des milliers de jeunes intérimaires qui ont cessé d'être embauchés. C'est une règle générale du marché du travail, connue sous le nom de "last in, first out" (dernier entré, premier sorti).

Pression sur la force de travail[modifier]

Les jeunes travailleurs sont une cible privilégiée par la bourgeoisie pour dévaloriser l'ensemble de la force de travail. En effet, puisqu'ils sont structurellement précarisés, et moins organisés, ils contribuent à tirer vers le bas l'ensemble du rapport de force de la classe laborieuse. Les jeunes au chômage sont une catégorie de l'armée de réserve de travailleurs, qui est particulièrement efficace pour faire pression sur les salarié-e-s.

Chômage et études[modifier]

TauxChômageJeunesVillepin.png
Il faut apporter une précision à propos du taux de chômage des jeunes. Ce chiffre rapporte le nombre de chômeurs recensés, en général entre 15 et 24 ans inclus, au nombre de jeunes de ces âges là. Or, entre 15 et 25 ans, il y a une part importante de jeunes qui sont au lycée ou dans des études supérieures, qui donc ne sont pas sur le marché du travail (en termes statistiques, ils sont hors de la "population active").

Donc, on ne peut pas comparer directement ce chiffre au taux de chômage des autres tranches d'âge, sinon cela le surestime. Les étudiants-salariés, notamment, ne sont pas comptés dans cette population active.

On ne peut pas non plus comparer directement le taux de chômage des jeunes entre différents pays sans faire attention aux différences de proportion d'étudiants parmi les 15-24 ans.

Par exemple, c'est exactement ce que fait le premier ministre Dominique de Villepin en 2003 pour essayer de justifier le Contrat Premier Embauche (CPE)[1], contrat qui flexibilise la force de travail des jeunes :

  • Il larmoyait sur le sort des jeunes (« Un jeune sur quatre est au chômage ») en s'appuyant sur le graphique ci-contre (taux de chômage en fonction de l'âge) qui contient un pic aberrant autour de 19 ans.
  • Il s'alarmait de la situation française (« La France est le leader européen du chômage des jeunes ») en comparant les taux de chômage des jeunes entre pays. Or, si l'on compare la proportion de jeunes au chômage, la France est, en 2003, dans la moyenne européenne avec 8,2 %.

Mais même si l'on écarte cette surestimation, le chômage des jeunes est bien une réalité. Par exemple, en prenant la proportion de jeunes au chômage - chiffre qui sous-estime le chômage parce qu'il ne tient pas compte des jeunes invalides par exemple - on a un chiffre de 8,2 % en 2003, supérieur au taux de chômage des 25-74 ans, 7,7 %.

Inégalités hommes femmes[modifier]

Généralement, les jeunes femmes sont plus touchées par le chômage que les jeunes hommes. Mais il faut relever qu'il existe quelques tendances contradictoires :

  • le chômage des femmes est plus élevé chez les jeunes sans diplôme : 74 % des hommes ont un emploi contre seulement 50 % des femmes, dans les pays de l'OCDE en 2010 [2]
  • cet écart est moins marqué chez les diplômés du supérieur : 90 % des hommes ont un emploi contre 80 % des femmes, dans les pays de l'OCDE en 2010[2]
  • dans beaucoup de pays, les femmes sont plus diplômées que les hommes, ce qui peut en apparence compenser les discriminations
  • dans les pays où le chômage est faible, les discriminations ont moins l'occasion de se voir, et le taux de chômage des femmes y est plus bas
  • les femmes ont souvent des emplois plus précaires et des temps partiels imposés, et les travailleurs pauvres sont surtout des travailleuses pauvres

1970-1990[modifier]

France[modifier]

Les jeunes travailleurs ne sont bien évidemment pas égaux devant le chômage, en particulier en fonction de leur qualification.

ChômageDiplomeFrance.jpg

Années 2000[modifier]

Monde[modifier]

Selon le BIT, à l'échelle mondiale, le taux du chômage des jeunes est de 13 % contre 4,9 % pour le reste de la population active.

OCDE[modifier]

Les jeunes travailleurs peu qualifiés sont ceux qui subissent le plus les caprices du capitalisme : embauchés en période de croissance, plus embauchés voire licenciés lors des reflux. Selon une étude, pour les pays de l'OCDE :

Depuis 1997, le taux de chômage des diplômés du supérieur [...] est resté en moyenne inférieur ou égal à 4 %, tandis que celui des moins diplômés a dépassé plusieurs fois la barre des 10 %. Ces derniers ressentant davantage « les effets de l’évolution des cycles économiques ». Parmi les emplois supprimés durant la crise, nombreux sont ceux qui ne seront pas recrées lorsque l’économie renouera avec la croissance, « en particulier dans le segment des moins qualifiés ». [2]

Toujours selon ce même rapport, 40 % des jeunes qui se sont arrêtés au collège sont sans emploi, contre 15 % des diplômés du supérieur. Le risque d’être au chômage est trois fois plus élevé pour ceux qui ont quitté tôt les bancs de l’école que pour les diplômés du supérieur, et deux fois plus élevé que pour ceux qui ont eu le bac.

Europe[modifier]

TxChômageJeunesEurope.gif

Depuis la crise[modifier]

Europe[modifier]

A la suite de l'entrée dans la grande crise actuelle en 2008, les pays de l'Union Européenne flirtent avec la récession et le chômage des jeunes explose, et ce de façon plus rapide que le chômage dans la population totale. Dans certains pays, comme l'Espagne et la Grèce, le chômage des jeunes était déjà fort. Dans un pays comme l'Irlande, la situation s'est brutalement inversé avec l'explosion d'une bulle financière.

ChômageJeuneEuropeCrise.png
Taux de chômage dans l'UE à 27 2008  2009[3] 2010 Augmentation
Jeunes de 15 à 24 ans
14,6 % 18,3 %
21,1 % +6,5 %
Population totale 6,7 % 8,2 % 9,7 % +3 %

Concrètement, 5 millions de jeunes de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2009. Dans tous les pays de l'Union Européenne, le taux de chômage des jeunes est bien au dessus du taux moyen.

ChômageJeuneEtTotalEurope2009.png

Ce chômage massif est un des principaux facteurs de révoltes de la jeunesse, dont le mouvement des Indignés.

données pour mars 2011

France
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Le chômage des jeunes augmente en France comme quasiment partout ailleurs. Ceux qui subissent le plus le coup de frein des employeurs sont les non-diplômés.

Une étude menée par le Cereq[4] sur des jeunes entrés sur le marché du travail en 2007 et suivis juqu'en 2010 indique :

  • le chômage augmente légèrement pour les diplômés du supérieur (8,5% , contre 7% en 2007 pour les diplômés de 2004)
  • mais l'écart se creuse avec les non-diplômés :
"Le taux d'emploi trois ans après la sortie du système éducatif était de 49% pour les non-diplômés, 70% pour les diplômés du secondaire, 85% pour les diplômés du supérieur : l'écart est passé de 18 à 21 points entre non-diplômés et bacheliers, de 32 à 37 points entre non-diplômés et universitaires."[4]


Notes et sources[modifier]