Impérialisme français

L'impérialisme français est l'un des principaux impérialismes mondiaux, historiquement structuré autour de son vaste empire colonial puis de ses réseaux d'influence néocoloniaux. Le développement du capitalisme en France a conduit à une expansion territoriale mondiale, faisant de l'empire français l'un des plus vastes au monde.
Comme la plupart des vieux pays impérialistes, et même plus vite que certains autres, l'impérialisme français est en déclin relatif. Sur le plan économique, il a toujours été relativement faible comparé à d'autres, et il s'appuie beaucoup sur la force étatique.
Expansionnisme féodal et guerres dynastiques[modifier | modifier le wikicode]
Durant le Moyen Âge et jusqu'à l'Époque moderne, la « nation française » n'est pas encore réellement constituée, et l'impérialisme ne fonctionne pas selon les mêmes modalités. Le territoire n'est pas structuré par un marché national intégré ou par une bourgeoisie cherchant à écouler des marchandises, mais obéit aux logiques du mode de production féodal. Les guerres menées par la royauté sont avant tout des guerres dynastiques. L'objectif de la noblesse et de la monarchie est alors d'étendre leur domaine pour accaparer davantage de terres, et donc s'approprier le surtravail de la paysannerie sous forme de rente foncière, ou pour régler des querelles de succession (comme lors de la guerre de Cent Ans ou des guerres d'Italie). L'État se confond alors avec le patrimoine foncier de la dynastie régnante (les Capétiens, Valois, Bourbons) plutôt qu'avec une véritable entité nationale.
Néanmoins, l'État qui portera plus tard l'impérialisme français s'est forgé par des siècles d'expansionnisme territorial au sein d'un mode de production pré-capitaliste.
Croisades (11e-13e siècles)[modifier | modifier le wikicode]

Bien qu'elles soient justifiées par l'idéologie religieuse de l'Église catholique, les croisades répondent à des nécessités matérielles précises. Elles offrent un exutoire à la surpopulation relative de la petite noblesse franque (les cadets de famille privés d'héritage) qui part s'y tailler de nouveaux fiefs par la force, aboutissant à la création des États latins d'Orient. Les seigneurs issus de ce qui deviendra la France y jouent un rôle si prépondérant que les populations orientales désigneront longtemps tous les Européens de l'Ouest sous le nom générique de « Francs ». Ces expéditions ouvrent également la voie commerciale vers l'Orient, favorisant l'enrichissement de certaines fractions marchandes (bien que cet enrichissement profite alors davantage aux républiques italiennes qu'au royaume de France).
Centralisation de l'État absolutiste[modifier | modifier le wikicode]
Les nombreuses guerres européennes, notamment la lutte séculaire contre la maison des Habsbourg, obligent la monarchie française à centraliser son pouvoir, à prélever toujours plus d'impôts et à se doter d'une armée et d'une marine permanentes.
C'est ce puissant appareil d'État absolutiste, initialement bâti par et pour l'aristocratie féodale, qui va ultérieurement parrainer les premières grandes entreprises commerciales outre-mer (mercantilisme, compagnies coloniales) sous l'impulsion d'une bourgeoisie naissante, servant de tremplin à l'accumulation primitive du capital et posant les jalons du premier empire colonial français.
Empires coloniaux[modifier | modifier le wikicode]
La France d'Ancien régime s'est lancée dans la colonisation, rivalisant avec les autres puissances. Puis, ce premier empire colonial a fortement décliné, avant qu'un nouveau regain de colonisation au 19e siècle au moment de l'essor du capitalisme industriel. A ce moment-là, on a commencé à parler de « vieilles colonies » pour les plus anciennes.
Premier empire colonial (1534-1815)[modifier | modifier le wikicode]
Rivalités européennes[modifier | modifier le wikicode]
Au 15e siècle, le Portugal et l'Espagne prennent une forte avance dans la diffusion de leurs colonies et de leur influence, suite aux « grandes découvertes ». Le traité de Tordesillas (1494), sous l'égide de la papauté, acte un partage du monde entre ces deux puissances. Mais la France se lancera aussi dans la course. François Ier ironisera sur la justification catholique : « Je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde »[1]
L'expansion française hors d'Europe commence avec la prise de possession du Canada en 1534, puis progressivement d'un ensemble de possessions en Amérique du Nord appelés « Nouvelle-France » (conquête de la Louisiane fin 17e siècle).
Au 17e siècle également, la France conquiert des îles des Caraïbes (Saint-Christophe, Saint-Martin, et la Dominique en 1625, Guadeloupe et Martinique en 1635, Saint-Barthélémy en 1648, Sainte-Lucie en 1660, Saint-Domingue en 1697), utilisant largement des corsaires pour affaiblir les colonies espagnoles établies, notamment depuis l'Île de la Tortue. Beaucoup d'îles de l'Atlantique changeront de nombreuses fois de mains entre les différentes puissances européennes. Par exemple, l'île de Sainte-Lucie changea quatorze fois de mains jusqu'en 1814, quand l'île devint définitivement britannique, en même temps que la Dominique.
En Amérique du Sud, des Français tentent de s'établir dans l'actuel Brésil, en 1555 au Sud (« France antarctique »), et en 1612 au Nord (« France équinoxiale »), mais ils sont rapidement chassés par les Portugais. En revanche, les tentatives de fonder une colonie en Guyane, commencées en 1604, finissent par se pérenniser en 1763.

La France s'étend aussi dans l'océan Indien, avec la prise de possession de la Réunion en 1642. A partir de 1668, la Compagnie des Indes orientales commence à installer des comptoirs en Inde, qui se multiplieront (Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor).
En 1659, les Français fondent Saint-Louis-du-Sénégal. Ils se lancent dans l'achat et la déportation d'esclaves vers les plantations des Caraïbes, et rivalisent avec les Britanniques pour casser le monopole néerlandais sur la traite.
La Guerre de Sept Ans (1756-1763) marque l'affirmation de la Grande-Bretagne comme puissance dominante sur les mers, et affaiblit notablement l'impérialisme français. La France perd la Nouvelle-France (à l'exception de Saint-Pierre-et-Miquelon) et les colons sont chassés d'Acadie. Elle perd également la plupart de ses possessions en Inde.
En 1803, Napoléon Ier récupère la Louisiane, mais la vend aussitôt aux jeunes États-Unis.
Après la chute du Premier Empire, la France ne conserve que quelques possessions : cinq comptoirs en Inde, La Réunion, l’île de Gorée au Sénégal, quelques îles des Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin…), ainsi que la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.
Compagnies coloniales[modifier | modifier le wikicode]
Une profusion de compagnies coloniales ont existé en France, mais la plupart ont été de courte durée et ont eu moins de succès que les compagnies néerlandaises et britanniques.

Les Pays-Bas ont été les premiers à opérer une révolution bourgeoise aboutissant en 1590 à une République d'une considérable puissance maritime. Son capital marchand est capable de lancer de grandes expéditions, d'en tirer des profits et de s'en servir pour lancer plus d'expéditions. L'Angleterre va connaître un peu plus tard (1641-1651) sa propre révolution qui va faciliter sa montée en puissance.
En France, une première Compagnie des mers orientales est fondée en 1601 par des marchands, mais son expédition échoue. La bourgeoisie française était moins puissante, plus subordonnée par la monarchie absolue, et tournée vers l'obtention de terres et d'offices. C'est pourquoi la monarchie va jouer un rôle moteur pour créer des compagnies coloniales, afin de tenter de rivaliser. Mais ce contrôle étatique rigide a souvent été un frein. Les compagnies françaises dépendaient des finances de la monarchie, souvent épuisées par les guerres continentales en Europe, et ont connu de nombreuses faillites et restructurations.
Parmi les nombreuses compagnies qui se succèdent : Compagnie de Rouen (1614), Compagnie Rozée (1626), Compagnie des Cent-Associés (1627), Compagnie des îles d'Amérique (1635), Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal (1658), Compagnie de Chine (1660)...
En 1664, Colbert créé la Compagnie française des Indes occidentales et celle des Indes orientales. Étroitement contrôlée par l'État (le roi est son premier actionnaire) elles reçoivent à la fois des objectifs économiques et politiques (contrôle militaire et évangélisation).
La Compagnie occidentale est très vite critiquée par les planteurs des Caraïbes pour son incapacité à leur amener assez d'esclaves, alors qu'elle en a le monopole. Endettée, elle est dissoute en 1674, et aussitôt le commerce des esclaves prend un essor, et la production de sucre bondit de 50% entre 1674 et 1682.
De nombreuses réorganisations ont lieu, que ce soit dans la collecte des taxes (l'office de la Ferme d'Occident se revendait...) ou dans la traite esclavagiste (tentatives en 1673, 1694 puis 1709 de mettre sur pied une compagnie du Sénégal toujours déficitaire).

En 1717-1719, le financier John Law fusionna les compagnies coloniales françaises dans une Compagnie des Indes. Law venait de créer la première « banque centrale » de France, émettant les premiers billets, et avait l'oreille de la monarchie. Mais son système connaît aussitôt une crise : une bulle éclate en 1720. Malgré cela le commerce poursuit son essor.
Après la déroute de la Guerre de Sept Ans, la Compagnie des Indes est en liquidation en 1770. Une nouvelle Compagnie des Indes orientales et de la Chine est fondée en 1785.
En 1790, suite à la Révolution, le monopole de la compagnie est aboli, mais cela n'empêche pas celle-ci de croître. Elle est finalement liquidée en 1793, accusée d'activités contre-révolutionnaires.
Intérêts économiques[modifier | modifier le wikicode]
Ces premières colonies n'ont jamais été pleinement des colonies de peuplement (sauf partiellement le Canada). Contrairement aux Treize colonies anglaises par exemple, les territoires contrôlés par la monarchie française n'ont jamais connu d'afflux massif de population européenne. L'émigration vers les colonies a été interdit aux Français protestants et juifs, qui étaient pourtant les plus susceptibles de fuir des persécutions.[2] Par ailleurs, la France connaît une forte et durable baisse de natalité au 18e siècle, amplifiée par la Révolution.
La France utilisait les colonies pour extraire leurs ressources :
- Au Canada, c'est principalement la traite des fourrures (de castor, rat musqué, ours...) qui intéressait les colons. La pêche à la morue à Terre-Neuve est également un secteur lucratif.
- De l'Afrique, la France extrayait de l'or, de la gomme arabique, de l'ivoire et bien sûr, de nombreux esclaves pour les colonies d'Amérique et des Caraïbes. De 1701 à 1713, les Français avaient l'asiento (monopole d'importation des esclaves vers les nombreuses colonies espagnoles) et dominaient l'Afrique occidentale.
- Dans les îles des Caraïbes, la France exploitait des plantations d'indigo, de tabac, de café, et de canne à sucre (Martinique, Guadeloupe et surtout Saint-Domingue). La canne à sucre a été favorisée, y compris par des politiques de Louis XIV, car plus rentable. En 1788-1790, les esclaves représentaient près de 90 % de la population des colonies françaises esclavagistes[3].
Entre les années 1500 et 1880, plus de 3,2 millions d'Africains ont été déportés sur des navires français. La France était responsable de 25 % du commerce transatlantique d'esclaves, étant le troisième pays ayant la plus grande participation à cette traite, derrière le Royaume-Uni et le Portugal. L'esclavage sera définitivement aboli dans les colonies françaises en 1848.

La France soumettait les colonies au principe de l'Exclusif : tout ce que la colonie produit doit être exporté vers la métropole et tout ce que la colonie importe doit venir de la métropole ou être transporté par des bateaux français. Mais même parmi les productions coloniales, la métropole mettait son véto si certains de ses intérêts étaient menacés. Les classes dominantes en métropole primaient sur les colons.
Par exemple, en 1713, l'importation des rhums coloniaux est interdite, pour protéger les propriétaires fonciers et les producteurs d'eau-de-vie de vin (cognac, armagnac) en métropole. Ou encore, puisque l'objectif était d'importer le sucre de canne des colonies pour le raffiner en métropole, le sucre raffiné était lourdement taxé à l'entrée.
Avec l'aide de la diaspora arménienne, les tissus colorés de type « indiennes » sont fabriqués à Marseille puis dans le reste de la France. En parallèle, les autorités interdisent en 1686 l'importation de ces tissus très prisés par les consommateurs, n'autorisant que l'importation de coton blanc.[4] Un protectionnisme similaire à ce que font les Britanniques.[5]
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Colons marchandant des fourrures avec des autochtones du Canada (1777)
Idéologies[modifier | modifier le wikicode]
Si les rivalités politiques ont été assumées, elles ont été fortement accompagnées de justifications religieuses. Comme toutes les autres puissances européennes, la France a prétendu vouloir propager la foi chrétienne (missions) pour le bien des peuples.
Au Moyen-Âge, l'Église avait condamné l'esclavage, et la France catholique prétendait être en accord avec cela, même si elle pratiquait le servage. Sous la pression de la concurrence, comme toutes les autres puissances européennes, elle a pratiqué la traite et l'esclavage colonial. Celui-ci n'a pas été pratiqué sur le sol métropolitain.[6]
Sur le plan économique, la théorie dominante de l'époque était le mercantilisme, dont la variante française était le colbertisme.
Révolution haïtienne[modifier | modifier le wikicode]

À la fin du 18e siècle, les esclaves de Saint-Domingue sont soumis à une exploitation particulièrement brutale, ce qui est la face cachée de cette colonie qui est alors considérée comme la « perle des Antilles », produisant à elle seule une part immense des richesses mondiales (sucre, café). Lorsque la Révolution de 1789 éclate, cela réveille rapidement un volcan dans cette colonie, où tant d'esclaves aspiraient à la liberté.
Mais l'embarras de la bourgeoisie française révèle les limites de l'idéologie des «droits de l'homme » universels. Car l'insurrection des esclaves, débutée en 1791, se heurte aux intérêts matériels de la bourgeoisie marchande des ports français (Nantes, Bordeaux).
La lutte déterminée des esclaves et des mulâtres force la Convention à abolir l'esclavage en 1794, ce qui était aussi une mesure tactique pour conserver la colonie face aux Anglais et Espagnols.
La contre-révolution qui regagne aussitôt la France engendre une tentative de retour en arrière, incarnée par Bonaparte. Celui-ci tente de rétablir par la force l'ordre esclavagiste en 1802, mais ses armées seront battues, et l'indépendance d'Haïti sera proclamée en 1804. Cependant, l'impérialisme français ne s'est pas avoué vaincu par la seule perte territoriale. En 1825, sous la menace d'une nouvelle invasion, la France impose à la jeune république d'Haïti le paiement d'une « indemnité » colossale de 150 millions de francs-or pour dédommager les anciens colons. Ce mécanisme de dette coloniale, qui ne sera totalement remboursé qu'en 1947, a fonctionné comme un véritable garrot financier, empêchant le développement du pays et préfigurant les mécanismes de domination du néocolonialisme financier.
Second empire colonial (19e-20e siècle)[modifier | modifier le wikicode]
En 1820, les colonies représentent environ 77 000 km2 et 800 000 habitants[7]. Le moment où l'empire colonial français est au plus bas. Mais au début du 19e siècle, la France entame sa révolution industrielle comme le reste de l'Europe de l'Ouest. La bourgeoisie française va alors profiter de l'avantage technologique pour se lancer dans une course à la colonisation avec les autres puissances.
Invasion de l'Algérie[modifier | modifier le wikicode]

À partir de la conquête de l'Algérie en 1830, la bourgeoisie française bâtit un nouvel empire.
En juillet 1830, l'expédition d'Alger marque une rupture majeure et l'acte de naissance du second espace colonial français. Si l'historiographie libérale a souvent mis en avant le « coup d'éventail » (un affront diplomatique du Dey d'Alger envers le consul de France) comme cause du conflit, l'analyse matérialiste révèle des racines bien plus profondes. Pour la monarchie moribonde de Charles X, cette aventure militaire est d'abord une tentative de diversion politique pour restaurer le prestige de la Couronne face à une opposition libérale croissante en métropole.
Surtout, la conquête répond à un impératif d'accumulation primitive : la prise du Trésor d'Alger (estimé à plus de 48 millions de francs de l'époque) permet de financer l'opération tout en enrichissant une fraction de la haute bourgeoisie financière et des fournisseurs aux armées. Contrairement aux comptoirs du premier empire, l'Algérie va devenir le laboratoire d'une colonie de peuplement où l'État français organise l'expropriation massive des terres paysannes indigènes au profit des colons et des grandes compagnies capitalistes. Cette guerre de conquête, qui durera des décennies, préfigure les méthodes de l'impérialisme moderne : destruction des structures sociales pré-capitalistes locales, exploitation systématique des ressources et mise en place d'un régime juridique d'exception (le Code de l'indigénat).
Politique des « points d'appui »[modifier | modifier le wikicode]
Même si la conquête de l'Algérie préfigure la vague de colonialisme capitaliste de l'Europe, en ce début de 19e siècle, ce n'est pas encore la politique dominante. La plupart des pays d'Europe n'en sont encore qu'au début du décollage de leur capital industriel, et l'avantage technologique et militaire sur le reste du monde n'est pas encore écrasant.
Dans un premier temps, c'est avant tout la sécurisation du commerce qui motive la relance du colonialisme. En 1843, Guizot, le ministre des affaires étrangères, déclarait à l'Assemblée : « Il est indispensable […] de posséder sur les points du globe qui sont destinés à devenir de grands centres de commerce et de navigation, des stations maritimes sûres et fortes qui servent de points d’appui à notre commerce et où il puisse se ravitailler et chercher refuge ».[8] Cette « politique des points d'appui » se veut modeste, aussi par pragmatisme : le Royaume-Uni a l'hégémonie sur les mers du globe.
C'est le moment de l’annexion de Mayotte (1841), des îles Marquises et de Tahiti (1842) et de la Nouvelle-Calédonie (1853).
Nouvelle-Calédonie / Kanaky[modifier | modifier le wikicode]
La colonisation de la Nouvelle-Calédonie fut une des plus féroces. La France décréta que les Kanaks, méprisés comme des sauvages inférieurs, n’auraient droit qu’à 1/10 des terres et qu’ils seraient parqués dans des réserves. En 1878, un puissant soulèvement de 3 000 Kanaks groupés derrière le chef Ataï tua près de 200 colons. L'armée eut besoin de 18 mois et du soutien de colons et Kanaks achetés pour en venir à bout. Une autre révolte a lieu en 1917, contre la pression à s'enrôler pour la guerre en Europe.
Au début du 20e siècle, les Kanaks n’occupaient plus que 8 % de la superficie de la Grande Terre. Ils faillirent même disparaître, ils n’étaient plus que 27 000 en 1921. Mais illes n'ont jamais cessé de résister.
Expositions coloniales[modifier | modifier le wikicode]

Avec le développement industriel, les grandes puissances européennes mettent en place de grandes « expositions universelles » mettant en scène leurs prouesses industrielles et artistiques, véritables vitrines de soft power impérialiste. Mais de plus en plus, au sein de ces expositions aux nombreux pavillons thématiques, des espaces sont dédiés à l'étalage des « richesses des colonies ». Finalement, des expositions coloniales dédiées seront organisées.
Ainsi lors de l'exposition universelle de Paris de 1889 (moment de la construction de la tour Eiffel), des danseuses javanaises ou des Sénégalais sont présentés comme attraction au public. Comme le confia un Sénégalais à un journaliste du Temps : « Nous sommes très humiliés ». Ce même journaliste admet : « Nous oublions que ce sont des gens et non pas des animaux exotiques ».[9] Puis il y a aura une « Exposition universelle, internationale et coloniale » à Lyon en 1894, une exposition à Rouen en 1896, à Rochefort en 1898, à Hanoï en 1902, à Marseille et Paris en 1906, Paris 1907, Bordeaux 1907, Marseille 1922, Strasbourg 1924, La Rochelle 1927, la grande Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris, et encore Paris en 1937.
Ces véritables « zoos humains » n'avaient pas lieu seulement lors de ce type d'exposition (et ne se limitaient pas à l'exotisation des colonisés, mais aussi de différentes formes de handicap).
Expansion en Afrique[modifier | modifier le wikicode]
La domination s'étend alors massivement en Afrique, avec la création de l'Afrique Occidentale Française (AOF) en 1895 et de l'Afrique Équatoriale Française (AEF) en 1910.
Expansion en Asie[modifier | modifier le wikicode]
L'État français s'empare également de territoires en Asie, avec la création de l'Indochine en 1887, et en Océanie.
Intérêts économiques[modifier | modifier le wikicode]
Ce second empire colonial permet d'exploiter la main-d'œuvre locale à bas coût et d'extraire des ressources pour fournir l'industrie métropolitaine. Parmi les ressources convoitées :
- industries minières : le nickel est exploité en Nouvelle-Calédonie depuis les années 1860 (la société Le Nickel existe toujours)
Pour exploiter ces ressources, l'administration coloniale n'avait pas assez de main d’œuvre en exploitant les indigènes ou les bagnards, ce qui l'amena à développer l'engagisme, c'est-à-dire le recrutement massif de travailleur·ses pauvres, officiellement volontaires mais la plupart du temps réduits par une situation d'endettement à une situation de servitude. Ceux-ci étaient recrutés principalement dans d'autres pays colonisés ou semi-colonisés. Ainsi des milliers de Néo-hébridais[10], Indonésiens, Indochinois, ou Japonais furent exploités en Nouvelle-Calédonie (notamment dans les mines), des milliers de Gilbertins[11] et de Chinois[12] dans les plantations de Tahiti...
L'Algérie et la Nouvelle-Calédonie furent les deux seules vraies colonies de peuplement, les autres étant uniquement des colonies d'exploitation.
Domination néocoloniale[modifier | modifier le wikicode]
Le gouvernement nationaliste de Nasser, issu de la révolution de 1952, décide en 1956 de nationaliser le canal de Suez (avec indemnités). La France et le Royaume-Uni, qui en étaient actionnaires à 44%, décident alors de mener une guerre contre l'Égypte, sous un faux prétexte échafaudé secrètement avec Israël. Mais le tollé international oblige les impérialistes à se résigner à la nationalisation. Les États-Unis sont alors furieux contre cette intervention franco-britannique, qui détourne l'attention de la guerre froide (l'URSS écrase la révolution hongroise au même moment). Le prestige des deux vieilles puissances est très diminué. En France, le chef du gouvernement était le socialiste Guy Mollet.
« Françafrique »[modifier | modifier le wikicode]
Après la vague des indépendances amorcée en 1960 et le démantèlement formel de l'empire colonial en 1962, l'impérialisme français a organisé un système néocolonial officieux, couramment appelé la « Françafrique ». Ce système s'appuie sur des élites locales souvent redevables à Paris pour maintenir une relation de vassalité.
Pillage économique et financier[modifier | modifier le wikicode]
L'accès privilégié des multinationales françaises aux ressources stratégiques, comme le pétrole au Gabon ou l'uranium au Niger, est garanti. Le contrôle de la politique monétaire de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale est également assuré directement par le ministère du budget français via le système du Franc CFA.
Quadrillage militaire et politique[modifier | modifier le wikicode]
Le maintien de bases de l'armée française et la signature d'accords de défense ont permis de nombreuses interventions militaires au fil des décennies. Ces opérations visent régulièrement à défendre l'ordre politique de régimes alliés aux intérêts français ou à étouffer les mobilisations populaires, tout en protégeant les intérêts des grands groupes industriels.
Crise et déclin relatif[modifier | modifier le wikicode]
Dans la période récente, l'impérialisme français traverse une crise marquée et un processus de « secondarisation » sur la scène internationale.

En Afrique subsaharienne, qui constituait historiquement son pré carré, les entreprises françaises subissent un net déclin. Dans les années 2000 et 2010, les parts de marché de la France dans les pays d'Afrique subsaharienne passent de 10,1 % à 4,7 %. En parallèle, les entreprises d'autres puissances capitalistes se sont mieux implantées, notamment celles des États-Unis, de la Russie et surtout de la Chine. Celle-ci a augmenté sa part de 2 % en 1990 à 16 % en 2011.[13]
Sur le plan géopolitique, ce recul économique s'accompagne d'une perte d'influence stratégique. Au début des années 2020, des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont connu des coups d'État et de fortes mobilisations populaires dirigées contre la présence française. Ces événements ont poussé ces nations à dénoncer leurs accords de défense avec Paris, forçant le retrait d'une grande partie des troupes françaises de la région.
Impérialisme et répression[modifier | modifier le wikicode]
Le colonialisme permet aux classes dominantes qui y ont recours de développer des moyens répressifs, qui sont à la fois (et avant tout) recyclés contre d'autres peuples, et à la fois utilisés dans la répression des classes dominées. Cela vaut pour l'impérialisme français comme pour les autres.
Par exemple, la France établit des bagnes en Nouvelle-Calédonie (1864-1897) et en Guyane. Dans le bagne de Nouvelle-Calédonie furent envoyés aussi bien les Communards de 1871 que les Kabyles insurgés contre la France en Algérie la même année.
La répression des mouvements anti-coloniaux a inspiré la répression des mouvements communistes pendant la guerre froide, et les vieux impérialismes ont inspiré les nouveaux. Par exemple, quelqu'un comme le général Aussaresses, qui a sévi pendant la guerre d'Algérie, a ensuite enseigné la contre-insurrection aux États-Unis, au Brésil...
État des lieux[modifier | modifier le wikicode]
Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]
Brochures
- De Mayotte à la Nouvelle-Calédonie, l’impérialisme français contre les peuples, Cercle Léon Trotsky n°180 (2025)
- L'impérialisme français et ses anciennes colonies d'Afrique noire, Cercle Léon Trotsky n°39 (1990)
- L'impérialisme français au Moyen-Orient, Cercle Léon Trotsky n°20 (1986)
Notes
- ↑ Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, vol. I : Les vaines tentatives, 1524-1603, Montréal, Fides, 1963, p. 133-134.
- ↑ Gilles Manceron, « Première colonisation et émergence des droits de l'homme : La monarchie et l'esclavage », dans Marianne et les colonies, 2003, p. 28-30
- ↑ Frédéric Régent, « Blancs, demi-Blancs, libres de couleur et esclaves dans les colonies françaises avant 1848 », Séminaire « La traite négrière, l'esclavage et leurs abolitions : mémoire et histoire », 10 mai 2006 au Carré des Sciences à Paris.
- ↑ François-Xavier Emmanuelli, Vivre à Marseille sous l'Ancien Régime, Paris, Perrin, 2011
- ↑ Thomas Piketty, Capital et idéologie, 2019
- ↑ Sue Peabody, « La question raciale et le « sol libre de France » : l'affaire Furcy », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 64e année, no 6, nov.-déc. 2009
- ↑ Charles-Louis Lesur, Annuaire Historique Universel, pour 1820, 1821
- ↑ Discours à la chambre des députés, séance du 31 mars 1843, Le Moniteur universel, p. 649
- ↑ Lynn E. Palermo, « Identity under Construction: Representing the Colonies at the Paris Exposition Universelle of 1889 », dans The Color of Liberty: Histories of Race in France, Durham, Duke University Press, 2003,
- ↑ Joël Dauphiné, « Un aspect de la traite négrière en Océanie : l'exemple néo-hébridais, 1865-1905 », Ultramarines, 1997, p. 10-19
- ↑ Michel LEPLAT, « Le fait colonial dans l'Océanie insulaire », sur histoire-geo.ac-noumea.nc, 17 juillet 2010
- ↑ Gérald Coppenrath, Les Chinois de Tahiti : De l’aversion à l’assimilation, 1865-1966, Société des Océanistes, coll. « Publications de la SdO », 8 octobre 2013 (ISBN 9782854300932), p. 25–108.
- ↑ Anne Cheyvialle et Marie-Amélie Lombard-Latune, « Védrine : "La France a cédé trop de terrain en Afrique" », Le Figaro, 4 décembre 2013