Guerre de Cent Ans

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Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du tableau supérieur gauche : bataille de la Rochelle, bataille d'Azincourt, bataille de Patay, siège d'Orléans
La guerre de Cent Ans est un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, opposant de 1337 à 1453 la dynastie des Plantagenêts à celle des Valois, et à travers elles le royaume d'Angleterre et celui de France.

Les causes de la guerre[modifier]

Une querelle dynastique[modifier]

Depuis deux siècles, le royaume d’Angleterre et celui de France se disputent l’hégémonie politique et économique sur tout le territoire s’étendant de la Manche aux Pyrénées (Bretagne, Normandie, Anjou, Poitou, Guyenne, Gascogne).

En 1152, le mariage d’Henri II Plantagenêt, héritier de la maison d’Anjou et roi d’Angleterre, avec Aliénor d’Aquitaine avait déjà constitué l’"Empire angevin" de Liverpool à Bayonne, de Dublin à Poitiers, Limoges, Le Puy. Durant le 13e siècle, les rois de France intègrent plusieurs territoires sous leur suzeraineté mais le Sud-Ouest (Guyenne, Aquitaine) reste sous domination anglaise et de sentiment pro-anglais ne serait-ce que pour des raisons commerciales et d’interpénétration entre familles nobles originaires d’Angleterre et d’Aquitaine.

En 1294, les guerres de Guyenne reprennent à l’initiative du roi de France. Londres anime une alliance de territoires économiquement avancés avec la Flandre et l’Aquitaine alors que Paris s’appuie plutôt sur quelques féodaux (comtes du Hainaut, du Luxembourg...) et sur l’Ecosse.

Dans la première moitié du 14e siècle, ni la France, ni l’Angleterre ne forment "une nation". Il existe deux royaumes, propriétés privées de familles se transmettant la couronne par héritage, n’ayant absolument pas les frontières actuelles.

En 1328, les trois fils du roi de France Philippe IV le bel (Louis X, Philippe V, Charles IV connus comme "les rois maudits") sont morts sans héritier. Une assemblée de "grands" et de notables choisit Philippe de Poitiers (qui devient alors Philippe VI), petit-fils de Philippe III (père de Philippe le Bel) "parce qu’il était né du royaume". En 1337, le roi d’Angleterre Edouard III (petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France), briguera le trône après une "félonie" de Philippe.

En 1337, le roi de France Philippe VI occupe militairement la Guyenne anglaise. Edouard III d’Angleterre revendique alors le trône de France. La guerre de Cent Ans commence.

Cette querelle de famille est importante mais elle n’est pas suffisante pour expliquer une guerre de Cent Ans.

Des intérêts économiques divergents[modifier]

Au 14e siècle, le marché s’élargit à des dimensions pré-nationales. Aussi, le processus d’unification française est en cours comme le note bien Philippe Wolf pour la région de Toulouse pourtant marquée par d’atroces répressions durant la Croisade contre les Albigeois au 13e siècle. Le marché de plusieurs produits s’élargit même à l’échelle de l’Europe occidentale. Quel Etat va imposer son hégémonie sur les territoires constituant le coeur des marchés porteurs ?

Dans la riche Flandre, centre du marché de la laine, la population urbaine s’est soulevée contre son comte, Louis de Nevers. À peine élu, le nouveau roi de France Philippe VI prend parti pour le féodal et écrase au Mont Cassel, près de Lille, le 23 août 1328, les Flamands insurgés. Dans un contexte d’opposition entre royaume de France et royaume d’Angleterre, les bourgeois flamands ont tout intérêt à se situer du côté anglais car c’est à eux qu’ils achètent la laine brute pour leur production drapière. Le comte de Flandre ayant pris parti pour le trône parisien, la couronne anglaise impose un embargo sur les exportations de laine anglaise le 12 août 1336. Bientôt, les Flamands se soulèvent à nouveau sous la direction de Jacob van Artevelde. Edouard III vient se faire sacrer roi de France parmi eux.

La Guyenne voit son activité économique s’interpénétrer assez largement avec l’Angleterre qui a pris de l’avance sur le royaume de France dans cette première expansion d’un marché pré-capitaliste. On y exporte bien plus le vin vers l'Angleterre que vers Lyon, Paris ou même Clermont-Ferrand. Bordeaux exporte 100000 tonneaux en direction des ports du Nord de la Manche.

Des intérêts géo-politiques divergents[modifier]

Le duché indépendant de Bretagne constitue pour le royaume d’Angleterre un territoire stratégiquement décisif puisqu’il permet de contrôler la route maritime vers la Guyenne. Le roi de France ne peut accepter de voir sa suzeraineté sur cette principauté, même théorique, ainsi remise en cause.

L’Ecosse représente également un enjeu stratégique entre les deux Etats. Depuis plusieurs décennies déjà, les Ecossais, appuyés diplomatiquement et un peu militairement par la France, résistent à la domination anglaise. Or, Londres peut difficilement privilégier l’offensive sur le continent sans en terminer avec cette fière indépendance écossaise.

Les transformations pré-capitalistes[modifier]

Il s’agit même là de la principale explication du déroulement et de la durée exceptionnelle du conflit. Les nobles sont alors confrontés à plusieurs défis qui mettent leur rôle politique, économique, social et militaire en cause :

  • progrès de la circulation monétaire qui détruit le fondement rural autarcique des seigneuries,
  • montée en puissance des villes et des bourgeoisies locales sur lesquelles le pouvoir féodal dispose de faibles moyens de domination
  • extension du pouvoir monarchique sur une zone géographique de plus en plus vaste et de façon de plus en plus prégnante

La même cause produit à la même époque des troubles semblables à la Guerre de Cent Ans en Italie, en Bohême, dans la péninsule ibérique, en Scandinavie, en Pologne...

Ce contexte d’émergence du capitalisme alors que la féodalité reste puissante permet de comprendre d’autres phénomènes historiques tant en France qu’en Angleterre durant la période de la Guerre de Cent Ans comme la révolution de Londres (1381) ou en France, les soulèvements de Rouen (La Harelle), de Paris (Maillotins), de Béziers (Bons amis), d'Auvergne et du Languedoc (Tuchins)...

Le développement pré-capitaliste présente déjà des signes forts en Angleterre. Dès 1279, 46 % des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable inférieure à 5 hectares, soit le strict minimum pour nourrir une famille de 5 personnes. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent, tandis que la pression fiscale augmente de son côté. Beaucoup de ruraux affluent en ville, permettant des salaires tellement bas que la révolte gronde.

La noblesse anglaise essaie de rattraper ses baisses de revenus par la guerre et ses apports.

Les grandes phases de la Guerre de Cent Ans[modifier]

Nous pouvons distinguer 4 périodes successives :

  • les défaites des armées royales françaises de 1337 à 1360 (L’Ecluse 1340, Crécy 1346, Calais 1347, Poitiers 1356...) scellées par le Traité de Brétigny Calais qui donne une immense Aquitaine à l’Ouest de l’actuelle France au roi d’Angleterre "en pleine souveraineté".
  • la reconquête française animée en particulier par Bertrand du Guesclin, essentiellement de 1370 à 1380.
  • la nouvelle offensive anglaise avec le débarquement d’Henri V sur le continent, sa victoire d’Azincourt (1415), l’alliance avec les Bourguignons puis le Traité de Troyes (21 mai 1420) par lequel il crée une "double monarchie" Angleterre France.
  • en 1429, l’irruption de Jeanne d’Arc dans le conflit marque le début d’une période marquée de succès des deux côtés mais durant laquelle les victoires décisives (jusqu’en 1453) sont à l’actif des armées du roi de France.

Effets et répercussions[modifier]

Naissance des nations France et Angleterre[modifier]

Plusieurs historiens ont vu dans la Guerre de Cent Ans un moment important dans la progression d’un "sentiment national" tant en France qu’en Angleterre, prioritairement parmi l’élite nobiliaire, militaire et intellectuelle pour certains (Bernard Guenée), plus clairement dans les milieux populaires d’après André Leguai « Les princes n’avaient pas une conception unitaire du royaume. Ils n’éprouvaient pas un sentiment national même embryonnaire comme celui qui commençait à s’esquisser dans la masse des humbles sujets. » Il est vrai que la brève épopée de Jeanne d’Arc n’aurait pas été possible sans un "sentiment national" assez fort dans la vallée de la Loire.

De façon plus facile à prouver, notons que la Guerre de Cent Ans a scellé l’affaiblissement de la noblesse féodale :

  • militairement avec l’importance accrue des archers, de l’infanterie, des armes à feu, des hiérarchies imposées par la royauté.
  • politiquement avec la suprématie acquise par la royauté (par exemple au plan monétaire et fiscal)
  • socialement avec l’autonomie renforcée des villes et de leurs marchands

Dans le passage progressif du mode production féodal médiéval au mode de production capitaliste comme pour la naissance des nations, les glissements institutionnels imposant la royauté absolue représentent des étapes décisives. Or, pour s’en tenir au cas de la France, il est évident que ce pays sort de la Guerre de Cent Ans entre 1438 et 1480 en réalisant une révolution très importante :

  • le roi s’impose comme le chef naturel de l’Église du royaume (Pragmatique Sanction de Bourges) en lui donnant la responsabilité de nommer les évêques et abbés des monastères, en limitant les prélèvements du pape sur les richesses du clergé français, en marquant des limites aux répressions menées par l’Inquisition
  • création d’une armée nationale permanente ( grandes ordonnances de 1445 et 1448)
  • mise en place de parlements qui affirme la suprématie judiciaire du cadre royal national sur la féodalité de chaque province. Dans le même temps, l’ordonnance de Montils-lès-Tours en avril 1454 amorce la rédaction d’un droit national
  • rattachement de plusieurs grandes principautés "mouvantes" au royaume sous Louis XI ( Bretagne, Bourgogne, Picardie, Artois, Flandre, Maine, Anjou, Provence)

Certains discours[1] négligent ce processus complexe de naissance des nations, et font comme si la France et l'Angleterre avaient toujours existé face à face, avec toute une série de discours essentialistes sur les caractéritisques nationales. On y date par exemple le début d’une hostilité « entre les deux Etats, sinon les deux peuples » de la bataille d’Hastings (14 octobre 1066). Il suffit pourtant de parcourir une biographie du vainqueur Guillaume le Conquérant pour comprendre que ce monde féodal du 11e siècle ne comprend ni Etats, ni peuples mais de grands seigneurs et des principautés féodales en lutte perpétuelle.

Bibliographie[modifier]

  1. Par exemple le dossier du n°380 (octobre 2012) de la revue L’Histoire, intitulé La guerre de cent ans, Deux nations face à face.