Rapports entre villes et campagnes

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Ville de La Plata vue du ciel

Les rapports entre villes et campagnes ont évolué historiquement, en fonction des modes de production principalement.

Le capitalisme engendre depuis la révolution industrielle une très forte tendance à l'urbanisation partout dans le monde.

1 Bref historique[modifier | modifier le wikicode]

On parle de révolution urbaine pour dater la naissance des villes, après la révolution néolithique.

La révolution urbaine correspond globalement à la naissance des sociétés de classe. En effet, entre les citadins et la majorité paysanne, il y a non seulement division du travail, mais également apparition d'une hiérarchie : au sein des villes, une classe sociale dominante s'arroge le pouvoir de coordonner le travail des paysans des environs et d'en exploiter une partie. Les modes de production antiques voient donc l'apparition de la domination de la ville sur la campagne en même temps que l'apparition des classes.

Au début du Moyen-Âge en Europe, l'importance de la ville recule par rapport aux fiefs ruraux.

Au gré du développement du commerce, les villes vont à nouveau acquérir une importance de plus en plus grande. Cependant, les artisans, marchands et autres banquiers vivent aux interstices d'une société dont la richesse repose principalement sur la terre, que ce soit par sa large majorité de paysans ou son infime minorité de propriétaires terriens et nobles.

En Russie, le moujik (paysan) a eu pendant pendant des siècles l'habitude d'utiliser le mot « nemetz » (signifiant « muet », « celui qui ne parle pas la langue du pays ») pour « allemand » mais aussi pour tous les étrangers et même les hommes venant des villes.[1]

La révolution industrielle a engendré un boom de l'urbanisation.

L'émergence du capitalisme et la révolution industrielle vont engendrer un nouveau saut qualitatif dans l'importance des villes. Le développement de l'industrie et la mécanisation de l'agriculture va provoquer une prolétarisation de la paysannerie et un exode rural massif qui est toujours en cours.

Depuis 1800, la croissance urbaine suit une courbe exponentielle. En 1900, la population urbaine mondiale était de 10 %. En 1950, elle atteint 30 %.

Depuis environ 2007, l'humanité vit à plus de 50% dans les villes.[2]

2 La ville capitaliste[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Fortes disparités[modifier | modifier le wikicode]

Certains pays comme le Japon ou la Belgique ont déjà des taux d'urbanisation qui dépassent 90% (il faut mettre de côté le cas particulier des villes-États). Ce sont des pays très denses (plus de 350 hab/km2), mais il y a aussi de grands pays peu denses (moins de 20 hab/km2) dans lesquels le taux d'urbanisation dépasse 90% (Australie, Argentine).[3]

A l'inverse, un grand nombre de pays d'Afrique ont un taux d'urbanisation inférieur à 20%. Cette disparité est bien évidemment liée au système impérialiste qui créé une forte hiérarchie entre les pays.

2.2 Problèmes écologiques et sanitaires[modifier | modifier le wikicode]

L'urbanisation capitaliste a engendré de nombreux dégâts écologiques :

  • Pollution de l'air (locale) : Un des premiers effets de l'industrialisation fut une très visible pollution de l'air. Le décollage industriel en Angleterre s'est fait en brûlant de grandes quantités de charbon, qui noircissaient l'air des villes et créait des brouillards (smog). L'air est presque toujours plus pollué en ville (sauf pour les pesticides). Dans les villes les plus polluées d’Europe, c'est presque deux ans d’espérance de vie qui sont perdus par les habitants. Les solutions préventives existent, mais les capitalistes ne les prennent que si elles leur sont imposées.
  • Émissions de gaz à effet de serre : Étant donné que les villes ont concentré le gros de l'industrie, elles sont les lieux principaux où sont émis les gaz à effet de serre. Les impacts du dérèglement climatique sont globaux et pas seulement en ville, mais l'augmentation des températures en cas de canicule peut être plus extrême en ville en raison de l'effet ilot de chaleur urbain.
  • Pollution des eaux : Les premières villes industrialisées se sont vite retrouvées avec de gros problèmes de pollution des eaux, car les industries déversaient leurs déchets dans les fleuves, mais aussi parce que les villes avaient tellement grossi que la quantité d'excréments humains engendrait des contaminations bactériologiques (choléra...). Les systèmes d'égouts et de filtration des eaux permettent aujourd'hui de régler ce problème, mais d'autres problèmes sont apparus, a priori de moindre échelle mais encore mal connus.
  • Pollution sonore : Le bruit ambiant n'est pas seulement une gêne subjective, il a des impacts sur la santé. Il pourrait être grandement abaissé en abandonnant les véhicules à moteur thermique et en améliorant l'isolation acoustique.
  • Artificialisation des sols et perte de biodiversité : Par définition, l'urbanisation est une artificialisation, en vue de rendre l'espace urbain pratique pour les humains. Le corollaire est que les villes laissent beaucoup moins de place à la flore et la faune, donc diminuent automatiquement la biodiversité. D'une part par l'étalement urbain, d'autre part comme effet des axes routiers ou ferroviaires reliant les villes, qui créent des coupures, que beaucoup d'espèces ne peuvent plus traverser, fragilisant leurs capacités de survie (fragmentation écologique). Le problème de la fragmentation peut être limité en investissant dans des écoducs. La question de l'artificialisation doit être mise en balance avec la quantité d'espace occupé par les humains (par seulement en ville, mais en englobant les surfaces agricoles utilisées pour nourrir les villes). Ce qui pose la question du type d'urbanisme (plus ou moins dense), et du type d'agriculture (plus ou moins efficace par hectare).
  • Imperméabilisation des sols : Le fait de recouvrir de béton ou d'asphalte de grandes quantités de surfaces peut causer des problèmes d'inondation. Car même si la voirie canalise les eaux de pluie vers les égouts, cela se retrouve très vite saturé en cas d'orages violents (contrairement à des terres nues, qui ont une forte capacité « d'éponger » les pluies). Des mesures spécifiques peuvent être prises. Et là encore, c'est fortement dépendant du type d'urbanisme.

2.3 Types d'urbanisme[modifier | modifier le wikicode]

Il y a de fortes différences entre les zones urbaines : centres-villes, banlieues, zones pavillonnaires, zones industrielles, zones commerciales, bidonvilles... Quantifier la population urbaine par un seul chiffre a le travers de masquer ces disparités. L'essentiel de la bourgeoisie et du prolétariat vit dans les villes, mais n'y a pas du la même qualité de vie.

Même si le métier d'urbaniste s'est développé pour tenter d'apporter de la rationalisation ou de la qualité de vie, l'essentiel de l'urbanisation se fait de façon « spontanée », c'est-à-dire en réalité de façon contrainte par le marché. Le capitalisme a favorisé une ségrégation spatiale et une répartition « fonctionnelle » dans les villes : des banlieues ouvrières dortoir, connectées à des zones industrielles ou des zones de bureaux, connectées à d'autres zones de loisirs ou consommation de masse... Les promoteurs immobiliers achètent des terrains éloignés (moins chers), pour y construire des zones spécialisées/massifiées pour faire des économies d'échelle (lotissements, grandes surfaces...), et il faut ensuite connecter ces zones par des transports, qui voient donc forcément passer des flux massifs.

Le passage au tout voiture dans les années 1960 a accentué cette spécialisation et eu un impact massif sur l'urbanisme : élargissement des rues, agrandissement et éloignement des différentes zones (résidentielles, commerciales...), construction d'autoroutes et de boulevards périphériques, accidents, bruit...

Pour aller vers une civilisation écologiquement soutenable, il est nécessaire de lutter contre cet étalement urbain, en privilégiant les habitats collectifs, plus denses que les pavillons. Cela ne signifie pas forcément des grands ensembles immenses (qui ne sont d'ailleurs pas aussi denses que des immeubles haussmanniens par exemple[4]), et cela ne signifie pas forcément une baisse de la qualité de vie.

L'habitat pavillonnaire ne peut pas être le modèle de la ville de demain.

2.4 Projections[modifier | modifier le wikicode]

L'urbanisation vue depuis l'espace

On estime que d'ici 2050 plus de 68 % de la population mondiale vivra dans les villes.[5]

Certains spéculent sur l'hypothèse d'une urbanisation aboutissant à une ville-monde (œcuménopole).

3 Points de vue marxistes[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque Engels découvre la Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), une des premières choses qui le choque est l'hygiène déplorable dans laquelle les ouvriers sont contraints de vivre dans les grandes villes industrielles : habitat ouvrier insalubre fréquemment comparé à des tanières, distances épuisantes qui séparent lieux de travail et d'habitation, voirie fétide et absence de jardins publics dans les quartiers populaires...[6]

Dans l’Idéologie allemande (7e fragment du tome I), Marx et Engels traitent de l'opposition entre la ville et la campagne au cours du développement des forces productives. Dans leur perspective, la collectivisation de l’économie mettra fin à l’opposition ville/campagne. Parmi les premières mesures communistes indiquées dans le Manifeste communiste, le point 9 est : « Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.  »[7]

Dans La question du logement (1872), Engels aborde le problème posé par l’exode rural et la surpopulation des villes, de plus en plus inadaptées à l’accueil de nouveaux travailleurs.

Dans l’Anti-Dühring (1878) Engels s'en prend à Eugen Dühring qui pense que la séparation de la ville et de la campagne est « inévitable de par la nature de la chose ». Engels soutient au contraire que le capitalisme conduit à une mauvaise répartition du machinisme, qui provoque des déséquilibres écologiques (il n'emploie pas le terme) et sanitaires, et que seule une planification consciente permettra d'y remédier :

« La suppression de l'opposition de la ville et de la campagne n'est donc pas seulement possible. Elle est devenue une nécessité directe de la production industrielle elle-même, comme elle est également devenue une nécessité de la production agricole et, par-dessus le marché, de l'hygiène publique. Ce n'est que par la fusion de la ville et de la campagne que l'on peut éliminer l'intoxication actuelle de l'air, de l'eau et du sol; elle seule peut amener les masses qui aujourd'hui languissent dans les villes au point où leur fumier servira à produire des plantes, au lieu de produire des maladies.  »

« La suppression de la séparation de la ville et de la campagne n'est donc pas une utopie, même en tant qu'elle a pour condition la répartition la plus égale possible de la grande industrie à travers tout le pays. Certes, la civilisation nous a laissé, avec les grandes villes, un héritage qu'il faudra beaucoup de temps et de peine pour éliminer. Mais il faudra les éliminer et elles le seront, même si c'est un processus de longue durée.  »[8]

En pleine guerre civile, dans une Russie en déclin socio-économique, Trotski écrit :

« Avant tout, il est nécessaire d'assurer à la classe ouvrière la possibilité de vivre, fût-ce dans les conditions les plus pénibles, et de conserver de ce fait les centres industriels, de sauver les villes. C'est là le point de départ. Si nous ne voulons pas dissoudre la ville dans la campagne, l'industrie dans l'agriculture, si nous ne voulons pas ruraliser tout le pays, nous devons maintenir, ne fût-ce qu'à un niveau minimum, notre transport, et assurer le pain aux villes, le combustible et les matières premières à l'industrie, le fourrage au bétail. Sans cela, nous ne ferons pas un pas en avant.  »[9]

Henri Lefebvre en 1971

Trotski, comme l'immense majorité des cadres bolchéviks, considèrent surtout l'abolition du clivage villes-campagne comme un rattrapage de la campagne. Cela consiste surtout en plus d’espaces verts dans les villes, et en l’industrialisation de la production agricole dans le cadre d’exploitations géantes[10].

En 1972, Henri Lefebvre écrit La pensée marxiste de la ville. Il reprend les idées de Marx et Engels, mais apporte ses propres interprétations. Selon lui, l’opposition entre ville et campagne (entre centre et périphérie) ne saurait être assimilée à celle de la ruralité (culture rurale) et de l’urbanité (culture urbaine) qui, loin de s’atténuer, s’accentue au contraire jusqu’à complet recouvrement de la première par la seconde à terme. Mais il ne précise pas quelle forme prendrait la nouvelle société qui en serait issue, qu'il qualifie de société urbaine par opposition à la société industrielle et à la société rurale.

4 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]