Rapports entre villes et campagnes

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Les rapports entre villes et campagnes ont évolué historiquement, en fonction des modes de production principalement.

Bref historique[modifier]

On parle de révolution urbaine pour dater la naissance des villes, après la révolution néolithique.

La révolution urbaine correspond globalement à la naissance des sociétés de classe. En effet, entre les citadins et la majorité paysanne, il y a non seulement division du travail, mais également apparition d'une hiérarchie : au sein des villes, une classe sociale dominante s'arroge le pouvoir de coordonner le travail des paysans des environs et d'en exploiter une partie. Les modes de production antiques voient donc l'apparition de la domination de la ville sur la campagne en même temps que l'apparition des classes.

Lors du Moyen-Âge en Europe, l'importance de la ville recule par rapport aux fiefs ruraux.

Au gré du développement du commerce, les villes vont à nouveau acquérir une importance de plus en plus grande. Cependant, les artisans, marchands et autres banquiers vivent aux interstices d'une société dont la richesse repose principalement sur la terre, que ce soit par sa large majorité de paysans ou son infime minorité de propriétaires terriens et nobles.

L'émergence du capitalisme et la révolution industrielle vont engendrer un nouveau saut qualitatif dans l'importance des villes. Le développement de l'industrie et la mécanisation de l'agriculture va provoquer une prolétarisation de la paysannerie et un exode rural massif qui est toujours en cours.

En Russie, le moujik (paysan) a eu pendant pendant des siècles l'habitude d'utiliser le mot « nemetz » (signifiant « muet », « celui qui ne parle pas la langue du pays ») pour « allemand » mais aussi pour tous les étrangers et même les hommes venant des villes.[1]

Point de vue marxiste[modifier]

Lorsque Engels découvre la Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), une des premières choses qui le choque est l'hygiène déplorable dans laquelle les ouvriers sont contraints de vivre dans les grandes villes industrielles : habitat ouvrier insalubre fréquemment comparé à des tanières, distances épuisantes qui séparent lieux de travail et d'habitation, voirie fétide et absence de jardins publics dans les quartiers populaires...[2]

Dans l’Idéologie allemande (7ème fragment du tome I), Marx et Engels traitent de l'opposition entre la ville et la campagne au cours du développement des forces productives. Dans leur perspective, la collectivisation de l’économie mettra fin à l’opposition ville/campagne. Parmi les premières mesures communistes indiquées dans le Manifeste communiste, le point 9 est : « Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.  »[3]

Dans La question du logement (1872), Engels aborde le problème posé par l’exode rural et la surpopulation des villes, de plus en plus inadaptées à l’accueil de nouveaux travailleurs.

Dans l’Anti-Dühring (1878) Engels s'en prend à Eugen Dühring qui pense que la séparation de la ville et de la campagne est « inévitable de par la nature de la chose ». Engels soutient au contraire que le capitalisme conduit à une mauvaise répartition du machinisme, qui provoque des déséquilibres écologiques (il n'emploie pas le terme) et sanitaires, et que seule une planification consciente permettra d'y remédier :

« La suppression de l'opposition de la ville et de la campagne n'est donc pas seulement possible. Elle est devenue une nécessité directe de la production industrielle elle-même, comme elle est également devenue une nécessité de la production agricole et, par-dessus le marché, de l'hygiène publique. Ce n'est que par la fusion de la ville et de la campagne que l'on peut éliminer l'intoxication actuelle de l'air, de l'eau et du sol; elle seule peut amener les masses qui aujourd'hui languissent dans les villes au point où leur fumier servira à produire des plantes, au lieu de produire des maladies.  »

« La suppression de la séparation de la ville et de la campagne n'est donc pas une utopie, même en tant qu'elle a pour condition la répartition la plus égale possible de la grande industrie à travers tout le pays. Certes, la civilisation nous a laissé, avec les grandes villes, un héritage qu'il faudra beaucoup de temps et de peine pour éliminer. Mais il faudra les éliminer et elles le seront, même si c'est un processus de longue durée.  »[4]

En pleine guerre civile, dans une Russie en déclin socio-économique, Trotsky écrit :

« Avant tout, il est nécessaire d'assurer à la classe ouvrière la possibilité de vivre, fût-ce dans les conditions les plus pénibles, et de conserver de ce fait les centres industriels, de sauver les villes. C'est là le point de départ. Si nous ne voulons pas dissoudre la ville dans la campagne, l'industrie dans l'agriculture, si nous ne voulons pas ruraliser tout le pays, nous devons maintenir, ne fût-ce qu'à un niveau minimum, notre transport, et assurer le pain aux villes, le combustible et les matières premières à l'industrie, le fourrage au bétail. Sans cela, nous ne ferons pas un pas en avant.  »[5]

Trotsky, comme l'immense majorité des cadres bolchéviks, considèrent surtout l'abolition du clivage villes-campagne comme un rattrapage de la campagne. Cela consiste surtout en plus d’espaces verts dans les villes, et en l’industrialisation de la production agricole dans le cadre d’exploitations géantes[6].

En 1972, Henri Lefebvre écrit La pensée marxiste de la ville. Il reprend les idées de Marx et Engels, mais apporte ses propres interprétations. Selon lui, l’opposition entre ville et campagne (entre centre et périphérie) ne saurait être assimilée à celle de la ruralité (culture rurale) et de l’urbanité (culture urbaine) qui, loin de s’atténuer, s’accentue au contraire jusqu’à complet recouvrement de la première par la seconde à terme. Mais il ne précise pas quelle forme prendrait la nouvelle société qui en serait issue, qu'il qualifie de société urbaine par opposition à la société industrielle et à la société rurale.

Notes et sources[modifier]

Paquot, Younès, Espace et lieu dans la pensée occidentale, Chapitre 17. Karl Marx et Friedrich Engels et l'opposition ville/campagne, 2012