Fedor Dan

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Fedor Il'ich Dan
(1871-1947), en russe Фёдор Ильич Дан (également appelé Théodore Dan), était un dirigeant du parti menchevik.

Biographie[modifier]

Jeunesse[modifier]

Né dans une famille juive à Saint-Pétersbourg le 19 octobre 1871, son véritable nom est Gurvitch. Alors qu'il est encore un jeune homme, il rejoint l'Union de lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière. Il est arrêté en 1896 et exilé en Oryol pour trois années. À son retour il rejoint le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) et va à Londres pour son second congrès en 1903. Dans le débat sur l'organisation, Dan s'aligne sur Julius Martov contre Lénine.

Leader menchévik[modifier]

Dan rentre en Russie en 1912, et dirige avec Martov les menchéviks qui à partir de cette date sont clairement dans un parti distinct des bolchéviks.

En 1913 et 1914 il est député à la Douma, et cherche à réaliser une alliance avec les libéraux qui avait échoué en 1907.

Il épouse Lydia Dan, une autre militante menchévique.

Première guerre mondiale[modifier]

Le chauvinisme ouvert de la bourgeoisie russe qui se déchaîne en 1914 rebute Dan, comme beaucoup de menchéviks, qui voient difficilement comment une alliance pourrait être possible. Comme la plupart des menchéviks (mais contrairement à Tséretelli), il ne considère pas qu'un mouvement révolutionnaire pourrait venir de la paysannerie. Il soutient que seul le prolétariat russe pourrait se soulever.

Habitant à Saint-Pétersbourg, il édite des publications mencheviques jusqu'à être confronté à l'exil à Minousinsk à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il est libéré en 1915 et accepte de servir dans l'armée en tant que chirurgien.

Après la Révolution de Février 1917[modifier]

Il retourne à Saint-Pétersbourg à la suite de la révolution de Février et plaide pour la participation des mencheviks dans le gouvernement provisoire. Il soutient également la poursuite de la guerre contre l'Allemagne et l'Autriche, au nom de la défense de la démocratie.

Il devient un des leaders des mencheviks dans le præsidium du Soviet de Petrograd, aux côtés du président Tchkhéidzé, puis dans le Comité exécutif central panrusse des soviets.

Après les journées de juillet, il condamna avec la majorité du Comité exécutif les bolchéviks, les accusant de provoquer la réaction et d'être en partie responsables des difficultés russes sur le front.

Dan essayait de maintenir une position de centre-gauche, s'opposant à des sanctions contre les bolchéviks défendues par exemple par Tséretelli. Il soutenait d'une part que la menance bolchévique était exagérée, d'autre part que cela pourrait augmenter leur influence en tant que victimes du gouvernement.

Mais il soutient au Comité du 9 juillet un vote d'appui inconditionnel du Comité au gouvernement provisoire. Au Comité du 13 juillet, à laquelle participe Kerenski, il vote la suspension des membres du Comité accusés d'avoir participé à la révolte de Juillet, condamne la fuite de Lénine comme « absolument intolérable » et encourage le gouvernement à utiliser les pouvoirs accordés par la précédente résolution du Comité.

Après la tentative de putsch de Kornilov, Dan est refroidi dans son soutien au gouvernement bourgeois. Cependant il maintiendra le soutien au nouveau gouvernement issu de la « Conférence démocratique ». Il défendra la formation d'un gouvernement exclusivement socialiste, qui cesse de reporter les réformes attendues par la population.

En octobre, en l'absence de Tséretelli parti en Georgie, Dan et d'autres dirigeants menchéviks s'allient avec la tendance internationaliste (Martov) pour changer le Comité central du parti, contre une minorité défensiste.

Pendant la Révolution d'Octobre 1917[modifier]

A la séance du Préparlement du 24, les bourgeois et conciliateurs apprennent (les bolchéviks ont boycotté le préparlement) que le Comité militaire révolutionnaire a pris le contrôle de toute la garnison avec ses commissaires, et déclaré l'Etat-major de l'arrondissement contre-révolutionnaire. On ne sait pas encore à ce moment-là s'il s'agit réellement d'une insurrection, mais Kerensky stigmatise la « populace » et annonce que désormais les bolchéviks « sont sujets à une liquidation immédiate, résolue et définitive ». Il demande alors le soutien de l'assemblée, mais les divers socialistes sont frileux de se solidariser du gouvernement et débattent de formules tout l'après-midi. Finalement ils reprennent hypocritement une formule de Martov qui désigne le gouvernement comme co-responsable de la situation et lui demande de remettre la terre aux comités agraires et d'engager des pourparlers de paix immédiatement. Au moment des votes, les soutiens inconditionnels du gouvernement (KD, leaders cosaques, coopérateurs) sont en minorité. La résolution finale demande à ce que la lutte contre l'insurrection soit confiée non au gouvernement, mais à un comité spécial de salut public.

Quand Kerensky, qui était retourné au Palais d'Hiver, découvre la résolution vers 21h, il menace de démissionner et appelle les leaders conciliateurs. Dan soutient que la résolution est nécessaire pour changer l'état d'esprit des masses, et que si le gouvernement collait partout des affiches annonçant qu'il avait proposé aux Alliés d'entamer des pourparlers de paix, les bolchéviks seraient forcés de dissoudre leur Etat-major révolutionnaire. Comme le raconte Kerensky :

« Dan me déclara tout d'abord qu'ils étaient beaucoup mieux informés que moi et que j'exagérais les événements sous l'influence des commu­nications de mon état-major réactionnaire. Puis il m'assura que la résolution de la majorité du soviet, résolution désa­gréable "pour l'amour-propre du gouvernement", contri­buerait indiscutablement à un revirement favorable de l'état d'esprit des masses, que son effet se faisait déjà sentir et que maintenant l'influence de la propagande bolchevique "tomberait rapidement”.

D'autre part, d'après lui, les bolcheviks dans leurs pourparlers avec les leaders de la majorité soviétiste s'étaient déclarés prêts à "se soumettre à la volonté de la majorité des soviets" et disposés à prendre "dès demain” toutes les mesures pour étouffer l'insurrection qui “avait éclaté contre leur désir, sans leur sanction". Dan conclut en rappelant que les bolcheviks "dès demain" (toujours demain !) licencieraient leur état-major militaire et me déclara que toutes les mesures prises par moi pour répri­mer l'insurrection ne faisaient qu'"exaspérer" les masses et que, par mon "immixion", je ne faisais qu' “empêcher les représentants de la majorité des soviets de réussir dans leurs pourparlers avec les bolcheviks sur la liquida­tion de l'insurrection  »[1]

Après la Révolution d'Octobre 1917[modifier]

Il s'oppose à la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre , mais au deuxième Congrès des soviets, les menchéviks et leurs alliés SR de droite sont minoritaires. Il perd son poste.

Il est membre du petit groupe d'opposition menchevik au sein de l'Assemblée constituante. Après son interdiction en 1918, il dénonce la réduction des libertés politiques. Il est arrêté en 1921 et envoyé en exil.

Il s'oppose au régime de l'Union soviétique, considérant que les bolcheviks ont mis en place un « capitalisme industriel d’Etat » qui « contredit d’une façon si évidente la doctrine de Marx »[2]. Mais lorsque le pays est attaqué en 1941, Dan apporte son soutien. Dans son livre Les Origines du bolchevisme (1943), il estime que le bolchevisme était le défenseur du socialisme, tout en plaidant la cause de la libéralisation politique en Union soviétique.

Il meurt le 22 janvier 1947 à New York.

Notes et références[modifier]

  1. Cité par Trotsky dans Les leçons d'Octobre, 1924
  2. Dans T. Dan et J. Martov, La Dictature du prolétariat, Ed. de la Liberté, 1947.