Congrès des soviets de la région du Nord

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Le Congrès des soviets de la région du Nord fut organisé à Petrograd du 11 au 13 octobre 1917. Il rassemblait principalement des soviets dominés par les bolchéviks, et couvrait des secteurs importants : Moscou, Petrograd, Cronstadt, Reval, Helsingfors (aujourd'hui Helsinki)...

Contexte[modifier]

La bataille pour le congrès des soviets[modifier]

Le Premier congrès pan-russe des soviets d'ouvriers et de soldats, en juin 1917, avait fixé la périodicité des congrès à 3 mois. Mais en septembre, suite à la majorité conquise par les bolchéviks dans la plupart des soviets, le Comité exécutif central (l'exécutif du congrès) dirigé par les socialistes conciliateurs tente de s'opposer à la convocation du 2e congrès. Les conciliateurs mènent une campagne sournoise de sabotage du congrès, et les bolchéviks font de l'agitation pour qu'il se tiennent, en plus de leur propagande pour « tout le pouvoir aux soviets ».

Ne se bornant point à la campagne d'agitation, les bolcheviks créèrent pour eux-mêmes une importante base d'organisation, en convoquant un congrès des soviets de la région du Nord, où ils sont en force.

Peu avant, du 9 au 12 septembre, s'était tenu à Helsingfors le 3e congrès des Soviets de l’Armée, de la Flotte et des Travailleurs de Finlande. Il avait élu un comité exécutif permanent composé presque exclusivement de bolcheviks et de SR de gauche. Sous la présidence du bolchevik ultraradical Ivar Smilga, cet organisme s’autoproclama comme l’autorité politique la plus élevée de Finlande.

Les préparatifs de l'insurrection[modifier]

Lénine faisait pression depuis mi septembre pour que le Comité central organise une insurrection le plus tôt possible. Le Comité central était attentiste. Une partie (Zinoviev, Kamenev...) était contre l'insurrection elle-même, une autre partie voulait attendre le Congrès des soviets (Trotsky...).

Lénine est tellement convaincu de l'urgence, qu'il enfreint même les règles du centralisme démocratique. Le 8 octobre, sans l'aval du Comité central, il dit aux délégués bolchevistes du Congrès régional du Nord :

« On ne peut attendre le Congrès panrusse des soviets, que le Comité exécutif central est capable de différer jusqu'à novembre, on ne peut surseoir, tout en permettant à Kérensky d'amener encore des troupes korniloviennes. " Le Congrès régional, où sont représentés la Finlande, la flotte et Reval, doit prendre l'initiative " d'un mouvement immédiat sur Piter. »[1]

Le congrès des soviets de la région du Nord[modifier]

Le congrès réunit 150 délégués venus de 23 points différents : de Petrograd et de sa périphérie, de Moscou, de Cronstadt, de Helsingfors (aujourd'hui Helsinki) et de Reval (aujourd'hui Tallinn), jusqu'à Arkhangelsk. Avec ces coeurs ouvriers, ces forteresses maritimes, la flotte de la Baltique et ces garnisons des environs de Petrograd, ce congrès était de fait un coup majeur porté par les bolchéviks, même si le Comité exécutif central déclara que le congrès du Nord était une conférence particulière. Une poignée de délégués mencheviks refusa de participer aux travaux du Congrès, n'y assistant « qu'à titre d'information ».

Ouvert par Antonov, le Congrès, auquel on avait donné à dessein une nuance militaire, eut lieu sous la présidence du sous-lieutenant Krylenko, le meilleur agitateur du parti sur le front, futur commandant en chef des troupes bolchevistes. Le rapport politique de Trotsky portait essentiellement sur la tentative nouvelle faite par le gouvernement pour éloigner de Petrograd les régiments révolutionnaires : le Congrès ne permettra pas « de désarmer Petrograd et d'étouffer le Soviet ». La question de la garnison de Petrograd est un élément du problème fondamental du pouvoir.

La résolution proposée par Trotsky dit : « L'heure est venue où c'est seulement par une marche audacieuse et unanime de tous les soviets que peut être résolue la question du pouvoir central. » Cet appel à peine masqué à l'insurrection est adopté à l'unanimité sauf 3 abstentions.

Lachévitch appelait les soviets à s'assurer, d'après l'exemple de Petrograd, des garnisons locales. Le délégué letton Peterson promit pour la défense du Congrès des soviets quarante mille chasseurs lettons. La déclaration de Peterson, accueillie avec enthousiasme, n'était pas le moins du monde de la phrase. Quelques jours après, le soviet des régiments lettons proclama ceci : « C'est seulement une insurrection populaire... qui rendra possible le passage du pouvoir aux mains des soviets. » La radio des vaisseaux de guerre répandit, le 13, dans tout le pays, l'appel du Congrès du Nord à se préparer au Congrès panrusse des soviets. « Soldats, matelots, paysans, ouvriers ! Votre devoir est de surmonter tous les obstacles... »

Suites immédiates[modifier]

Aux délégués bolchevistes du Congrès du Nord, le Comité central du parti proposa de ne point quitter Petrograd dans l'attente du tout prochain Congrès des soviets. Certains délégués, sur mandat du Bureau élu par le Congrès, se rendirent dans les organisations de l'armée et les soviets de localités pour faire des rapports, en d'autres termes pour préparer la province à l'insurrection. Le Comité exécutif central vit alors à côté de lui un puissant appareil qui s'appuyait sur Petrograd et Moscou, qui s'entretenait avec le pays par l'intermédiaire des stations d'émission des dreadnoughts et qui était prêt à se substituer, le moment venu, à l'organe suprême déjà vétuste des soviets, pour convoquer le Congrès. Il se sentit alors forcé de changer de tactique, et de tenter de regrouper toutes ses forces pour que les socialistes conciliateurs soient les plus nombreux possibles au congrès.

Notes et sources[modifier]

  • Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 43. Lénine appelle à l'insurrection, 1930
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