Institut Smolny

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L'Institut Smolny est un édifice de style palladien de Saint-Pétersbourg qui a joué un rôle majeur dans l'histoire de la Russie.

Construction[modifier]

Le bâtiment a été commandé à Giacomo Quarenghi par la « Société pour l'éducation des jeunes filles nobles ». Établi à la demande instante d'Ivan Betskoï en 1764, l'institut est dirigé pendant plus de trente ans par madame de Lafont à l'image des demoiselles de Saint-Cyr en France. Le bâtiment actuel a été construit en 1806-1808 pour cette institution et a emprunté son nom au couvent Smolny des environs[1]. Il fut le premier établissement d'enseignement pour femmes de Russie.

Histoire[modifier]

Siège des soviets en 1917[modifier]

A l'été 1917, l’Institut Smolny fut fermé et les élèves de l’Institut ont été transférées dans d’autres écoles.

Après la répression qui suit les journées de juillet, le rapport de force entre les leaders socialistes (même modérés) et le gouvernement provisoire penche vers ce dernier. Kerensky cherche à marginaliser les soviets autant qu'il peut, pour gouvernement sans être gêné par la dualité de pouvoir. Le Soviet de Petrograd et le Comité exécutif central des soviets sont poussés à déménager vers la fin juillet du Palais de Tauride (qui soit-disant nécessitait des réparations) vers l'Institut Smolny, plus petit.

« La presse bourgeoise écrivait dès lors, au sujet du transfert aux soviets de la maison des " petites oies blanches ", presque du même ton qu'auparavant elle avait parlé de la saisie du palais de Kczesinska par les bolcheviks. Diverses organisations révolutionnaires, et dans ce nombre les syndicats, qui s'étaient installés par réquisition dans des édifices subirent en même temps une attaque au sujet de l'occupation des immeubles. Il ne s'agissait pas d'autre chose que d'expulser la révolution ouvrière des logements trop vastes dont elle s'était emparée aux dépens de la société bourgeoise. »[2]

Les soviets réémergent comme force majeure au moment de la tentative de putsch de Kornilov. Smolny est alors un vértiable quartier général.

John Reed a décrit l'ambiance de l'institut Smolny pendant la révolution dans ses Dix jours qui ébranlèrent le monde :

« L’Institut Smolny, siège du Tsik et du Soviet de Petrograd, se trouvait à des kilomètres du centre, à la limite de la ville, sur les bords majestueux de la Néva. J’y allai en tramway. Le wagon, bondé de gens, avançait en gémissant, à l’allure d’un escargot, le long des rues pavées de pierres et couvertes de boue. En arrivant au terminus, on voyait se dresser le couvent Smolny avec ses belles et gracieuses coupoles bleu fumée, soulignées d’un filet d’or sombre ; à côté, on apercevait la façade de l’Institut Smolny, une sorte de caserne longue de deux cents mètres et haute de deux grands étages, avec les armes impériales géantes, gravées dans la pierre, toujours là, au-dessus de l’entrée, insolemment. (...)

[Smolny] renfermait plus d’une centaine de vastes pièces blanches et nues avec des plaques émaillées sur les portes, qui continuaient à informer le passant qu’il s’agissait du « bureau de la surveillante », de la « quatrième classe » ou de la « salle des professeurs » : par-dessus pendaient des écriteaux grossièrement tracés, témoignage de la vitalité de l’ordre nouveau : « Comité central du Soviet de Pétrograd », « Tsik », « Bureau des affaires étrangères », « Union des soldats socialistes », « Comité central des Syndicats panrusses », « Comités d’usine », « Comité central de l’Armée » ; on y trouvait également les bureaux et salles de réunion des partis politiques.

Les longs couloirs voûtés, éclairés de rares ampoules électriques, débordaient de soldats et d’ouvriers dont on n’apercevait que les silhouettes fuyantes, souvent ployées sous le poids de grands ballots de journaux, de tracts, de toute sorte de propagande imprimée. Leurs bottes pesantes résonnaient sur le plancher de bois comme un roulement de tonnerre grave et incessant. Partout, des écriteaux proclamaient : « Camarades ! Dans l’intérêt de votre santé, veillez à la propreté. » A tous les étages, sur les paliers, on vendaient tracts et publications de divers partis politiques, qui s’empilaient sur de longues tables. Au rez-de-chaussée, le réfectoire, vaste et bas de plafond, n’avait pas changé de destination. J’achetai pour deux roubles un ticket qui donnait droit à un repas et je fis la queue avec des centaines d’autres gens en attendant de m’approcher des longues tables où vingt hommes et femmes plongeaient leur louche dans d’immenses chaudrons pour en en extraire de la soupe aux choux, de gros morceaux de viande, ou des monceaux de kacha, le tout accompagné de quignons de pain noir. Moyennant cinq kopecks, on recevait du thé dans un tasse en fer-blanc. Chacun empoignait une des cuillers en bois graisseuses qui s’entassaient dans un panier. Pressés sur des bancs, le long des tables en bois, des prolétaires affamés dévoraient leur nourriture, discutaient, échangeaient des grosses plaisanteries d’un bout à l’autre de la salle.

Il y avait une autre cantine, en haut, qui était réservée au Tsik, bien que tout le monde y allât. Là, on pouvait obtenir du pain généreusement beurré et d’interminables verres de thé.

Dans l’aile sud, au premier, se trouvait la grande salle des séances, l’ancienne salle de bal de l’Institut. Elle était haute et blanche, divisée par deux rangées de colonnes massives, et éclairée par des centaines d’élégantes coupoles qui brûlaient dans des lustres d’un blanc vitreux ; à une extrémité, s’élevait une estrade, flanquée de deux grands lampadaires à branches multiples ; au fond pendait un cadre doré dont on avait découpé le portrait de l’Empereur. C’est là que tous les jours de fête s’étaient tenues les grandes-duchesses entourées de brillants uniformes militaires et ecclésiastiques. »

L'Etat-major de l'insurrection bolchévique[modifier]

En septembre, les bolchéviks remportent la majorité au Soviet de Petrograd. Pourtant les bolchéviks ne sont pas encore tout à fait maîtres de Smolny. Le VTsIK se considère toujours comme maître des lieux. Il dispose encore de l'administration de l'Institut, de la caisse, de l'expédition, des automobiles, des téléphones.

En octobre, le Soviet de Petrograd met en place le Comité militaire révolutionnaire, qui s'assure très vite la loyauté de l'immense majorité de la garnison de Petrograd, qui n'obéit plus à Polkovnikov, le chef de l'arrondissement militaire. Le CMR devient le quartier général de l'insurrection.

Ce n'est que dans les derniers jours que les bolchéviks commencent sérieusement à renforcer la sécurité et les forces militaires de Smolny. J. Reed témoigne du renforcement de la sécurité : « Il devint dès lors peu facile d'entrer à l'Institut Smolny, le système des laissez-passer était modifié à des intervalles de quelques heures, car des espions pénétraient constamment à l'intérieur ».

Raskolnikov raconte que « Tout Smolny fut transformé en un camp de guerre. Au dehors, devant la colonnade, des canons pointés. Près d'eux, des mitrailleuses... Presque sur chaque palier, les mêmes "Maxims", pareilles à des canons-jouets, et, dans tous les couloirs... les allures rapides, bruyantes, allègres des soldats et des ouvriers, des matelots et des agitateurs ». Soukhanov, qui accuse non sans raison les organisateurs de l'insurrection d'un manque d'organisation militaire, écrit : « C'est seulement alors dans la journée et le soir du 24 que commencèrent à se grouper autour de Smolny les détachements armés des gardes rouges et des soldats pour la défense de l'État-major de l'insurrection... Vers le soir du 24, la garde Smolny avait déjà de l'allure. »

Trotski rapporte le fourmillement d'activité pendant l'insurrection :

« À Smolny l'on siégeait en permanence. Des agitateurs, organisateurs, dirigeants d'usine, de régiment, de district, se montraient pour une heure ou deux, parfois pour quelques minutes, dans le but de savoir les nouvelles, de vérifier leur propre action et de revenir à leur poste. Devant la salle n° 18, où se tenait la fraction bolcheviste du Soviet, il y avait un attroupement indescriptible. Les visiteurs, exténués, s'endormaient fréquemment dans la salle des séances, appuyant une tête alourdie contre une blanche colonne, ou bien contre le mur d'un corridor, le fusil serré entre les bras, parfois couchés tout du long sur le pavage mouillé et sale. Lachevitch recevait les commissaires militaires et leur donnait les dernières instructions. Dans le local du Comité militaire révolutionnaire, au troisième étage, les rapports qui venaient de tous côtés se transformaient en décisions : là battait le cœur de l'insurrection. »[3]

Au lendemain de l'insurrection, les 25-26 octobre, le 2e congrès des soviets se tient à Smolny.

Après la révolution[modifier]

C'était la résidence de Lénine pendant plusieurs mois, jusqu'au moment où le gouvernement soviétique a été déplacé au Kremlin de Moscou. Après cela, l'Institut Smolny devint le siège de la section locale du Parti communiste, dans les faits l'hôtel de ville.

En 1927, un monument en hommage à Lénine a été érigé en face de l'immeuble.

C'est dans l'institut même que Sergueï Kirov a été assassiné le 1 décembre 1934.

Après 1991, l'Institut Smolny a été utilisé comme résidence du maire de la ville (gouverneur après 1996) et de l'administration de la ville. Vladimir Poutine y a travaillé de 1991 à 1997 dans l'administration d'Anatoli Sobtchak.

Notes et références[modifier]

  1. Wladimir Berelowitch, Olga Medvedkova, Histoire de Saint-Pétersbourg, p. 242, Paris, 1996, Fayard
  2. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 36 Marée montante, 1932
  3. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 45 La prise de la capitale, 1932

Références[modifier]

  • Marie Leca-Tsiomis, Une proposition de Diderot pour l’Institut Smolnyi, In : Journées d’études franco-russes, Université d’État Lomonossov, Издательство Moсковского Университета, 2013, p. 198-204.
  • Wladimir Berelowitch, Olga Medvedkova,Histoire de Saint-Pétersbourg, Paris, 1996, Fayard

Liens externes[modifier]