Comitard

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Friedrich Lengnik, un comitard bolchévik parmi d'autres

Le terme de comitard (komitetchiki en russe) désigne, souvent de façon péjorative, une personne qui participe assidûment à un comité de parti politique.[1] C'est un terme aujourd'hui vieilli.

1 Les comitards du POSDR[modifier | modifier le wikicode]

Le terme a été utilisé pour désigner les membres assidus des comités du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. Etant donné la difficulté à s'organiser sous la répression tsariste, ces membres étaient souvent des « révolutionnaires professionnels », dont la vie tournait essentiellement autour de l'organisation. On pouvait ainsi distinguer les comitards des sympathisants, mais aussi des dirigeants du parti, qui étaient le plus souvent en déportation (Sibérie...) ou dans l'émigration (en Europe principalement).

Etant donné que les bolchéviks étaient, depuis la scission du 2e congrès (1903), les partisans d'une organisation rigoureuse, le terme de comitard a surtout été associé à eux. Le militant et historien Tony Cliff en donne la description suivante :

« Ils n’avaient pas de vie en dehors du mouvement. (...) Ils étaient, dans l’ensemble, compétents, perspicaces, énergiques et volontaires ; hors-la-loi absolus, ils n’auraient pu survivre autrement. Les comitards poursuivirent leur activité, inlassablement, pendant des mois et des années. Il suffit de consulter la liste des délégués au Ve Congrès de Londres (1907), par exemple, pour y voir une galerie de gens qui étaient la colonne vertébrale du bolchevisme, les porteurs de la tradition, de la continuité du parti...»[2]

Kroupskaïa raconte également :

« Le membre du comité était d'ordinaire un homme plein d'assurance; il voyait l'énorme influence que l'activité du comité avait sur les masses; en règle générale, le "comitard" n'admettait aucune démocratie à l'intérieur du parti; il méprisait toujours un peu les "émigrés", qui exagéraient tout et semaient la zizanie. " On voudrait bien les voir en Russie..." De plus, le comitard n'aimait pas les innovations. Il ne voulait pas et ne savait pas s'adapter à des circonstances rapidement changeantes. »[3]

Selon Trotski, Staline fut pendant longtemps le type même du comitard.

Lorsque la révolution de 1905 éclate, ces militants précieux pour le parti firent preuve d'un certain conservatisme. La possibilité de militer au grand jour donna la possibilité de recruter largement de nombreux ouvriers, mais cela brisait les habitudes acquises, notamment celles de s'assurer par de longues périodes de formation et de probation que les nouveaux arrivants sont fiables. Lénine écrivait à ses cadres en Russie :

« Secouez toutes les vieilles habitudes d’immobilité, de respect hiérarchique, etc.! (...) Donnez sans paperasserie à tout sous-comité le droit de rédiger et des tracts (il n’y aura pas grand mal si l’on commet des erreurs, Vpériod les corrigera « avec douceur »). (...) Mais organisez à tout prix, organisez et organisez des centaines de cercles en reléguant tout-à-fait à l’arrière-plan les habituelles sottises (hiérarchiques) des comités. Nous sommes en temps de guerre. Ou de nouvelles organisations militaires, jeunes, fraîches, énergiques, se formeront partout pour accomplir sous tous ses aspects, dans tous les milieux, l’œuvre révolutionnaire de la social-démocratie, ou vous périrez avec le renom de « comitards » nantis de sceaux. »[4]

Dans les conditions de la clandestinité, la démocratie dans les comités étaient très limitée, et les comitards faisaient preuve d'autorité. A l'inverse au moment de la révolution, il devient possible d'organiser des votes, et cela aussi bouscule les comitards.

Lénine fut partisan de l'ouverture en grand des portes du parti et de sa démocratisation.

La même chose se passait chez les mencheviks, comme le rapporte Martov.[5]

En revanche, lors de la période de contre-révolution de 1907-1910, les comitards furent dans l'ensemble plus résistants, tandis que de nombreuses recrues de la période révolutionnaire 1905-1906 (surtout les intellectuels), qui espéraient une victoire rapide, désertaient le parti.

2 Sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. http://www.cnrtl.fr/definition/comitard
  2. Tony Cliff, Lénine - Chapitre 8 Ouvrez les portes du parti, 1975
  3. Léon Trotski, Staline, 1940
  4. Lénine, Lettre à A. A. Bogdanov et S. I. Goussiev, 11 février 1905
  5. J. Martov, Geschichte der russischen Sozialdemokratie, Berlin 1926