Indépendantisme et autonomisme

L'indépendantisme, est un mouvement politique nationaliste revendiquant l'indépendance politique.[1] Cela revient de fait à un séparatisme.
Une alternative est l'autonomisme, qui revendique des institutions propres sur un certain nombre de compétences, sans rompre complètement avec l'État central. Le régionalisme est une forme plus diffuse, souvent plus limitée à des revendications culturelles.
Généralités[modifier | modifier le wikicode]
Au fil de l'histoire, des États se sont constitués d'une part, et d'autre part des différences ethniques, linguistiques, religieuses, culturelles... Du fait des conquêtes, des migrations, ou d'autres évolutions plus lentes (différenciations, assimilations), les États étaient loin de correspondre à des populations homogènes. A partir du 18e et surtout 19e siècle, en conséquence de la révolution industrielle (essor des bourgeoisies et des besoins d'unifier des marchés, des journaux et des partis de masse...), les revendications sur la souveraineté nationale explosent. On parle de question nationale.
Dans l'Europe du 19e siècle, et notamment pendant le Printemps des peuples (1848), les mouvements nationalistes naissant réclamaient en général la démocratie en même temps qu'un État-nation (un État correspondant à une population plus ou moins homogène). Souvent, il ne s'agissait alors pas tant de revendiquer des indépendances que de recomposer les États. Par exemple, l'unification de l'Allemagne et de l'Italie s'est faite par regroupement de nombreux petits États hérités de l'époque féodale. Dans les empires d'Autriche-Hongrie et de Russie, il y avait de nombreux débats sur les revendications portées par les différents mouvements, nationalistes mais aussi socialistes. Ces derniers ont généralement défendu le droit des peuples à l'auto-détermination, tout en prônant plutôt la coopération volontaire la plus large, par internationalisme.
Les impérialismes européens se sont lancés de longue date dans la colonisation, colonisant quasiment l'entièreté de l'Afrique et de l'Asie à la fin du 19e siècle. Les luttes de libération nationale des peuples colonisés ont abouti à leur indépendance, pour la plupart au 20e siècle après 1945. Dans les pays qui ont connu une indépendance par rapport à un État étranger, la date de l'indépendance est très souvent un jour de fête nationale.

Les colonies d'Amérique sont un cas particulier : les populations autochtones ont été très largement décimées, et ce sont les bourgeoisies formées à partir de populations européennes qui ne voulaient plus devoir dépendre de métropoles lointaines, ces dernières n'ayant pas la force de les retenir. Les États-Unis ont ouvert la voie en 1776, et la plupart des pays d'Amérique sont devenus indépendantes au début du 19e siècle.
Mais les mouvements indépendantistes n'ont pas disparu après la vague de décolonisations. Le capitalisme favorise, par ses crises sociales, les forces centrifuges entre populations.
Au sein des pays dominés, les tensions liées à la pauvreté accentuent les tensions entre ethnies ou religions différentes, d'autant plus que les découpages issus de l'époque coloniale ont souvent été indifférents aux populations, voire ont été fait pour diviser pour mieux régner. Plusieurs séparations ont eu lieu depuis la fin du 20e siècle : Érythrée (1993), Timor oriental (2002), Soudan du Sud (2011). D'autres conflits sont en cours (Cameroun, Sahara occidental...).
Même au sein des pays dominants, le séparatisme est présent, bien que généralement moins fort (l'autonomisme suffit souvent) et relativement moins violent (Kanaky, Québec, Flandre belge, Catalogne, Pays Basque, Écosse...).
Rapport à la violence[modifier | modifier le wikicode]
Dans la décolonisation[modifier | modifier le wikicode]
Les mouvements indépendantistes peuvent être plus ou moins violents, la cause principale étant le degré de répression décidé par l'État dominant. La plupart du temps, celui-ci ne veut pas entendre parler de séparation d'une partie de « son » territoire, même quand il s'agit officiellement d'une démocratie qui proclame le droit des peuples à l'auto-détermination.

Un mouvement réprimé et clandestin peut alors avoir recours au terrorisme, au sabotage, à des insurrections armées... Quand la mobilisation populaire atteint son maximum, et dans certaines circonstances (l'implication de la métropole dans une guerre...), cela peut déboucher sur une guerre d'indépendance : Irlande, États-Unis, Indochine, Indonésie, Algérie...
L'exemple du mouvement pour l'indépendance de l'Inde illustre un cas intermédiaire, avec à la fois une lutte armée (Subhash Chandra Bose, affronte militairement les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale) et une lutte pacifiste (derrière Gandhi).
Dans certains cas, plus rares, l'autonomisation puis l'indépendance a été progressive et le lien avec l'ancienne métropole reste très fort (Canada et Australie vis-à-vis du Royaume-Uni...). Il s'agit de cas où les liens culturels et économiques entre les bourgeoisies des deux côtés étaient très étroits.
Enfin, dans le cas de l'effondrement de l'URSS en 1991, toute une série d'États ont pris leur indépendance sans avoir besoin de recourir à la violence.
Contre d'autres indépendantistes[modifier | modifier le wikicode]
Malheureusement les peuples luttant pour leur indépendance se sont pas toujours unanimes sur les nouvelles frontières à établir peur leur État. Il est très souvent arrivé que des tensions éclatent entre nationalités pendant ou après le processus d'indépendance, et que des mouvements globalement vus comme progressistes participent aussitôt à des épurations ethniques contre d'autres minorités, voire envahissent à leur tour des pays voisins. Le nationalisme reste une idéologie largement irrationnelle facilement manipulable pour des intérêts dominants, tant qu'il existera des classes.
Par exemple, à peine émancipés de l'Empire ottoman, la Serbie, la Bulgarie et la Grèce s'affrontent (1912-1923) pour s'étendre territorialement, ce qui s'accompagne d'expulsions massives et de nettoyages ethniques. Ou encore dans l'Inde et le Pakistan à peine indépendants (1947), de nombreuses déportations et massacres réciproques de musulmans et d'hindous ont eu lieu, et une série de guerres. Le Pakistan oriental (Bangladesh) finira aussi par se séparer (1971).

Certains mouvements politiques ont mis en avant d'autres solutions que l'État-nation, particulièrement pour les zones très hétérogènes en termes de population. Il peut s'agit de fédérations, ou d'autonomie nationale-culturelle. Mais ces tentatives nécessitent une stabilité et une paix sociale que le capitalisme ne favorise pas du tout. Elles ont été rares, et beaucoup d'entre elles ont fini par être abandonnées dans la violence. Par exemple, une partie des peuples des Balkans se sont regroupés pendant 84 ans dans la Yougoslavie, mais l'éclatement de la fédération en 1991 a provoqué une décennie de guerres et d'épurations ethniques.
Indépendance et autonomie[modifier | modifier le wikicode]
Les revendications indépendantistes peuvent évoluer vers l'autonomisme, et à l'inverse, des revendications autonomistes peuvent se radicaliser vers l'indépendantisme.
Généralement, cela dépend du degré de démocratie et de prospérité économique :
- plus un État central est tyrannique, plus cela suscite de la rébellion,
- plus un État exploite de façon unilatérale un territoire, ou le laisse dans la misère, plus le séparatisme est fort.
C'est pour cela que de nombreux socialistes ont mis en avant le droit démocratique à la séparation, et le co-développement harmonieux, tout en espérant que de ce fait même, la séparation ne serait pas nécessaire. Lénine écrivait par exemple : « plus le régime démocratique d'un État est proche de l'entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation ».[2] Il faisait souvent l'analogie avec le droit au divorce : défendre ce droit n'est pas appeler au divorce.[3]

Rosa Luxemburg insistait sur le fait que l'autonomie locale devait être centrée sur des questions culturelles, mais que l'État central devait garder la compétence sur les aspects économiques centraux (douanes, fiscalité, chemins de fer...).[4]
Les colonies trop petites (comme les îles isolées) craignent davantage que l'indépendance aggrave leur situation économique et sociale, ce qui limite la popularité des mouvements indépendantistes. C'est notamment pour cela que les puissances européennes ont conservé de nombreuses îles ou petits territoires (ex: Antilles, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Réunion, Guyane...). Ces puissances ont limité la revendication autonomiste et indépendantiste en faisant quelques dépenses pour améliorer le niveau de vie local (dépense limitée par la petite taille) dans le but de conserver des ancrages stratégiques aux quatre coins du monde. Malgré tout, il reste de profondes inégalités entre ces territoires et la métropole, et l'autonomisme, voire l'indépendantisme, reste fort.
Régionalisme[modifier | modifier le wikicode]
Le terme de régionalisme désigne souvent un ensemble de revendications ou de mouvements revendiquant une forme modérée d'autonomie. Ce sont souvent des aspects culturels qui sont mis en avant (mise en avant d'une langue locale dans l'enseignement, dans des noms de rues ou de villes...).
Lutte nationale et lutte de classes[modifier | modifier le wikicode]
La lutte des classes et la question nationale sont souvent entremêlées. Les marxistes essaient d'analyser ce genre de situations. Par exemple, Rosa Luxemburg écrivait en 1908 :
« En Lituanie et en Ruthénie, la nationalité polonaise est justement celle des couches dirigeantes, propriétaires terriens nobles et bourgeoisie, alors que la nationalité lituanienne et plus encore la biélorusse sont surtout représentées par la paysannerie sans terre. C'est pourquoi les relations entre nationalités sont ici – en règle générale – des relations entre classes sociales. »[4]
Séparatisme de pauvres[modifier | modifier le wikicode]
Dans la plupart des colonies ou semi-colonies, il y a de nettes différences d'attitudes vis-à-vis des colons en fonction des classes sociales. Les classes dominantes sont souvent divisées entre une partie qui ne souhaite pas l'indépendance parce qu'elle fait des affaires profitables avec les colons (« bourgeoisie compradore »), et une partie plus en faveur de l'indépendance.
Dans les colonies où l'oppression étrangère est nette et brutale, la pression venant de la population et des intellectuels nationalistes tend à rendre l'indépendantisme hégémonique. Il y a souvent eu au cœur des luttes indépendantistes des luttes de classe importantes contre les élites conservatrices (que ce soit dans la révolution états-unienne ou la révolution indonésienne...).
Séparatismes de riche[modifier | modifier le wikicode]

Dans certains cas, le séparatisme est soutenu par la bourgeoisie d'un pays ou d'une région plus riche, qui ne veut pas payer pour les autres :
- Ligue du Nord en Italie,
- nationalistes flamands en Belgique,
- Catalogne en Espagne (bien que le mouvement soit ambigu, avec de larges composantes progressistes).
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
Notes
- ↑ Définition du CNRTL.
- ↑ Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, 1916
- ↑ Lénine, Du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, février 1914
- ↑ 4,0 et 4,1 Rosa Luxemburg, La question nationale et l’autonomie, 1908
Bibliographie
- Mikael Bodlore-Penlaez, Atlas des nations sans État - Peuples minoritaires en quête de reconnaissance, Yoran Embanner, 2010, (ISBN 978-2914855716).
- Stéphane Rosière, « La fragmentation de l’espace étatique mondial », L'Espace Politique, n° 11, février 2010
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