Indépendantisme et autonomisme

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Ho-chi-Minh lisant la proclamation d'indépendance du Viêt Nam (1945).

L'indépendantisme, est un mouvement politique nationaliste revendiquant l'indépendance politique.[1] Cela revient de fait à un séparatisme.

Une alternative est l'autonomisme, qui revendique des institutions propres sur un certain nombre de compétences, sans rompre complètement avec l'État central. Le régionalisme est une forme plus diffuse, souvent plus limitée à des revendications culturelles.

Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Au fil de l'histoire, des États se sont constitués d'une part, et d'autre part des différences ethniques, linguistiques, religieuses, culturelles... Du fait des conquêtes, des migrations, ou d'autres évolutions plus lentes (différenciations, assimilations), les États étaient loin de correspondre à des populations homogènes. A partir du 18e et surtout 19e siècle, en conséquence de la révolution industrielle (essor des bourgeoisies et des besoins d'unifier des marchés, des journaux et des partis de masse...), les revendications sur la souveraineté nationale explosent. On parle de question nationale.

Dans l'Europe du 19e siècle, et notamment pendant le Printemps des peuples (1848), les mouvements nationalistes naissant réclamaient en général la démocratie en même temps qu'un État-nation (un État correspondant à une population plus ou moins homogène). Souvent, il ne s'agissait alors pas tant de revendiquer des indépendances que de recomposer les États. Par exemple, l'unification de l'Allemagne et de l'Italie s'est faite par regroupement de nombreux petits États hérités de l'époque féodale. Dans les empires d'Autriche-Hongrie et de Russie, il y avait de nombreux débats sur les revendications portées par les différents mouvements, nationalistes mais aussi socialistes. Ces derniers ont généralement défendu le droit des peuples à l'auto-détermination, tout en prônant plutôt la coopération volontaire la plus large, par internationalisme.

Les impérialismes européens se sont lancés de longue date dans la colonisation, colonisant quasiment l'entièreté de l'Afrique et de l'Asie à la fin du 19e siècle. Les luttes de libération nationale des peuples colonisés ont abouti à leur indépendance, pour la plupart au 20e siècle après 1945. Dans les pays qui ont connu une indépendance par rapport à un État étranger, la date de l'indépendance est très souvent un jour de fête nationale.

Signature de la Déclaration d'indépendance des États-Unis (1776)

Les colonies d'Amérique sont un cas particulier : les populations autochtones ont été très largement décimées, et ce sont les bourgeoisies formées à partir de populations européennes qui ne voulaient plus devoir dépendre de métropoles lointaines, ces dernières n'ayant pas la force de les retenir. Les États-Unis ont ouvert la voie en 1776, et la plupart des pays d'Amérique sont devenus indépendantes au début du 19e siècle.

Mais les mouvements indépendantistes n'ont pas disparu après la vague de décolonisations.

Au sein des pays dominés, les tensions liées à la pauvreté accentuent les tensions entre ethnies ou religions différentes, d'autant plus que les découpages issus de l'époque coloniale ont souvent été indifférents aux populations, voire ont été fait pour diviser pour mieux régner. Plusieurs séparations ont eu lieu depuis la fin du 20e siècle : Érythrée (1993), Timor oriental (2002), Soudan du Sud (2011).

Rapport à la violence[modifier | modifier le wikicode]

Les mouvements indépendantistes peuvent être plus ou moins violents, la cause principale étant le degré de répression décidé par l'État dominant. La plupart du temps, celui-ci ne veut pas entendre parler de séparation d'une partie de « son » territoire, même quand il s'agit officiellement d'une démocratie qui proclame le droit des peuples à l'auto-détermination.

Indépendance du Brésil en 1822

Un mouvement réprimé et clandestin peut alors avoir recours au terrorisme, au sabotage, à des insurrections armées... Quand la mobilisation populaire atteint son maximum, et dans certaines circonstances (l'implication de la métropole dans une guerre...), cela peut déboucher sur une guerre d'indépendance : Irlande, États-Unis, Indochine, Indonésie, Algérie...

Voir sur Wikipédia : Guerre d'indépendance.

L'exemple du mouvement pour l'indépendance de l'Inde illustre un cas intermédiaire, avec à la fois une lutte armée (Subhash Chandra Bose, affronte militairement les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale) et une lutte pacifiste (derrière Gandhi).

Dans certains cas, plus rares, l'autonomisation puis l'indépendance a été progressive et le lien avec l'ancienne métropole reste très fort (Canada et Australie vis-à-vis du Royaume-Uni...). Il s'agit de cas où les liens culturels et économiques entre les bourgeoisies des deux côtés étaient très étroits.

Enfin, dans le cas de l'effondrement de l'URSS en 1991, toute une série d'États ont pris leur indépendance sans avoir besoin de recourir à la violence. En revanche, l'éclatement de la Yougoslavie au même moment a provoqué une décennies de guerres.

Indépendance et autonomie[modifier | modifier le wikicode]

Les revendications indépendantistes peuvent évoluer vers l'autonomisme, et à l'inverse, des revendications autonomistes peuvent se radicaliser vers l'indépendantisme.

Généralement, cela dépend du degré de démocratie et de prospérité économique :

  • plus un État central est tyrannique, plus cela suscite de la rébellion,
  • plus un État exploite de façon unilatérale un territoire, ou le laisse dans la misère, plus le séparatisme est fort.

C'est pour cela que de nombreux socialistes ont mis en avant le droit démocratique à la séparation, et le co-développement harmonieux, tout en espérant que de ce fait même, la séparation ne serait pas nécessaire. Lénine écrivait par exemple : « plus le régime démocratique d'un État est proche de l'entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation ».[2] Il faisait souvent l'analogie avec le droit au divorce : défendre ce droit n'est pas appeler au divorce.[3]

L'USTKE est une composante de l'indépendantisme radical en Kanaky

Les colonies trop petites (comme les îles isolées) craignent davantage que l'indépendance aggrave leur situation économique et sociale, ce qui limite la popularité des mouvements indépendantistes. C'est notamment pour cela que les puissances européennes ont conservé de nombreuses îles ou petits territoires (ex: Antilles, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Réunion, Guyane...). Ces puissances ont limité la revendication autonomiste et indépendantiste en faisant quelques dépenses pour améliorer le niveau de vie local (dépense limitée par la petite taille) dans le but de conserver des ancrages stratégiques aux quatre coins du monde. Malgré tout, il reste de profondes inégalités entre ces territoires et la métropole, et l'autonomisme, voire l'indépendantisme, reste fort.

Lutte nationale et lutte de classes[modifier | modifier le wikicode]

Séparatisme de pauvres[modifier | modifier le wikicode]

La lutte des classes et la question nationale sont souvent entremêlées.

Dans la plupart des colonies ou semi-colonies, il y a de nettes différences d'attitudes vis-à-vis des colons en fonction des classes sociales. Les classes dominantes sont souvent divisées entre une partie qui ne souhaite pas l'indépendance parce qu'elle fait des affaires profitables avec les colons (« bourgeoisie compradore »), et une partie plus en faveur de l'indépendance.

Dans les colonies où l'oppression étrangère est nette et brutale, la pression venant de la population et des intellectuels nationalistes tend à rendre l'indépendantisme hégémonique. Il y a souvent eu au cœur des luttes indépendantistes des luttes de classe importantes contre les élites conservatrices (que ce soit dans la révolution états-unienne ou la révolution indonésienne...).

Séparatismes de riche[modifier | modifier le wikicode]

La Ligue du Nord, un séparatisme d'extrême droite.

Dans certains cas, le séparatisme est soutenu par la bourgeoisie d'un pays ou d'une région plus riche, qui ne veut pas payer pour les autres :

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

Notes

Bibliographie

  • Mikael Bodlore-Penlaez, Atlas des nations sans État - Peuples minoritaires en quête de reconnaissance, Yoran Embanner, 2010, (ISBN 978-2914855716).
  • Stéphane Rosière, « La fragmentation de l’espace étatique mondial », L'Espace Politique, n° 11, février 2010

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