Révolution indonésienne

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En haut à gauche : signature de l'indépendance par la reine Juliana des Pays-Bas. En dessous : Sukarno et Hatta avant leur exil à Brastagi.

La révolution indonésienne, ou guerre d'indépendance indonésienne, est un conflit entre l'Indonésie et les Pays-Bas, ainsi qu'une révolution sociale et décoloniale (les Indonésien·nes appellent ces événements « Revolusi »). Elle s'est déroulée de 1945 à 1949, entre la déclaration d'indépendance de l'Indonésie et la reconnaissance de l'Indonésie en tant qu'État indépendant par les Pays-Bas, le .

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas voulurent récupérer leur ancienne colonie, qu'ils avaient dû abandonner lors de l'invasion par les Japonais en 1942. Les Néerlandais parvinrent à contrôler les grandes villes, mais pas les zones rurales. Le conflit ruina petit à petit l'économie néerlandaise.

Le conflit prit fin le , lorsque les Pays-Bas cèdent. À la suite de la révolution, le système de castes auparavant en vigueur perdit de l'importance, réduisant le pouvoir des dirigeants locaux (les râjas).

1 Contexte[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Une colonie semi-féodale[modifier | modifier le wikicode]

Le vaste archipel de l'Indonésie était jusqu'à la Seconde guerre mondiale une colonie des Pays-Bas, les Indes orientales néerlandaises. Les îles les plus peuplées et les plus développées économiquement étaient Java et, dans une moindre mesure, Sumatra. Les Néerlandais contrôlaient une partie du territoire directement, mais avaient aussi passé des accords avec de nombreux princes locaux.

Ce n'était pas vraiment une colonie de peuplement. Les Néerlandais, avec 30 000 fonctionnaires sur 69 millions d'habitant·es, assumaient à l'origine d'être présents uniquement pour le profit, notamment les plantations et le pétrole (avec la Royal Dutch, aujourd'hui dans Shell).

L'essentiel de population (~75%) est paysanne (riziculture) et pauvre, autour de 10% d'ouvriers travaillaient dans les plantations coloniales (sucre, caoutchouc), les mines ou les rares usines urbaines. 90% est analphabète. Les colons n'ont pas cherché à imposer leur langue, et au contraire cherchaient à éviter que la population locale soit en contact avec les idées libérales circulant en Europe. Mais une minorité l'a peu à peu apprise dans des écoles néerlandaises, surtout après que les Néerlandais proclament en 1900 une « politique éthique » avec le développement d'une éducation à laquelle seule une petite minorité avait accès (une bonne partie des leaders indépendantistes en sont issus).

La majorité de la population est musulmane, mais avec de nombreux syncrétismes pré-islamiques, et d'importantes communautés chrétiennes (héritage colonial), hindoues et bouddhistes (notamment avec la présence de communautés chinoises).

1.2 Mouvements nationalistes de gauche[modifier | modifier le wikicode]

Meeting du PKI en 1925 à Batavia (aujourd'hui Jakarta)

Depuis le début du 20e siècle, différentes forces luttaient pour plus d'autonomie ou pour l'indépendance, chacune avec son centre de gravité dans des classes sociales différentes et des stratégies différentes.

Le Budi Utomo et le Sarekat Islam, modérés, adoptèrent des stratégies de coopération avec le colonisateur en siégeant au Volksraad (« Conseil du peuple ») mis en place par les Néerlandais dans l'espoir que l'Indonésie se verrait un jour accorder l'autonomie[1]. Mais progressivement se développent des courants plus radicaux, à la fois pour l'indépendance et pour le changement social, ce qui permettait de mettre en mouvement de plus larges couches sociales.

Une des premières expressions de cette radicalisation est la formation du Parti communiste indonésien (PKI) en 1920, qui est alors le premier parti communiste d'Asie à adhérer à l'Internationale communiste. Une grande partie de la base du PKI provient de la radicalisation de secteurs du Sarekat Islam. Le parti deviendra très influent et sera même, dans les années 1950, le 3e parti communiste dans le monde en nombre d'adhérents, après ceux de la Chine et de l'Union soviétique. Mais en 1927, le PKI est interdit après une révolte armée, ce qui le désorganisera pendant longtemps.

Un autre courant émerge, celui qui parviendra plus tard à l'hégémonie, le Parti national indonésien (PNI) fondé en 1927. Ce courant était dirigé par Sukarno et Mohammad Hatta.[2]

Sukarno, le futur premier président indonésien.

Comme la plupart des nationalismes progressistes du 20e siècle, ce mouvement avait une base sociale large et interclassiste autour de la petite-bourgeoisie, et avait un discours socialisant. Et comme la plupart des partis de ce type, il était composé de tendances différentes vouées à s'affronter. Quand le PNI est interdit en 1931, d'autres regroupements se forment : le Parindra en 1931 (nationalisme de droite), et le Gerindo en 1937 (nationalisme de gauche). Leur choix idéologique correspond aussi à une préférence pour les différents blocs impérialistes : le Parindra se rapprochait des fascistes, tandis que le Gerindo préférait miser sur des compromis avec les néerlandais.

En juin 1945, Sukarno prononce un discours dans lequel il expose sa doctrine des « cinq piliers » – Pancasila – faisant référence à la fois aux 5 préceptes bouddhistes, aux 5 piliers de l'Islam, à un nationalisme ouvert (citant Bauer et Renan) et combiné à l'internationalisme, ainsi qu'à la justice sociale (citant Jaurès).[3] Sukarno et le PNI mettront en avant une pensée appelée « marhenisme », qui se voulait un « marxisme adapté aux conditions indonésiennes ».

1.3 Guerre et occupation japonaise[modifier | modifier le wikicode]

La Seconde guerre mondiale produit de profonds bouleversements, qui accélèrent la lutte pour l'indépendance. Le pays est rapidement envahi par l'impérialisme japonais, et les Indonésien·nes se divisent sur l'attitude à tenir. Les Japonais sont dans un premier temps largement perçus comme libérateurs, d'autant plus qu'ils utilisent le sentiment national indonésien pour vaincre plus facilement les Néerlandais.[4]

Beaucoup de leaders nationalistes, à commencer par Sukarno, collaborent avec les Japonais, et ceux-ci ont contribué à le faire émerger comme figure nationale. Mais ce soutien fut à double tranchant, car l'occupation japonaise se montrait progressivement sous son jour plus brutal.

Le Gerindo, qui était la seule force à lutter réellement contre l'occupation japonaise, tend à en bénéficier. Beaucoup d'anciens membres du PKI interdit militaient dans le Gerindo, en accord avec ce qui était alors la ligne de l’Internationale communiste, de prioriser l'anti-fascisme à l'anti-colonialisme.

Quand la guerre tourne en défaveur du Japon, les Néerlandais cherchent à préparer leur retour en Indonésie et demandent aux Japonais d'y « préserver la loi et l'ordre »[5]. Mais ceux-ci ne le font qu'en partie, et le , alors que la situation du Japon s'aggravait sérieusement, le premier ministre Kuniaki Koiso promit l'indépendance à l'Indonésie, sans fixer de date. Cette annonce fut prise comme une preuve de collaboration de Sukarno avec les Japonais[6].

2 Les événements de 1945-49[modifier | modifier le wikicode]

2.1 La déclaration d'indépendance[modifier | modifier le wikicode]

2.1.1 Formation du gouvernement républicain[modifier | modifier le wikicode]

Des pemuda à Java en 1946

Le Japon capitule le 15 août 1945. Les leaders nationalistes tergiversent, mais l'éveil politique du peuple indonésien s'exprime dans une forte poussée de la radicalité, notamment dans la jeunesse. On appelait alors pemuda (« jeunes ») les nombreux groupes de militants qui se formaient pour réclamer la république et l'indépendance.

Le 16, un groupe de pemuda va jusqu'à kidnapper Surkarno et Hatta pour le forcer à proclamer l'indépendance, ce qui sera fait le 17 août, à Jakarta.[7],[8]

Le jour suivant, un Komite Nasional Indonesia Pusat (KNIP) se réunit et déclare Sukarno président et Hatta vice-président[9]. Il adopte une Constitution ébauchée pendant l'occupation, et commence à discuter des tâches du nouveau pouvoir.

C'est donc Sukarno et d'autres « collaborationnistes » qui prennent la tête de l'embryon d'État[10]. Sukarno voulait initialement refonder le PNI et en faire un parti-État, mais n'a pas de légitimité suffisante et sent qu'il doit faire des concessions.

Dans le gouvernement qu'il annonce en septembre 1945, il nomme ministre de l'information Amir Sjarifuddin, le populaire leader du Gerindo, qui est encore prisonnier des Japonais.

Les nationalistes plus à gauche vont s'organiser pour peser. En novembre, Amir Sjarifuddin et Sutan Sjahrir forment un Parti socialiste (PSI), alors influent dans l'intelligentsia. Un gouvernement parlementaire est formé et Sjahrir est nommé Premier ministre. Jusqu'en 1948, les gouvernements seront dominés par le Front de gauche (sayap kiri), mais dans une relative entente générale, avec le président Sukarno (et son nationalisme de gauche œcuménique) faisant tampon entre la gauche et les partis conservateurs, notamment Masyumi.

2.1.2 Flottement du pouvoir dans l'archipel[modifier | modifier le wikicode]

Le gouvernement indonésien proclamé à Jakarta est encore loin de contrôler les îles d'Indonésie. Suite à la capitulation, les Japonais étaient censés déposer les armes, tout en maintenant l'ordre. Ils se retirent rapidement des grandes villes pour éviter les confrontations, et remettent des armes à des groupes d'Indonésiens qu'ils avaient formé pendant l'occupation[11],[12]. Dans la nouvelle armée indonésienne, les officiers formés par les Japonais étaient plus nombreux que ceux formés par les Néerlandais[9].

Tan Malaka, opposant de Sukarno.

Il faudrait des semaines avant que les Néerlandais et Alliés arrivent en Indonésie, ce qui créait une profonde vacance de pouvoir. Des forces pro-républicaines se forment dans les provinces et se mettent en lien avec Jakarta, tandis que d'autres forces, centrifuges, résistent.

Se posait maintenant la question de l'allégeance des princes à ce gouvernement. Dans le centre de Java, ceux de Surakarta et Yogyakarta se déclarent immédiatement favorables aux républicains, et la République a donc maintenu ces monarques en place. Mais de nombreux princes qui s'étaient enrichis grâce aux Néerlandais, surtout dans les îles extérieures, étaient plus hostiles.[7]

2.1.3 Enthousiasme et impatience[modifier | modifier le wikicode]

De nombreux pemuda forment des groupes de combat pro-républicains (badan perjuangan). En , ils contrôlent la plupart des infrastructures (gares, tramways...) des villes de Java, ne rencontrant qu'une faible résistance japonaise. Ils multiplient les journaux, et les stations de radio, et les graffitis. Une génération d'écrivains connue sous le nom d’Angkatan '45 (« Génération 45 ») émerge.[7]

La nouvelle de la déclaration d'indépendance ne se répand que mi-septembre dans les îles extérieures. Beaucoup n'y croient d'abord pas, puis un enthousiasme pro-républicain se répand rapidement dans la population.[7] Des comités de lutte et des milices s'auto-organisent sur la plupart des îles[4]. Des partis politiques sont fondés ou refondés : le PNI, le PKI, le PSI, le Masyumi (organisation musulmane de centre-droit)... Des troupes sont proches des communistes, d'autres sont des troupes voulant imposer la charia (Hizbullah). Les syndicats s'organisent en centrale (SOBSI).

Sudirman, premier commandant en chef de l'armée indonésienne, partisan du Persatuan Perjuangan de Malaka.

Des divisions apparaissent vite sur la stratégie à mener. Sukarno et Hatta misent beaucoup sur la consolidation progressive des institutions et les négociations (tant avec les Néerlandais qu'avec les princes locaux), tandis que d'autres prônent la lutte armée contre toutes les forces réactionnaires.[4] C'est notamment le cas du communiste Tan Malaka, qui incitait les pemuda à lutter jusqu'au bout, et à négocier uniquement lorsque les armées néerlandaises seraient chassées. Malaka dirige une grande manifestation de 200 000 personnes à Jakarta, et d'autres grandes villes sont gagnées par des manifestations massives et enflammées. Il forme des organisations distinctes, notamment le Persatuan Perjuangan ("Front de lutte") en 1946, qui regroupait de nombreuses organisations populaires radicales, mais pas le PKI. Ce front a un poids important à cette période, notamment dans l'armée.

De son côté le Parti communiste retrouve une influence notable, mais suit alors encore une ligne modérée dictée par Staline, qui veut éviter le conflit avec les Alliés. Comme dans beaucoup d'autres situations (guerre d'Espagne, Chine des années 1920...) les staliniens ne cherchent pas à utiliser pleinement l'énergie révolutionnaire des masses travailleuses. Ils ne poussent pas dans le sens d'une intense lutte de classe ni dans le sens d'un refus radical des compromis avec les Néerlandais.

2.2 Contre-révolution alliée[modifier | modifier le wikicode]

2.2.1 Attaque néerlandaise et appui britannique[modifier | modifier le wikicode]

Les Néerlandais refusent de reconnaître la République indonésienne, qu'ils qualifient de création du fascisme japonais[6]. Les Pays-Bas, qui avaient été occupés par l'Allemagne, étaient sévèrement affaiblis, mais ils reçoivent de l'appui d'autres puissances occidentales.

Les États-Unis font un prêt de dix millions de dollars à l'administration des Indes orientales néerlandaises pour sa reconstruction[5], et les Britanniques, qui avaient déjà le contrôle de certaines zones (à Kalimantan, à Morotai et en Nouvelle-Guinée occidentale) acceptèrent d'assurer l'ordre. Ils essaient cependant d'éviter les conflits, ne pouvant / voulant pas impliquer leur troupes dans une dure lutte[4]. Dans de nombreuses zones, les japonais remettent le pouvoir aux Britanniques ou aux australiens, et des administrateurs néerlandais reviennent.

Les troupes alliées débarquent à Java fin septembre 1945 puis vers Sumatra en octobre, et des conflits commencent à éclater à ce moment-là. Les Japonais tuent des pemuda à Pekalongan le 3 octobre 1945, par exemple, et de violents affrontements ont lieu un peu plus tard à Semarang, faisant 500 morts chez les Japonais et 2000 chez les Indonésiens.

Pour vaincre la résistance dans les villes d'Ambarawa et Magelang, les Britanniques lancent des bombardements aériens[13]. Une offensive pemuda sur Bandung en novembre-décembre fait 1 200 morts, et lorsque ceux-ci doivent fuir, ils mettent le feu à la moitié de la ville (« Mer de feu de Bandung »).


Puis, du 27 octobre au 20 novembre a lieu la bataille de Surabaya. Les troupes britanniques prennent la ville, mais au prix de nombreuses pertes (2 000 hommes). Malgré leurs lourdes pertes (15 000 morts), les républicains bénéficieront de ce symbole de lutte sacrificielle. La bataille attira aussi l'attention internationale, et poussa les Britanniques à rester neutre dans ce conflit.

La direction républicaine s'exila de Jakarta à Yogyakarta, avec le soutien du sultan Hamengkubuwono IX. Yogyakarta joua un rôle majeur dans la révolution, d'où l'octroi d'un statut spécial[14].

Les Néerlandais redoublèrent de violence coloniale. Ils bombardent les villes de Palembang et Medan, et les troupes spéciales du capitaine Raymond « le Turc » Westerling sème la terreur. Environ 3 000 républicains et leurs partisans furent tués en quelques semaines.[7]

Sur Java et Sumatra, les succès militaires néerlandais se limitèrent aux grandes villes. Ils furent incapables de soumettre les villages de campagne. Dans les îles extérieures, le sentiment républicain n'était pas aussi fort, du moins parmi les élites, et les Néerlandais s'en emparent avec plus de facilité. Ils y forment des « États autonomes » à leur botte, notamment en Indonésie Orientale. La plupart des sultanats retombèrent entre leurs mains.

A noter que dans les pays alliés, une partie du mouvement ouvrier soutenait le camp indonésien. Ainsi dès septembre 1945, les dockers australiens boycottent les navires néerlandais. [15]

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2.2.2 Guerre civile et violences racistes[modifier | modifier le wikicode]

La guerre d'indépendance augmenta le niveau de violence politique dans toute l'Indonésie, exacerbant à la fois les luttes progressistes, et des violences réactionnaires, notamment des représailles sordides et des actes racistes. Et le viol était courant sur les femmes cibles des agressions.[4]

La population indonésienne s'en est pris non seulement aux forces d'occupation européennes et japonaises, y compris aux prisonniers, mais aussi à des personnes suspectées de sympathies pour les Néerlandais, et / ou considérés comme « non-indigènes ».

Il y a des éléments de lutte des classes dans ces cibles, puisque les nobles d'Indonésie, qui ont subi des représailles, avaient en grande partie collaboré activement avec les colons. Les rois bupatis, ou plus généralement les riches, furent ainsi souvent violentés, parfois tués, décapités. Dans les sultanats côtiers de Sumatra et Kalimantan, par exemple, les sultans furent attaqués dès le départ des autorités japonaises. Les seigneurs laïcs d'Aceh, qui avaient été à la base de la fondation du gouvernement néerlandais, furent exécutés. Dans certains secteurs, les habitants se soulevèrent contre les aristocrates traditionnels et les chefs de village et tentèrent d'imposer une propriété populaire des terres et des ressources[4]. La majorité de ces tentatives furent réprimées rapidement[16]. Parfois la population utilisait le mot d'ordre « souveraineté populaire » — mentionné dans le préambule de la Constitution — pour opérer des réquisitions de produits auprès de marchands.

Mais les violences se sont étendues à de nombreuses autres populations, qui certes faisaient souvent partie de couches petite-bourgeoises moins précaires, mais qui se voyaient essentialisées et rejetées parmi les ennemis. Elles subissaient parfois d'autant plus de violence qu'elles étaient sans défense, contrairement aux troupes impérialistes. De véritables massacres ont eu lieu à certains endroits.

Ainsi de nombreux métis indo-européens ont été ciblés. Ceux-ci étaient nombreux. En 1940 environ 80% des Européens présents étaient plus ou moins métissés. On estime que sur les 290 000 européens et indo-européens présents avant la guerre, 50 000 ont été tués jusqu'à 1947.

Les communautés chinoises ont également été attaquées. Historiquement, il y avait eu avant même les occidentaux des marchands chinois installés en Indonésie. Les Néerlandais ont accentué les divisions sociales, en décourageant parfois l'assimilation des Chinois pour mieux leur confier des tâches spécifiques comme la collecte d'impôts. Au moment de l'indépendance, l'artisanat et le petit commerce était en grande partie contrôlé par des Chinois, et des jalousies s'étaient accumulées. Le Sarekat Islam avait à l'origine été créé par des marchands javanais voulant s'unir contre la concurrence des Chinois.


Les Ambonais et autres d'autres Moluquois, habitants d'un archipel à l'Est de Java, ont été visés également. Tragiquement, parce que les Amboinais avaient longtemps résisté aux colons, ils avaient fini par être mieux traités et ont parfois été surnommés « les Néerlandais noirs ».[17] Une bonne moitié d'entre eux étaient devenus protestants, et ils ont été massivement recrutés comme soldats par les Néerlandais pour lutter contre les indépendantistes.

Soldat amboinais de l'armée néerlandaise à Java (janvier 1948)

Ces violences indiscriminées ont été particulièrement fortes entre août 1945 et septembre 1947, dans la période de plus grande vacance du pouvoir. Une période qui a été appelée « bersiap » (« préparez-vous »).[18],[19],[20].

Sukarno et Hatta ont souvent appelé au calme, mais les pemuda, rejetant tout appel à la modération, tendaient à considérer la violence, quelle que soit sa cible, comme la voie révolutionnaire.

2.2.3 Diplomatie et offensive militaire[modifier | modifier le wikicode]

En novembre 1946, le gouvernement indonésien et les Néerlandais signent un compromis, l'accord de Linggarjati. Il s'agit de former une république des États-Unis d'Indonésie, un État fédéral ayant à sa tête la couronne néerlandaise[21]. Mais cet accord ne satisfaisait aucun des deux camps.

Côté indonésien, de nombreuses forces veulent une réelle indépendance, que ce soit parmi le PNI, le Masyumi ou les forces plus à gauche autour de Malaka. Le PKI soutenait en revanche Sukarno et son premier ministre PSI, Sutan Sjahrir.

Côté néerlandais, l'Est de l'Indonésie sous leur contrôle était plus un État fantoche qu'une composante de la nouvelle république, et une grande partie de la bourgeoisie impérialiste voulait reconquérir le reste de l'archipel.

Prétextant le fait que l'État central de Jakarta ne maîtrisait pas les agissements locaux, et notamment les violences politiques, les Néerlandais lancèrent, le , à minuit, une offensive militaire (Operatie Product), justifiée comme « opération de police ».

Les républicains durent reculer et furent vite confinés dans la région de Yogyakarta, au centre de l'île de Java.

La réaction internationale à l'attaque néerlandaise fut négative. L'Inde, nouvellement indépendante, et l'Australie voisine furent particulièrement actives dans leur soutien diplomatique à la cause républicaine, tout comme l'URSS. Les États-Unis et le Royaume-Uni abandonnèrent leur soutien aux Pays-Bas. Sous la pression de l'ONU, un cessez-le-feu est signé le .[7]

Un nouvel accord est signé en janvier 1948, l'accord du Renville. Celui-ci actait une ligne de front très favorable aux Néerlandais, ceux-ci étant censés tenir un référendum sur le futur de ces zones sous contrôle.

La diplomatie piétine dans les années 1948 et 1949, et en parallèle les tensions au sein des deux camps. Quelles que soient les volontés de compromis des dirigeants républicains, de nombreux groupes menaient une activité révolutionnaire y compris dans la zone néerlandaise.

Icon-Wikipedia.png Plus de détails sur Wikipédia : Révolution nationale indonésienne.
Territoires contrôlés par la république d'Indonésie (en rouge) et les Néerlandais (en vert) en 1949

2.2.4 Insurrection communiste de Madiun[modifier | modifier le wikicode]

La signature de l'accord du Renville provoque une vaste colère populaire qui se retourne contre le premier ministre Amir Sjarifuddin, leader de la gauche. Tant le PKI que Masyumi dénoncent l'accord, que les Néerlandais ne respectent même pas. Ceux-ci propagent l'idée que la révolution indonésienne est pilotée par les communistes, et Amir se sent trahi car les États-Unis penchent de leur côté. Fin janvier 1948, Amir démissionne, et un nouveau gouvernement est formé sans la gauche.

En février 1948, les principales organisations de gauche forment un Front démocratique populaire (PKI, PSI, SOBSI, Parti travailliste, Pesindo). Cette situation fait monter les tensions d'un cran, et les politiciens n'hésitent pas à se livrer à toutes sortes de manœuvres, révélant que leurs enjeux de pouvoir passent souvent devant l'émancipation de l'Indonésie. Par exemple, le Masyumi fait aussitôt un virage à 180° en acceptant de soutenir l'accord du Renville, ou encore, le nouveau gouvernement libère Tan Malaka, qui était un des plus virulents opposants, pour mieux diviser le Front démocratique populaire. Par ailleurs, des représentants des États-Unis rencontrent secrètement Sukarno et Hatta, et conditionnent leur soutien à l'élimination des communistes des postes de pouvoir, au gouvernement et dans l'armée.[22][23]

Une des priorités du nouveau gouvernement conservateur de Hatta est d'appliquer l'accord de paix, et de démobiliser une grande partie des bataillons militaires. Mais cela va être un prétexte tout trouvé pour démobiliser les bataillons les plus pro-communistes, notamment le Masjarakat, au nom de la rationalisation (il s'agissait de bataillons plus populaires et moins professionnels).

Le 2 juillet, le chef d'une division qui refusait la rationalisation, Sutarto (non communiste), est assassiné. Début septembre, des affrontements ont lieu à Surakarta, des officiers appartenant au PKI sont enlevés, le siège du Pesindo attaqué, et des représailles communistes ont lieu contre une division conservatrice, Siliwangi.[24][25]

Le 18 septembre 1948, en lien avec Musso et Sjarifuddin, les forces du FDR prennent le contrôle de Madiun, son dernier bastion militaire, et un nouveau gouvernement local est annoncé. Sukarno dénonce un plan du PKI pour renverser le gouvernement[26], et l'armée propage la fausse information selon laquelle le PKI aurait proclamé une une république soviétique d'Indonésie, ce qui est faux.[27]

Insurgés menottés avec des cordes et emmenés sous le regard de la population.

Le , la division Siliwangi entre dans Madiun et écrase les forces de gauche. Des milliers de cadres sont exécutés, y compris Amir et Musso, et 36 000 jetés en prison. Aidit et Lukman s'exilent en Chine. Le PKI n'est toutefois pas interdit et sa reconstruction reprend dès 1949.

En conséquence, les États-Unis renforcent leur soutien aux nationalistes indonésiens qu'ils considèrent désormais comme anti-communistes.[11][7]

Icon-Wikipedia.png Voir sur Wikipédia : Affaire de Madiun.

2.2.5 Insurrection du Darul Islam[modifier | modifier le wikicode]

Une autre source de tension au sein du camp nationaliste était celle des forces favorables à une Indonésie islamique.

Les milices du Hizbullah, fondées dès 1942 sous l'occupation japonaise, étaient à l'origine liées au Masyumi. En janvier 1948, l'un des dirigeants du Hizbullah, Kartosuwirjo, opposé aux accords du Renville, fonde une « armée islamique d'Indonésie » à Java occidental. Le , il y proclamera la création d'un État islamique d'Indonésie , aussi connu comme Darul Islam (« maison de l'islam »).

D'autres forces locales rejoindront le Darul Islam dans les années 1950, faisant durer le conflit. La rébellion fut finalement écrasée en 1962.

2.2.6 Opération Corbeau[modifier | modifier le wikicode]

En , les Pays-Bas décidèrent d'imposer leur idée d'Indonésie fédérale, annonçant la création d'institutions. Ils estiment que le camp républicain est affaibli par l'affaire de Madiun et le Darul Islam, et se sentent prêts à reprendre l'offensive.

Le offensive militaire baptisée Opération Corbeau. Fin décembre, ils s'étaient emparés de toutes les villes majeures tenues par les républicains à Java et Sumatra[9]. Sukarno, Hatta et presque tous les ministres républicains, furent capturés.

Mais les républicains continuaient à mener des actions de guérilla dans les campagnes. Ils établirent un gouvernement d'urgence au Sumatra occidental. Un lieutenant-colonel, Suharto, mène une « attaque générale » (Serangan Umum) sur Yogyakarta le 1er mars 1949, et parvient brièvement à reprendre la ville avant que des renforts néerlandais contre-attaquent. Une offensive similaire a lieu à Surakarta le .

L'opinion internationale condamna fortement cette attaque néerlandaise.[6] Les États-Unis annulent leur aide aux Indes néerlandaises, et menacent de couper les fonds du plan Marshall, vitaux pour la reconstruction des Pays-Bas après la Seconde Guerre mondiale.[11]

Or les Pays-Bas commençaient véritablement à se ruiner dans cette guerre. L'Indonésie elle-même était bien entendu encore plus dévastée. La pénurie était courante, en particulier pour la nourriture, les vêtements et le carburant. La république devait pourvoir aux besoins de la vie courante depuis les timbres postaux et les insignes militaires, jusqu'aux billets de train malgré le blocus néerlandais. De ruineux pics d'inflation furent provoqués par la concurrence des monnaies (japonaise, néerlandaise, républicaine).[4]

2.2.7 Victoire indonésienne[modifier | modifier le wikicode]

Timbre de 1950 de la république des États-Unis d'Indonésie.

La force de la résistance républicaine et leur impopularité croissante forcent les Néerlandais à négocier. Une conférence diplomatique a lieu entre août et novembre 1949. La souveraineté fut formellement transférée le

Les Pays-Bas acceptèrent de reconnaître une république des États-Unis d'Indonésie, cette fois clairement sous souveraineté indonésienne. Cet État fédéral fut rapidement travaillé par des forces centrifuges, qui menèrent à des conflits qui finirent par renforcer le pouvoir central :

  • Le , à Bandung, un coup d'État anti-républicain, dirigé par le barbouze Raymond Westerling échoua, entraîna la dissolution de l'État de Pasundan au Java occidental.
  • Une république des Moluques du Sud fut proclamée à Ambon le Les Amboinais, majoritairement chrétiens et conservateurs de par leurs liens avec les Néerlandais, s'inquiétaient d'une République dominée par des Javanais majoritairement musulmans et de gauche. Cette révolte fut matée en novembre.

Le , cinquième anniversaire de la déclaration d'indépendance, Sukarno proclama la république d'Indonésie en tant qu'État unitaire[28].

Les Pays-Bas imposèrent aussi un fardeau au nouvel État : celui-ci devait reprendre l'énorme dette des Indes néerlandaises, alors même que l'essentiel de cette dette provenait des dépenses accumulées pour tenter de briser la révolution.

La Nouvelle-Guinée occidentale était exclue de l'accord de 1949, et resta sous l'autorité des Pays-Bas jusqu'à 1962.

2.2.8 Bilan humain[modifier | modifier le wikicode]

Il y aurait eu entre 45 000 à 100 000 indonésiens morts au combat, et le nombre des victimes civiles est entre 25 000 et 100 000[29]. Au total, 980 soldats britanniques furent tués ou portés disparus à Java et Sumatra en 1945-1946, la plupart appartenant à l'Armée des Indes[30]. Plus de 4 000 soldats néerlandais perdirent la vie en Indonésie entre 1945 et 1949. Il y eut encore plus de décès côté japonais : à Bandung seule, 1 057 moururent, seulement la moitié au combat, le reste lors des manifestations et des échauffourées.

Beaucoup d'Indonésiens décédèrent des mains d'autres Indonésiens. Des dizaines de milliers de Chinois et d'Eurasiens furent tués ou devinrent sans abri. 7 millions de personnes furent déplacées à Java et Sumatra[4].

Certains mettent en avant le fait que l'indépendance de l'Indonésie a été obtenue beaucoup plus « facilement » que celle du Viêt Nam, parce qu'elle avait un poids diplomatique beaucoup plus fort.[9] Cependant ce poids diplomatique tient beaucoup au soutien des États-Unis, qui était possible du fait du « non alignement », alors que les communistes étaient hégémoniques au Viêt Nam, entraînant l'hostilité de la principale puissance capitaliste.

3 Années suivantes[modifier | modifier le wikicode]

Les différentes forces politiques issues de la révolution, qui avaient plus ou moins fait bloc contre la puissance coloniale, s'affronteraient dorénavant de façon plus intense. Le rôle majeur que la guerre a donné à l'armée, la pression de la guerre froide, ainsi que le sous-développement (renforcé par la dette coloniale), allaient attiser les tensions politiques. Pour cette raison, malgré les volontés des principaux dirigeants de la révolution d'instaurer une démocratie, les violences politiques vont finir par exploser.

3.1 Débuts de la république[modifier | modifier le wikicode]

L'Indonésie est un vaste archipel composé de très nombreuses cultures, mais aussi de nombreuses aristocraties locales, rendant souvent difficiles les compromis parlementaires (entre 1945 et 1958, 17 gouvernements se succèdent). Même les forces militaires nées de la révolution n'étaient pas encore complètement loyales au centre. C'est pourquoi des volontés dictatoriales ont grandi au sein du pouvoir central javanais, en particulier dans l'armée. Dès 1952 à Jakarta, un secteur de l'armée tente de forcer Sukarno à en finir avec le parlementarisme. Mais Sukarno désamorce alors la situation.

En 1955 se tient une conférence dans la ville de Bandung, dans l'ouest de Java. La conférence de Bandung réunit pour la première fois de l'histoire une trentaine de pays de ce qu'on appelle alors le Tiers monde. Parmi les personnalités présentes figurent Sukarno, le Chinois Zhou Enlai, l'Égyptien Gamal Abdel Nasser, et l'Indien Nehru. Cette conférence marque la naissance du mouvement des non-alignés.

Au cours des années 1950, le PKI se renforce. Il est 4e lors des élections de 1955. Il bénéficie aussi du soutien de la Chine maoïste. Les États-Unis s'inquiètent de la tolérance de Sukarno à son égard. En effet Sukarno cherchait à s'appuyer sur des forces idéologiques communes au delà des particularismes, notamment le socialisme et l'islam, et était prêt à sacrifier le parlementarisme.

3.2 « Démocratie dirigée » (1959-1965)[modifier | modifier le wikicode]

Sukarno rendant visite à Castro à la Havane (1960)

Dès 1957, des mouvements séparatistes comme le Permesta-PRRI s'opposent à la volonté centralisatrice de Sukarno, et le PKI soutient le président. Les États-Unis soutenaient en sous main ces séparatistes, ce qui sortira au grand jour notamment lorsqu'un pilote de la CIA sera capturé.

En 1959, sous pression de l'armée, Sukarno annonce la mise en place d'un régime qu'il appelle « démocratie dirigée »[31]. Il devient président à vie, et remplace le parlement par une assemblée avec des « groupes fonctionnels » nommés par la présidence, censés représenter ouvriers, paysans, entrepreneurs, militaires, religieux... [32][33] Cela s'accompagnait d'une « économie dirigée », contre l'« exploitation de l'homme par l'homme ».

La même année, le PKI confirme qu'il suit une politique de « front national uni » qui fait passer les intérêts nationaux avant les intérêts de classe, ce qui est la politique suivie par l'ensemble des PC staliniens, mais qui dans le contexte signifiait surtout acter le rapprochement avec Sukarno.

En 1960, Sukarno fait voter une réforme agraire qui limite la taille des propriétés et prévoit une redistribution des terres. En 1961, il proclame que l'orientation de l'Indonésie sera fondée sur l’alliance du nationalisme, de la religion et du communisme, une politique baptisée Nasakom.[34]

Une place au cœur du pouvoir est donc accordée au PKI, qui soutient alors Sukarno (3 ministres du PKI sont nommés en 1964). Dans le même temps, les forces contestant son abandon de la démocratie libérale sont réprimées. Ainsi en 1960, Sukarno interdit le PSI, sous prétexte que certains de ses membres ont participé à la rébellion du PRRI, et le Masyumi, qui se rapprochait du Darul Islam séparatiste, contrairement au Nahdlatul Ulama, devenue la principale organisation musulmane.

Sukarno rendant visite à Tito en 1958-59

Mais les forces censées incarner ce Nasakom, c'est-à-dire le PNI, le NU et le PKI, expriment des intérêts de classe trop divergents pour fonctionner ensemble. Par exemple, les paysans réclamant des terres étaient souvent influencés par le PKI, alors que les gros propriétaires terriens soutenaient pour la plupart le PNI ou le NU. A partir de 1963, la réforme agraire étant toujours inappliquée, des paysans commencent des occupations de terres. La confrontation est particulièrement âpre à Java, dont le Centre et l'Est sont des bastions communistes et où le PNI et le NU sont également bien implantés.

Dans ces conflits, Sukarno prend de plus en plus le parti des communistes. Il y est d'autant plus poussé qu'au sein même de son propre PNI, seule une minorité le soutient vraiment.

En janvier 1965, Sukarno déclare que l'Indonésie se retire de l'ONU, protestant contre son instrumentalisation par les forces « impérialistes, colonialistes et néocolonialistes, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne ».[35] Retrait également du FMI et de la Banque mondiale.

À cette époque, les États-Unis ont commencé leur engagement militaire au Viêt Nam en bombardant le nord. L'alignement de l'Indonésie avec le bloc socialiste, notamment avec la Chine (Sukarno parle d'un « axe Jakarta-Phnom Penh-Hanoi-Pékin-Pyongyang »), fait craindre aux Américains la création d'un « second front » en Asie du Sud-Est.

L'URSS, bien que n'ayant pas de relais politique important sur place (le PKI est en effet plus proche de la Chine, en rupture avec Moscou), soutient économiquement l'Indonésie.[32]

3.3 Coup d'État de Suharto et massacres réactionnaires[modifier | modifier le wikicode]

Fascicules de propagande anticommuniste en 1965

En 1965, un conflit éclate dans l'armée. Six généraux de droite sont tués par un mouvement déclarant lutter contre un coup contre-révolutionnaire, puis, en 48 heures, un général, Suharto écrase ce mouvement, qu'il décrit comme un complot communiste.

L'implication du PKI (que celui-ci a toujours nié) est une question controversée[36][37]. Quoi qu'il en soit, Suharto utilise ce prétexte pour dissoudre le PKI et déclencher une vague de purges et de massacres dans tout le pays.[38] Selon les endroits, cette vague de violences vise aussi d'autres groupes comme les hindouistes, les chrétiens, certains musulmans modérés ou la minorité chinoise d'Indonésie. En tout, ces massacres qui dureront de 1965 à 1967 feront entre 500 000 et 3 millions de morts.[32]

Suharto force Sukarno, politique affaibli, à lui transférer le pouvoir, et met en place un « Ordre nouveau »[39], avec le soutien des États-Unis. Sa dictature durera 30 ans, et alignera clairement l'Indonésie sur le bloc de l'Ouest, s'ouvrant davantage aux capitaux étrangers, surtout après 1986. Suharto ne quittera le pouvoir qu'en 1998 suite à des contestations de plus en nombreuses.

Propagande murale du régime de Suharto mentionnant le Supersemar de 1966, l'acte de transfert de pouvoir.

4 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Films

  • Le film Des soldats et des ombres (De Oost en néerlandais), réalisé en 2020 par Jim Taihuttu, se passe pendant la guerre d'indépendance indonésienne[40].

Notes

  1. (en) Amry Vandenbosch, « Nationalism in Netherlands East India », Pacific Affairs, vol. 4, no 12,‎ , p. 1051-1069 (DOI 10.2307/2750579).
  2. (en) George Kahin, « In Memoriam: Mohammad Hatta (1902-1980) », Indonesia, vol. 20,‎ , p. 113-120 (lire en ligne [PDF]).
  3. Marie Beyer, Martine Bulard, « Menaces sur l’islam à l’indonésienne », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne).
  4. 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 4,6 et 4,7 Adrian Vickers, A History of Modern Indonesia, New York, Cambridge University Press, 2005
  5. 5,0 et 5,1 (en) Charles Bidien, « Independence the Issue », Far Eastern Survey, vol. 14, no 24,‎ , p. 113-120 (DOI 10.2307/3023219).
  6. 6,0 6,1 et 6,2 (en) Donald M. Seekins, chap. 1 « Historical Setting », dans William H. Frederick et Robert L. Worden, Indonesia : a country study, Washington, Library of Congress, , 462 p. (ISBN 0-8444-0790-9, lire en ligne), The National Revolution, 1945–49, p. 42–47.
  7. 7,0 7,1 7,2 7,3 7,4 7,5 et 7,6 M. C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia : Since c. 1300, MacMillan, 1991.
  8. (en) Jean Gelman Taylor, Indonesia : Peoples and History, Abbeville Press, , 420 p. (ISBN 0-300-10518-5, lire en ligne), p. 235.
  9. 9,0 9,1 9,2 et 9,3 Anthony Reid, The Indonesian National Revolution 1945-1950, Melbourne, Longman Pty Ltd., 1973
  10. Wikipedia, Presidential Cabinet (Indonesia)
  11. 11,0 11,1 et 11,2 Theodore Friend, Indonesian Destinies, The Belknap Press of Harvard University Press, 2003
  12. (en) Robert Cribb, « A Revolution Delayed: The Indonesian Republic and the Netherlands Indies, August‐November 1945 », Australian Journal of Politics & History, vol. 32, no 1,‎ , p. 72–85 (ISSN 0004-9522 et 1467-8497, DOI 10.1111/j.1467-8497.1986.tb00342.x, lire en ligne).
  13. (en) Richard McMillan, The British Occupation of Indonesia 1945-1946, Routledge, Melbourne, , 248 p. (ISBN 0-415-35551-6), p. 306-307.
  14. (en) Indonesia Law No. 5/1974 Concerning Basic Principles on Administration in the Region [PDF] « Copie archivée » (version du 28 septembre 2007 sur l'Internet Archive), Chapter VII Transitional Provisions, Art. 91., 1974.
  15. DACC, Black Armada: Australian Boycott of Dutch shipping WWII, November 18, 2022
  16. (en) Freek Colombijn et J. Thomas Linblad, Roots of violence in Indonesia : contemporary violence in historical perspective, Leiden, Koninklijk Instituut Voor de Tropen, , 348 p. (ISBN 90-6718-188-9), p. 143-173.
  17. Working with Nature against Poverty : Development, Resources and the Environment in Eastern Indonesia, Institute of Southeast Asian Studies, 2009
  18. (en) Mochtar Lubis, Jalan Tak Ada, Jakarta, Yayasan Obor Indonesia, (1re éd. 1952), p. 78.
  19. (en) Shirley Fenton Huie, The forgotten ones: women and children under Nippon, Sydney, Angus & Robertson, (ISBN 978-0-207-17077-5).
  20. (en) Anthony Reid, « Indonesia: Revolution Without Socialism », dans Robin Jeffrey, Asia: the Winning of Independence, Londres, MacMillan, , p. 107–157.
  21. Th-H. Bot, « Les nouvelles relations entre l'Europe et l'Asie », Politique étrangère, vol. 15, no 4,‎ , p. 396 (DOI 10.3406/polit.1950.2753, lire en ligne).
  22. Roger Vailland, Boroboudour : voyage à B̀ali, Java et autres îles, Corréa, 1951, p. 153-157
  23. David Charles Anderson (trad. Dwi Pratomo Yulianto & Lilik Suryo Nugrohajati), Peristiwa Madiun 1948 : Kudeta atau konflik internal tentara [« The Military Aspects of The Madiun Affair »], Yogyakarta, Media Pressindo, janvier 2003, p. 67
  24. Julie Southwood et Patrick Flanagan, Indonesia: law, propaganda, and terror, Zed Press, 1983, p. 25-26
  25. Rudi Kreutzer, The Madiun Affair: Hatta's Betrayal of Indonesia's First Revolution, James Cook University, 1981
  26. Pierre Brocheux, Histoire de l'Asie du sud-est : révoltes, réformes, révolutions, Presses universitaires du Septentrion, 2000
  27. Document déclassifié de la CIA sur le PKI, 1955
  28. (en) The National Revolution, 1945-50, U.S. Library of Congress.
  29. Vickers 2005, p.100. Références citées dans cette page : Friend 1988 ; Pendit (1979), Bali Berjuang ; Reid 1973 ; Toer (1945-1948), Kronik Revolusi Indonesia ; Stoler (1985), Capitalism and Confrontation in Sumatra's Plantation Belt, 1870-1979
  30. (en) Woodburn S. Kirby, War Against Japan : Volume 5 : The Surrender of Japan, HMSO, .
  31. Ou « Démocratie guidée »
  32. 32,0 32,1 et 32,2 Jean-Louis Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié », Revue internationale de politique comparée, vol. 8, no 1,‎ 2001, p. 59-92
  33. Voir « Guided Democracy in Indonesia » sur Wikipedia
  34. Acronyme formé à partir des mots indonésiens NASionalisme (« nationalisme »), Agama (« religion ») et KOMunisme (« communisme »).
  35. 1er mars 1965 : après le retrait de l'ONU de l’Indonésie, le terrible massacre de ses communistes, L'Humanité, 7 mars 2025
  36. John Roosa, Pretext for mass murder, the September 30th Movement and Suharto's coup d'État in Indonesia, The University of Wisconsin press, 2006
  37. Le Parti communiste indonésien : l’extermination oubliée. Entretien avec John Roosa, Revue Contretemps, 2 novembre 2021
  38. John Roosa, Buried Histories - The Anticommunist Massacres of 1965-1966 in Indonesia, Critical Human Rights, 2022
  39. Wikipedia, Transition to the New Order
  40. Hubert Heyrendt, « "De Oost": une page sombre des Pays-Bas et une bande-annonce qui a soulevé la polémique en Indonésie », sur La Libre.be, (consulté le 5 octobre 2023)

Ouvrages

  • David van Reybrouck, Revolusi : L'Indonésie et la naissance du monde moderne, Actes Sud, , 628 p. (ISBN 978-2-330-16904-6)
  • Françoise Cayrac-Blanchard, Indonésie, l'armée et le pouvoir, L'Harmattan, .
  • (en) Robert Cribb, Gangsters and revolutionaries : The Jakarta People's militia and the Indonesian Revolution, ASAA Southeast Asia Publications Series, .
  • (en) Theodore Friend, The Blue-Eyed Enemy : Japan against the West in Java and Luzon, 1942–1945, Princeton University Press, , 325 p. (ISBN 9780691632223)
  • (en) Theodore Friend, Indonesian Destinies, The Belknap Press of Harvard University Press, (ISBN 0-674-01834-6).
  • (en) Anthony Reid, The Indonesian National Revolution 1945-1950, Melbourne, Longman Pty Ltd., , 193 p. (ISBN 0-582-71046-4).
  • (en) M. C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia : Since c. 1300, MacMillan, .
  • (en) Adrian Vickers, A History of Modern Indonesia, New York, Cambridge University Press, , 306 p. (ISBN 0-521-54262-6), p. 85-112.
  • Jean Lopez, « Indonésie : La première guerre d'indépendance perdue par l'occident », Guerres et Histoire, no 84,‎ , p. 79.