Flotte de la Baltique

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Marins-Petropavlovsk-1917.jpg
La flotte de la Baltique (en russe : Дважды Краснознамённый Балтийский флот) est la flotte de la Russie impériale, puis plus tard de la marine soviétique, et maintenant de la marine russe, présente dans la mer Baltique. Ses  marins furent à l'avant-garde de la révolution de 1917.

Le direction de la flotte était nommée le Tsentrobalt.

Historique

Février 1917 et suites

En 1917, les marins de la flotte de la Baltique furent très tôt gagnés aux sentiments révolutionnaires. Ils étaient en permanent état d'insubordination contre leurs supérieurs.

Par sa composition sociale, leur milieu est beaucoup plus proche des ouvriers que celui de l'infanterie. Il y a, parmi eux, un bon nombre d'ouvriers de Petrograd. Le niveau politique des marins est beaucoup plus élevé que celui des soldats. Par ailleurs, contrairement aux soldats réservistes peu combatifs, qui avaient oublié l'emploi du fusil, les marins n'avaient pas interrompu le service effectif.

C’est dans les eaux finnoises que se tenait la plus grosse partie de la flotte, comptant au total jusqu'à 70 000 marins ; en outre, en Finlande, était cantonné un corps d'armée, et l'usine du port d'Helsingfors occupait jusqu'à 10 000 ouvriers russes.

Journées de juillet

Rapidement, ils se tournent vers les bolchéviks. Mais la majorité ne sont pas des membres du parti, et sont dans un état d'esprit « anarchiste ». Ils sont moteurs des manifestations armées de juillet, que le parti bolchévik essayait de freiner car la situation n'était pas mûre : Petrograd aurait pu être prise, mais le reste du pays n'aurait pas suivi, et cela aurait signifié un échec comme celui de la Commune de Paris.

La pression des matelots et des soldats était tellement irrésistible qu'à Helsingfors (aujours'hui Helsinki) même le comité des socialistes-révolutionnaires (SR) se prononça contre la coalition, en suite de quoi tous les organes soviétiques de la flotte et de l'armée, en Finlande, exigèrent unanimement que le comité exécutif central prit le pouvoir en main. Pour appuyer leur revendication, les hommes de la Baltique étaient prêts à avancer, à n'importe quel moment, vers l'estuaire de la Neva ; ce qui les retenait, cependant, c'était la crainte d'affaiblir la ligne de défense maritime et de faciliter à la flotte allemande une attaque sur Cronstadt et Petrograd.

La dure répression qui s'ensuivit. Le 7 juillet, le gouvernement décide de dissoudre le Tsentrobalt (Direction des soviets de la flotte de la Baltique). Mais cette répression, ainsi que le travail d'explication des bolchéviks, fit beaucoup progresser le niveau de conscience politique et organisationnelle des marins. Trotsky cite par exemple ce rapport du délégué d'Helsingfors (aujourd'hui Helsinki) à la fin de juillet : 

« Sur les petites unités navales, c'est l'influence des socialistes-révolutionnaires qui prédomine ; mais sur les grands vaisseaux de guerre, croiseurs et cuirassés, tous les matelots sont ou bien des bolcheviks ou bien des sympathisants. Tel était (et précédemment aussi) l'état d'esprit des matelots sur le Pétropavlovsk et sur le République, et après les 3-5 juillet, sont venus à nous le Gangout, le Sébastopol, le Rurik, l'Andreï Pervozvanny, le Diana, le Gromoboï, l'India. Ainsi nous avons dans les mains une formidable force de combat… Les événements du 3 au 5 juillet ont beaucoup appris aux matelots, leur montrant qu'il ne suffisait pas d'être dans un certain état d'esprit pour atteindre le but. »[1]

Putsch de Kornilov

Après l'échec du putsch de Kornilov, la vague réactionnaire laisse la place à un nouveau flux révolutionnaire. Le gouvernement est forcé de faire des concessions. Les ministres de la Guerre et de la Marine et les socialistes conciliateurs du Comité exécutif soviétique décident d'envoyer une délégation à la flotte de la Baltique, où l'énervement est à son comble et des lynchages ont lieu. Les conciliateurs insistèrent pour que des bolchéviks et surtout Trotsky en fassent partie, seul moyen d'avoir l'écoute des matelots. Trotsky refusa :

« Nous repoussons résolument la forme de collaboration avec le gouvernement qu'a défendue Tsérételli… Le gouvernement mène une politique radicalement fausse, antipopulaire et incontrôlée ; et lorsque cette politique tombe dans une impasse ou aboutit à une catastrophe, les organisations révolutionnaires ont l'ingrat devoir de remédier aux conséquences inévitables… Une des tâches de cette délégation, comme vous la formulez, est de mener une enquête dans les garnisons sur " les forces obscures ", c'est-à-dire sur les provocateurs et les espions… Avez-vous donc oublié que moi-même je suis cité en justice d'après l'article 108 du code ?… Dans la lutte contre les lynchages, nous marchons par nos propres voies… non point la main dans la main avec le procureur et le contre-espionnage, mais comme parti révolutionnaire qui persuade, organise et éduque. »[2]

Jusqu'à l'insurrection

La Flotte est devenu un des principaux bastions des bolchéviks. Au moment du Congrès des soviets de la région du Nord, qui est une revue des forces avant l'insurrection d'Octobre, les marins du Nord sont très bien représentés. Les SR présents parmi les matelots et les soldats de ces régions étaient tous des SR de gauche et se distinguaient très peu des bolchéviks.

Un des leaders bolchéviks de la flotte était Antonov-Ovseïenko. Déjà comme jeune officier, il avait participé au soulèvement de Sebastopol en 1905. Il témoigne de l'état d'esprit d'alors dans ses Mémoires :

« A Helsingfors, au comité du parti nous comprenions la nécessité de patienter et de nous préparer sérieusement. Nous avions aussi des instructions en ce sens du comité central. Mais nous avions parfaitement conscience de l'inéluctabilité d'une explosion et nous regardions avec anxiété du côté de Piter. »

Fin septembre - début octobre, l'armée allemande menace sérieusement de prendre Petrograd et du même coup la flotte de la Baltique. Parlant franchement dans le journal libéral moscovite Outra Rossii (Le Matin russe), Mikhail Rodzianko (ex leader de la Douma) s'en réjouissait plutôt : « Il y a là des vaisseaux absolument pervertis ».

Les matelots de la Baltique combattirent courageusement, s'efforçant de couvrir la route de Petrograd. Mais ils étaient dans une  contradiction en tant qu'avant-garde de la révolution et participants forcés de la guerre impérialiste, et ils le comprenaient parfaitement. Par les radios de leurs vaisseaux, ils lançaient un appel à l'aide révolutionnaire internationale vers les quatre coins de l'horizon :

« Attaquée par des forces allemandes supérieures, notre flotte périt dans une lutte inégale. Pas un de nos vaisseaux n'esquivera le combat. La flotte calomniée, stigmatisée, remplira son devoir... non sur l'ordre d'un quelconque misérable Bonaparte russe régnant grâce à la longue patience de la révolution… non pas au nom des traités de nos dirigeants avec les alliés qui passent les menottes aux mains de la Liberté russe. Non, mais au nom de la défense des approches du foyer de la révolution, Petrograd. A l'heure où les flots de la Baltique sont rougis du sang de nos frères, lorsque les eaux se referment sur leurs cadavres, nous élevons la voix : Opprimés du monde entier, levez l'étendard de la révolte ! »[3]

En septembre, le congrès des marins s'adresse au Comité exécutif central et lui demande d'éliminer Kerensky des rangs du gouvernement provisoire, « un personnage qui déshonorait et ruinait par son chantage politique éhonté la grande révolution ». Le comité régional de l'armée, de la flotte et des ouvriers russes en Finlande, agissant comme un pouvoir, mit l’embargo sur les chargements gouvernementaux. Kérensky menaça de faire arrêter les commissaires des soviets. La réponse : « Le comité régional accepte avec calme le défi du gouvernement provisoire. » Kérensky ne répondit rien. La flotte de la Baltique se trouvait déjà en état d'insurrection.

Après Octobre

Entre février et mars 1918, les navires de la flotte sont repliés vers Cronstadt, pour éviter qu'ils ne soient capturés par l'armée allemande.[4] En effet à cette époque eut lieu la dernière offensive allemande, avant la paix de Brest-Litovsk.

En mars 1921 eut lieu une mutinerie des marins de Cronstadt contre le pouvoir bolchévik. Elle fut sévèrement réprimée, en particulier parce qu'on craignait alors que les Blancs en profitent pour prendre la base et menacer directement la capitale.

Dans les années 1990, avec l'éclatement de l'URSS, la flotte se retrouve privée de ses bases-clés d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie, laissant l'oblast de Kaliningrad comme seul débouché naval.

Notes