Crise de la dette publique

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La crise de la dette publique est une évolution particulière de la crise économique ouverte depuis 2008. Elle porte sur le risque d'insolvabilité de certains Etats fragilisés.

Socialisation des pertes[modifier]

La fonction historique des crises du capitalisme est de permettre un nouveau cycle d'accumulation, en dévaluant fortement le capital existant, au prix de quelques faillites. Mais au niveau de centralisation du capital actuel, la faillite de quelques grandes banques ou entreprises entraînerait de trop gros dégâts. C'est par exemple ce qui est arrivé suite à la crise de 1929, où les faillites n'ont entraîné qu'une Grande dépression. Le phénomène est encore plus marqué aujourd'hui, d'où l'expression "too big to fail" à propos des grands trusts d'aujourd'hui. Les dirigeants sont donc prêts à injecter tous les fonds publics nécessaires pour empêcher une spirale de banqueroutes, à recapitaliser, voire nationaliser pour réorganiser et reprivatiser. Au passage, ils écornent violemment leur mascarade néolibérale qui prétendait que l'Etat n'avait ni les moyens, ni le devoir d'intervenir dans l'économie, notamment pour de la redistribution. L'Etat bourgeois agit fondamentalement dans l'intérêt général des capitalistes, en socialisant les pertes, pour maintenir les profits privés.

Déroulement[modifier]

Contexte de surendettement[modifier]

Depuis les années 1980, la tendance était déjà au surendettement. Ceci de façon globale, mais le taux d'endettement par rapport au PIB atteint des valeurs d'autant plus élevées dans les pays industrialisés, que les créanciers ont toujours compté sur eux pour être payés. C'est ainsi que dans les pays d'Europe de l'Ouest ou encore aux Etats-Unis, la dette publique est passé d'une valeur "ordinaire" inférieure à 20% du PIB à généralement plus de 60%, voire plus de 100% pour la Grèce ou le Japon dans les années 2000.

Sauvetage et relance massifs[modifier]

Avec l'éclatement de la crise en 2008, les Etats d'Europe et d'Amérique du Nord vont puissamment intervenir, en premier lieu pour sauver les banques. Des milliards sont dépensés pour racheter les actifs toxiques.

  • Etats-Unis :
    • Plan Paulson aux USA : 700 milliards de dollars dépensés pour éponger des actifs toxiques
    • 2500 milliards de dollars prêtés à taux zéro par la Banque fédérale
  • 2000 milliards en Europe, de nombreuses nationalisations...

Il faut également ajouter à ces sauvetages immédiats les immenses plans de relance qui ont été mis en place partout.

En 2008, 27% du PIB mondial auraient ainsi été injectés pour sauver le système en perdition.

Crise de la Zone euro[modifier]

Article détaillé : Crise de la Zone euro.

Cela évite une catastrophe économique majeure, mais au prix de déficits publics très lourds. Les Etats de la périphérie de la Zone euro sont les plus touchés, car ils étaient les plus fragiles.

  • La Grèce par exemple héritait déjà à son entrée dans l'Union européenne d'une dette autour des 100% de PIB.
  • La Grèce, l'Espagne, et de façon encore plus marquée l'Irlande, connaissaient une bonne croissance. Ces deux derniers pays avaient même fait baisser leur dette de façon importante. Mais les investissements provenaient en majeure partie de l'étranger, et notamment des voisins européens plus solides (France, Allemagne...), et ils ont été massivement freinés dès l'éclatement de la crise.
  • Le Portugal était déjà en crise latente un peu avant 2008.

C'est la Grèce qui fut le rapidement menacée par la banqueroute. Mais là encore, malgré les tendances au repli nationaliste, les autres pays ne pouvaient simplement laisser tomber la Grèce. En premier lieu parce que nombre de leurs banques (en Allemagne, en France la Société Générale...) y ont beaucoup investi. Au printemps 2010, ces grandes banques ont convaincu l’UE et la BCE que le risque de défaut de paiement de la Grèce les mettait en danger.

En automne 2010, c'est l'Irlande qui entre dans une crise similaire, lorsqu'elle annonce que pour faire face à une fuite de capitaux elle a lancé un immense plan de sauvetage. Elle doit alors rapidement faire appel à l'Union Européenne. Puis vient le tour du Portugal, en avril 2011.

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Dans tous ces cas, on parle à tout crin de "plan d'aide à la Grèce", "plan d'aide à l'Irlande", etc... pour ce qui est en réalité une aide aux capitalistes des pays prêteurs. Car il n'y a aucun don, ni même prêt à taux zéro. Comme ce qui se passe avec les plans d'ajustement structurels imposés aux pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud, les prêts sont assortis de conditions draconiennes qui mettent en position de soumission les pays receveurs. On doit véritablement parler d'un processus de semi-colonisation des pays périphériques par les plus puissants impérialistes.

Dans le même temps, il faut préciser que ces impérialismes, ce sont surtout les banques et multinationales de ces pays. La BCE prête des capitaux au taux de 1% aux banques privées qui ensuite prêtent cet argent aux Etats en difficulté à un taux doublé ou triplé pour les prêts à court terme. Ensuite, la BCE achète auprès des mêmes banques privées les titres des Etats auxquels elle s’interdit de prêter directement ! Elles pouvaient ainsi, à la fois exiger des taux d’intérêt particulièrement élevés, la fameuse « prime de risque » et être assurées du remboursement de leur principal à l’échéance. Le risque, normalement assumé par le prêteur privé, était déjà de fait transféré aux agents publics.

Tous les pays deviennent potentiellement à risque, plus ou moins vite selon l'état de santé de leur économie. On parle déjà d'une possible crise en Italie, voire à terme en France ou au Royaume-Uni, sans oublier que l'Allemagne, première puissance européenne, est loin d'être étrangère à ces problèmes. En conséquence, tous les hommes politiques bourgeois, de gauche comme de droite, s'empressent de procéder à des plans d'austérité. Ceux qui sont devant le fait accompli doivent enchaîner les mesures, comme en Grèce ou en Espagne, ceux qui ont encore un peu de marge tentent de composer avec leurs échéances électorales, comme Sarkozy en France.

La Commission européenne créé en mai 2010 un Fonds européen de stabilité financière (FESF), doté de plusieurs centaines de milliards d’euros.

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La finance précipite les tendances[modifier]

La finance moderne permet des réactions extrêmement rapides des marchés, qui ont des effets procycliques très forts : les tendances sont fortement accélérées.

Spéculation sur les dettes[modifier]

Les banques et autres fonds d'investissement n'ont aucun scrupule à miser, selon les cisconstances, sur la réussite ou la faillite de tel ou tel Etat. Et comment en serait-il autrement alors que ce sont ces mêmes Etats qui ont marchandisé les titres sur leur dette, pour engraisser les grands capitalistes.

Agences de notation[modifier]

Les agences de notation évaluent les risques pour les investisseurs à prêter à telle ou telle entité. En particulier, les Etats sont traditionnellement considérées comme les plus solvables, donc les titres sur leur dette publique sont très prisés. Mais avec la crise actuelle, les Etats sont de plus en plus observés par les capitalistes prêteurs, car ils risquent de plus en plus de se trouver en défaut de paiement. Or, le fait même qu'une agence de notation déclare un pays non fiable peut accélérer le processus de banqueroute de ce dernier, car l'ensemble des créanciers vont alors avoir tendance à réclamer des taux d'intérêt plus élevés.

Par exemple, lorsque l'agence Fitch Ratings a dégradé la note de la Grèce en décembre 2009, les deux autres principes agences, Standard & Poor's et Moody's, se sont alignées quelques jours après. Le gouvernement grec a alors dû faire pleuvoir les plans d'austérité, mais par là même a déclenché un vent de révolte populaire, ce qui rend d'autant plus sceptique les créanciers du pays. En juin 2010, la note grecque est à nouveau dégradée...

Plus généralement, les agences ont donné aux pays de la Zone euro qu'elles ont dégradé l'appellation de PIGS (Portugal-Ireland-Greece-Spain), dénotant au passage le mépris que peuvent avoir les impérialismes centraux pour la périphérie de l'UE. Quant à ces derniers, leur obsession est de ne pas perdre leur note AAA (la meilleure). Et c'est notamment ce qui se passe, avec la dégradation le 6 août 2011 de la note des Etats-Unis par S&P, de AAA à AA+.

Notes et sources[modifier]