Confédération Française Démocratique du Travail

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La Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) est une des deux plus puissantes confédérations syndicales de France : elle est la première en terme d'adhérents, et la deuxième, après la CGT, en terme d'électorat aux élections professionnelles.

Histoire[modifier]

Les origines chrétiennes
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La CFDT est issue de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), qui avait été créée en 1919 notamment pour contrer l'influence de la CGT, alors révolutionnaire, sur le mouvement ouvrier.

Après la Libération, une minorité de gauche nommée "reconstruction" se forme, et prône la déconfessionnalisation de l'organisation. Cette tendance devient majoritaire en 1961, sous l'action d'Eugène Descamps. Les 6 et 7 novembre 1964, le congrès extraordinaire transforme la CFTC en CFDT. 10% des membres scissionnent alors pour maintenir une CFTC.

1960-1970 : pôle de radicalité[modifier]

La CFDT reconnaît la lutte des classes, et se définit partisane d'un "socialisme démocratique", en se rapprochant notamment du Parti Socialiste Unifié (PSU). La CFDT cherche également à rassembler les syndicats ouvriers, et elle passe des accords d'action commune avec la CGT de 1966 à 1970.

A cette époque, la jeune CFDT apparaissait aux yeux de nombreux militants comme l'organisation la plus en phase avec la vague de radicalisation qui s'était notamment exprimée en Mai 1968. Au Congrès de 1970, la CFDT adopte dans ses statuts le principe du combat pour l'autogestion dans les entreprises, thème alors en vogue au PSU.

1971-1981 : appui des socialistes
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Mais dans le milieu des années 70, une grande partie de l'appareil CFDT se met au service d'une stratégie de reconstruction d'un parti socialiste en France. Le but est de permettre l'accession de la gauche au gouvernement et de contrebalancer le couple PCF/CGT.

Cela se traduit par l'arrivée d'Edmond Maire au secrétariat général en 1971, la participation de nombreux militants CFDT aux "assises du socialisme" de 1974, lesquels rejoignent massivement le Parti socialiste de Mitterrand. Ils y animent une minorité de sensibilité « chrétienne de gauche » derrière Michel Rocard. Certains ont voulu déclarer que c'était là la naissance d'une "deuxième gauche", plus versée dans l'associatif et le culturel[1], en face d'une gauche héritant du jacobinisme, du marxisme... 

Dans ce but, la CFDT révise à la baisse ses objectifs revendicatifs et commence à éliminer ceux qui s'opposent à ce « recentrage ».

1981-1992 : dépolitisation et droitisation
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Mais la rupture de l'Union de la gauche en 1977 et l'échec de l'alliance PS-PCF aux élections législatives de 1978 va inciter la direction de la CFDT à prendre ses distances avec les partis politiques et de se « recentrer sur l'action syndicale ». Elle appelle pour la dernière fois à voter pour Mitterrand à la présidentielle de 1981, et soutient le « tournant de la rigueur » de 1983.

La ligne de la direction de la CFDT est d'opérer une recomposition en se revendiquant des pratiques de co-gestion du capitalisme telles que pratiquées par les syndicats allemands. La centrale s'éloigne de la CGT va progressivement se présenter comme "plus responsable" et "plus constructive".

Au congrès de Strasbourg, qui se tient du 21 au 26 novembre 1988, Jean Kaspar est élu secrétaire général. Il prône une « stratégie des convergences » destinée à rapprocher les organisations syndicales réformistes en France, notamment en s'accordant avec la FEN.

Une minorité relativement forte conteste ce « recentrage ». Ce sont des militants venus souvent de l'extrême-gauche, principalement en région parisienne. Ils ne contestent pas seulement la ligne politique droitière, mais aussi le manque de démocratie interne (à laquelle ils opposent "l'autogestion"). La conflit éclate en premier dans la fédération des PTT : lors des Conseils Nationaux Fédéraux de novembre et décembre 1988, plusieurs responsables sont démandatés bureaucratiquement, ce qui les poussera à scissionner et à fonder la fédération Sud-PTT, le 16 décembre.

Mais en parallèle de cette droitisation, la CFDT réussit à syndiquer plus de travailleurs que la CGT, pour plusieurs raisons liées. D'abord, elle a fait des efforts pour s'implanter dans le tertiaire, alors que la CGT perdait beaucoup dans les bastions ouvriers industriels, très touchés par les restructurations. Ensuite, elle a légèrement bénéficié du triomphe néolibéral à la chute de l'effondrement de l'URSS, auquel elle s'est très bien adapté. Dans de nombreux secteurs précarisés notamment, la difficulté de lutter pour obtenir un rapport de force a favorisé les "négociateurs", qui étaient les seuls dans ce contexte à obtenir des avancées syndicales, même minimes.

1992-2002 : jaunisse avec Notat[modifier]

En 1992, Nicole Notat est élue secrétaire générale. Au plan féministe c'est une première : elle est la première femme à occuper un tel poste dans une confédération syndicale de salariés en France. Mais c'est surtout au plan de la collaboration de classe que la CFDT est championne. L'imbrication de cette "aristocrate ouvrière" avec les cercles dirigeants est sans précédent : appréciée d'Ernest-Antoine Sellière et de Denis Kessler, membre du Cercle de l'entreprise, membre du conseil d'administration de Coface aux côtés de Laurence Parisot, présidente du club Le Siècle en 2011... Sous sa direction, la confédération va profondément s'ancrer dans le "syndicalisme jaune", à tel point qu'elle va devenir l'interlocteur privilégié des gouvernements et du patronat, supplantant FO dans ce rôle. La CFDT véhicule une idéologie d'adaptation des travailleurs aux besoins du capitalisme. Bien que globalement plus proche du PS, elle n'hésite pas à soutenir les gouvernements de droite, et à collaborer directement avec le MEDEF.

Lors des grèves de décembre 1995, elle soutient le Plan Juppé. Elle prend ensuite la présidence de la Caisse nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs salariés (CNAM) et de l'UNEDIC. La CFDT approuvera également les diverses contre-réformes mises en oeuvre : 35 heures, PARE, etc.

Reprenant à son compte l'idéologie néolibérale, la direction veut mettre en avant dans les négociations travailleurs-employeurs les contrats plutôt que la loi, dénoncée comme trop rigide et nuisant à la compétitivité. Elle va alors de plus en plus alimenter une bipolarisation entre :

  • le syndicalisme de "proposition et d'accompagnement" : la CFDT et d'autres se regroupant autour d'elle
  • le syndicalisme de "contestation systématique" : la CGT, affaiblie et isolée

Une opposition interne essaie de s'organiser au lendement du mouvement social de 1995, mais elle se heurte à un appareil qui se durcit. La confédération est très centralisée, et maintient les sous-directions dans une forte dépendance idéologique et matérielle. En revanche, elle laisse une certaine autonomie aux syndicats de base, ce qui créé une soupape : localement des militants sincères peuvent défendre leurs droits, sans forcément percevoir de contradiction avec la tête de la CFDT, qui elle de son côté avalise les reculs sociaux globaux et empêche des mouvements de masse. La minorité oppositionnelle est mise en échec au Congrès de Lille en 1998.

2002-2012 : l'ère Chérèque
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En 2002, lors du Congrès de Nantes, François Chérèque prend le relais de Nicole Notat, pour garder le même cap. Néanmoins, même si elle n'est pas organisée, la sensibilité "critique" est bien présente, comme le montrent les voix obtenues pour certains amendements :

  • 25 % des voix sur la nécessité de maintenir le montant des retraites à taux plein à 75 %
  • 37 % contre l’épargne salariale
  • 46 % pour le refus des plans sociaux dans les entreprises dont les résultats sont en progression
  • 37 % pour réaffirmer le caractère central du salaire et contester sa dilution dans différents éléments

En 2003 il négocie la réforme des retraites avec le gouvernement Raffarin. Cette trahison très visible fait perdre 10% de ses membres en trois ans à la CFDT : syndicats SPASMET et SNUPFEN qui rejoignent Solidaires, Interco qui rejoint la FSU en devenant le SNU Clias, des syndicats de la FGTE CFDT qui rejoignent la CGT, etc. en plus des défections individuelles. Dans un large milieu syndical et militant, Chérèque est considéré comme un traître et un collabo[2].

En mars 2003, la CFDT tente de s'implanter sur les universités, secteur de radicalité qui lui échappe. Elle appuie la création d'un syndicat étudiant issu d'une tendance de l'UNEF : la Confédération étudiante (Cé). La Cé reçoit un important soutien financier et logistique pour se développer.

En 2005, la CFDT appelle à voter "oui" au référendum sur le Traité constitutionnel européen.

Lors du congrès de Grenoble de juin 2006, François Chérèque défend son bilan et critique dans son discours le gouvernement et le MEDEF, conscient que son image de "jaune" passe de moins en moins dans l'opinion et dans ses rangs.

En 2010, lors de la réforme des retraites imposée par Sarkozy, la CFDT (comme la CGT) se positionne pour une "bonne réforme" et donc pour des négociations. Mais l'impopularité de la réforme est énorme, et la CFDT participe aux grandes manifestations, sans appel net et franc au retrait. Elle participe surtout à l'opération de canalisation de la colère dans un mouvement faible et sans perspective de victoire, pour lequel plusieurs personnalités capitalistes remercieront la "responsabilité" des directions syndicales.

Lors des élections présidentielles de 2012, si la CFDT ne donne pas de consigne de vote, elle affiche clairement sa sympathie pour Hollande. Le PS le rendra bien en offrant toute une série de postes aux bureaucrates. Chérèque est nommé inspecteur général des affaires sociales et président de Terra Nova (think tank du PS). Laurence Laigo, ex-secrétaire nationale de la CFDT, entre au cabinet de la ministre des droits des femmes, et Jacky Bontems, numéro deux de la CFDT jusqu'en 2009, a lancé un réseau, "812", pour assurer "la promotion de la politique du gouvernement"[3].

Fin 2012, Chérèque laisse la place à son successeur, Laurent Berger.

2013 : Berger
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La CFDT de Laurent Berger fonctionne main dans la main avec le gouvernement PS. Berger signe notamment l'Accord National Interprofessional (ANI) qui impose un immense recul au droit du travail (précarisation, négociations locales, chantages à l'emploi pour des baisses de salaires...).

Effectifs [modifier]

L'évolution du nombre d'adhérents de la CFDT[4] est à comparer au contexte général de la syndicalisation. Dans la période de la création, la CFDT apparaît radicale et dans les années de l'après-68, elle capte une bonne part des syndiqués. Elle avait plus de militants, en valeur absolue, qu'aujourd'hui.

A partir des années 1980, il y a une chute importante du taux de syndicalisation - phénomène quasi-mondial - qui est le cadre général qui explique la tendance à la progression très lente en valeur absolue, qui est en fait un recul en valeur relative. On peut aussi remarquer les difficultés de recrutement au vieillissement des militants : en 2006, le tiers des effectifs de la CFDT a plus de 50 ans.[5]

La déception après le soutien au "tournant de la rigueur" et le recentrage de la direction confédérale va provoquer la scission de Sud en 1988.

CotisationsCFDT-pourcent.jpg
L'entente avec le gouvernement Raffarin sur la réforme des retraites de 2003 provoquera une nouvelle hémorragie de militants, et la centrale n'est pas encore revenu à son niveau de 2002.
  • 572 690, 1965
  • 741 501, 1970
  • 900 000, 1977
  • 535 519, 1988
  • 723 000, 1997
  • 756 990, 1998
  • 830 600, 2000
  • 865 528, 2001
  • 883 160, 2002
  • 873 177, 2003
  • 818 036, 2004
  • 806 829, 2005
  • 803 635, 2006
  • 808 720, 2007
  • 814 636, 2008
  • 833 108, 2009
  • 851 601, 2010

Représentativité[modifier]

Élections aux prud'hommes[modifier]

  • 1987 : 23,06 %
  • 1992 : 23,81 %
  • 1997 : 25,35 %
  • 2002 : 25,23 %
  • 2008 : 21,81 %

Liste des congrès
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  • 1964. Congrès de Paris (34e)
  • 1970. Congrès d'Issy-Les-Moulineaux (35e)
  • 1973. Congrès de Nantes (36e)
  • 1976. Congrès d'Annecy (37e)
  • 1979. Congrès de Brest (38e)
  • 1982. Congrès de Metz (39e)
  • 1985. Congrès de Bordeaux (40e)
  • 1988. Congrès de Strasbourg (41e)
  • 1992. Congrès de Paris (42e)
  • 1995. Congrès de Montpellier (43e)
  • 1998. Congrès de Lille (44e)
  • 2002. Congrès de Nantes (45e)
  • 2006. Congrès de Grenoble (46e)
  • 2010. Congrès de Tours (47e)

Secrétaires généraux
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Notes et sources[modifier]

Où en est la CFDT ?, formation LCR
Interview avec une militante de la CFDT, Revue Socialisme international

  1. La CFDT collabore alors avec plusieurs associations de la société civile, dont le Gisti.
  2. Le Point, Ni "traître", ni "collabo", François Chérèque raconte ses combats à la tête de la CFDT, 29/08/2008
  3. Le Monde, Syndicats et partis à cartes rebattues, 16.02.2013
  4. source CFDT
  5. Selon le Monde du 12 juin 2006 citant les données officielles de la CFDT.