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Cette page traite des courants féministes qui s'inscrivent dans la perspective socialiste - quelles que soient les dénominations que l'on peut retrouver : féminisme socialiste, féminisme marxiste, féminisme lutte de classe... - par opposition au « féminisme bourgeois ».

Historique

Premiers socialistes

Certains socialistes utopiques développaient non seulement des projets pour la fin de la pauvreté ouvrière, mais également pour mettre fin à la domination des femmes par les hommes.

En 1830 sous la Restauration, un féminisme militant se développe chez les saint-simoniens et les fouriéristes. Les féministes participent à l'abondante littérature de l'époque, favorisée par la levée de la censure sur la presse. La Femme Libre et La Tribune des femmes paraissent en 1832 ; Le Conseiller des femmes, édité à Lyon par Eugénie Niboyet, est le premier journal féministe de province. Certaines femmes comme Claire Démar revendiquent le droit à l’amour libre, au scandale de l'opinion publique.

Les femmes participent activement à la révolution de 1848. À la suite d'un regain de luttes féministes, elles se voient accorder le droit au travail dans les ateliers nationaux. En 1849, Jeanne Deroin tente de se présenter aux élections législatives.

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Flora Tristan (1803-1844) fut une des premières socialistes à tenter de mener de front la lutte ouvrière avec la lutte des femmes. Elle fit un tour de france des filatures et imprimeries et s'investit dans l'organisation des ouvriers et ouvrières. Elle disait :
« L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même. »

Charles Fourier prônait la construction de crèches pour "libérer la femme", espérer atteindre une harmonie des sexes dans les phalanstères, et considérait que la condition féminine réflète le progrès social :

« Les progrès sociaux s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes. »[1]

Marx et Engels

Les tout premiers articles de Marx, avant même qu'il soit socialiste, révèle une vision conservatrice et idéaliste du mariage[2]. Dans ses Manuscrits de 1844, puis dans La sainte famille, il reprend l'idée de Fourier selon laquelle le niveau de développement d'une société se reflète dans les rapports hommes-femmes, dans les rapports "du fort envers le faible". Dans La condition de la classe laborieuse en Angleterre (1844), Engels décrit comment l'emploi massif de femmes et d'enfants détruit la famille traditionnelle chez les ouvriers, et comment des hommes se retrouvent entretenus par des femmes, ce qui "émascule les hommes et retire toute féminité à la femme". Toutefois Engels précise que "le règne primitif du mari sur l'épouse était inhumain aussi".

La division sexuelle du travail est décrite comme une des tout premières divisions du travail dans L'idéologie allemande (1845), mais avec une vision basée basée sur l'idée d'une origine naturelle (Engels rompra plus tard avec cette idée, notamment dans L'origine de la famille). Dans ce livre l'idée que la famille dépend des conditions sociales est posée. Les auteurs dénoncent l'appropriation des femmes par les maris, qu'elle soit cachée ou ouverte :

« Dans la loi prussienne, les liens sacrés du mariage sont censés être imposés à la fois aux hommes et aux femmes », mais c'est une fiction juridique. La relation réelle est codifiée en France, « où la femme est considérée comme la propriété privée de son mari, et seule la femme peut être punie pour adultère. »

Toujours dans l'Idéologie allemande, il est indiqué que l'abolition de la propriété privée entraînera l'abolition de la famille et du mariage. Mais il n'y a pas d'indication de ce qui pourrait les remplacer. Les descriptions de l'amour libre imagnées par Fourier sont qualifiées de "fantaisies". Marx et Engels écrivaient même que la famille était déjà dissolue, n'existant plus dans le prolétariat, et n'existant plus que formellement comme rapport de propriété dans la bourgeoisie (avec l'argument que les bourgeois trompaient leurs femmes). Ces idées, largement extrapolées, n'étaient pas vraiment étayées sur des faits.

Concernant la violence des maris jaloux, Marx notait dans un article de 1846 que « le jaloux est avant tout un propriétaire »[3].

Le Manifeste communiste (1847) reprend ces thèses. Il se moque aussi des bourgeois qui accusent les communistes de vouloir la "collectivisation des femmes". Il répond que ce sont les bourgeois qui collectivisent les femmes par la prostitution, et que le communisme y mettra fin[4].

En 1850, Marx critiquait le naturalisme réactionnaire d'un certain Daumer qui prétendait défendre la cause des femmes en les "divinisant" et les essentialisant au passage dans un rôle de mère nourricière[5]. On trouve cependant des expressions imagées réflétant les conceptions sexistes omniprésentes, comme ce passage du Capital associant père-actif-fécondeur et mère-passive-féconde : « Le travail n'est donc pas l'unique source des valeurs d'usage qu'il produit, de la richesse matérielle. Il en est le père, et la terre, la mère »[6]

Marx défendait aussi une législation spéficique du travail pour protéger les "femmes et les enfants", par exemple dans Le Capital, ou au sein de la Première internationale (voir ci-dessous). Le programme de Gotha du Parti ouvrier allemand (1875)[7] réclamait l'interdiction "du travail des enfants, ainsi que du travail des femmes, qui porte préjudice à la santé et à la moralité." Dans la critique que Marx fait de ce programme[8], il évoque la limitation de la journée de travail pour les femmes, voire des interdictions pour "branches d'industrie qui sont particulièrement préjudiciables à leur santé physique où contraires à la morale au point de vue du sexe", mais indique que les femmes doivent être intégrées à la production.

Dans L'origine de la famille (1884), Engels fait une analyse historique des rapports familiaux sur la base des connaissances de l'époque (aujourd'hui largement dépassées). Une de ses idées est que l'oppression des femmes est une conséquence de l'apparition de la propriété privée. Concernant la lutte présente des femmes, il rappelle que l'égalité des droits ne suffira pas à établir l'égalité réelle, tant qu'il y aura une inégalité économique (hommes salariés, femmes au foyer). Ce qui inspire à Engels une analogie célèbre :

« Dans la famille, l'homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat. »

Concernant l'avenir de la famille, Engels reste prudent, mais envisage deux possibilités : soit la monogamie disaparaît, soit "elle devient enfin réalité, en s'appliquant aussi à l'homme". Engels disait aussi que l'égalité femmes-hommes implique d'en finir avec la gallanterie[9].

Engels fut également marqué par la pièce Une maison de poupée du norvégien Henrik Ibsen, qui montrait l'attitude infantilisante d'un mari envers sa femme, qui à la fin de l'oeuvre claque la porte. Engels commença même à apprendre le norvégien à plus de 70 ans pour lire le texte original[10]. Certains intellectuels de l'époque parlait utilisaient le terme ibsenisme pour parler de la question des femmes. Eleanor Marx fut une des premières traductrices des oeuvres d'Ibsen.

Première Internationale (1864-1871)

Lorsque le Conseil général de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) est formé le 5 octobre 1864, il n'est composé que d'hommes. La question de la présence de femmes, outre qu'elle ne s'était pas encore posée, ne semblait pas aller de soi. Le compte-rendu de la session du 25 avril 1865 indique que "Une question ayant été posée sur la possibilité pour des femmes d'être membres, le citoyen Wheeler proposa, appuyé par le citoyen Bordage, que les femmes puissent être admises. Accepté à l'unanimité."

En 1866, le congrès de l’AIT se prononce contre le droit des femmes au travail. C'est particulièrement la position des proudhoniens, pour qui « le travail des femmes doit être énergiquement condamné comme principe de dégénérescence pour la race et un des agents de démoralisation de la classe capitaliste » et « La femme n'est point faite pour travailler ; sa place est au foyer de la famille, elle est l'éducatrice naturelle de l'enfant, elle seule peut le préparer à l'existence civique, mâle et libre ». La position de Marx et des délégués londoniens, rejetée, se positionnait pour le travail des femmes, mais disait : « les femmes doivent être rigoureusement exclues de n'importe quel travail de nuit, et de toute sorte de travail qui serait nuisible à l'organisme féminin si sensible »[11].

Le droit de vote n'est pas non plus une évidence pour les premiers socialistes. Certains avancent des arguments réactionnaires, d'autres craignent que le vote des femmes serait majoritairement conservateur en raison de leur moindre conscience de classe (les femmes étant moins intégrées au marché du travail, moins syndiquées...).

Lors de la réunion du Conseil général de l'AIT du 16 avril 1867, une lettre de Harriet Law concernant les droits des femmes a été lue, et il a été convenu de lui demander si elle serait prête à assister aux réunions du conseil. Le 25 juin 1867 elle est ainsi la première femme siégeant au Conseil général. Elle est souvent restée silencieuse, mais est intervenue dans un certain nombre de discussions. En 1868, Marx dit que "l'oratrice bien connue Harriet Law représente le mouvement athée populaire dans le Conseil général". C'est peut-être sous son influence que Marx a commencé à parler des femmes travailleuses dans ses déclarations et adresses.[12]

A partir de février 1868, une deuxième femme est présente au Conseil général, Mme Morgan (peut-être l'épouse de William Morgan, membre du Conseil général depuis octobre 1864 et membre de la Reform League).

Le 28 Juillet 1868, Marx parle au Conseil général de l'effet néfaste du machinisme aux mains des capitalistes sur "les enfants et les femmes". Il précise qu'il n'est pas contre l'intégration à la production des femmes et des enfants à partir de 9 ans, mais que dans les conditions actuelles l'effet est "abominable". Le débat se poursuivant le 4 août, Harriet Law dit que les machines ont rendu les femmes moins dépendantes aux hommes qu'auparavant, et qu'elles finiraient par les émanciper de l'esclavage domestique. Le 11 août, Marx met en avant la nécessité de la réduction du temps de travail pour "les femmes et les enfants", ajoutant que dans la plupart des cas cela conduirait à la réduction du temps de travail pour les hommes.

Marx proposa également une résolution au Conseil général appelant à la « formation de branches de travailleuses », de « branches féminines au sein de la classe ouvrière », sans interférer toutefois « avec les branches mixtes existantes ou en formation ». Lors de la Conférence de 1871 de l'AIT, Marx propose cela au nom du Conseil général, en soulignant « la nécessité de fonder des sections féminines dans les pays dont les industries emploient beaucoup de femmes ».

Par ailleurs, Marx a dénoncé les tendances de la Section 12 aux États-Unis, dirigée par Victoria Woodhull, qui se cantonnait à un milieu petit-bourgeois et se centrait sur la spiritualité, l'amour libre, des monnaies alternatives...[13]

Socialisme et féminisme en France

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Durant la Commune de Paris, les femmes ont pris une part massive aux mobilisations et se sont organisées en comités de quartier. Parmi elles, il y eut des militantes comme Louise Michel ou encore Elisabeth Dimitrieff, qui a créé la première Union des femmes. Plus de mille d'entre elles passeront en conseil de guerre et les "Pétroleuses", accusées d'avoir incendié les maisons bourgeoises. La réaction se déchaînera sur elles, par exemple Alexandre Dumas fils (l'auteur de La Dame aux Camélias) qui disait : « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes à qui elles ressemblent - quand elles sont mortes. »

Concernant les indemnités reçues par les proches des gardes nationaux, la Commune a donné la consigne aux mairies de ne faire aucune distinction entre femmes dites "illégitimes", mères et veuves.

Après l'écrasement de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier entame en France une traversée du désert. Les ex-Communardes, souvent renommées et adulées, n’apporteront aucun appui, se désintéressant du féminisme organisé (Louise Michel) ou ne le découvrant que tardivement (Paule Mink).

Le premier congrès ouvrier à se réunir, à Paris en 1876, est dominé par les conceptions très modérées des positivistes et des proudhoniens. Il affirmait notamment que l’homme devait pouvoir travailler pour pourvoir aux besoins de son foyer, « la femme ayant pour devoir d’élever ses enfants, de pourvoir à l’éducation de la famille ». Le congrès de Lyon (1878) sera sensiblement sur le même ton. Au congrès du Parti Ouvrier Français de 1877, des travailleurs proposent de voter pour l’interdiction du travail des femmes, demande rejetée.

En 1876, Hubertine Auclert, qui est sans doute la première militante à se proclamer "féministe", écrit que « Malgré les bienfaits de notre Révolution de 1789, deux sortes d’individus sont encore asservis : les prolétaires et les femmes. [...] Unissons nos efforts, associons-nous ; l’exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux ! » [14]A ce moment là, le mouvement féministe "officiel", naissant, refuse la revendication du droit de vote qu'elle défend. Elle espère alors beaucoup du mouvement ouvrier.

Au congrès ouvrier de Marseille en 1879, Hubertine Auclert tient un discours éloquent en faveur de la cause des femmes. Malgré la prégnance des mentalités conservatrices, elle parvient à faire voter une motion très avancée.[15] Elle remercie d'emblée le congrès de la laisser parler « non parce qu’elle est ouvrière », mais en tant que femme, « c’est-à-dire exploitée ». Elle propose explicitement au prolétariat « un pacte d’alliance défensif et offensif contre nos communs oppresseurs ». Après 1880, année de divisions dans le mouvement ouvrier, Auclert ne remettra plus les pieds dans le mouvement socialiste et se consacrera exclusivement au droit de vote, avec son journal La Citoyenne.

Le programme du Parti ouvrier (1880) revendique la suppression « de tous les articles du Code [civil] établissant l'infériorité de la femme vis-à-vis de l'homme ».[16] Au sein du parti, Léonie Rouzade créé l’Union des femmes, un groupe de femmes à Paris qui poussera pour une prise en compte des revendications féministes. Quand les revendications féministes auront finalement été intégrées au programme du parti, en 1885, l’Union des femmes aura périclité.

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Les grandes associations féministes qui naissent alors sont de fait des organisations bourgeoises, dont les rapports réciproques avec le mouvement ouvrier seront tendus. Les quelques militantes désireuses d’associer féminisme et mouvement ouvrier – Marie Guillot, Marie Bonnevial, Maria Vérone, Marianne Rauze, Madeleine Pelletier, Hélène Brion ou encore Élisabeth Renaud – se retrouveront généralement isolées.

Au Congrès syndical de Rennes de 1898, il est voté : « Dans tous les milieux, nous devons nous efforcer de propager cette idée que l'homme doit nourrir la femme. » Ce que critiquera nettement Jules Guesde.[17]

En 1899, le premier socialiste à devenir ministre (du travail), Millerand, maintient des bas salaires pour de nombreuses employées de l'administration, ce qui alimentera la méfiance des féministes envers le socialisme[18].

Dans une conférence en 1909, Léon Jouhaux déplore que les cégétistes ne parviennent pas à mieux considérer leurs femmes et à en faire des camarades de lutte :

« Les camarades, même ceux qui sont conscients, même les militants, ne voient pas dans leur femme une amie, une compagne s’intéressant aux mêmes choses qu’eux ; ils voient en elle un être inférieur dont la besogne consiste à faire bouillir la marmité, à raccommoder les chaussettes et à laver la vaisselle… Tant que les syndicalistes envisageront les choses de cette manière, ils en éprouveront les conséquences »[19]

En 1913, suite à une agression très violente d'un mari sur sa femme qui faisait grève, le meeting de la CGT du lendemain condamne les violences des ouvriers : « On boit pour oublier sa misère, on cogne sur la femme parce qu'on n'a pas le courage de s'en prendre au patron.»[20] En septembre 1917 encore, le Comité fédéral national des Métaux adopte à l'unanimité une motion qui veut renvoyer les femmes au foyer.

La décennie 1910 verra une nouvelle poussée de la question féministe au sein du mouvement ouvrier, principalement sous l'effet du syndicalisme des institutrices. En 1920 le syndicat se désignera comme "Syndicat national des institutrices et instituteurs". Hélène Brion, institutrice syndicaliste, mit en avant la nécessité d'une auto-organisation des femmes :

« Je ne fais pas du syndicalisme, même uni au socialisme, une panacée universelle pour guérir tous les maux [...] De même que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, de même, l’émancipation des femmes ne doit et en peut être que l’oeuvre des féministes eux-mêmes. »[21]

Elle reprochait au mouvement ouvrier son mépris des femmes, mais soulevait également le fait que le syndicalisme n'agit en rien sur l'exploitation que subissent les femmes à domicile. Elle dresse également une liste de projets de loi en faveur des droits des femmes, et conclut :

« Parmi tous ces noms, camarades socialistes, pas un seul des vôtres ! Parmi toutes ces réformes ou bribes de réformes arrachées par le constant travail et l’effort acharné du féminisme, pas une seule dont l’initiative vous revienne ! »

Au sein du socialisme allemand

En Allemagne, les lassaliens s'opposaient à l'agitation socialiste pour l'émancipation des femmes et à l'entrée croissante des femmes dans l'industrie. Lors du congrès d'unification de Gotha en 1875, l'aile marxisante (dirigée par Bebel) propose de défendre l'égalité des droits pour les femmes, ce que les lassaliens refusent au motif que les femmes ne seraient "pas prêtes".

August Bebel, qui fut un théoricien majeur de la social-démocratie allemande, écrivit en 1879 La femme dans le passé, le présent et l'avenir, qui eut une grande influence.[22] Il y dénonce la prostitution, le mariage bourgeois (mariage d'intérêt), l'hypocrisie de l'Église et de l'État, mais aussi les préjugés des travailleurs masculins. Il défend fermement le droit de vote des femmes, le droit au divorce, le libre accès à tous les métiers... tout en affirmant que le socialisme est nécessaire pour l'émancipation des femmes (les progrès techniques feront diminuer les tâches domestiques, le mariage d'intérêt n'aura plus de raison d'être...). Bebel ne prenait pas non plus comme évidence la répartition genrée du travail d'élevage des enfants : « la femme voudra jouir de son indépendance et non passer la moitié ou les trois quarts de ses belles années en état de grossesse ou avec un enfant au sein ». Bebel critique aussi la théorie des inégalités provenant d'une "faiblesse" innée des femmes.

Lors du congrès fondateur de la IIème Internationale, en 1889, Clara Zetkin fait l'un de ses premiers discours publics[23] où elle polémique contre les socialistes qui veulent interdire le travail des femmes. Elle y affirme aussi que « Sans l'aide des hommes et, il faut bien le dire, souvent même contre leur volonté, les femmes ont rejoint le camp socialiste. » Zetkin recrute un grand nombre de femmes à la social-démocratie et organise une structure féminine socialiste puissante mais clandestine, l'appartenance des femmes à un parti politique étant interdite à l'époque en Allemagne.

Au congrès d'Erfurt du SPD (1891), qui adopte un programme marxiste formel, une majorité se dégage pour l'exigence d'égalité juridique.

Clara Zetkin lance un journal "féministe" en 1891, appelé Gleichheit (égalité), qui atteindre les 100 000 exemplaires diffusés. A partir de janvier 1892 sera aussi publié à Vienne un Arbeiterinnenzeitung (journal des travailleuses). Ces journaux, dans lesquels écrivaient Louise Kautsky, Eleanor Marx ou Laura Lafargue, se voulaient aborder la question des femmes d'un point de vue marxiste. Il n'y eut pas d'équivalent de ces journaux de masse en France.

Les militant-e-s socialistes allemand-e-s rejetaient le terme de féminisme, qu'elles associaient au féminisme bourgeois. Les féministes bourgeoises qui centraient leur combat sur l'égalité des droits, appelées Frauenrechtlerinnen (littéralement les "droit-des-femmistes") étaient vertement critiquées.

Une minorité parmi les femmes socialistes, notamment derrière Lilly Braun, prônait un rapprochement avec les organisations féministes bourgeoises. Gertrude Guillaume-Shack, qui fut une dirigeante féministe, rejoignit le SPD en 1885, puis dut s'exiler en Angleterre en 1886 où elle rencontre Engels. Après quelques échanges, elle rompt avec les socialistes en 1887.

Deuxième Internationale (1889-1914)

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La plupart des socialistes parlent encore de « double tâche sociale de la femme » : production et reproduction (celle-ci reposant sur une spécificité biologique des femmes). Cela les conduit à stigmatiser les revendications égalitaristes de certaines féministes.

En Angleterre, Eleanor Marx fait un travail d'organisation exceptionnel (qui est resté largement occulté par son statut de "fille de Karl Marx"), non seulement parmi les quartiers pauvres de l'Est londonien, mais aussi parmi les femmes travailleuses. Elle organise les premiers syndicats féminins du pays. En 1886, elle co-rédige un pamphlet, La question féminine[24].

Lors du deuxième Congrès international (1891), le leader de la social-démocratie belge, Emile Vandervelde s'oppose aux revendications d'égalité des droits.

L'Internationale socialiste des femmes (ISF) a été créée en 1907 comme organisation sœur de l'Internationale ouvrière. Sa première conférence eut lieu du 17 au 19 août 1907 à Stuttgart (Allemagne). Elle établit un secrétariat international sous la direction de Clara Zetkin, et adopta une résolution pour le droit de vote des femmes, qui fut le départ d'une campagne active des organisations socialistes de femmes, dans la société, mais aussi au sein de leurs propres partis. Parmi les 7 femmes déléguées par la SFIO, Madeleine Pelletier vota contre la résolution affirmant qu'il fallait maintenir strictement une indépendance par rapport au féminisme bourgeois[25].

Leur combat dépassait cependant largement celui de l'égalité des droits :

« Le droit de vote ou l'égalité civile de la femme, une fois inscrits dans les lois et les codes, l'exploitation économique des femmes n'en sera pas supprimée pour autant. »
« La femme est l'esclave de l'usine et du foyer, sur elle pèse le fardeau de la double journée de travail. » Clara Zetkin

En 1910, la deuxième conférence de l'ISF, à Copenhague en 1910 adopta la résolution d'une Journée internationale des Femmes fixée au 8 mars de chaque année. Elle adopta aussi une résolution pour la Paix. Lors de la conférence de Bâle de l'Internationale ouvrière de 1912, Clara Zetkin prononça un discours enflammé pour la Paix et la nécessité des femmes socialistes de lutter contre la guerre qui touche principalement les « fils du prolétariat ».

Avec la Première Guerre mondiale, les activités de l'ISF connurent un temps d'arrêt. Cependant, une conférence se tint à Berne en mars 1915 ; ce fut d'ailleurs la première conférence socialiste internationale depuis le début de la guerre (avant la conférence de Zimmerwald). Les femmes internationalistes menaient une propagande anti-guerre avec des tracts intitulés "Où sont vos fils ? Où sont vos maris ?".

Révolution bolchévique de 1917

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Le 8 mars 1917, les ouvrières et ménagères manifestatent à Petrograd pour réclamer du pain, la paix et le retour de leurs maris partis au front. En ce sens, on peut dire qu'elles ont été l'étincelle de la Révolution Russe.

Les premières mesures des bolchéviks ont visé :

  • l'égalité des droits et de nouveaux droits spécifiques : droit au divorce, droit à l'avortement...
  • la tentative d'instaurer des services publics visant à socialiser les tâches réalisées dans les foyers principalement par les femmes,

Des femmes furent mises en avant, comme Alexandra Kollontaï qui fut nommée commissaire du peuple à l'Assistance publique [Santé] de novembre 1917 à mars 1918.

Les tentatives d'émancipation sociale se sont heurtées à la misère de la jeune URSS, et rapidement, la bureaucratisation du pays a conduit y compris à des reculs en termes de droits.

Article détaillé : Condition des femmes en URSS.

Troisième Internationale (1919-1943)

L'Internationale Communiste relança l'activité en direction des femmes, avec par exemple la création en 1920 d'un secrétariat international femmes avec représentation permanente au Comité Exécutif.
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L'IC insiste sur la nécessité d'accentuer la propagande envers les femmes prolétaires[26].

L'IC revendique alors des droits égaux, et est à l'origine de la journée internationales des femmes le 8 mars. La propagande mettait aussi l'accent sur la libération des femmes de l'esclavage des tâches domestiques, notamment par l'accroissement de la socialisation (cantines, crèches...).

L'IC réaffirme cependant une nette opposition à toute collaboration avec le féminisme non prolétarien, et donc a fortiori à des "organisations autonomes de femmes". Et dans la continuité du féminisme de la Deuxième internationale, on retrouve une tendance à l'essentialisation des femmes comme mères.

Après la seconde guerre mondiale, les partis staliniens créent la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), en même temps que d'autres organisations satellites "larges" (la FSM, la FMJD...). La FDIF sera centrée sur la paix et l'antifascisme, utilisés pour défendre les intérêts de l'URSS.

A partir des années 1930, le PC français assume des positions ouvertement anti-avortement et en défense de "la famille". En 1949, lorsqu’apparaît le livre Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, le PCF réagit en déclarant qu’il s’agit d’un scandale et Jean Kanapa, un des intellectuels les plus en vue du parti, qualifie l’ouvrage « d’immondice ».Le PCF a dénoncé les partisanes de l'avortement. Elles sont qualifiées d'alliées de la bourgeoisie dont le but serait d'affaiblir les rangs de la classe ouvrière en les privant d'enfants et en la détournant de la vraie lutte pour le pain et le socialisme. (Thorez, 1956) Les femmes sont seulement fêtées en tant que mères. Ainsi le PCF ne soutiendra pas le MLF, malgré la participation de femmes militantes du parti.

Partis socialistes

Dans la SFIO, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait qu'autour de 2 à 3 % de femmes.

Trois femmes (Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie, Suzanne Lacore) particient au gouvernement du Front populaire (1936) comme sous-secrétaires d’État. Léon Blum avait aussi proposé à la féministe Maria Vérone d'être ministre. Néanmoins les féministes sont alors déçues par le gouvernement qui ne mobilise pas pour le droit de vote des femmes.

Au sein du PS, la "nouvelle gauche" des années 1960 est plus ouverte au féminisme, notamment sous la pression du Mouvement démocratique féminin (MDF), qui comprendra des militantes comme Marie-Thérèse Eyquem ou Colette Audry. Audry milita activement dans les années 1970 pour l’instauration de quotas de femmes au sein des instances du PS. Une jonction s'opère dans les années 1970-1980 entre le PS et le Mouvement français pour le Planning familial.

Le PS au pouvoir créé en 1981 un ministère des Droits de la femme dirigé par Yvette Roudy, qui happera vers les institutions de nombreuses féministes des années 1970.

Mouvement anarchiste

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Les anarchistes sont traversés de clivages semblables à celles des autres socialistes. Par exemple, Proudhon défendait le rôle traditionnel des femmes, Bakounine défendait que l'oppression des femmes provenait du capitalisme, tandis que des militantes anarchistes développèrent le combat féministe (Louise Michel, Emma Goldman, Lucy Parsons, Voltairine de Cleyre...). Certains syndicalistes anarchistes comme Georges Yvetot prirent clairement position contre les préjugés sexistes et réactionnaires de son milieu[27].

Virginia Bolten anima le journal La voz de la mujer en Argentine en 1896, qui appelait les femmes à se rebeller contre l'oppression masculine tout en s'inscrivant dans la lutte prolétarienne. Sa devise était « Ni dieu ni maître, ni mari ».

En 1912, Madeleine Pelletier, féministe proche des libertaires, écrivit un article intitulé Les anarchistes viennent au vote des femmes.[28]

En 1936, le « mouvement des femmes libres » participant à la guerre civile espagnole fut un exemple fort de critique en armes.

On parle aujourd'hui d'anarcha-féminisme.

Courant féministe lutte de classe dans le MLF

L’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR) lance le 1er manifeste « féministe-luttes de classe » : Sortir de l’ombre : pour un féminisme autogestionnaire.[29] Après des débats houleux, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) apporte son soutien au mouvement féministe « autonome », en 1971-1972.[30] Elle participera à l’animation du courant féministe « luttes de classe », à des revues comme Les Pétroleuses, ou encore en s'investissant dans le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC). Son orientation sera d'essayer de tourner les groupes femmes vers les campagnes de masse, tout en participant aux débats théoriques. Elle s'est opposé au séparatisme et à une conception systématique de la non mixité. En 1977, des féministes de la LCR créent la revue Les Cahiers du féminisme (1977-1998), qui sera progressivement considérée par la direction de l’organisation comme une revue de la LCR. Lutte ouvrière participa aussi au MLAC, mais elle critiqua l'idée de mouvement autonome des femmes mis en avant par la LCR[31].

En 1982, sous l’impulsion du courant « féministe lutte de classes » ont lieu des Assises sur les femmes au travail et le droit au travail des femmes, qui rassemblent 2000 personnes à la Sorbonne (des féministes du Planning familial, des syndicalistes, différentes associations...). Le but est d'interpeller le gouvernement PS sur sa politique. Cette initiative est boycottée par une partie des féministes, sous prétexte que cette initiative est mixte... Après cela, il y a plusieurs années d’atomisation et de repli du mouvement féministe dans des associations spécialisées par thème ou locales.

Néanmoins, face à des évènements graves (plusieurs viols de femmes dans les transports en commun sans réaction du public) et l’offensive des commandos d’extrême droite à l’entrée des hôpitaux ou des cliniques pour tenter d’empêcher les femmes d’avorter, des militantes « féministes lutte de classe » créent différentes associations pour relancer l’activité féministe unitaire :

  • 1985 : création, avec des militantes du Planning, du Collectif féministe contre le viol. Leur action, conjointement à celle d’autres associations comme l’AVFT (Association contre les violences faites au femmes au travail), aboutira à une série de circulaires et de lois sur la question des violences : contre les abus sexuels sur les enfants (1989) ; contre le harcèlement sexuel (1992), contre les violences domestiques.
  • 1989 : création de l’association « Elles sont pour », à l’occasion de la célébration du quarantenaire de la publication du livre de Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe.
  • 1990 : création de la CADAC (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception) qui réunira le Planning Familial, l’Association nationale des centres d’orthogénie, etc. Cette association, grâce à son travail de vigilance et de mobilisation contre les commandos d’extrême droite, obtiendra en 1993 une loi créant un délit d’entrave à l’IVG. Et surtout une amélioration de la loi sur l’avortement (2001) : délai pour l’IVG de 14 semaines au lieu de 12 ; possibilité pour les mineures d’avorter sans l’autorisation des parents à condition d’avoir un autre adulte comme référent etc.

En 1997, 2000 personnes (une majorité de femmes) participent aux Assises pour les droits des femmes, qui lance la création du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF). Des féministes lutte de classe en France sont aussi investies dans la Marche mondiale des femmes. Le CNDF a cependant perdu beaucoup de forces depuis.

Luttes syndicales

A plusieurs périodes, on retrouve dans les syndicats des pratiques et des réflexions qui s'inscrivent de fait dans le féminisme socialiste :

  • parmi les institutrices à partir de 1910, dont le syndicat se désignera en 1920 comme "Syndicat national des institutrices et instituteurs"
  • le magazine féminin "Antoinette" de la CGT (1955-1989)[32]
  • parmi les femmes syndicalistes qui créeront la CFDT en 1964
  • la conférence des femmes travailleuses de 1977 de la CGT
  • 1998 : premières journées féministes de formation intersyndicale qui rassemblent de 3 à 400 personnes, chaque année.

En 2004, 43% des syndiqué-e-s au Royaume-Uni étaient des femmes.[33]

Féminisme marxiste actuel

Aujourd'hui, celles et ceux qui se revendiquent du « féminisme marxiste » sont de fait une minorité parmi les courants féministes. Par ailleurs, beaucoup de militant-e-s se revendiquent « marxistes » et « féministes », mais ne considèrent pas que leur féminisme relève du « féminisme marxiste ». Par ailleurs, il ne se dégage pas à l'heure actuelle une définition nette et hégémonique de ce que serait la définition du féminisme marxiste.

Parmi les exemples d'organisations, de courants ou d'auteures se revendiquant du féminisme marxiste, on peut citer :

Le féminisme marxiste cherche généralement à intégrer l'analyse de l'oppression des femmes dans l'analyse marxiste traditionnelle du capitalisme :

  • Le travail des femmes (domestique en particulier) est généralement interprété dans le cadre de la notion de reproduction de la force de travail, évoquée mais peu développée par Marx. C'est notamment le point central de l'analyse de Lise Vogel[35], de Mariarosa Dalla Costa, Tithi Bhattacharya, et de nombreu-se-x militant-e-s au Canada[36]...
  • Silvia Federici étend la notion d'accumulation primitive du capital, en soutenant que les femmes ont été et continuent à être une source d'accumulation de capital, à côté du travail salarié, et nécessaire au fonctionnement de l'ensemble.
  • Des marxistes (comme Hester Eisenstein dans Feminism Seduced) ont dénoncé l'utilisation de réthorique féministe par les capitalistes pour justifier une surexploitation.

Débats particuliers

Usage du terme « féministe »

Le terme de féminisme commence vraiment à être utilisé à la fin du 19ème siècle. La social-démocratie allemande utilisait le terme de féminisme comme synonyme de féminisme bourgeois, et à ce titre, elle opposait « les marxistes » et « les féministes ». Il faut néanmoins avoir à l'esprit qu'à ce moment là en Allemagne, il n'y a pas de courant féministe significatif, et que les social-démocrates paraissent alors les plus radicalement en faveur de l'égalité des droits entre hommes et femmes.

En France, il semble que les socialistes n'aient pas hésiter à employer le terme de féminisme. On peut y avoir à la fois le reflet de la diversité des féminisme existant alors hors du mouvement socialiste (lui-même divers, et relativement faible, contrairement au SPD allemand), et le reflet de la collaboration de classe alors courante entre socialistes et républicains bourgeois.

Dans les années 1970, certains courants marxistes, comme la LCR reprennent le terme de féminisme, faisant le choix de militer en son sein. Un choix que rejettent d'autres, comme LO qui réaffirme que le féminisme est de nature bourgeoise.[31]

Féminisme matérialiste ?

Le féminisme socialiste se revendique du matérialisme tout comme le courant qui a pris le nom de "féminisme matérialiste". Il faut bien reconnaître que se revendiquer d'une même méthode d'investigation peut conduire à des écoles différentes. L'enjeu est donc bien, comme en toute science, de construire la théorie la plus convaincante, car plus explicative.

Législation spécifique pour les ouvrières ?

La plupart des socialistes du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème siècle revendiquaient un encradement spécifique du travail des femmes, au nom de leur protection, en particulier des mères. Très souvent, ces aménagements étaient défendus de concert avec la lutte contre le travail des enfants. Cela s'appuyait sur une réalité du contexte de l'exploitation capitaliste, qui est que la mortalité des femmes et des enfants qu'elles portaient était nettement aggravée par le travail en usine. Néanmoins on peut dire que le mouvement ouvrier a longtemps été imprégné d'un "féminisme maternaliste".

Marx défendait l'intégration des femmes au marché du travail, mais il était aussi en faveur d'une limitation spécifique de leur temps de travail. Un de ses arguments est que cela entraînerait ensuite aussi une diminution du temps de travail des hommes[37]. A l'été 1868, au conseil général de l'AIT, Marx et Harriet Law eurent un débat sur l'appréciation de la situation des femmes travailleuses. Marx mettait l'accent sur les conditions "abominables", tandis qu'Harriet Law soulignait plutôt l'indépendance accrue des femmes.

Marx relève le cas d'ouvrières s'opposant à une limitation légale de leur travail, celles-ci ayant besoin de leurs maigres revenus[38]. Le programme de Gotha (1875) du parti ouvrier allemand préconisait une limitation du travail des femmes, que Marx a critiqué car il n'était pas explicité que les femmes devaient être intégrées à la production.[39]

De nombreuses féministes, la plupart issues du féminisme bourgeois, se sont opposé à ces législations au nom de l'égalité juridique, et parfois au nom du fait que cela limitait l'indépendance financière des femmes par rapport aux hommes. La plupart des socialistes disqualifiaient leurs critiques au nom du fait qu'elles ne sont pas vivent pas le travail d'usine, voire qu'elles en profitent. Engels faisait la réponse suivante en 1885 à une féministe qui s'opposait à une législation spécifique :

« Que la travailleuse ait besoin d'une protection spéciale contre l'exploitation capitaliste en raison de ses fonctions physiologiques particulières me semble évident. Les femmes anglaises qui ont mis en avant les droits formels de leur sexe pour qu'il puisse être exploité aussi fortement que les hommes, sont pour la plupart, directement ou indirectement, intéressées par l'exploitation capitaliste des deux sexes. J'avoue que je suis plus intéressé par la santé de la génération future que par l'égalité formelle absolue des sexes durant les dernières années du capitalisme. Ma conviction est que l'égalité réelle des femmes et des hommes ne peut devenir réalité que si l'exploitation par le capital a été aboli et le travail domestique transformé en une industrie publique. »[40]

En 1892, des féministes bourgeoises aux États-Unis dénoncent une loi réduisant la journée de travail des femmes spécifiquement. Louise Kautsky les dénonce comme entravant le mouvement des femmes travailleuses.[41] C'était la position majoritaire de l'Internationale ouvrière, malgré des débats[42].

En 1889, Clara Zetkin tenait cependant à minimiser les spécificités des travailleuses, afin de mieux défendre l'intégration des femmes au sein du mouvement ouvrier organisé :

« Comme nous ne voulons absolument pas séparer notre cause de celle des travailleurs en général, nous ne demandons aucune protection particulière si ce n'est celle que le travail en général exige du capital. Nous n'admettons qu'une seule exception au profit des femmes enceintes, dont l'état exige des mesures particulières dans l'intérêt de la femme même et de sa progéniture. Nous nions qu'il existe une question féminine spécifique, nous nions qu'il existe un problème spécifique des travailleuses. »[23]

L'Internationale communiste a repris ces positions classiques :

  • « les fonctions spéciales imposées à la femme par la nature elle-même, c'est-à-dire la maternité et les particularités qui en découlent pour la femme, avec le besoin d'une plus grande protection de ses forces et de sa santé dans l'intérêt de toute la société. » 1921[26]
  • « Interdiction, en règle générale, du travail des femmes la nuit et dans les industries insalubres. Interdiction du travail des enfants. » 1928[43]

Le journal féministe La Fronde dénonçait comme dangereuses les législations spécifiques sur le travail des femmes, excepté les femmes enceintes. En 1918, la syndicaliste féministe Hélène Brion dénonçait l'hypocrisie de la loi contre le travail de nuit des femmes, votée en 1892 :

« Ne nous faites pas ressouvenir de cette fameuse loi sur le travail de nuit, par exemple, voulue par des hommes et votée par des hommes, soi-disant dans l’intérêt de la santé des femmes et aboutissant simplement à faire perdre leur gagne pain à des typotes qui gagnaient  dans les six francs par nuit, sans « protéger » pour cela les plieuses de journaux qui ne gagnaient, il est vrai, que 2 ou 3 francs. La faiblesse de la femme, la santé de la femme ! Ne l’invoquez pas, alors que la femme est depuis toujours dans les travaux les plus pénibles et les plus répugnants, à la mine et dans la culture, à la filature et au dévidage des cocons, à la boyauderie, dans les porcelaines et terres cuites, dans le travail des colles, des cirages, des graisses, dans les tanneries aussi bien qu’à l’hôpital et à l’hospice où elle soigne les plaies hideuses et fétides. Non ! ne venez pas me parler de santé à ménager pour la femme en tant que travailleuse, alors qu’elle reste soumise en tant que femme à votre absolu caprice d’hommes ! Alors que vous lui imposez à votre gré ou les maternités multiples et épuisantes, ou les avortements (que vos lois condamnent !) ou la stérilité qui, pour elle, réduit l’univers à une seule personne ! Ne parlez pas de votre souci de la santé ni pour la femme, ni pour la jeunesse tant que vous accepterez l’existence des maisons closes et de l’infâme régime de la police des mœurs ! »[21]

L'Organisation internationale du travail, institution bourgeoise née du réformisme social en 1919, mettra en avant ce type de restrictions, notamment son Service du travail des femmes et des enfants. Une association féministe fondée en 1929, Open Door International, combattait cette politique. L'OIT évoluera vers des positions plus égalitaristes après 1945.

Droit à l'avortement

Parmi les premières féministes, la majorité considère encore comme un mal l'avortement. Madeleine Pelletier défendit le droit des femmes à disposer de leur corps[44] et pratiqua elle-même de nombreux avortements. Concernant le risque de dépopulation, elle contre-argumentait en avançant que le développement des sociétés allait vers moins de natalité mais aussi moins de mortalité (transition démographique).

Émile Pouget refuse de condamner celles qui avortent poussées par la misère[45].

A partir des années 1930 le PCF est ouvertement contre l'avortement.

Syndicalisation des femmes

Les syndicats ont d'abord regroupé uniquement des hommes, et les femmes ont longtemps eu tendance à être explicitement rejetées, parfois violemment. Encore en 1913, un syndicat refuse une femme et éjecte son marie qui la soutenait[46].

Emile Pouget mettait en avant la combativité des femmes, et essayait d'ouvrir les yeux aux syndicalistes machos[47]. Il reconnaissait que le travail domestique rendait difficile pour les femmes de s'impliquer dans les syndicats. Il espérait que la réduction du temps de travail pour tous et toutes pourrait régler ce problème. Madeleine Pelletier lui reprochait de ne pas dire, en attendant, que les hommes devaient prendre leur part dans les tâches domestiques.[48]

Marie Guillot sera la première femme à la tête d'une fédération en 1921, la Fédération des syndicats de l'Enseignement laïque de la CGT, puis la première à entrer au bureau confédéral d'un grand syndicat, la CGTU, en 1922.

Travail domestique, exploitation ?

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Le travail domestique effectué au sein du foyer (majoritairement par les femmes) n'a pas de valeur d'échange, et donc pas de survaleur au sens capitaliste. Il existe néanmoins clairement un travail. La nature de ce travail fait débat.

En général, celles et ceux qui se revendiquent du féminisme marxiste soutiennent que ce sont principalement les capitalistes qui tirent profit du travail domestique, et que celui-ci est structurellement nécessaire au fonctionnement du capitalisme.

Le féminisme matérialiste de Delphy repose au contraire sur l'idée que ce sont principalement les hommes qui tirent profit du travail domestique, qui représente une oppression spécifique qui fonde le système patriarcal, distinct du système capitaliste.

Féminisme et classes sociales

Il est clair que la condition des femmes et le type de militantisme varie selon les couches sociales. Ainsi les premières femmes à revendiquer des droits égaux étaient des femmes le plus souvent instruites, de milieux bourgeois ou petit-bourgeois. A la fin du 19ème siècle, le féminisme progresse dans la classe ouvrière d'abord parmi les femmes bénéficiant d'un emploi stable, et notamment parmi les institutrices.

Cette situation a tendance à créer des tensions entre féminisme et lutte de classe. Pour certaines féministes, et pas seulement des bourgeoises, il y avait une éducation féministe spécifique à porter au sein du prolétariat. Par exemple Madeleine Pelletier, une féministe radicale qui fut toute sa vie dans le militantisme socialiste, libertaire ou communiste, dressait un constat sans appel : «La classe ouvrière sera la dernière à venir au féminisme. »[48] Et tout en reconnaissant la nécessité d'agir sur les ressorts sociaux (comme la baisse du temps de travail) pour favoriser l'émancipation, elle reprochait aux dirigeants du mouvement ouvrier de ne pas vouloir défendre le partage du fardeau du travail domestique. « Pensez donc, dire aux ouvriers d’aider leur femme à faire le ménage ; mais ce serait un crime de lèse -masculinité ! » Dans un article de 1924, Pelletier s'appuie sur un article de Trotsky pour défendre son propos. La rédaction du journal précise qu'elle ne partage pas entièrement ses vues.[49]

Classes de femmes et d'hommes ?

Le courant féministe matérialiste estime que le patriarcat est un mode de production distinct du capitalisme, et que les femmes consituent une classe exploitée par la classe des hommes.

Au nom du courant "féministe lutte de classe", Josette Trat écrit :

« nous n’avons jamais utilisé la notion de « classe sociale des femmes » pour éviter d’homogénéiser abusivement le groupe des femmes ; la solidarité entre femmes ne peut naître que des luttes communes sur des revendications qui prennent en compte la situation des femmes les plus exploitées et opprimées. »[50]

Clara Zetkin faisait une distinction nette entre les classes. Elle distinguait par exemple[51] :

  • les femmes de la grande bourgeoisie, dont la principale aliénation était d'être soumises aux mariages d'intérêt
  • les femmes de la petite-bourgeoisie ou de l'intelligentsia, qui aspiraient à utiliser leurs facultés intellectuelles comme les hommes (réformes atteignables dans le capitalisme)
  • les femmes prolétaires déjà poussées sur le marché du travail, et ainsi mises en concurrence avec les hommes, soumises aux patrons, et devant lutter non contre les ouvriers mais contre les capitalistes

Certains marxistes considèrent toutefois que l'on peut analyser la répartition inégale du travail domestique comme une exploitation des femmes par les hommes sans recourir à la notion de classe.

Institutionnalisation du féminisme

L'idéologie dominante a longtemps était frontalement opposée aux revendications du féminisme, mais le problème de l'institutionnalisation du féminisme s'est posé à mesure que les gouvernements bourgeois étaient gagnés par des réformateurs (bourgeois républicains, socialistes réformistes...).

En 1907, Marguerite Durand, fondatrice du journal féministe La Fronde, créé un Office du travail féminin lié au gouvernement, même si le soutien de celui-ci était quasi-inexistant. Cela n'a pas manqué de soulever les critiques de la CGT[52] Et de fait, le féminisme bourgeois s'est tendanciellement de plus en plus intégré à l'État.

Lorsque les premières femmes sont arrivées à des postes de pouvoir, cela a entraîné des réactions variées, suivant les préjugés sexistes mais aussi suivant le bord politique (contre la participation à des gouvernements bourgeois, contre tout gouvernement pour les libertaires...). La féministe socialiste Madeleine Pelletier considérait par exemple qu'il fallait prendre comme une avancée féministe, aussi bien le cas d'Alexandra Kollontaï en Russie ouvrière que celui d'une femme dans un gouvernement bourgeois.[53]

Trois femmes particient au gouvernement du Front populaire (1936) comme sous-secrétaires d’État.

Après l'élection de Mitterrand en 1981, certaines féministes seront hapées par le "ministère du droit des femmes". Les féministes lutte de classe tirent en sens inverse, et cherchent à développer la solidarité avec les luttes des femmes salariées, à lutter contre le temps partiel imposé ou contre l’entrave à l’IVG, en cherchant à maintenir un cadre unitaire.

On peut parler de féminisme d'État et des institutions comme l'ONU, porté surtout par les partis sociaux-démocrates.

La nécessité du socialisme

Les marxistes ont généralement insisté sur l'impossibilité d'une réelle émancipation des femmes sous le capitalisme, tout en luttant pour des avancées immédiates (même si des tendances à minimiser la lutte féministe ont existé).

Clara Zetkin reconnaissait que :

« La société bourgeoise ne s'oppose pas fondamentalement au mouvement des femmes de la bourgeoisie, ce qui est prouvé par le fait que dans plusieurs Etats des réformes de lois dans le domaine privé et public ont été lancées. »[51]

Mais pour elle l'émancipation réelle des femmes nécessitait le socialisme :

« Le droit au travail est l'élément déterminant de la transformation de la condition féminine. » « L'émancipation de la femme ne deviendra une réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. »

Trotsky :

« L'absorption complète des fonctions économiques de la famille par la société socialiste, liant toute une génération par la solidarité et l'assistance mutuelle, devait apporter à la femme, et dès lors au couple, une véritable émancipation du joug séculaire. [...]
La famille ne peut pas être abolie: il faut la remplacer. L'émancipation véritable de la femme est impossible sur le terrain de la "misère socialisée". [...]
Tant que la société n'est pas en état d'assumer les charges matérielles de la famille, la mère ne peut s'acquitter avec succès d'une fonction sociale qu'à la condition de disposer d'une esclave blanche, nourrice bonne cuisinière ou autre. »[54]

Les arguments couramment invoqués à l'extrême gauche aujourd'hui sont que la bourgeoisie a besoin du sexisme :

  • pour diviser les travailleur-se-s (argument utilisé pour expliquer toutes les oppressions)
  • pour diminuer le salaire ouvrier en faisant effectuer le travail domestique par les femmes (travail domestique sous-payé)
  • pour l'apprentissage des valeurs de soumission à l'autorité dans la famille[55]

Devant la tendance à la remise en cause de la domination masculine au sein même du capitalisme, certains marxistes pensent néanmoins que l'on ne doit pas affirmer à la va-vite que capitalisme implique patriarcat. Par exemple Christophe Darmangeat écrit que :

« Si les féministes marxistes doivent s'opposer aux féministes bourgeois, ce n'est pas, me semble-t-il, en tentant à toute force de démontrer que « l'égalité des sexes » est structurellement impossible dans le système capitaliste. Impossible, sans doute l'est-elle, mais pour des raisons qui se situent sur un tout autre plan que celui de la survie du capital. Au fond, ce qui oppose les communistes aux féministes bourgeois, c'est la volonté d'en finir non seulement avec l'oppression de genre, mais avec toute oppression. »[56]

Parmi les marxistes qui défendent que la fin du capitalisme est une condition nécessaire, il y a des nuances sur le fait que cela soit une condition suffisante. L'idée qui se dégage de la plupart des marxistes classiques est cependant que si des préjugés persistent sous le socialisme, ils finiront pas disparaître en l'absence de base matérielle :

« Les transformations économiques, même si elles sont radicales, n'impliquent pas du même coup un changement immédiat des mentalités, de l'attitude des hommes envers les femmes. » Clara Zetkin
« je ne vois pas par quelles voies une société qui, sur la base du développement acquis par le capitalisme, ayant aboli entre autres la propriété privée des moyens de production, les inégalités matérielles et les frontières, et ayant élevé d'une manière colossale le niveau matériel et moral de l'humanité, pourrait continuer à entretenir l'oppression d'un sexe par un autre » Christophe Darmangeat[57]

Il semble néanmoins que Trotsky ait voulu faire passer l'idée que les opprimé-e-s (au sens large) doivent toujours en premier lieu compter sur eux-mêmes et non sur des "tuteurs" :

« L'histoire nous apprend bien des choses sur l'asservissement de la femme à l'homme, et des deux à l'exploiteur, et sur les efforts des travailleurs qui, cherchant au prix du sang à secouer le joug, n'arrivaient en réalité qu'à changer de chaînes. [...] Mais comment libérer effectivement l'enfant, la femme, l'homme, voilà ce sur quoi nous manquons d'exemples positifs. Toute l'expérience du passé est négative et elle impose avant tout aux travailleurs la méfiance envers les tuteurs privilégiés et incontrôlés. »[54]

Non mixité

L'Internationale communiste était « énergiquement contre toute espèce d'organisation séparée de femmes au sein du Parti, des syndicats ou des autres associations ouvrières »[26]. Elle préconisait des commissions dédiées, mais dans lesquelles « devront figurer aussi, dans la mesure du possible, des camarades communistes hommes ».

En Italie, en décembre 1975, un groupe de militants de Lotta Continua, alors l'une des plus importantes organisations d'extrême gauche, a agressé une manifestation autonome des femmes de ce parti en criant « seule celle qui travaille a le droit de protester »…

Le MLF fut non-mixte depuis sa fondation en mai 1970 lors de la réunion publique organisée à l’université de Vincennes par le groupe de Monique Wittig. La plupart des féministes radicales dirigeant le MLF (notamment Christine Delphy) avaient une conception de la non-mixité qui excluait toute alliance avec des organisations mixtes : les syndicats, le MLAC...

Certaines organisations d'extrême gauche comme le NPA prévoient des cadres de non-mixité pour faciliter la prise de parole des femmes, notamment en ce qui concerne les problèmes de sexisme pouvant être vécus dans l'organisation.

Mouvement autonome et front larges ?

Dans l'Internationale ouvrière, il existait des journaux de femmes socialistes, et une internationale de femmes socialistes. Le mouvement des femmes socialistes était dominé par la gauche révolutionnaire, notamment derrière la figure de Clara Zetkin. Ce mouvement était critique des organisations féministes bourgeoises. Certain-e-s militant-e-s (de courants révisionnistes de droite mais aussi d'extrême gauche comme Madeleine Pelletier) mettaient en avant des questions spécifiques aux femmes justifiant des combats plus larges que les socialistes.

Madeleine Pelletier, féministe socialiste révolutionnaire, considérait que la « tactique féministe » devait consister à :

  1. Créer des vastes organisations féministes
  2. Pénétrer les partis politiques existants.[58]

Il y avait cependant des femmes socialistes qui mettaient en avant le rôle progressiste du mouvement féministe (bourgeois) et critiquaient sévèrement le sexisme au sein du parti socialiste, critiquant sélèvrement « ce parti qui voudrait sans vergogne, nous interdire toute action sociale en dehors de ses cadres »[21].

A propos des rapports avec le féminisme bourgeois, Eleanor Marx écrivait :

« Les travailleuses peuvent comprendre les revendications du mouvement des femmes bourgeoises; elles peuvent et doivent même adopter une attitude de sympathie envers ces exigences ; seulement, les objectifs des femmes travailleuses et des femmes bourgeoises sont très différents. [...] Il ne fait aucun doute qu'il y a une "question féminine". Mais pour nous [...] cette question appartient au mouvement général de la classe ouvrière. Nous pouvons comprendre, sympathiser, et même aider en cas de besoin, lorsque la lutte des femmes de classe supérieure ou moyenne pour les droits est justifiée lorsque l'acquis profitera également aux travailleuses. Oui je dis que nous pouvons même aider : le Manifeste communiste ne nous a-t-il pas appris qu'il est de notre devoir de soutenir tout mouvement progressiste qui profite à la cause des travailleurs, même si ce mouvement n'est pas le nôtre ? [...] Nous allons nous battre avec elles, tout comme les hommes de notre classe ne rejetaient pas le droit de vote parce qu'il venait de la classe bourgeoise. Nous non plus, nous ne rejetons pas un acquis, gagné par les femmes de la bourgeoisie dans leurs propres intérêts, qu'elles nous fournissent volontairement ou involontairement. Nous acceptons ces avantages comme des armes, des armes qui nous permettent de mieux lutter aux côtés de nos frères de la classe ouvrière. Nous ne sommes pas des femmes engagées dans la lutte contre les hommes, mais des travailleuses engagées dans la lutte contre les exploiteurs. »[59]

L'Internationale communiste, qui considérait qu'il n'y avait  point de questions "spécialement féminines" »[26] refusait « toute espèce de collaboration et de coalition avec les féministes bourgeoises. »

Josette Trat :

« La réponse nécessite d’articuler les luttes sur ces différents fronts dans la perspective de les faire converger sur une contestation globale d’un système qui n’a de cesse de diviser les opprimé·es et les exploité·es. Cela passe par des processus d’auto-organisation spécifiques, mais aussi par la participation dans des associations, syndicats, partis où tous ceux et toutes celles qui veulent changer la société puissent se retrouver indépendamment de leurs origines respectives. C’est cette orientation que nous avons défendue obstinément dans le mouvement féministe et que nous continuons à défendre. »

Rappelant les positions de l'Internationale communiste, Lutte ouvrière s'est en revanche opposée à l'idée de mouvement autonome des femmes, critiquant les militantes de la LCR investies dans le MLF :

« En séparant la lutte pour la libération de la femme de la lutte pour la révolution socialiste, [les militantes de Rouge] rejoignent bel et bien le féminisme bourgeois. »[31]

Démocratie interne et émancipation

Depuis la Première internationale, l'adhésion des femmes aux partis socialistes a été admise. Pour autant cela n'empêche pas des réflexes réactionnaires dans certains cas. En 1908, Madeleine Pelletier écrivait :

« Le Parti socialiste contient dans ses programmes l’égalité des sexes, et, d’après des statuts, les femmes devraient y être reçues et traitées identiquement aux hommes. En pratique, seule la femme qui vient au bras de son mari, de son père ou de son frère est accueillie sans objection ; mais contre l’admission d’une femme venant pour son propre compte, on trouve très souvent des prétextes, parce que la masse des socialistes n’est pas encore parvenue à comprendre qu’une femme puisse penser et agir par elle-même. Il ne faudra pas se laisser décourager, on fera valoir des règlements ; au besoin, repoussée d’une section, on en cherchera une autre plus accueillante ; avec un peu de persévérance, le triomphe est certain. »[58]

Elle parlait aussi du problème des tensions internes aux partis, qui génèrent des difficultés pour la prise de parole des femmes. Elle évoque ce problème en comparant avec les loges franc-maçonnes qu'elle fréquentait aussi :

« Dans la Franc-maçonnerie, les séances sont, par le fait d’un rituel spécial, beaucoup plus calmes que celles des sections radicales ou socialistes. Il est fort rare que l’on s’y injurie ou que l’on s’y dispute ; pendant que les orateurs parlent, le silence est absolu et, quand la loge est bien disciplinée, chacun, quel qu’il soit, peut y dire son opinion. On comprend que les femmes qui le voudront pourront sans difficulté s’exercer à la parole dans les loges mixtes. Dans les partis, il leur faudra plus de ténacité, car on lutte pour la vie dans la grande société : malheur au mal doué, au timide, au délicat, ils sont voués à une figuration éternelle. »

Question religieuse

La bataille pour la laïcité, c'est-à-dire la séparation de l'Église et de l'État, a donc été d'une grande importance historiquement pour les féminismes. Ce combat reste d'actualité, notamment dans les pays où le clergé conserve un poids majeur, voire central pour certaines "théocraties". En 1921, l'Internationale communiste évoquait ainsi la question de la lutte contre les préjugés religieux dans les pays orientaux :

« Tout en évitant les attaques grossières et sans tact aux croyances religieuses et aux traditions nationales, les sections et les commissions travaillant parmi les femmes de l'Orient, devront nettement lutter contre l'influence du nationalisme et de la religion sur les esprits. »[26]

Mais la présence d'un nombre significatif d'immigré-e-s de religions différentes a relancé des débats sur la laïcité. Dans un pays comme la France, ces débats se focalisent sur l'Islam et le port du voile, et traversent les courants féministes : faut-il y voir un signe d'oppression des femmes ? Lutte ouvrière répond oui sans hésitation, jusqu'à être en faveur de l'interdiction du foulard à l'école.[60] En 2004, Pierre-François Gond (ex LCR) avait soutenu l'exclusion de jeunes filles portant le voile dans le lycée où il enseignait.

Rapport au genre et à la famille

Le mouvement socialiste n'a pas été systématiquement plus avant-gardiste que la moyenne des sociétés bourgeoises pour déconstruire les genres et la famille traditionnelle. Certaines prises de position étaient clairvoyantes (August Bebel sur la maternité, Alexandra Kollontaï sur la sexualité...) mais de fait la plupart des revendications sont nées à l'extérieur du mouvement ouvrier et ont été reçues de façon diverses. Parfois simplement disqualifiées comme "petite-bourgeoises".

Concernant l'avenir de la famille, Engels reste prudent, mais envisage deux possibilités : soit la monogamie disaparaît, soit "elle devient enfin réalité, en s'appliquant aussi à l'homme".

Les socialistes ont généralement soutenu le droit au divorce dès qu'il a commencé à être porté par les féministes. On peut relever toutefois qu'Eleanor Marx semblait le réserver à la société socialiste :

« Par conséquent, bien que nous soyons théoriquement d'accord avec toutes ces idées, nous croyons que si on les réalisait dans notre système actuel, elles entraîneraient dans la pratique, dans la plupart des cas, une injustice encore plus grande pour la femme. L'homme pourrait en tirer un parti avantageux, non pas la femme, si ce n'est les rares fois où elle a des biens personnels ou de quelconques moyens d'existence. La dissolution de l'union signifierait la liberté pour lui, la faim pour elle et ses enfants. »[24]

Lénine écrivait en 1916 que « Dans la majorité des cas, le droit au divorce demeure irréalisable en régime capitaliste, car le sexe opprimé y est économiquement écrasé [...] Seuls des gens absolument dépourvus de réflexions ou absolument ignorants du marxisme en tirent [la conclusion que] la liberté du divorce ne sert à rien. [...] Plus la liberté du divorce est complète, et plus il est évident pour la femme que la source de son « esclavage domestique » est le capitalisme, et non l’absence de droits. »[61]

Rétrospectivement, la propagande des organisations féminines de la Deuxième et de la Troisième internationale apparait fortement genrée : appel à la paix au nom de la protection des enfants et des "valeurs féminines", centrage sur la maternité... Il y avait cependant une volonté, chez les bolckéviks, d'impliquer les femmes dans les fonctions où elles étaient sous-représentées :

« Les sections doivent par tous les moyens faire participer la femme à toutes les branches de l'organisation soviétique, depuis la défense militaire de la République jusqu'aux plans économiques les plus compliqués. »[26]

Il semble que la capacité à intégrer des questions nouvelles soit cependant lié au caractère révolutionnaire ou non des organisations. Par exemple Alexandra Kollontaï a pu largement exprimer ses positions après la révolution russe, malgré des désaccords avec beaucoup d'autres bolchéviks comme Lénine ou Trotsky. Par la suite, la chape de plomb du stalinisme a rendu impensable une telle liberté d'expression. La discours sur la femme-mère des partis stalinisés est par ailleurs resté complètement conservateur, malgré la progression des mouvements féministes. En particulier, pendant qu'émergeait le MLF en France et la revendication du droit à l'avortement, le PCF y restait complètement opposé.[62]

Rapport à la sexualité

En général, les socialistes se sont moqués des pudeurs et des tabous des conservateurs et particulièrement des religieux. Certains, particulièrement dans certains milieux anarchistes, poussant jusqu'aux provocations.

Par exemple Eleanor Marx critiquait le tabou qui conduit à refuser toute éducation sexuelle :

« Nos enfants sont systématiquement réduits au silence quand ils posent une question sur la procréation ou la naissance des enfants. Cette question est aussi naturelle que celle concernant les battements de cœur ou les échanges respiratoires. On doit y répondre aussi aisément et aussi clairement qu'aux autres. »[24]

Elle décrivait cela comme une source de troubles. Mais dans la description de ces troubles, elle n'échappe pas à une certaine normativité. Par exemple lorsqu'elle dit que ce tabou entraîne une « curiosité malsaine », une « virginité morbide », ou des « formes limites » comme « l'homme efféminé et la femme virile », qui inspirent une « horreur parfaitement naturelle de ce qui ne l'est pas ».

En 1920, Lénine faisait part à Clara Zetkin de ses critiques sur les discussions, trop nombreuses selon lui, qui tournaient autour des questions de sexualité au sein du parti allemand. A cette occasion, on peut voir qu'il développe une vision très normative de la sexualité.[63] Alexandra Kollontaï fut aussi critiquée par les autres bolchéviks sur ces questions.

Oppression spécifique ?

La plupart des féministes qui militent également dans le mouvement ouvrier ont mis en avant le fait qu'il faut voir l'oppression des femmes comme une oppression spéficique, non réductible à l'exploitation capitaliste. La reconnaissance ou non de cette oppression spécifique détermine la nécessité ou non d'un travail spécifique de propagande.

Le mouvement socialiste, après avoir négligé cette question, a en général reconnu cette oppression spécifique, mais avec des interprétations variées.

Eleanor Marx, par exemple, disait même que le féminisme bourgeois ne voyait pas pleinement l'oppression des femmes, qu'elle semble définir en termes de rapports sociaux :

« Les femmes sont soumises à une tyrannie masculine organisée comme les ouvriers sont soumis à la tyrannie organisée des oisifs. [...] Les couches opprimées, les femmes et ceux qui sont directement producteurs, doivent comprendre que leur émancipation sera le fait de leur action. Les femmes trouveront des alliés chez les hommes les plus conscients comme les travailleurs trouvent des alliés chez les philosophes, les artistes et les poètes ; mais les unes n'ont rien à attendre des hommes en général et les autres n'ont rien à attendre des couches moyennes en général. »[24]

Mais elle n'en déduisait pas qu'il y avait matière à réaliser des fronts spécifiques. Pour elle, le changement dans les rapports femmes/hommes viendrait du socialisme.

L'Internationale communiste parlait de la « double oppression : le capitalisme et la dépendance familiale et ménagère. »[26] Mais dans sa conception, l'oppression domestique ne renvoyait pas à une lutte spécifique à mener à côté de la lutte des classes, mais à une oppression née de la contradiction entre la "fonction naturelle" (maternité) et le capitalisme (temps de travail trop long...), qui serait donc résolue par le socialisme. Elle maintenait donc le refus de tout front "féministe", ajoutant qu'il n'y a pas de question « spécialement féminine ».

Cependant il y avait des voix minoritaires qui s'exprimaient. Par exemple Marthe Bigot, féministe, syndicaliste et communiste, écrivait en 1921 :

« En résumé on peut dire que le socialisme a aidé, dans une large mesure,  à l'émancipation de la femme, mais il n'a pas encore recherché sérieusement, sauf peut-être en ce moment en Russie, la cause profonde de l'esclavage féminin. Il n'a pas fait pour la femme le travail d'investigation théorique qu'il a fait pour le prolétaire. Il a cru trop facilement qu'en émancipant le travailleur, il émanciperait du même coup et entièrement la travailleuse. Cette conception est erronée. La femme occupe une situation inférieure dans la société pour d'autres causes que celles qui influent sur la destinée des travailleurs. »[64]

Militante de la gauche du parti, elle sera de plus en plus attaquée par la direction, qui taxera de "petit-bourgeois" le journal L'Ouvrière qu'elle dirigeait. Elle quitte le PC en 1925.

Système patriarcal ?

Un débat existe parmi certains marxistes au sujet de la nature du patriarcat, et de son autonomie ou non par rapport au capitalisme.

Le terme même de patriarcat est critiqué parce que c'est souvent un concept "fourre-tout" (Darmangeat) et qu'il sous-entend une stabilité des formes et des modalités de l'oppression des femmes. On peut parler de domination masculine tout en distinguant le patriarcat :

« Nous pensons que ce terme n’est plus adéquat pour qualifier actuellement notre société (occidentale) qui, bien que ce soit majoritairement les hommes qui détiennent le pouvoir, n’est plus organisée (juridiquement, politiquement) en ce sens. » (Revue Incendo)[65]

Ou encore :

« Le système social que le capitalisme industriel a remplacé était en fait un patriarcat, et j'utilise ce terme ici dans son sens originel, pour désigner un système dans lequel la production est centrée sur le ménage et est présidée par le plus âgé des hommes. Le fait est que le capitalisme industriel [a sapé] le patriarcat. La production est allée dans les usines et les individus se sont détachés de la famille pour devenir des salariés «libres». Dire que le capitalisme a perturbé l'organisation patriarcale de la production et la vie de famille n'est pas, bien sûr, dire que le capitalisme a aboli la domination masculine !  »[66]

Les marxistes considèrent généralement que les rapports sociaux hommes/femmes sont sur-déterminés par les rapports sociaux de classe.

Par exemple Christophe Darmangeat indique que dans les sociétés primitives, il n'existait aucune lutte de femmes pour l'égalité, qu'il ne pouvait en avoir, et que cette égalité ne pouvait être conçue :

« [Les femmes] luttent pour aménager la division sexuelle de la société, jamais pour l'abolir. Sur la base de ces structures sociales, un tel idéal n'a aucune chance de voir le jour. »[57]

Deux modes de production ?

Selon le féminisme matérialiste de Christine Delphy, il y a deux modes de production dans la société :

« On constate l’existence de deux modes de production dans notre société : la plupart des marchandises sont produites sur le mode industriel ; les services domestiques, l’élevage des enfants et un certain nombre de marchandises sont produites sur le mode familial. Le premier mode de production donne lieu à l’exploitation capitaliste. Le second donne lieu à l’exploitation familiale, ou plus exactement patriarcale. »[67]

Dans le monde anglo-saxon, cela a conduit à de nombreux débats ("dual system theories" vs "mono system theory"). Les marxistes défendent en général l'unicité du mode de production capitaliste. Le travail domestique y est en général analysé sous l'angle de la reproduction de la force de travail.

Notes et sources

Heather Brown, Marx on Gender and the Family, 2012

  1. Charles Fourier, Théorie des quatre mouvements, 1808
  2. Hal Draper, Marx and Engels on Women’s Liberation, 1970
  3. Karl Marx, Peuchet : Au sujet du suicide, 1846
  4. Voir aussi : Engels, Principes du communisme, 1847
  5. Dans un article de 1850 paru dans La Nouvelle Gazette Rhénane. Voir à ce sujet cet article.
  6. Karl Marx, Le Capital - Livre premier, 1867
  7. Programme de Gotha du parti social-démocrate allemand, 1875
  8. Karl Marx, Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand, 1875
  9. Voir Engels, Lettre à Sorge, 12 janvier 1889
  10. F. Lessner, in Reminiscences of Marx and Engels
  11. K. Marx - F. Engels, Le parti de classe, Programme des délégués londoniens au congrès de Genève
  12. Christine Fauré, Political and Historical Encyclopedia of Women, 2003
  13. Karl Marx, Notes on the “American split”, 28/05/1872
  14. Hubertine Auclert, Aux femmes, 1876
  15. Alternative libertaire, 1879 : L’égalité hommes-femmes votée par le congrès ouvrier, 2009
  16. Programme du Parti ouvrier français, 1880
  17. Jules Guesde, La femme et son droit au travail, 9 octobre 1898
  18. Maria Pognon, Les femmes et le parti socialiste, La Fronde, 03/11/1899
  19. Léon Jouhaux, Conférence sur La femme et le Syndicalisme, 19 décembre 1909 (cité dans E. Culot Marfurt, Droit au travail, 1910)
  20. Marie-Victoire Louis , Le droit de cuissage, France 1860-1930, Ch IX, 1994
  21. 21,0, 21,1 et 21,2 Hélène Brion, Les partis d’avant-garde et le féminisme, La voie féministe, 01/11/1918
  22. Livre remanié en 1891 sous le titre La femme et le socialisme
  23. 23,0 et 23,1 Clara Zetkin, La lutte pour la libération des femmes, 1889
  24. 24,0, 24,1, 24,2 et 24,3 Eleanor Marx, La question féminine, 1886
  25. L’association IHOVAM, PELLETIER Madeleine
  26. 26,0, 26,1, 26,2, 26,3, 26,4, 26,5 et 26,6 III° Congrès de l'Internationale communiste, La propagande parmi les femmes, 1921
  27. George Yvetot, Que les femmes soient avec nous, Le Libertaire, 20/04/1912
  28. Madeleine Pelletier, Les anarchistes viennent au vote des femmes, La Suffragiste, Octobre 1912
  29. http://www.autogestion.asso.fr/wp-content/uploads/2011/09/pourunfeminismeautogestionnaire.pdf
  30. Josette Trat, L’Histoire oubliée du courant « féministe luttes de classe », 2009
  31. 31,0, 31,1 et 31,2 Lutte ouvrière, Féminisme et communisme, Lutte de Classe n°21, septembre 1974
  32. Les Féministes de la CGT. Histoire du magazine « Antoinette » (1955-1989)
  33. TUC, 2009, Women and Recession, www.tuc.org.uk/extras/womenandrecession.pdf
  34. https://en.wikipedia.org/wiki/Radical_Women
  35. Lise Vogel, Marxism and the Oppression of Women, 1983
  36. Sue Ferguson, David McNally, Social Reproduction Beyond Intersectionality: An Interview, 2015
  37. Cf. par exemple K. Marx, Misère de la philosophie, 1847
  38. Cf. Le Capital, ou la lettre à Kugelmann du 17 mars 1868
  39. Programme de Gotha du parti social-démocrate allemand, 1875
  40. Friedrich Engels, Lettre à Gertrude Guillaume-Schack, 5 juillet 1885
  41. Louise Kautsky, The Women’s-Rightsers and Reduction of the Working-Day for Women, 1892
  42. Voir notamment les études de Madeleine Rebérioux et Ulla Wikander
  43. Internationale Communiste, VI° Congrès, Programme, 1928
  44. Madeleine Pelletier, Avortement et dépopulation, La Suffragiste, Mai 1911
  45. Émile Pouget, Filles et bâtards, Le Père Peinard, 12/05/1889
  46. Marie-Victoire Louis, [http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=542&themeid
  47. Émile Pouget, Riches bougresses, Le Père Peinard, 06/03/1892
  48. 48,0 et 48,1 Madeleine Pelletier, La classe ouvrière et le féminisme, La Suffragiste, Juillet 1912
  49. Madeleine Pelletier, L’importance des mœurs, L’Ouvrière, 06/10/1923
  50. Josette Trat, De nouveaux défis pour les féministes, 2011
  51. 51,0 et 51,1 Clara Zetkin, Only in Conjunction With the Proletarian Woman Will Socialism Be Victorious, 1896
  52. A. Metz, Marguerite Durand et l’Office du travail féminin
  53. Madeleine Pelletier, La femme au pouvoir, L’Ouvrière, 09/02/1924
  54. 54,0 et 54,1 Trotsky, La Révolution trahie - Thermidor au foyer, 1936
  55. International socialism, Marxism and feminism today, 2010
  56. Christophe Darmangeat, Capitalisme et patriarcat : quelques réflexions, janvier 2014
  57. 57,0 et 57,1 Christophe Darmangeat, À propos de la lutte « autonome » des femmes, 2014
  58. 58,0 et 58,1 Madeleine Pelletier, La tactique féministe, La Revue Socialiste, 01/11/1978
  59. Eleanor Marx, Women’s Trade Unions in England
  60. Lutte ouvrière Hebdo, Une loi pour interdire le port du voile ?, 2003
  61. Lénine, Une caricature du marxisme et à propos de l’ « économisme impérialiste », 1916
  62. Josette Trat, Aux racines de l'idéologíe “familialiste” du PCF », in Christine Delphy et Sylvie Chaperon (din), Cinquantenaire du Deuxième Sexe. Colloque international Simone de Beauvoir Paris, Éditions syllepse, 2002
  63. Clara Zetkin, Souvenirs sur Lénine (version anglaise différente), Janvier 1924.
  64. Marthe Bigot, La servitude des femmes, 1921
  65. http://incendo.noblogs.org/genresetclasses/petit-lexique/
  66. Barbara Ehrenreich, What is Socialist Feminism?, 2001
  67. Christine Delphy. L’ennemi principal : 1. Économie politique du patriarcat. Éditions Syllepse, 1998